Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Nos amis les animaux

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba

« Seul Pierre ne dormait pas. Assis bien droit, les bras grands ouverts, il prenait nonchalamment le soleil, indifférent aux températures glaciales. Il se contenta de tourner brièvement la tête vers la jeune fille à son arrivée, avant de plisser les yeux, somnolent. » Pierre serait‐il un ado comme les autres ? Non, c’est un lémurien en captivité, observé par Elizabeth, une lycéenne qui se passionne pour les primates. Un changement de direction entraîne le licenciement de son gardien préféré et la disparition de certains animaux. La jeune fille décide d’intervenir dans les affaires du zoo sans savoir que son aventure la mènera jusqu’à Madagascar, où elle parviendra à résoudre une terrible énigme, celle de la disparition de son père, un éthologue reconnu.
Delphine Gosset, qui a mené des recherches sur la communication chez les primates, a su conjuguer science et fiction, dans un roman d’aventures rondement mené. Les retours en arrière, dans la vie du père de la jeune fille, construisent un bel enchaînement de surprises. Deux personnages caricaturaux apportent, l’une, une touche d’humour, avec cette tante assez foldingue, l’autre, une touche plus noire, avec cette nouvelle directrice aux ambitions prédatrices. Aux côtés d’Elizabeth, un sympathique soigneur et un jeune Malgache riches d’une empathie vécue au quotidien. Les illustrations de Mélanie Rebolj sont pleines d’humour : on y voit même Konrad, le corbeau des tours d’Elizabeth, déchirer le coin d’une page ! Car la jeune fille a aussi un corbeau apprivoisé, ainsi baptisé en l’honneur de Konrad Lorenz.

Dès 10 ans, adolescents

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba, illustrations de Mélanie Rebolj, Lucca Editions, 218, 282 p., 14 €

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes

« Louise n’a pas fermé l’œil de la nuit, obnubilée par l’image de la femelle gorille se trouvant à l’écart du groupe. Elle sait ce que c’est de se sentir à part et cela l’a donc énormément touchée. » Louise, 15 ans, en vacances dans les Hautes‐Pyrénées, vient de faire la connaissance de Jérôme. Le père du jeune homme a recueilli, dans un parc, quelques gorilles qui ont échappé aux braconniers africains. Dont Kiko, une jeune femelle rejetée par le groupe.
Louise, malentendante, communique soit par signes, soit en écrivant sur une ardoise blanche, soit en articulant quelques mots. A force de ténacité, bravant interdits et menaces, soutenue par Jérôme, la jeune fille parvient à enseigner la langue des signes à sa protégée. Une manière comme une autre aussi de dépasser les angoisses et les difficultés liées à sa quasi‐surdité.
Mais une famille de chasseurs n’admet pas que ce parc empiète sur leur territoire. Et c’est le drame…
Ce sympathique roman de formation, sans mièvrerie aucune, met en perspective le handicap, les différences, les premiers sentiments amoureux, sur fond d’une aventure hors du commun. Les cabrioles d’un petit frère farceur viennent, ici et là, alléger les pages plus sérieuses du récit.

Dès 13 ans

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes, Fleurus, coll. « Lire en grand », 2018, 286 p., 15,90 €

Eric Mathivet, Les Oiseaux !

« Le faucon pèlerin plane au‐dessus de ses proies, avant de tomber sur elles comme une bombe. Il peut alors dépasser la vitesse de 300 kilomètres / heure : c’est l’animal le plus rapide du monde ! » Il loge dans les tours et les clochers, comme ceux qui illustrent cette double page.
Cet album présente vingt autres oiseaux, leur morphologie, leur habitat et leurs habitudes, de l’adorable mésange bleue à la terrifiante harpie, en passant par le toucan au bec en banane et les piverts à la langue gluante. Les textes jouent sur les rythmes et les rimes, la typographie est aérée : tout est fait pour faciliter la lecture de ces 21 histoires vraiment surprenantes. Capucine Mazille a le chic pour donner ampleur et mouvement à cette volière aux couleurs vives et toniques.

Dès 5 ans

Eric Mathivet, Les Oiseaux !, 21 petites histoires naturelles, illustrations de Capucine Mazille, Ed du Ricochet, 2018, 40 p., 16 €

Ben Hoare, L’Anthologie illustrée des animaux fascinants

« Le long bec de l’espadon prolonge sa mâchoire supérieure et se termine en pointe, comme une épée. Tu as bien deviné, il s’en sert pour tuer ses proies, mais peut‐être pas de la façon dont tu l’imagines. » Comment fait‐il, alors, pour déguster thon et calamar, ses « casse‐croûtes préférés » ? L’espadon ne les embroche pas, il les lacère avec les bords tranchants de ce long bec avant de les gober.
Ben Hoare, rédacteur pour le magazine BBC Wildlife UK, présente ici une centaine d’animaux, certains connus comme le lion, le raton laveur ou le sapajou, ou plus étonnants, comme l’ombonie ou la viscache. Illustrations et photos complètent un texte dynamique, qui s’adresse au jeune lecteur avec sérieux et bienveillance.
La couverture brille de tout son or – et même les tranches sont dorées, comme autrefois.

