Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Nos amis les animaux

Feridun Oral, La Pomme des neiges

Un petit lapin bien affamé sortit de son terrier et « la neige avait tout enseveli sous son grand manteau blanc ». Rien à se mettre sous la dent ? Si… une jolie pomme rouge, tout là‐haut dans son pommier… Comment l’attraper ? L’ours, le renard et la souris viennent à la rescousse de notre lapin, et chacun aura droit à un joli quartier de cette « grosse pomme bien juteuse ». Un joli conte d’hiver sur l’entraide et le partage, illustré de manière très classique, avec une touche d’humour et de fantaisie.

Dès 3 ans

Feridun Oral, La Pomme des neiges, Minedition, Format album : 2010, 30 p., 14,20 € ou plus petit format, 2016, 8,40 € — Traduit du turc par Julie Duteil.

Emilie Vast, Moi, j’ai peur du loup

Deux lapins discutent dans la nuit.
« Je peux te dire un secret ? Moi, j’ai peur du Loup.
– Ah oui ! Pourquoi ?
– Parce qu’il a de grandes dents !
– Mais non, c’est le… morse qui a de grandes dents ! »
Au fil des pages, l’un des lapins – oreilles baissées, yeux effarouchés — égrène les éléments qui font du loup un animal effrayant. Son compagnon – oreilles dressées et stature rassurante — attribue ces terribles yeux, dents, oreilles, queue… à un animal différent et surtout inoffensif – foi de lapin. Quand apparaît le dessin de l’animal imaginé, le collage est si drôle que la peur s’envole et laisse la place au rire. Faut‐il avoir encore peur du loup ?
Cette fable aidera les petits non seulement à surmonter leurs peurs, mais aussi à passer outre les atermoiements et autres autocensures souvent inconscientes. Les illustrations stylisées, douces et poétiques d’Emilie Vast — lignes pures, couleurs en aplat et contrastes — sont toujours aussi subtiles, comme le montre cet extrait.

Dès 3 ans

Emilie Vast, Moi, j’ai peur du loup, MeMo, 2018, 52 p., 13 €

Dashka Slater, Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf

« Pourquoi est‐ce que certaines chansons nous rendent tristes ? Où va le soleil lorsqu’il disparaît dans l’océan ? Comment naît une amitié ? » Que de questions difficiles pour Marco le Renard ! D’autant plus que la seule réponse des autres renards tient en une phrase : « Y a‐t‐il un rapport avec la blanquette de poulet ? » Une phrase qui risque de devenir un refrain … Alors, pour y échapper, une seule solution : embarquer sur le bateau‐cerf. Un bateau magique, qui tient de la goélette et du snakkar, dont on se demande si l’équipage est sorti de l’arche de Noé – mais une arche sans Noé ni sa tribu – ou d’un bateau corsaire. Un bateau magique, donc, et un voyage onirique, conté avec fantaisie par Dashka Slater et guidé par le pinceau des Fan Brothers, Eric et Terry Fan. Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf, c’est aussi un conte philosophique, à la recherche de l’essentiel.

Dès 5 ans

Dashka Slater, Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf, illustrations de The Fan Brothers, Little Urban, coll. « Fabuleux voyage », 2018, 13,50 € — traduit de l’anglais par Véronique Mercier‐Gallay. Imprimé en Chine.

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc

« Kotick, le baby de Matkah, naquit […] tout en tête et en épaules, avec de pâles yeux bleus couleur d’eau, comme sont les tout petits phoques ; mais il y avait quelque chose dans la teinte de son pelage qui le fit examiner de très près par sa mère :
— Sea Catch, dit‐elle enfin, notre baby va être blanc !
— Coquilles vides et goémon sec ! éternua Catch, il n’y a jamais eu au monde rien qui ressemblât à un phoque blanc. »
Le jeune Kotick, héros du récit, découvre un jour que les hommes abattent ses congénères par centaines, par milliers. Un long, très long voyage initiatique va lui permettre de trouver une île « où les hommes ne viennent jamais ». Reste à convaincre les autres phoques que cette île n’est pas née de son imagination, qu’elle existe vraiment, et qu’il est possible d’y couler des jours heureux… Le Phoque blanc, ce conte né dans la mer de Behring, fait partie du Livre de la Jungle – qui est loin de se réduire à la seule histoire de Mowgli. Les éditions Magellan ont eu la riche idée de republier la version originale de cette nouvelle, illustrée des somptueux bois gravés de Maurice de Becque, dans la traduction historique de Louis Fabulet et Robert d’Humières. Cet album fera un cadeau apprécié, car il est de plus relié d’une belle couverture cartonnée.

