Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Philosophie, religion, réflexions

O. Henry, Le cadeau des rois mages

O. Henry, Le cadeau des rois mages

« Un dollar et quatre-vingt-sept cents. C’était tout. Soixante cents étaient d’ailleurs en pièces d’un penny. Des pennies épargnés l’un après l’autre après avoir marchandé et chez l’épicier et chez le fruitier et chez le boucher jusqu’à ce que les joues rougissent au reproche silencieux d’avarice qu’impliquait une telle attitude. Della compta et recompta trois fois cette somme. Un dollar et quatre-vingt-sept cents, et le lendemain, c’était le jour de Noël. » Comment faire un cadeau à Jim, son mari, avec si peu d’argent ? Et Jim, de son côté, se pose la même question : comment offrir à Della un cadeau digne de ce nom ? Alors, au moment où Della sacrifie sa longue chevelure pour payer la chaîne de montre qui manque à Jim, ce dernier vend sa montre pour offrir à Della les peignes précieux qui retiendront ses cheveux. Le « cadeau des rois mages », ce sera cette force de passer outre, témoignant d’un amour sans concessions, au-delà de la possession dérisoire des biens matériels.
Un conte de Noël américain dans la pure tradition anglo-saxonne.

Pour les adolescents et les adultes

O. Henry, Le cadeau des rois mages, illustré par Sonja Danowski, Minedition, 2013, 28 p., 14,20 €

Arnaud de Cacqueray, La femme au berceau

Arnaud de Cacqueray, La femme au berceau

Quel est donc ce menuisier qui, dans son atelier de Bethléem, a fabriqué pour sa douce épouse un si beau berceau ? Et pourquoi donc ne vient-il pas s’y blottir, l’enfant tant attendu ? Car « le temps passa sans leur donner d’enfant. Le berceau vide dormait dans la pénombre d’une chambre fermée. Une araignée mêlait sa toile aux dentelles de Galilée. » Bien triste début pour un conte de Noël… Mais il faut bien un peu de tristesse pour mieux comprendre la joie qui vient, alors que l’ange annonce la naissance du Sauveur. Quant à la joie du menuisier et de son épouse, à qui la Vierge Marie annonce qu’elle sera mère… Ne comptez pas sur moi pour dévoiler le prénom du « capitaine enfant [qui] dort dans sa barque légère » et « tient dans sa main un morceau de dentelle comme un pont invisible qui relie Ciel et Terre ».
Fidèlement, Arnaud de Cacqueray nous livre, cette année encore, un conte de Noël familial poétique et tendre. Il est joliment illustré, avec une naïveté toute biblique, par les Dominicaines enseignantes de Fanjeaux.

Dès 4 ans et pour toute la famille

Arnaud de Cacqueray, La femme au berceau, Via Romana, 2015, 30 p., 12 €

Claude-Henri Rocquet, Erasme et le grelot de la Folie

Claude-Henri Rocquet, Erasme et le grelot de la Folie

« Il fut baptisé sous le nom de Gérard, en 1468 ou 1469, à Rotterdam, mais il désire aujourd’hui qu’on l’appelle Erasme, parce qu’en grec ce nom signifie le ‘désiré’, ‘l’aimé’. Qu’est-ce qui le tourmente ? La lune ? La pleine lune ? On dit qu’elle tourneboule les esprits. » Demain, le jeune homme doit prononcer un discours devant les professeurs de la Sorbonne. Sera-t-il alors admis comme maître ? Et voilà que Marotte se pique de lui souffler son texte…
Dans une farandole échevelée digne des plus grands carnavals, passent Saint Thomas et Diogène, les proverbes flamands – ceux du tableau éponyme de Brueghel l’Ancien – dansent avec ceux de Villon, avant de nous embarquer sur la nef des fous… Bref, impossible de reprendre son souffle avant la fin du rêve d’Erasme !
La collection des « Petits Platons » a pour vocation de faire connaître et aimer la philosophie. Les ouvrages, malgré leur petit format et leurs illustrations dynamiques, s’adressent à des collégiens et à des lycéens déjà « armés » d’une solide culture générale.
L’équipe des Petits Platons organise aussi des ateliers et des rencontres philo. Dès janvier notamment, les Petits Platons remontent sur les planches de l’Odéon à Paris pour une nouvelle saison d’ateliers philo.

Adolescents et adultes

Claude-Henri Rocquet, Erasme et le grelot de la Folie, illustrations de Céline Le Gouail, Les Petits Platons, 2012, 64 p., 14 €

Isabel Minhos Martins, Où va-t-on quand on disparaît ?

Isabel Minhos Martins, Où va-t-on quand on disparaît ?

Les flaques d’eau, la neige, les nuages, le bruit, tout cela disparaît. Quant aux chaussettes, mieux vaut ne pas en parler. Mais ces disparitions ne sont guère inquiétantes. Si Papa est allé chercher le journal au coin de la rue, il consolera le petit inquiet dès son retour. Mais parfois… Parfois quelqu’un que nous aimons très fort disparaît, et nous savons que nous ne le reverrons pas. Se pose alors la question de l’endroit où va le disparu – et de l’endroit où nous irons, nous, même si nous n’osons pas poser la question. Cet album très philosophique pose des questions, ne donne pas de réponse, et permet d’engager la réflexion avec les enfants.
Comme le dit très justement Isabel Minhos Martins, « pour disparaître, il faut être deux. Un qui reste, un qui disparaît ». N’est-ce pas à celui qui reste, de construire le lieu du souvenir au plus près de son cœur ?

Dès 5 ans

Isabel Minhos Martins, illustrations de Madalena Matoso, Où va-t-on quand on disparaît ?, Editions Notari, 2013, 40 p., 15 €

Veilleurs, l’album

Veilleurs, l’album

Nous sommes au soir du 14 avril 2013. Les députés se préparent à voter la loi autorisant le mariage des homosexuels, dite « loi Taubira ». 67 jeunes opposants, qui ont décidé de camper pacifiquement devant l’Assemblée nationale, sont embarqués violemment par les CRS et gardés à vue la nuit durant. Le lendemain soir, un petit groupe de jeunes viennent s’asseoir sur l’esplanade des Invalides. Quelques bougies dans des gobelets de plastique, un mauvais mégaphone, quelques textes glanés à la va-vite dans leur programme de philo ou leur carnet de chants scouts. Et la mayonnaise prend !
Des centaines de personnes les rejoignent les soirs suivants, des milliers après une semaine. Au bout d’un mois, des veillées ont lieu dans 200 villes de France et à l’étranger. Un an après, l’intensité n’a pas faibli… De Sophocle à René Char, de Saint Augustin à Victor Hugo, de Camus à Hannah Arendt, de Tocqueville à Péguy, ils réveillent des textes fondateurs, affûtent leur réflexion, — et s’endurcissent quand le froid ou la pluie s’en mêlent. De Versailles à Saint Etienne, du Mans à Strasbourg, une nouvelle université populaire est née.
Histoire d’une année de lutte, de répression, d’engagement au service du bien commun, de la dignité humaine et la liberté pour un redressement culturel et politique radical, ce beau livre se veut aussi une invitation pour toutes les veillées à venir.
Loin des clichés touristiques, les photos de ce « Paris by night » notamment, très chargées d’émotion, sont de toute beauté.

Dès 12 ans, adolescents, adultes.

Veilleurs, préface de Denis Tillinac, Editions Le Centurion, 2014, 194 p., 19 € — Imprimé en France

François-Xavier Bellamy, Les Déshérités ou l’urgence de transmettre

François-Xavier Bellamy, Les Déshérités ou l’urgence de transmettre

« Au nom de quoi éduquer ? La responsabilité de l’adulte envers l’enfant a‑t‑elle une légitimité, un sens, une valeur ? Peut-elle avoir une fécondité ? La réponse à ces questions ne va plus de soi ; nous l’avons tellement perdue de vue que nous avons tout simplement cessé de transmettre. La crise de l’éducation, la faillite de l’enseignement, la fragilisation profonde de la famille, sont autant de symptômes d’un même vide : nous ne savons plus quoi transmettre, et pourquoi. »
Pour François-Xavier Bellamy, cette crise de la culture n’est pas le résultat d’un problème de moyens, de financement ou de gestion. Il s’est produit, dans nos sociétés occidentales, un phénomène unique, une rupture inédite : une génération s’est refusé à transmettre à la suivante ce qu’elle avait à lui donner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine qui constituait son héritage. Comment reconstruire le dialogue des générations ? François-Xavier Bellamy trace des pistes pour ne pas laisser dans le dénuement une génération qui crie qu’elle ne veut pas mourir. Pour qu’elle puisse reprendre un jour, sous la baguette d’un maestro de génie, le Va, pensiero que Riccardo Muti fit reprendre, le 12 mars 2011, à Rome, par un public électrisé. Comme un immense chant d’espoir.
François-Xavier Bellamy signera son livre mardi 7 octobre à 19 h 30 à la librairie Téqui (8 rue de Mézières, 75006, Paris)
Retrouvez aussi François-Xavier Bellamy sur son blog : les Déshérités

Parents et autres adultes

François-Xavier Bellamy, Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, Plon, 2014, 240 p., 17 €

Chris Haughton, Oh non, George !

Chris Haughton, Oh non, George !

« Penser est facile. Agir est difficile. Ce n’est pas par la satisfaction du désir que s’obtient la liberté, mais par la destruction du désir. Nul homme n’est libre s’il ne sait pas se maîtriser. » Et vous pensez, vous, qu’un bout de chou de 4 ans va comprendre cette maxime d’Épictète ?
Eh bien, quand l’homme est… un chien rose, orange et violet, George en l’occurrence, et que le livre est plein de couleur, l’humour vient vite au secours de la philosophie. Car George promet d’être sage. Il espère être sage. Mais dans le feu de l’action, le voici qui mange le gâteau, bouscule le chat et déterre les tulipes… George sait très bien qu’il n’a pas été sage. Surtout au retour d’Harris, son maître. Va-t-il savoir se faire pardonner ? Et surtout, comment va-t-il agir quand il va repasser devant le gâteau, le chat et les tulipes ?