Dès 7 ans

Ben Hoare, L’Anthologie illustrée des animaux fascinants, Auzou, 2018, 224 p., 19,95 € — Traduit de l’anglais par Marie Leymarie. Imprimé en Chine.

Ayano Imai, Songe dans la forêt

« Je vis un lièvre passer en courant. Il semblait porter entre les lèvres un sac dont le contenu me parut bien lourd. […] Je le suivis, très intrigué. Quelque chose tomba de son sac. Je me précipitai pour le ramasser : c’était un gland. Un gland ? Où l’emportait-il, et pourquoi ? »
Pour aller, en compagnie d’une foule d’animaux, le planter dans une lande désolée. Au réveil du narrateur, une forêt aura poussé, redonnant vie au désert. Cette fable écologique n’est pas sans rappeler « L’Homme qui plantait des arbres » de Jean Giono. La présence active des animaux donne au récit un dynamisme qui convaincra les petits. Revenue au Japon après des études aux Etats‐Unis, Ayano Imai s’inspire ici avec bonheur des traditions picturales japonaises et européennes : son lièvre est un hommage à Dürer, tandis que de nombreux animaux sortent tout droit d’un paravent nippon.

Dès 4 ans

Ayano Imai, Songe dans la forêt, Minedition, 2018, 14,20 € — Traduit du japonais par Julie Duteil. Imprimé en Chine.

Julia Donaldson et Axel Scheffler, Jouons à cache‐cache

« Jouons à cache‐cache ! dit Poulette. D’accord, c’est moi qui compte, dit Cochonnette.
1, 2, 3, 4, 5… Attention, j’arrive ! »
Qui verra le bec jaune en premier ? Cochonnette, ou le petit lecteur de cet album cartonné ? Et pour savoir qui appartient ce bec jaune, il suffit d’ouvrir le portail bleu – qui s’ouvre « pour de vrai ». La partie de cache‐cache se poursuit, jusqu’à ce que la fine équipe se retrouve autour du panier du goûter, dans lequel se cache Poulette, la gagnante du jeu. Les créateurs du célèbre Gruffalo ont habillé les animaux familiers pour cet album à rabats – une manière amusante de faire jouer aussi le petit lecteur. Et de continuer dans le jardin ?

Dès 18 mois

Julia Donaldson et Axel Scheffler, Jouons à cache‐cache, Gallimard Jeunesse, coll. « Les surprises du Bois‐Fleuri », 2018, 12 p. cartonnées, 9,90 € — Traduit de l’anglais

Alicia Quillardet, Une vie de manchot

« BOUUH ! Qu’il fait froid ! Tiens ! Que voit‐on au loin ? Des petits messieurs en costumes noir et blanc ? » Ce sont des manchots, ces drôles d’oiseaux qui ne volent pas. Qui gobent des petits poissons, sont des champions de natation, marchent à la queue leu leu et rassemblent leurs petits dans des « micro‐crèches ». Les illustrations de cet album sont particulièrement réussies : une ligne claire, du mouvement, des bleus et des gris sur lesquels se détachent des silhouettes souvent comiques en noir, blanc et orangé, un régal pour les yeux. Le texte, informatif, est aussi tout en mouvement grâce à un répertoire d’onomatopées que les enfants répéteront à l’envie : PRAK PRAK PRAK !

Dès 3 ans

Alicia Quillardet, Une vie de manchot, Les Editions du Ricochet, coll. « Une vie de… », 2018, 32 p., 12 € — Imprimé en Pologne.

Sébastien Pelon, Caché dans la forêt

« Rien ne bouge. La forêt paraît endormie. Et pourtant… Toc toc toc ! Entends‐tu ce bruit ?» Qui se cache sous ce rabat découpé ? Le pic‐vert, grand amateur de fourmis « qu’il attrape en enfilant sans langue longue et collante dans les galeries » — Beurk ! Mais il est si joli avec son « bonnet » rouge et sa livrée mi‐partie verte et jaune ! Après le pic vert, découvrons un écureuil, un cloporte, un pince‐oreille, un mille‐pattes, un faon et un hérisson. Une belle manière d’initier les petits aux secrets de la forêt et à l’observation silencieuse de ses habitants.

Dès 2 ans

Sébastien Pelon, Caché dans la forêt, Editions Amaterra, coll. « La nature cachée », 2018, 24 p., 14,90 € — Du même auteur, dans la même collection : Caché dans la prairie.

