Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Philosophie, religion, réflexions

Rudyard Kipling, Si… tu seras un homme, mon fils

« If… », le poème le plus connu en Angleterre ne cesse d’être une source d’inspiration pour si peu que l’on soit jeune d’esprit et que l’on consente… à écouter les paroles de sages anciens, paroles d’encouragement plus que de mises en garde.
« Si tu peux être en paix quand les autres s’affolent,
Et disent que c’est ta faute s’ils ont perdu la tête
Si tu restes confiant quand on te met en doute,
Mais laisses malgré tout les doutes s’exprimer… »
Que cette litanie de « Si » a généré de questionnements depuis 1909 ! Manu Causse‐Plisson en offre ici une nouvelle traduction, plus dans l’air du temps et sans rimes obligées.
L’ouvrage présente aussi la traduction qu’en a faite André Maurois en 1918, « véritable réinterprétation du poème en fonction de la culture et de la sensibilité de l’époque, ce qui lui donne cet élan si particulier », précise l’éditeur. En effet, voici comment André Maurois avait présenté les deux strophes ci‐dessus, qui ouvrent le poème :
« Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi ;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi… »
Les aquarelles lumineuses du Florentin Giovanni Manna donnent une respiration nouvelle au texte, parfois oniriques, parfois réalistes, pudiques et énergiques à la fois.

Dès 9 ans

Rudyard Kipling, Si… tu seras un homme, mon fils, illustrations de Giovanni Manna, Editions Plume de carotte, 2018, 32 p., 16 € — Traduit de l’anglais par Manu Causse‐Plisson.

Sabine de la Moissonière, Eduquer par le cinéma

« Le Discours d’un Roi », « Les Chariots de feu », « Fahrenheit 451 » : de grands classiques du cinéma, s’il en est, dignes de la filmothèque de tout « honnête homme » d’aujourd’hui. Mais vous souvenez‐vous de « Ciel d’Octobre », du « Club des Empereurs », de « Looking for Eric » ou de « Miracle en Alabama » ? Si vous souhaitez présenter ces films dans votre ciné‐club ou les regarder en famille, cette « filmothèque idéale » vous sera d’un précieux secours.
Sabine de la Moissonnière, professeur de lettres et formatrice en analyse filmique, a repéré plus de 300 films parus des années 1920 à aujourd’hui, qui proposent un échantillon représentatif de tous les genres cinématographiques (animation, aventure, comédie, drame, historique, western, film d’auteur…), et les a classés par grands thèmes : enfance et adolescence, relation au père, devenir soi‐même, amour et couple, justice, communauté et histoire, humour.
Plus qu’un simple catalogue, c’est un véritable manuel, qui offre au lecteur une méthodologie d’éducation au cinéma et par le cinéma et des analyses détaillées de films. Il permettra d’apporter aux collégiens et aux lycéens une culture cinématographique, des outils critiques et des pistes de réflexion. L’ouvrage propose en outre un regard chrétien sur les films étudiés, faisant de ce livre un ouvrage de référence pour les animateurs d’aumôneries.
Pour les familles, cette filmothèque permettra de choisir de bons films classiques, parfois oubliés, à destination des 10–15 ans et de passer de bons moments devant un écran ! Il n’est pas interdit aux parents de frimer un peu en évoquant la construction du film ou la symbolique de la bande‐son.

Adultes, parents, animateurs de ciné‐clubs, enseignants

Sabine de la Moissonnière, Eduquer par le cinéma, préface de Xavier Darcos, Le Centurion, 2018, 292 p., 19,90 €