Dès 10 ans

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc, illustrations de Maurice de Becque, Magellan et Cie, coll. « Les P’tits Magellan », 2018, 48 p., 15 €. Première traduction originale par Louis Fabulet et Robert d’Humières. Imprimé en France.

Olivia Cosneau, Jument, que caches‐tu ?

« Que caches‐tu, la brebis ? Je cache deux agneaux » — que l’enfant découvre en soulevant un petit volet – enfin, un « flap ». Et la jument, le hibou, le chat, la cane… combien de petits cachent‐ils ? De 1 à 9, c’est selon ! Chut, c’est presque un secret. Une initiation toute douce au dénombrement, avec ces animaux blottis bien au chaud près de leur maman.

Dès 18 mois

Olivia Cosneau, Jument, que caches‐tu ?, Hélium, coll. « Un livre à flaps », 2018, 18 p. cartonnées, 11,90 € — Imprimé en Chine

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba

« Seul Pierre ne dormait pas. Assis bien droit, les bras grands ouverts, il prenait nonchalamment le soleil, indifférent aux températures glaciales. Il se contenta de tourner brièvement la tête vers la jeune fille à son arrivée, avant de plisser les yeux, somnolent. » Pierre serait‐il un ado comme les autres ? Non, c’est un lémurien en captivité, observé par Elizabeth, une lycéenne qui se passionne pour les primates. Un changement de direction entraîne le licenciement de son gardien préféré et la disparition de certains animaux. La jeune fille décide d’intervenir dans les affaires du zoo sans savoir que son aventure la mènera jusqu’à Madagascar, où elle parviendra à résoudre une terrible énigme, celle de la disparition de son père, un éthologue reconnu.
Delphine Gosset, qui a mené des recherches sur la communication chez les primates, a su conjuguer science et fiction, dans un roman d’aventures rondement mené. Les retours en arrière, dans la vie du père de la jeune fille, construisent un bel enchaînement de surprises. Deux personnages caricaturaux apportent, l’une, une touche d’humour, avec cette tante assez foldingue, l’autre, une touche plus noire, avec cette nouvelle directrice aux ambitions prédatrices. Aux côtés d’Elizabeth, un sympathique soigneur et un jeune Malgache riches d’une empathie vécue au quotidien. Les illustrations de Mélanie Rebolj sont pleines d’humour : on y voit même Konrad, le corbeau des tours d’Elizabeth, déchirer le coin d’une page ! Car la jeune fille a aussi un corbeau apprivoisé, ainsi baptisé en l’honneur de Konrad Lorenz.

Dès 10 ans, adolescents

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba, illustrations de Mélanie Rebolj, Lucca Editions, 218, 282 p., 14 €

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes

« Louise n’a pas fermé l’œil de la nuit, obnubilée par l’image de la femelle gorille se trouvant à l’écart du groupe. Elle sait ce que c’est de se sentir à part et cela l’a donc énormément touchée. » Louise, 15 ans, en vacances dans les Hautes‐Pyrénées, vient de faire la connaissance de Jérôme. Le père du jeune homme a recueilli, dans un parc, quelques gorilles qui ont échappé aux braconniers africains. Dont Kiko, une jeune femelle rejetée par le groupe.
Louise, malentendante, communique soit par signes, soit en écrivant sur une ardoise blanche, soit en articulant quelques mots. A force de ténacité, bravant interdits et menaces, soutenue par Jérôme, la jeune fille parvient à enseigner la langue des signes à sa protégée. Une manière comme une autre aussi de dépasser les angoisses et les difficultés liées à sa quasi‐surdité.
Mais une famille de chasseurs n’admet pas que ce parc empiète sur leur territoire. Et c’est le drame…
Ce sympathique roman de formation, sans mièvrerie aucune, met en perspective le handicap, les différences, les premiers sentiments amoureux, sur fond d’une aventure hors du commun. Les cabrioles d’un petit frère farceur viennent, ici et là, alléger les pages plus sérieuses du récit.

Dès 13 ans

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes, Fleurus, coll. « Lire en grand », 2018, 286 p., 15,90 €

Eric Mathivet, Les Oiseaux !

« Le faucon pèlerin plane au‐dessus de ses proies, avant de tomber sur elles comme une bombe. Il peut alors dépasser la vitesse de 300 kilomètres / heure : c’est l’animal le plus rapide du monde ! » Il loge dans les tours et les clochers, comme ceux qui illustrent cette double page.
Cet album présente vingt autres oiseaux, leur morphologie, leur habitat et leurs habitudes, de l’adorable mésange bleue à la terrifiante harpie, en passant par le toucan au bec en banane et les piverts à la langue gluante. Les textes jouent sur les rythmes et les rimes, la typographie est aérée : tout est fait pour faciliter la lecture de ces 21 histoires vraiment surprenantes. Capucine Mazille a le chic pour donner ampleur et mouvement à cette volière aux couleurs vives et toniques.

