Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Contes, légendes et fééries

Dashka Slater, Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf

« Pourquoi est‐ce que certaines chansons nous rendent tristes ? Où va le soleil lorsqu’il disparaît dans l’océan ? Comment naît une amitié ? » Que de questions difficiles pour Marco le Renard ! D’autant plus que la seule réponse des autres renards tient en une phrase : « Y a‐t‐il un rapport avec la blanquette de poulet ? » Une phrase qui risque de devenir un refrain … Alors, pour y échapper, une seule solution : embarquer sur le bateau‐cerf. Un bateau magique, qui tient de la goélette et du snakkar, dont on se demande si l’équipage est sorti de l’arche de Noé – mais une arche sans Noé ni sa tribu – ou d’un bateau corsaire. Un bateau magique, donc, et un voyage onirique, conté avec fantaisie par Dashka Slater et guidé par le pinceau des Fan Brothers, Eric et Terry Fan. Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf, c’est aussi un conte philosophique, à la recherche de l’essentiel.

Dès 5 ans

Dashka Slater, Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf, illustrations de The Fan Brothers, Little Urban, coll. « Fabuleux voyage », 2018, 13,50 € — traduit de l’anglais par Véronique Mercier‐Gallay. Imprimé en Chine.

Mim, Philémon et Baucis, Une métamorphose d’Ovide

« — Continuer à vivre à tes côtés, c’est mon vœu le plus cher… » répond chaque soir Baucis à son époux Philémon, devant la cheminée de leur modeste maison, perdue là‐haut dans la garrigue. Car s’ils ne sont pas riches, ils restent amoureux comme au premier jour. Deux vagabonds, à qui ils ouvrent leur porte et à qui ils servent pain, olives et fromage, se révèlent être Jupiter et Mercure (j’aurais attendu Zeus et Hermès, mais bon…). Après avoir échappé à un déluge, puis gardé un superbe temple de marbre où ils accueillent pèlerins et passants, Philémon et Baucis, au jour de se dire adieu, se trouvent changés en arbres. Dans le mythe raconté par Ovide, Philémon devient un chêne et Baucis un tilleul. Mim a choisi de les réunir en un seul arbre dont elle tait le nom – un olivier peut‐être ? Chloé Alméras peint avec une extrême tendresse ces deux vieillards attentifs l’un à l’autre, obéissant aux dieux et vivant sereinement leurs dernières années. Un superbe album, dont les conclusions philosophiques échapperont sans doute aux plus jeunes, mais qui sèmera dans leur cœur l’idée que la générosité, l’hospitalité et l’acceptation de son destin sont trois vertus aimées des dieux.

Dès 6 ans

Mim, Philémon et Baucis, Une métamorphose d’Ovide, illustrations de Chloé Alméras, Didier Jeunesse, 2018, 32 p., 14,20 € — Imprimé en France

Arnaud de Cacqueray, La bobine de Caroline

Ce soir, Caroline est seule au fond de son lit. Ses parents sont partis à la messe de minuit ; elle a eu beau promettre de rester sage, comment résister à l’envie « de voir enfin le petit Jésus descendre par la cheminée pour remplir les souliers disposés dans le salon, juste devant la jolie crèche » ? Et… le voilà, fort occupé et ignorant la fillette qui l’espionne, cachée derrière le rideau. Disons plutôt qu’il fait semblant de ne pas la voir… Impatiente, notre Caroline remonte se coucher avec, dans les mains, un petit paquet à son nom. Or de ce petit paquet dépasse un ruban rouge. En le dévidant, Caroline accélère le déroulement du temps. Impossible de résister… Arnaud de Cacqueray joue ici avec les inquiétudes des enfants qui se savent pris en faute : l’Enfant Jésus veille, certes, mais il faut attendre la fin du conte pour qu’il pardonne à Caroline –l’alerte a été chaude !

Dès 6 ans

Arnaud de Cacqueray, La bobine de Caroline, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2018, 26 p., 9 € — Imprimé en Europe

Françoise de Guilbert et Lucie Brunellière, Mon calendrier de l’Avent – A qui sont ces traces sur le chemin ?

Dès le 1er décembre, « un gros courtaud agite son groin sur le chemin en reniflant bruyamment. Est‐il enrhumé ? Il a suspendu à chacune de ses défenses une boule qui scintille. » Quel est donc cet animal qui a laissé ses empreintes autour de la maison ? Il suffit de soulever le petit volet pour découvrir la réponse en image ! En effet, chaque jour de décembre jusqu’à Noël, les animaux de la forêt viennent offrir une décoration pour embellir le sapin de la maison : sanglier, ours, rouge‐gorge ou belette… Ce calendrier se présente comme un pop‐up en trois parties ; il est accompagné par un livret qui nous emmène jusqu’au 25 décembre. Précision : centré sur le monde des animaux de la forêt, il ne contient aucune référence religieuse. Libre à chacun de le compléter par une belle crèche, avec santons, moutons, âne et bœuf.

Dès 4 ans

Françoise de Guilbert, Mon calendrier de l’Avent – A qui sont ces traces sur le chemin ?, illustrations de Lucie Brunellière, Gulf Stream Editeur, 2018, 13,90 €. Un grand pop‐up et un livret imprimés en Chine.

Anna Milbourne, Casse‐Noisette

« Noël était un moment magique pour Fritz et Marie. Le sapin scintillait, et il y avait plein de cadeaux – un cheval à bascule, un petit train à vapeur et des soldats de plomb. Mais le cadeau préféré de Marie était une poupée casse‐noisette, qui cassait de vraies noix avec ses dents. » Magie de Noël, et magie du conte de Casse‐Noisette, puisque Marie va se trouver « rétrécir à la taille d’une poupée » et entraînée dans des folles aventures, jusqu’à rencontrer le roi des souris. Cette version adaptée du conte est illustrée de couleurs vives, et surtout, riche en découpes de toutes sortes, étoiles et décorations.

Dès 3 ans

Anna Milbourne, Casse‐Noisette, illustrations de Karl James Mountford, Usborne, coll. « Coucou ! Mes contes de fées », 2018, pages cartonnées, 9,95 € — Traduit de l’anglais par Eleonore Souchon. Imprimé en Chine

Ayano Imai, Songe dans la forêt

« Je vis un lièvre passer en courant. Il semblait porter entre les lèvres un sac dont le contenu me parut bien lourd. […] Je le suivis, très intrigué. Quelque chose tomba de son sac. Je me précipitai pour le ramasser : c’était un gland. Un gland ? Où l’emportait-il, et pourquoi ? »
Pour aller, en compagnie d’une foule d’animaux, le planter dans une lande désolée. Au réveil du narrateur, une forêt aura poussé, redonnant vie au désert. Cette fable écologique n’est pas sans rappeler « L’Homme qui plantait des arbres » de Jean Giono. La présence active des animaux donne au récit un dynamisme qui convaincra les petits. Revenue au Japon après des études aux Etats‐Unis, Ayano Imai s’inspire ici avec bonheur des traditions picturales japonaises et européennes : son lièvre est un hommage à Dürer, tandis que de nombreux animaux sortent tout droit d’un paravent nippon.

Dès 4 ans

Ayano Imai, Songe dans la forêt, Minedition, 2018, 14,20 € — Traduit du japonais par Julie Duteil. Imprimé en Chine.

Marcel Aymé, Les boîtes de peinture

« Un matin de vacances, Delphine et Marinette s’installèrent dans le pré, derrière la ferme, avec leurs boîtes de peinture. Les boîtes étaient toutes neuves. […]
– Bonjour, les petites. Qu’est-ce que vous faites avec ces boîtes ?
Marinette lui répondit qu’elles se préparaient à peindre et lui donna toutes les explications qu’il souhaita.
– Si tu veux, ajouta‐t‐elle, je vais faire ton portrait.
– Oh ! oui, je veux bien, dit l’âne. Nous, les bêtes, on n’a guère l’occasion de se voir tel qu’on est.
Marinette fit poser l’âne de profil et se mit à peindre. De son côté, Delphine entreprit le portrait d’une sauterelle qui se reposait sur un brin d’herbe. Appliquées, les petites travaillaient en silence, tirant la langue du côté où penchaient leurs têtes. »
Peindre, certes, mais réussir un portrait, ce n’est pas si facile… surtout quand la malice de Marcel Aymé s’en mêle et intervertit les qualités des animaux de la ferme avec celles de leurs reproductions maladroites ! L’âne trébuche sur ses deux pattes, la sauterelle disparaît dans la verdure, le cheval est plus petit que le coq, et les deux bœufs blancs, peints sur une feuille blanche, ont bel et bien disparu…
Un des plus célèbres Contes du Chat perché, illustré ici avec humour et tendresse par les bois gravés de May Angeli, dans une belle mise en page, très lisible.

Et si vos enfants veulent s’initier à la linogravure avec May Angeli, la bibliothèque Vaclav Havel (Paris 75012) propose un atelierhttps://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/56490/atelier-gravure-sur-bois-avec-may-angeli?_lg=fr-FR le 27 octobre prochain.

Dès 6 ans

Marcel Aymé, Les Boîtes de peinture, bois gravés de May Angeli, Les Editions des Elephants, 2018, 48 p., 15 €. Imprimé au Portugal.

Quand la Lune descendit sur Terre, contes mansis – Forêts de Sibérie occidentale

Pourquoi l’écureuil a‐t‐il le dos rayé ? Pourquoi le lièvre a‐t‐il les lèvres coupées, de longues oreilles et une petite queue ? Comment le corbeau est‐il devenu noir ? Le peuple mansi, qui vit sur les rives du fleuve Ob, en Sibérie occidentale, a sa petite idée sur ces questions bien embarrassantes…
Les enfants apprécieront qu’on leur lise à haute voix ces contes pleins d’humour ; certains parlent de lieux étranges : la taïga, la maison de Topal‐Oïka, des lacs et des forêts impénétrables ; d’autres sont étonnamment proches de nos contes. « La grand‐mère juste » est un lointain écho des « Fées » de Perrault ; « Se punir soi‐même » se chanterait bien sur l’air de notre « La chèvre veux pas sortir du chou » ; et « Le petit pain » évoque une certaine galette qui roule, qui roule, qui roule…
Charlotte Boucault a traduit 18 contes mansi avant de se rendre dans la région de Khanty‐Mansiisk, où elle a pu rencontrer les éleveurs de rennes et – peut‐être – quelque chaman. Quant à Jüri Mildeberg, il est estonien et ses dessins sont aussi fantaisistes que chargés de sens, pour qui sait les décrypter.

Dès 6 ans (lecture par un adulte) et dès 10 ans pour lire tout seul.

Quand la Lune descendit sur Terre, contes mansis – Forêts de Sibérie occidentale, traduction de Charlotte Boucault, illustrations de Jüri Mildeberg, Editions Borealia, 2018, 80 p., 13 €

Marianna Cojan Negulesco, La jeune fille plus sage que le juge

Imaginez un petit village roumain, tout en couleurs vives, où la vie semble prospérer. Mais si les enfants naissent nombreux chez ce paysan, la chaumière en devient trop étroite. « Un beau matin, la fille aînée dit à son père :
— Père, nous avons quelques économies. Pourquoi ne pas demander à notre voisin de nous vendre le lopin de terre en friche qui se trouve derrière notre maison ? Nous pourrions y construire une nouvelle maison et profiter du terrain pour jardiner. »
Le père, sachant sa fille de bon jugement, se laisse guider par son conseil. Quand ce dernier se fait entourlouper par le voisin, elle le pousse à aller voir le juge du village. Celui‐ci désire alors connaître l’ingénieuse jeune fille… Un conte plein de malice, où la ruse et le rire font plus que force ni que rage ! Cécile Becq l’illustre aux couleurs chatoyantes et fleuries des costumes traditionnels et des motifs décoratifs roumains.

Dès 6 ans

Marianna Cojan Negulesco, La jeune fille plus sage que le juge, illustrations de Cécile Becq, Albin Michel Jeunesse, 2018, 32 p., 14,90 €. Traduit du roumain par l’      auteur. Réédition de 1997 (illustrations de S. Girel).

Hayao Miyazaki, Mon voisin Totoro, l’album du film

« — C’est une vieille maison !
— Elle est peut‐être hantée…
Satsiki et Mei faisaient le tour de la bâtisse délabrée en s’esclaffant. Mais, en réalité, le lieu leur avait énormément plu dès le premier coup d’œil ! »
Et pour être hantée… leur nouvelle maison va se révéler abriter notamment des « noiraudes », étonnantes petites boules de poussière. Mais c’est dans la forêt que les deux fillettes vont rencontrer les fameux Totoro, le grand Totoro (1300 ans pour 2 mètres de haut), le Totoro moyen (600 ans environ) et le petit Totoro, qui ne compte que 100 printemps. S’en suit une merveilleuse fable, pleine de tendresse (il en faut, car la maman est à l’hôpital), où ces êtres invisibles aux hommes – mais pas aux deux jeunes héroïnes – jouent de l’ocarina les nuits de pleine lune. Qui est partant pour une promenade en chat‐bus ?

Dès 6 ans

Hayao Miyazaki, Mon voisin Totoro, l’album du film, Glénat Jeunesse, coll. « Studio Ghibli », 2018, 112 p., 17,90 €

Charles Lamb, Contes de Shakespeare

Au tout début du XIXe siècle, le poète Charles Lamb avait fait paraître les Tales from Shakespeare, un recueil de 20 contes qui, reprenant en les résumant et en les simplifiant les plus grandes pièces de Shakespeare, les avaient popularisées autant auprès des jeunes lecteurs que des adultes peu lettrés. Un immense succès outre‐Manche ! Ce recueil, paru en 1932, reprend sept de ces contes, traduits par Téodor de Wyzewa, lui‐même écrivain et proche des milieux symbolistes : Le Songe d’une nuit d’été, Le Marchand de Venise, Hamlet, Le Roi Lear, La Mégère apprivoisée, Roméo et Juliette, Othello. Les illustrations et la mise en page sont somptueuses. A retrouver au hasard des brocantes ou chez les libraires spécialisés, et à lire au coin de la cheminée, un plaid écossais sur les genoux.

Adolescents

Charles Lamb, Contes de Shakespeare, dessins d’Henry Morin, traduction et préface de Téodor de Wyzewa, H. Laurens éditeur, 1932, 136 p. D’occasion. J’ai eu la chance de le trouver pour 14 € — moins cher qu’un album neuf !

Des chansons, des légendes et… une ourse

Claudine et Roland Sabatier, Le livre des chansons, Chansons de France et d’ailleurs, Gallimard, 2009, 464 p., 15,50 €

Anouk Filippini, Les plus belles légendes du Moyen Age, illustrations de Carole Hénaff, Auzou, 2017, 240 p., 19,95 €

José Ramón Alonso, L’Ourse, illustrations de Lucía Cobo, Didier Jeunesse, 2017, 32 p., 14,20 € — Traduit de l’espagnol.

Des chansons, des légendes et… une ourse

par Chouette, un livre ! | Radio Libertés