Dès 4 ans

Chris Haughton, Oh non, George !, Thierry Magnier Editions, 2012, 40 p., 14 €.

Charles Darwin, La Rivière

Charles Darwin, La Rivière

Les pieds dans l’eau, un enfant curieux regarde tout ce qui s’agite, nage, vole, grouille ou se cache aux alentours de cette rivière. Que de surprises ! Et notre jeune observateur de réfléchir sur le vaste et perpétuel processus de la vie : comment ne pas s’extasier de « tant de beauté dans toute la nature » ? De cette « multitude de formes magnifiques et extraordinaires, issues d’un si simple commencement » ? Le texte de cet album reprend quelques phrases du dernier paragraphe de L’Origine des espèces de Darwin (1809–1882), un résumé limpide des thèses que le jeune naturaliste anglais eut tant de mal à faire admettre en son temps. Un beau pari éditorial.

Dès 6 ans

Charles Darwin, La Rivière, illustrations de Fabian Negrin, Ed Petite Plume de Carotte, 2011, 30 p., 14 €.

Gilbert Keith Chesterton, L’inconvénient d’avoir deux têtes

Gilbert Keith Chesterton, L’inconvénient d’avoir deux têtes

« Un jour, Chesterton qui était une sorte de géant pesant très lourd écrivit un conte pour la petite fille de ses amis. Un conte, rien que pour elle ! Non seulement il rédigea ce conte, avec sa belle écriture bien appliquée, […] mais il en réalisa aussi les dessins », précise Philippe Maxence dans la préface de ce petit ouvrage. « La petite fille, qui le connaissait bien, le reconnut tout de suite sous les traits de ‘Jambes-Rouges’ », notre jeune héros dont la ruse et la logique viendront à bout du fameux géant à deux têtes.
Après quelques aventures et le mot Fin joliment calligraphié, le livre se poursuit avec les « variations sur un thème », celui des deux têtes, variations dues à la plume de Philippe Maxence, fin connaisseur de Gilbert Keith Chesterton (1874–1936).
Aucun inconvénient, ici, à faire lire le conte aux enfants et à garder pour soi des réflexions plus philosophiques sur les méfaits de la discorde et de la désunion. Ni à déchiffrer le texte anglais donné en regard de la traduction.

A partir de 8 ans

Gilbert Keith Chesterton, L’inconvénient d’avoir deux têtes, Via Romana, 2010, 36 p., 10 €

Mathias Jeschke, Une bouteille à la mer

Mathias Jeschke, Une bouteille à la mer

« J’avais jeté une bouteille à la mer. Marius l’avait trouvée et m’avait écrit en retour. Entre ces deux moments, plus de dix ans s’étaient écoulés », et la bouteille avait parcouru pas moins de 400 miles marins (soit 750 kilomètres), tout au long des côtes de Norvège. Cette bouteille, c’est aussi le début d’une belle amitié entre le narrateur et ce jeune Norvégien qui n’était pas né quand la bouteille avait, par jeu, était lancée par-dessus bord.
Au fil des pages – j’allais dire des vagues -, on en apprend aussi un peu plus sur le Gulf Stream, le jour polaire ou l’alphabet morse. Les dessins au crayon sont gais et lumineux, les enfants sont emmitouflés dans de superbes jacquards et les canots sont rutilants.
Mais cette « bouteille à la mer », pour ceux qui aiment les eaux plus profondes, est un de ces contes qui posent de belles questions sur le hasard, l’immensité, le temps, l’espoir, l’amitié. Bref, sur la grande aventure de la vie. Vue d’Allemagne par un théologien heureux.

A partir de 5 ans

Mathias Jeschke, Une bouteille à la mer, illustrations de Katja Gehrmann, Sarbacane, oct. 2010, 32 p., 15,50 €

Laëtitia Bourget, Le Creux de ma main

Laëtitia Bourget, Le Creux de ma main

Comment faire accéder un très jeune enfant à des notions aussi abstraites que l’attente, la création, le souci de la santé et de la liberté de l’autre ? En les faisant vivre dans la main de cette petite fille, Laëtitia Bourget et Alice Gravier ont réussi cette gageure. Ainsi, la fillette laisse leur liberté à de petits animaux, ce qui permet au têtard de devenir grenouille et à la luciole d’illuminer la nuit. Elle se réjouit des merveilles nées de sa main : avec la farine, elle prépare des gâteaux ; avec la terre glaise, des modelages par dizaines. Elle apprend à réparer : elle soigne l’oiseau blessé, recolle les morceaux de porcelaine. Bref, le temps passe, avec ses joies et ses peines, comme l’eau qui coule à la fontaine, comme le flocon de neige qui fond avec le printemps. Une belle ode à la vie, cette vie que la fillette accueille de tout cœur avec l’arrivée d’un nouveau bébé.

Dès 3 ans

Laëtitia Bourget, Le Creux de ma main, illustré par Alice Gravier, Sarbacane, août 2010, 32 p., 5 €