Dès 5 ans

Eric Mathivet, Les Oiseaux !, 21 petites histoires naturelles, illustrations de Capucine Mazille, Ed du Ricochet, 2018, 40 p., 16 €

Ben Hoare, L’Anthologie illustrée des animaux fascinants

« Le long bec de l’espadon prolonge sa mâchoire supérieure et se termine en pointe, comme une épée. Tu as bien deviné, il s’en sert pour tuer ses proies, mais peut‐être pas de la façon dont tu l’imagines. » Comment fait‐il, alors, pour déguster thon et calamar, ses « casse‐croûtes préférés » ? L’espadon ne les embroche pas, il les lacère avec les bords tranchants de ce long bec avant de les gober.
Ben Hoare, rédacteur pour le magazine BBC Wildlife UK, présente ici une centaine d’animaux, certains connus comme le lion, le raton laveur ou le sapajou, ou plus étonnants, comme l’ombonie ou la viscache. Illustrations et photos complètent un texte dynamique, qui s’adresse au jeune lecteur avec sérieux et bienveillance.
La couverture brille de tout son or – et même les tranches sont dorées, comme autrefois.

Dès 7 ans

Ben Hoare, L’Anthologie illustrée des animaux fascinants, Auzou, 2018, 224 p., 19,95 € — Traduit de l’anglais par Marie Leymarie. Imprimé en Chine.

Ayano Imai, Songe dans la forêt

« Je vis un lièvre passer en courant. Il semblait porter entre les lèvres un sac dont le contenu me parut bien lourd. […] Je le suivis, très intrigué. Quelque chose tomba de son sac. Je me précipitai pour le ramasser : c’était un gland. Un gland ? Où l’emportait-il, et pourquoi ? »
Pour aller, en compagnie d’une foule d’animaux, le planter dans une lande désolée. Au réveil du narrateur, une forêt aura poussé, redonnant vie au désert. Cette fable écologique n’est pas sans rappeler « L’Homme qui plantait des arbres » de Jean Giono. La présence active des animaux donne au récit un dynamisme qui convaincra les petits. Revenue au Japon après des études aux Etats‐Unis, Ayano Imai s’inspire ici avec bonheur des traditions picturales japonaises et européennes : son lièvre est un hommage à Dürer, tandis que de nombreux animaux sortent tout droit d’un paravent nippon.

Dès 4 ans

Ayano Imai, Songe dans la forêt, Minedition, 2018, 14,20 € — Traduit du japonais par Julie Duteil. Imprimé en Chine.

Julia Donaldson et Axel Scheffler, Jouons à cache‐cache

« Jouons à cache‐cache ! dit Poulette. D’accord, c’est moi qui compte, dit Cochonnette.
1, 2, 3, 4, 5… Attention, j’arrive ! »
Qui verra le bec jaune en premier ? Cochonnette, ou le petit lecteur de cet album cartonné ? Et pour savoir qui appartient ce bec jaune, il suffit d’ouvrir le portail bleu – qui s’ouvre « pour de vrai ». La partie de cache‐cache se poursuit, jusqu’à ce que la fine équipe se retrouve autour du panier du goûter, dans lequel se cache Poulette, la gagnante du jeu. Les créateurs du célèbre Gruffalo ont habillé les animaux familiers pour cet album à rabats – une manière amusante de faire jouer aussi le petit lecteur. Et de continuer dans le jardin ?

Dès 18 mois

Julia Donaldson et Axel Scheffler, Jouons à cache‐cache, Gallimard Jeunesse, coll. « Les surprises du Bois‐Fleuri », 2018, 12 p. cartonnées, 9,90 € — Traduit de l’anglais

Alicia Quillardet, Une vie de manchot

« BOUUH ! Qu’il fait froid ! Tiens ! Que voit‐on au loin ? Des petits messieurs en costumes noir et blanc ? » Ce sont des manchots, ces drôles d’oiseaux qui ne volent pas. Qui gobent des petits poissons, sont des champions de natation, marchent à la queue leu leu et rassemblent leurs petits dans des « micro‐crèches ». Les illustrations de cet album sont particulièrement réussies : une ligne claire, du mouvement, des bleus et des gris sur lesquels se détachent des silhouettes souvent comiques en noir, blanc et orangé, un régal pour les yeux. Le texte, informatif, est aussi tout en mouvement grâce à un répertoire d’onomatopées que les enfants répéteront à l’envie : PRAK PRAK PRAK !

Dès 3 ans

Alicia Quillardet, Une vie de manchot, Les Editions du Ricochet, coll. « Une vie de… », 2018, 32 p., 12 € — Imprimé en Pologne.