Sylvain Tesson, Un été avec Homère

« L’Odyssée et l’Iliade ruissellent de photons. Les Grecs ont toujours voué un culte à la lumière. Pour son malheur, Achille devient une ombre. Sortir du soleil constitue le plus funeste destin. On ne plaisante pas avec l’astre. La lumière inonde la vie, réjouit le monde. »
Perché pendant quelques semaines sur quelque rocher solitaire des Cyclades, Sylvain Tesson s’est « posé », le temps de relire « l’Iliade et l’Odyssée à la lueur d’une ampoule alimentée par un générateur ». Une belle manière de se régénérer et de nous inviter à semblable cure de jouvence, dans l’écume et le vent ! En de brefs textes ciselés, illustrés de citations célèbres ou moins connues, il tisse et brode sur cette toile toujours recommencée qui nous raconte notre plus ancienne mémoire : dieux, hommes et héros y vivent, acceptant le sort tissé par les Parques, une chanson à la bouche. Citant les grands hellénistes – Romilly, Veyne, Vernant – mais sans pédanterie, il propose des allers et retours fort pertinents avec notre « siècle XXI », celui de l’abondance, de la démesure et de l’immédiateté. Une belle invitation aussi à renouer avec le paganisme, qui « consisterait à se tenir devant le spectacle du monde et à l’accueillir sans rien espérer », un « monde de splendeurs et de dangers ». Parce que, dans « un pétillement de calanque », « les Grecs nous renseignent sur ce que nous ne sommes pas encore devenus » : c’est là tout le miracle antique, cette « incomparable familiarité » avec ces « vers à la jeunesse immortelle ».
Ce volume reprend, sous une forme plus littéraire, la série d’émissions diffusées pendant l’été 2017 sur France Inter et permet de revenir sur les plus belles intuitions de Sylvain Tesson, très inspiré par la lecture d’Homère.

Adolescents, adultes

  • Sylvain Tesson, Un été avec Homère, Editions des Equateurs / France Inter, 2018, 252 p., 14,50 €
  • Pour l’Odyssée : traduction de Philippe Jaccottet, Ed La Découverte, 1982 – poche 2004.
  • Pour l’Iliade : traduction de Philippe Brunet, Ed du Seuil, 2010, Points, 2012

Florian Thouret, Le calendrier de l’Avent de Prune et Séraphin

1er décembre : la porte de la maison est fermée… un autocollant, et hop ! la voilà décorée d’une belle couronne, et prête à accueillir Noël, comme le précise la prière du jour : « Jésus, je t’ouvre la porte de mon cœur. » Des petits oiseaux à qui l’on offre des miettes à la croix qui s’allume en haut du clocher, du lampion qui brille, au voisin qui offre un verre de café chaud – autant de petits événements de la vie quotidienne qui préparent Noël dans les cœurs.

Ce calendrier de l’Avent comporte un triptyque cartonné costaud, deux planches de stickers repositionnables et des petites prières pour chaque jour de décembre. Chaque jour un autocollant à coller sur le numéro correspondant. Les stickers sont repositionnables : les petites mains peuvent se tromper. A commander avant le 1er décembre.

Dès 4 ans

Florian Thouret, Le calendrier de l’Avent de Prune et Séraphin, Mame, 2017, 12,90 €

Yan Marchand, Socrate président !

Imaginez la surprise de Socrate, revenu dans notre XXIe siècle pour tenter de faire valoir la justice et la paix… Qu’il est loin, le Ve siècle avant J.-C. où il philosophait sous le soleil d’Athènes ! Et pourtant, ici comme là‐bas, les hommes sont tout autant avides de vaines richesses et de discours lénifiants. Et encore plus, eh oui, quand s’annoncent des élections… présidentielles. Sur la trame du Gorgias de Platon, Yan Marchand invite le lecteur à réfléchir sur les techniques de manipulation de l’opinion, sur l’ordre social et la justice. Au terme d’une campagne effrénée, qui sera élu président, de Gorgias ou de Socrate ?
Les illustrations très colorées de Yann Le Bras sont pleines d’humour, notamment quand on voit nos deux protagonistes contempler un immense supermarché. Mais pourquoi donc avoir donné à Gorgias les traits d’un certain Donald Trump ? Est‐ce bien politiquement conforme ?

La collection des Petits Platons a pour projet d’initier les enfants dès 9 ans à la philosophie et, au‐delà de ses parutions, propose des ateliers philo.