Marcel Aymé, Les boîtes de peinture

« Un matin de vacances, Delphine et Marinette s’installèrent dans le pré, derrière la ferme, avec leurs boîtes de peinture. Les boîtes étaient toutes neuves. […]
– Bonjour, les petites. Qu’est-ce que vous faites avec ces boîtes ?
Marinette lui répondit qu’elles se préparaient à peindre et lui donna toutes les explications qu’il souhaita.
– Si tu veux, ajouta‐t‐elle, je vais faire ton portrait.
– Oh ! oui, je veux bien, dit l’âne. Nous, les bêtes, on n’a guère l’occasion de se voir tel qu’on est.
Marinette fit poser l’âne de profil et se mit à peindre. De son côté, Delphine entreprit le portrait d’une sauterelle qui se reposait sur un brin d’herbe. Appliquées, les petites travaillaient en silence, tirant la langue du côté où penchaient leurs têtes. »
Peindre, certes, mais réussir un portrait, ce n’est pas si facile… surtout quand la malice de Marcel Aymé s’en mêle et intervertit les qualités des animaux de la ferme avec celles de leurs reproductions maladroites ! L’âne trébuche sur ses deux pattes, la sauterelle disparaît dans la verdure, le cheval est plus petit que le coq, et les deux bœufs blancs, peints sur une feuille blanche, ont bel et bien disparu…
Un des plus célèbres Contes du Chat perché, illustré ici avec humour et tendresse par les bois gravés de May Angeli, dans une belle mise en page, très lisible.

Et si vos enfants veulent s’initier à la linogravure avec May Angeli, la bibliothèque Vaclav Havel (Paris 75012) propose un atelierhttps://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/56490/atelier-gravure-sur-bois-avec-may-angeli?_lg=fr-FR le 27 octobre prochain.

Dès 6 ans

Marcel Aymé, Les Boîtes de peinture, bois gravés de May Angeli, Les Editions des Elephants, 2018, 48 p., 15 €. Imprimé au Portugal.

Yuval Zommer, Nos incroyables bêtes sauvages autocollantes

« Place des bébés phacochères en file indienne devant la maman pour aller récupérer leur petit frère perdu. » « Les tatous ont une langue longue et collante pour vite attraper les fourmis et autres insectes. Colle des fourmis sur les langues de ces tatous affamés. » Collages, labyrinthes, jeu des différences… Autant d’activités sur le thème des animaux sauvages. Quelques crayons de couleur, les autocollants fournis et « une imagination indomptable », voilà de belles heures de jeu en perspective.

Dès 5 ans

Yuval Zommer, Nos incroyables bêtes sauvages autocollantes, Glénat Jeunesse, coll. « Coloriages et activités », 2018, 56 p., 9,99 €. Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine. Avec plus de 500 stickers repositionnables.

Quand la Lune descendit sur Terre, contes mansis – Forêts de Sibérie occidentale

Pourquoi l’écureuil a‐t‐il le dos rayé ? Pourquoi le lièvre a‐t‐il les lèvres coupées, de longues oreilles et une petite queue ? Comment le corbeau est‐il devenu noir ? Le peuple mansi, qui vit sur les rives du fleuve Ob, en Sibérie occidentale, a sa petite idée sur ces questions bien embarrassantes…
Les enfants apprécieront qu’on leur lise à haute voix ces contes pleins d’humour ; certains parlent de lieux étranges : la taïga, la maison de Topal‐Oïka, des lacs et des forêts impénétrables ; d’autres sont étonnamment proches de nos contes. « La grand‐mère juste » est un lointain écho des « Fées » de Perrault ; « Se punir soi‐même » se chanterait bien sur l’air de notre « La chèvre veux pas sortir du chou » ; et « Le petit pain » évoque une certaine galette qui roule, qui roule, qui roule…
Charlotte Boucault a traduit 18 contes mansi avant de se rendre dans la région de Khanty‐Mansiisk, où elle a pu rencontrer les éleveurs de rennes et – peut‐être – quelque chaman. Quant à Jüri Mildeberg, il est estonien et ses dessins sont aussi fantaisistes que chargés de sens, pour qui sait les décrypter.

Dès 6 ans (lecture par un adulte) et dès 10 ans pour lire tout seul.

Quand la Lune descendit sur Terre, contes mansis – Forêts de Sibérie occidentale, traduction de Charlotte Boucault, illustrations de Jüri Mildeberg, Editions Borealia, 2018, 80 p., 13 €

Smitri Prasadam‐Halls, le Loup

« Majestueux et féroce, fier et fort, le loup a toujours été une source de fascination, mais aussi de peur. Véloce, intelligent et doté d’une force impressionnante, il est réputé pour ses talents de chasseur et son hurlement terrifiant. » Fascinant, le loup le sera encore plus après la lecture de cet album : vie en meute, « codes secrets », appels obsédants, techniques de chasse, territoires… Jonathan Woodward, spécialiste de la vie sauvage, a illustré cet album avec beaucoup de raffinement. Ses collages de papiers colorés ajoutent de la poésie à l’aspect documentaire des dessins.

Dès 5 ans

Smitri Prasadam‐Halls, Le Loup, illustrations de Jonathan Woodward, Glénat Jeunesse, Coll. « Histoire naturelle », 2017, 48 p., 16, 95 €. Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine