Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Contes, légendes et fééries

Chloé Chauveau, La Moufle

Brr, qu’il fait froid… Et voilà qu’un galopin perd sa moufle dans la neige. « La moufle de laine rouge, encore toute chaude, fut vite repérée par une souris, qui passait en trottinant sur se petites pattes gelées.
— Oh, un abri tout chaud, quel coup de pot ! s’époustoufla-t-elle. »
Et voilà notre souris logée dans la moufle. Passent ensuite le lapin, le renard et le sanglier, et chacun, en se tassant « un peu » trouve sa place à l’abri. Jusqu’à ce qu’une petite fourmi demande aussi asile…
Ce conte russe traditionnel est ici adapté pour les toutes petites menottes, à un tout petit prix. Mais pas question pour autant de perdre ses moufles dans la neige !

Avant 3 ans

Chloé Chauveau, La Moufle, illustrations de Céline Bielak, Lito, coll. « Minicontes classiques », 2017, 12 p., 1,99 €

S. Corinna Bille, Petits Contes de Noël

« J’aimais beaucoup la maison de ma grand-mère. C’était une drôle de maison tellement pleine de choses qu’il n’y avait plus place pour un seul grain de poussière, disait-elle. Mais j’aimais par-dessus tout la crèche de verre. » A force de la regarder de loin, puis de (trop) près, voilà que la fillette « toucha la vitre qui vola en éclats. Complètement abasourdie, » elle se retrouva… dans la crèche, à s’entretenir avec Joseph et Marie. Ou n’est-elle que tombée de la chaise ? De ces neuf petits contes de Noël se dégage une douce nostalgie : en hiver, il fait froid, on peut tomber malade, attendre la neige ou se perdre dans la nuit. On peut aussi rêver de ne plus être seul, ou ne pas vouloir rester dans son carton comme cette si belle poupée. Et sous la plume de Corinna Bille (1912–1979), même le Père Noël photographe des grands magasins a droit à notre bienveillance… Certains contes se prêteront fort bien à une lecture à voix haute devant la cheminée.

Dès 12 ans –certains contes sont à lire à voix haute en famille

Corinna Bille, Petits Contes de Noël, illustrations de Hannes Binder, La Joie de Lire, coll. « La petite bibliothèque de S. Corinna Bille », 78 p., 14,90 € — Imprimé en Lettonie

 

Beatrix Potter, Le Petit Chaperon rouge

« Il était une fois, dans un village, la plus adorable des petites filles. […] Sa mère avait cousu pour elle un joli petit chaperon de flanelle rouge. Avec ses boucles brunes au milieu de tout ce rouge, l’enfant ressemblait à un coquelicot. […] tout le monde l’appelait par ce nom : le Petit Chaperon rouge. » Et bien sûr, elle alla porter à sa Grand-Mère un petit pot de beurre… Beatrix Potter reste fidèle au conte de Perrault, tout en brodant quelques détails very british. Suspens et horreur sont au-rendez-vous, dans la verte campagne anglaise si joliment dessinée par Helen Oxenbury. Potagers, prairies fleuries, tea time… oui mais, il y a aussi un loup, « peu recommandable », selon l’illustratrice qui s’est prise au jeu de dessiner un loup « famélique et fourbe au début » et la panse bien remplie à la fin. Car c’est bien « ainsi [que] finit le Petit Chaperon rouge ». Croquée, tout comme sa grand-mère.

Dès 4 ans

Beatrix Potter, Le Petit Chaperon rouge, illustrations d’Helen Oxenbury, L’École des Loisirs, coll. « Kaleidoscope », 2019, 46 p., 13,50 € — Imprimé en Chine. Traduit de l’anglais.

Comptines de la mère l’oie, illustrées par Gérard DuBois

« Humpty Dumpty sur un mur en pierre
Humpty Dumpty est tombé par terre
Ni les chevaux ni les valets du roi
Ne purent jamais remettre Humpty droit »
Partons en voyage au pays du non-sense ! Humpty Dumpty y croise Tweedledum et Tweedledee, un moineau, un corbeau, un lion, une licorne – mais tout cela ne nous dit pas « qui a tué le rouge-gorge »… Gérard DuBois a accepté les contraintes de la collection : une semaine et quatre couleurs, pour illustrer ces comptines venues d’outre-Manche. Il a choisi du bleu, du jaune, de l’orangé et un gris-brun terre d’ombre, ce qui donne un petit côté suranné à ces Nursery Rhymes parfois cocasses, parfois cruelles, toujours incongrues.

Dès 5 ans

Comptines de la mère l’oie, illustrées par Gérard DuBois, traduites et adaptées de l’anglais par Christian Demilly, Grasset Jeunesse, « La Collection », 2019, 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Lydéric Landry, Le cartable d’Ollie

Pour son anniversaire, Ollie reçoit un cartable de sa marraine. Une de ces vieilles mallettes dont mêmes les docteurs ne se servent plus ! Qu’il est moche ! Et pourtant, sa maman la persuade de l’utiliser une fois, rien qu’une fois… Ses camarades se moquent de la fillette, et voilà qu’il se passe des trucs bizarres, lors de cette journée d’école… Un premier roman idéal pour ceux qui commencent à lire tous seuls.

Dès 7 ans

Lydéric Landry, Le cartable d’Ollie, Editions Liber Invictus, 2019, 46 p., 4 € — Imprimé en Pologne. A commander ici.

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence

« Réveillez-vous, bergers tendez l’oreille,
Ouvrez les yeux : tout le ciel est en feu !
A la clarté du firmament qui brille ;
Le fils de Dieu est né cette nuit.
Jamais annonce plus belle n’aura plus beau matin. »
Ainsi chante le chœur invisible des anges au lever du rideau. Car cette Pastorale provençale est un véritable spectacle, ou plus exactement un « Mystère » traditionnel. Rédigée au XIXe siècle par Antoine Maurel (1815–1897), cette Pastorale se joue encore à la Noël, en français (comme ici), ou en provençal.
C’est le texte le plus important de ce recueil consacré aux plus beaux Noëls de Provence. On y retrouvera donc avec plaisir des textes de Frédéric Mistral et d’Alphonse Daudet, de moins célèbres et même de charmants poèmes anonymes, «  du temps que les pâtres chantaient ». Alors, pourquoi ne pas s’aider de ses merveilleux Noëls pour préparer un spectacle familial ou scolaire, à jouer devant la crèche ?

Dès 12 ans et pour toute la famille

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2019, 270 p., 19 € — Imprimé en France

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam

« Dans une vallée de Germanie riche en vignes et en châteaux, vivait une paysanne prénommée Giselle », ainsi débutent le conte et le célèbre ballet d’Adolphe Adam. Une si jolie paysanne qu’elle fait battre le cœur du garde-chasse Hilarion mais aussi celui d’un villageois « qui se faisait appeler Loys ». Quand est levé le mystère de ce beau Loys, c’est le drame… Un drame d’amour, symbole de la danse romantique : quelle danseuse étoile n’a jamais rêvé d’incarner Giselle ? Giselle, non seulement va mourir d’amour, mais elle va être accueillie par la reine des Wilis. De bien étranges créatures, ces fiancées mortes avant le jour de leurs noces…
Ce livre-disque réunit une superbe équipe : le texte de Pierre Coran est lu par la voix envoûtante de Natalie Dessay. Il est illustré par le pinceau coloré d’Olivier Desvaux – si coloré qu’on se croirait plus en Provence qu’en Courlande ! Enfin, les morceaux choisis par Marc Dumont sont interprétés par l’orchestre symphonique de Londres sous la baguette du chef d’orchestre Anatole Fistourali : fête paysanne, valses, musiques de chasse…
Un superbe cadeau à écouter et réécouter – et pas seulement pour les ballerines en herbe !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam, illustrations d’Olivier Desvaux, voix de Natalie Dessay, Didier Jeunesse, 2019, 48 p. + 1 CD, 23,80 € — Imprimé en Italie. Un code permet d’écouter l’album en ligne.

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva

« Maintenant, Kitty, si tu veux bien m’écouter, au lieu de jacasser sans arrêt, je vais te dire tout ce que j’imagine à propos de la Maison du Miroir. D’abord, il y a la pièce que tu peux voir dans la glace… Elle est exactement semblable à notre salon, mais les objets y sont inversés », explique Alice à Kitty, la minette noire. Mais était-ce vraiment de la faute de la minette si Alice a décidé de passer de l’autre côté de ce miroir ? Un autre côté intrigant, magique, déstabilisant… Elle va y croiser la route de Fleurs qui parlent, d’un Scarabée et d’un Bouc voyageant en train, de Twideuldeume et Twideldie, d’un Lion, d’une Licorne, d’Hempty Deumty et de tant d’autres ! Autant d’épisodes qui se jouent sur un échiquier dont les Rois et les Reines, tant blancs que rouges, sont prêts à tout pour faire perdre Alice !
Dans ce roman paru en 1871, Lewis Carroll joue en maître avec les mots : non-sens et humour anglais sont au rendez-vous ! N’oublions pas qu’il était mathématicien et professeur de… logique, une logique dont il prend ici le contrepied avec un talent des plus surréalistes. Ce texte étonnant sera d’autant plus apprécié des enfants qu’il leur sera lu par un adulte, qui saura prendre le temps de commenter les épisodes les plus complexes. Les joueurs d’échecs seront ravis de lire la préface de Noël 1896, avec l’explication de la partie imaginée par Lewis Carroll ! La qualité des illustrations et de la fabrication justifie le prix de cet album, grand classique s’il en est de la littérature de jeunesse anglo-saxonne.

Dès 7 ans en lecture accompagnée – Dès 10 ans en lecture indépendante

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva, illustrations de Nicole Claveloux, Grasset Jeunesse, 2019, 98 p., 25 € — Traduit de l’anglais par Henri Parisot. Couverture reliée. Imprimé en Espagne. Réédition du texte paru en 1969 chez Flammarion.

D’après les frères Grimm, Le loup et les sept chevreaux

« Il était une fois une maman chèvre qui avait sept petits. Un jour, elle voulut aller faire des provisions.
Elle rassembla ses chevreaux et leur dit :
— Pendant mon absence, méfiez-vous du loup ! C’est un coquin qui pourrait se déguiser pour vous tromper. »
Si Maman chèvre est une maman moderne, en pantalon (petit détail qui ne change rien à l’histoire !), les ruses du loup sont toujours les mêmes : de la craie pour adoucir sa voix (beurk !), de la farine pour blanchir sa patte… Quant au petit dernier, il se cache toujours dans le ventre de l’horloge et aide sa maman à délivrer frères et soeurs. Une adaptation fidèle du conte, facile à lire à haute voix, des dessins simples (mais pas simplistes) d’Olivier Latyk, une couverture cartonnée et du papier épais et résistant : longue vie à maman chèvre et à ses chevreaux, qui, les émotions passées, profiteront du jardin pour gambader et lire – d’autres contes de Grimm ?

Dès 2 ans

D’après les frères Grimm, Le loup et les sept chevreaux, illustrations d’Olivier Latyk, adaptation d’Anne Kalicky, Père Castor, coll. « Les petits contes du Père Castor », 2019, 24 p., 5,95 €.

Françoise Rachmuhl, Déméter la généreuse

Françoise Rachmuhl, Déméter la généreuse

« Les paupières d’Hadès clignotent, Poséidon cherche des yeux la mer. Les trois déesses [Héra, Hestia et Déméter] sourient, conscientes de leur beauté. Déméter, surtout, rayonne, offrant à la lumière sa face encore enfantine, ses joues rondes, son regard clair, sa chevelure blonde ébouriffée. » Quelques instants auparavant, les jeunes dieux étaient encore prisonniers de Cronos, mais son estomac n’a pas digéré la potion concoctée par Zeus. La jeune Déméter a vite choisi son domaine : à elle tout ce qui pousse dans la nature, les arbres, les fleurs, le blé… Mais un triste jour, Perséphone, la fille de Déméter, a disparu. La jeune fille a été enlevée par Hadès, qui l’a épousée…  Sur terre, plus rien ne pousse, la famine menace les hommes. Rhéa, la déesse mère, trouvera un compromis : Perséphone passera l’hiver aux Enfers  auprès d’Hadès, son époux, et l’été sur terre, avec sa mère. Les saisons sont nées. Françoise Rachmuhl sait faire partager sa parfaite connaissance du monde antique. Ce roman mythologique est pétillant d’humour et de joie de vivre, et, tout primesautier qu’il est, reste d’une fidélité exemplaire aux textes anciens.

Dès 9 ans

Françoise Rachmuhl, Déméter la généreuse, Flammarion Jeunesse, 2016, 96 p., 5,90 €

La fabrique des contes, une exposition du Musée d’ethnographie de Genève

Connaissez-vous le conte de l’ours amoureux ? Celui de la vigne et du vin ? Celui du pantalon du diable ? Peut-être celui du pêcheur, de sa femme et du poisson d’or ? Eh oui, notre trésor de contes européens ne se limite pas à Cendrillon et au Petit Chaperon rouge ! C’est le pari réussi de l’exposition « La fabrique des contes » qui se tient au Musée d’ethnographie de Genève, jusqu’au 5 janvier 2020 : nous faire prendre conscience de notre patrimoine immatériel le plus ancien.
Il était une fois… Entrons dans ces petits « théâtres de l’imaginaire » recréés autour de ces huit contes : lanterne magique, dioramas, miroirs, illusions d’optique et changements d’échelle permettent de s’immerger véritablement dans l’histoire et de s’affranchir des règles du monde réel. Quatre illustrateurs livrent leur vision des contes à travers des dessins, des peintures et de superbes papiers découpés. Des objets tirés des collections européennes du Musée permettent de leur donner vie : fuseaux finlandais, broderies roumaines, figurines votives en pain venues de Sardaigne, jusqu’à une faux — brrrr, serait-ce celle de la Mort marraine ? De multiples écouteurs permettent d’entendre conter. Les enfants comme les parents trouveront donc beaucoup de plaisir à se laisser conduire dans ce monde enchanté des contes. Oui, les petits verront la (vraie ?) cape du Petit Chaperon rouge ! Et les adultes feront la connaissance des cantastorie siciliens.
Le catalogue, destiné aux adultes, contient des versions plus longues des contes, dans une langue actuelle (parfois un peu trop actuelle…) due au dramaturge Fabrice Melquiot. Il se termine par une série d’articles ethnologiques.

Pour toute la famille

La Fabrique des contes, une exposition du Musée d’ethnographie de Genève, jusqu’au 5 janvier 2020.
Catalogue : La Fabrique des contes, coédition du MEG et des Éditions La Joie de lire, 2019, 192 p., 39 CHF.

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours

« Le roi des ours, Léonce, était allé ramasser des champignons avec son jeune fils Tonin, deux chasseurs avaient enlevé l’enfant. Le père s’étant éloigné un instant le long d’un à‑pic, ils avaient surpris l’ourson seul et sans défense, l’avaient ligoté comme un vulgaire paquet et fait descendre, le long des précipices, jusqu’au fin fond de la vallée. » Bien penaud, Léonce n’ose pas dire que son fils lui a été volé et raconte qu’il est mort, ce qui lui laisse mauvaise conscience… Jusqu’au jour où il se décide à aller voir ce qui se passe chez les hommes. Et là, nous allons voir ce que nous allons voir ! Magicien, Troll, Croquemitaine, grand duc de Sicile lui-même, châteaux hantés, sangliers, pas le temps de s’ennuyer ! Cette nouvelle édition du célèbre roman (1945) reprend les dessins de l’auteur lui-même, en noir et blanc ou en couleurs, sous une couverture cartonnée et même dorée. L’occasion d’un beau cadeau, et d’une entrée en fanfare dans ce que la littérature classique peut avoir de réjouissant.

Dès 10 ans

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours, illustrations de l’auteur, Gallimard Jeunesse, coll. « Albums junior », 2018, 144 p., 17,50 € — disponible aussi en poche, Folio Junior, 5,80 €  — Traduit de l’italien par Hélène Pasquier