Dès 9 ans

Yan Marchand, Socrate président !, illustrations de Yann Le Bras, Les Petits Platons, 2017, 64 p., 14 €

Sophie Lescaut, L’arbre m’a dit

« L’arbre m’a dit… qu’au début on est presque rien. » mais « qu’on peut être à la fois fort et petit », « qu’il y a plein de chemins », que l’on peut « vivre les tempêtes » et même que, parfois, « il y a de l’inacceptable », quand, ici, le renard s’enfuit avec sa proie. À chaque double page, l’arbre chante la vie dans sa beauté et sa diversité. Une réussite pour cette maison d’édition qui se lance tout juste. Et vous, que vous disent les arbres ? N’hésitez pas à leur demander leurs secrets !

Dès 3 ans

Sophie Lescaut, L’arbre m’a dit, illustrations de Than Portal, Éditions Le Grand Jardin, 2017, 24 p., 14,50 €

Zaozao Wang, La Graine du petit moine

Au cœur de l’hiver, « un maître distribua une graine de lotus à chacun de ses trois disciples : Ben l’Ardent, Jing le Studieux et An le Serein. […] Prenez‐les et faites les pousser. » Quelle vertu, de l’ardeur, de l’étude ou de la sérénité convient‐elle le mieux à la culture du lotus ? Faut‐il, comme Ben, y mettre toute son énergie, quitte à l’exprimer à contretemps ? Faut‐il tout savoir du lotus, de son histoire et de sa culture et se réfugier avec Jing dans un monde de savants déconnectés du réel ? Ou faut‐il tout simplement attendre le « bon moment » ? Le moinillon An, lui, attend patiemment le retour du printemps ; après avoir choisi un coin tranquille sur l’étang, il fait confiance à la graine pour se transformer, le jour venu, en un magnifique lotus. C’est un plaisir de suivre ces trois petits moines dans leur monastère et aux alentours, d’autant plus que illustrations de Li Huang sont charmantes, légères et poétiques.

Dès 6 ans

Zaozao Wang, La Graine du petit moine, illustrations de Li Huang, Hongfei Culture Editions, 2014, 30 p., 13,70 € — Traduit du chinois

Jean‐Luc Buquet, Hérodote le hérisson

Dans ses pérégrinations, un jeune hérisson observe les us et coutumes des animaux de la forêt : pourquoi l’ours offre‐t‐il des offrandes au pied d’un arbre ? D’où vient la légende de la Grande Renarde ? Et les hérissons, ont‐ils aussi un Grand Esprit ? Une balade philosophique qui se prêtera à diverses interprétations ; tolérer les croyances des autres, ce n’est pas forcément les faire siennes. Converser avec le renard, certes, mais bien roulé en boule, ce n’est que prudence pour un hérisson voyageur ! « On ne sait jamais ! » Pour le plaisir de l’œil, les monotypes de Jean‐Luc Buquet sont superbes, avec des angles de vue originaux et des teintes raffinées. Un album un peu cher, mais la qualité est au rendez‐vous chez cet éditeur exigeant.

Dès 4 ans

Jean‐Luc Buquet, Hérodote le hérisson, Editions courtes et longues, 2016, 52 p., 22 €

O. Henry, Le cadeau des rois mages

« Un dollar et quatre‐vingt‐sept cents. C’était tout. Soixante cents étaient d’ailleurs en pièces d’un penny. Des pennies épargnés l’un après l’autre après avoir marchandé et chez l’épicier et chez le fruitier et chez le boucher jusqu’à ce que les joues rougissent au reproche silencieux d’avarice qu’impliquait une telle attitude. Della compta et recompta trois fois cette somme. Un dollar et quatre‐vingt‐sept cents, et le lendemain, c’était le jour de Noël. » Comment faire un cadeau à Jim, son mari, avec si peu d’argent ? Et Jim, de son côté, se pose la même question : comment offrir à Della un cadeau digne de ce nom ? Alors, au moment où Della sacrifie sa longue chevelure pour payer la chaîne de montre qui manque à Jim, ce dernier vend sa montre pour offrir à Della les peignes précieux qui retiendront ses cheveux. Le « cadeau des rois mages », ce sera cette force de passer outre, témoignant d’un amour sans concessions, au‐delà de la possession dérisoire des biens matériels.
Un conte de Noël américain dans la pure tradition anglo‐saxonne.

Pour les adolescents et les adultes

O. Henry, Le cadeau des rois mages, illustré par Sonja Danowski, Minedition, 2013, 28 p., 14,20 €

Arnaud de Cacqueray, La femme au berceau

Quel est donc ce menuisier qui, dans son atelier de Bethléem, a fabriqué pour sa douce épouse un si beau berceau ? Et pourquoi donc ne vient‐il pas s’y blottir, l’enfant tant attendu ? Car « le temps passa sans leur donner d’enfant. Le berceau vide dormait dans la pénombre d’une chambre fermée. Une araignée mêlait sa toile aux dentelles de Galilée. » Bien triste début pour un conte de Noël… Mais il faut bien un peu de tristesse pour mieux comprendre la joie qui vient, alors que l’ange annonce la naissance du Sauveur. Quant à la joie du menuisier et de son épouse, à qui la Vierge Marie annonce qu’elle sera mère… Ne comptez pas sur moi pour dévoiler le prénom du « capitaine enfant [qui] dort dans sa barque légère » et « tient dans sa main un morceau de dentelle comme un pont invisible qui relie Ciel et Terre ».
Fidèlement, Arnaud de Cacqueray nous livre, cette année encore, un conte de Noël familial poétique et tendre. Il est joliment illustré, avec une naïveté toute biblique, par les Dominicaines enseignantes de Fanjeaux.

Dès 4 ans et pour toute la famille

Arnaud de Cacqueray, La femme au berceau, Via Romana, 2015, 30 p., 12 €

Claude‐Henri Rocquet, Erasme et le grelot de la Folie

« Il fut baptisé sous le nom de Gérard, en 1468 ou 1469, à Rotterdam, mais il désire aujourd’hui qu’on l’appelle Erasme, parce qu’en grec ce nom signifie le ‘désiré’, ‘l’aimé’. Qu’est-ce qui le tourmente ? La lune ? La pleine lune ? On dit qu’elle tourneboule les esprits. » Demain, le jeune homme doit prononcer un discours devant les professeurs de la Sorbonne. Sera‐t‐il alors admis comme maître ? Et voilà que Marotte se pique de lui souffler son texte…
Dans une farandole échevelée digne des plus grands carnavals, passent Saint Thomas et Diogène, les proverbes flamands – ceux du tableau éponyme de Brueghel l’Ancien – dansent avec ceux de Villon, avant de nous embarquer sur la nef des fous… Bref, impossible de reprendre son souffle avant la fin du rêve d’Erasme !
La collection des « Petits Platons » a pour vocation de faire connaître et aimer la philosophie. Les ouvrages, malgré leur petit format et leurs illustrations dynamiques, s’adressent à des collégiens et à des lycéens déjà « armés » d’une solide culture générale.
L’équipe des Petits Platons organise aussi des ateliers et des rencontres philo. Dès janvier notamment, les Petits Platons remontent sur les planches de l’Odéon à Paris pour une nouvelle saison d’ateliers philo.

Adolescents et adultes

Claude‐Henri Rocquet, Erasme et le grelot de la Folie, illustrations de Céline Le Gouail, Les Petits Platons, 2012, 64 p., 14 €

Isabel Minhos Martins, Où va‐t‐on quand on disparaît ?

Les flaques d’eau, la neige, les nuages, le bruit, tout cela disparaît. Quant aux chaussettes, mieux vaut ne pas en parler. Mais ces disparitions ne sont guère inquiétantes. Si Papa est allé chercher le journal au coin de la rue, il consolera le petit inquiet dès son retour. Mais parfois… Parfois quelqu’un que nous aimons très fort disparaît, et nous savons que nous ne le reverrons pas. Se pose alors la question de l’endroit où va le disparu – et de l’endroit où nous irons, nous, même si nous n’osons pas poser la question. Cet album très philosophique pose des questions, ne donne pas de réponse, et permet d’engager la réflexion avec les enfants.
Comme le dit très justement Isabel Minhos Martins, « pour disparaître, il faut être deux. Un qui reste, un qui disparaît ». N’est-ce pas à celui qui reste, de construire le lieu du souvenir au plus près de son cœur ?

Dès 5 ans

Isabel Minhos Martins, illustrations de Madalena Matoso, Où va‐t‐on quand on disparaît ?, Editions Notari, 2013, 40 p., 15 €