Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Contes, légendes et fééries

Anna Walker, Lottie & Walter

« Lottie avait un secret. […] Lottie était la seule à savoir qu’un requin se cachait au fond de la piscine. » Et chaque samedi, Lottie avait mal au ventre et restait assise au bord du bassin. Jusqu’au jour où apparut Walter, « très occupé à chantonner Oumbelli dou, loumbelli la, loupiii lou ! ». Longues moustaches, belles défenses, est-il sorti « De l’autre côté du miroir » de Lewis Carroll, ce sympathique morse joueur ? Toujours est-il que notre Lottie, un beau samedi, sauta… de l’autre côté de l’eau. Bravo, Lottie !

Dès 4 ans

Anna Walker, Lottie & Walter, Kaléidoscope, 2020, 48 p., 13,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie

Oulya Setti, Un petit air de liberté

« Je vis dans des montagnes où l’on nous dit qu’il ne faut pas sortir seul car elles regorgent d’ours affamés. » Brrr… Mais, « ce Noël-là, j’avais reçu comme cadeau une magnifique mésange », qui, parfois, sortait de sa cage pour voleter devant la fenêtre. Jusqu’au jour où passa un ours qui « restait là, telle une statue, immobile, à regarder la mésange ». La suite de l’histoire vous racontera ce qu’il en fut de ces trois-là, l’enfant, la mésange et l’ours. Les dessins très fins d’Oreli Gouel dans une gamme de bleus et de bruns, plongent dans un rêve très doux – idéal en lecture du soir.

Dès 3 ans

Oulya Setti, Un petit air de liberté, illustrations d’Oreli Gouel, Editions Bilboquet, coll. « Les messagers », 2019, 32 p., 14,50 € — Imprimé dans l’Union Européenne

Orianne Lallemand, La Petite Dame

« Il était une fois une vieille dame qui vivait toute seule dans un immeuble au milieu d’une grande ville. » Ainsi commence ce conte moderne. Dans l’immeuble, vivent des familles très occupées : les Hippopotame, les Ecureuil, les Kangourou, les Panda… Seuls les enfants se demandent qui est réellement la vieille dame – était-elle autrefois fée, danseuse ou… sorcière ? Un jour, « il y eut un gros BOUM ! chez la petite dame ». Que s’était-il passé ? La petite dame était simplement tombée dans sa cuisine et s’excusait de ne pouvoir se relever seule. Et comme nous sommes dans un conte, une belle solidarité se met en place.

Dès 4 ans

Orianne Lallemand, La Petite Dame, illustrations d’Anne-Isabelle Le Touzé, Glénat Jeunesse, coll. « P’tit Glénat », 2020, 32 p., 11 € — Imprimé en Pologne

Sachie Hattori, Bonne nuit le monde

« — C’est l’heure d’aller dire bonne nuit à tout le monde.
— A tout le monde ?
— Oui. A papa, à tes frères, à tout le monde ! »
Tout le monde, c’est aussi « mon voisin Henri », la boulangerie et la « fontaine jolie », les bateaux, la mer, les poissons… et bien sûr la lune et les étoiles ! Après un voyage des plus oniriques, notre petit personnage et ses amis sauteront sur une douce étoile – et feront de beaux rêves. Un album coloré et délicieux, parfait pour le rituel du soir.

Avant 3 ans

Sachie Hattori, Bonne nuit le monde, Didier Jeunesse, 2020, 40 p., 12,90 € — Traduit de l’anglais et original en japonais. Imprimé en France

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace

« Il y avait un petit garçon qui habitait un pays de plaines. Tous les dimanches après-midi il allait se promener avec son père dans des chemins bordés de haies. » Mais pour qui marche entre les haies, la question demeure : qu’y a‑t‑il donc au-delà ? Et notre garçon de rêver… Grimper aux arbres, aussi haut que les écureuils et les oiseaux… Et puis un jour — ou plutôt une nuit – le voilà au pied d’un escalier merveilleux qui s’enroule autour d’un arbre immense. « Le plus grand étonnement du petit garçon fut de se rendre compte que l’œil pouvait voir si loin. Il comprenait maintenant ce qu’on voulait dire quand on disait “à perte de vue”. C’était très loin. C’était même si loin que peut-être ça n’existait pas. Car sa vue ne se perdait pas, elle s’en allait simplement jusqu’à l’endroit où le tapis de l’espace rejoignait le tapis du ciel. »
Les illustrations de François Place font merveille pour donner plus de vie encore à ce très beau texte, retrouvé dans les archives de Jean Giono et facile d’accès pour les jeunes lecteurs. Une initiation bienvenue à la « grande littérature ».

Dès 8 ans

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Cadet Les Classiques », 2018 (réédition), 48 p., 6,50 € — Imprimé en Espagne

Jean Broussolle et André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie

Ou « L’histoire d’un grand orchestre » racontée aux enfants. Voilà trois générations que ce conte musical, créé en 1956, fascine les petits par son dynamisme et son inventivité. Composé par Jean Broussolle (1920–1984) et son compère André Popp (1924–2014), il n’a pas pris une ride. La voix de François Périer fait merveille, changeant par magie d’octave et de ton pour passer d’un rôle à l’autre, du piccolo à la harpe, des tambours à la contrebasse. Une excellente manière de former les petites oreilles à l’écoute des instruments, dans la joie et la fantaisie. Ce livre-disque est illustré par Fred Multier, : ses instruments sont très fidèles aux « originaux », avec un petit détail humoristique dans le vêtement ou la coiffure, et ses couleurs sont aussi éclatantes que celles du saxo.

Dès 3 ans

Jean Broussolle et André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie, illustrations de Fred Multier, Gautier-Languereau, 2019, 40 p. + CD, 24,90 €

May Angeli, L’Ours et le Canard

Le Canard, tombé « le bec en l’air dans un fatras de branchages », en est sorti par l’Ours, un vieil Ours édenté et bienveillant. Nos deux compères deviennent inséparables, jusqu’au jour où le Canard s’envole pour des horizons lointains. Et notre Ours de dépérir au creux de sa tanière. « Je ne reverrai peut-être jamais le Canard. C’est la vie, comme on dit pour les choses tristes. Et il s’endormit pour le long hiver. » Mais, au premier soleil du printemps, de qui sont ces coin-coin qui le tirent de sa somnolence ? Les bois gravés et colorés de May Angeli racontent cette belle histoire d’amitié en totale connivence avec ses héros et la nature qui les entoure – un vrai plaisir que de voir la joie revenir dans les yeux de l’Ours ! « Ils s’assirent côte à côte. J’ai tant de choses à te raconter… commença le Canard. Non, d’abord toi ! »

Dès 3 ans

May Angeli, L’Ours et le Canard, Les Editions des Eléphants, 2019, 32 p., 14 € — Imprimé en Slovaquie

The Fan Brothers, Où l’Océan rencontre le Ciel

« Lucas vivait près de la mer, et la mer vivait près de Lucas. C’est une journée idéale pour sortir en mer, aurait dit son grand-père. Il lui parlait souvent d’un endroit lointain où l’océan rencontre le ciel. » Mais voilà, Grand-Père n’est plus là. Et Lucas de construire un bateau, « pour faire un long voyage ». Ce voyage, il le fera au pays de ses rêves. Nous y croiserons un énorme poisson d’or (pas un poisson rouge anglophone, un vrai poisson d’or) et accosterons un moment sur les îles Bibliothèques, faites de tous les livres qui parlent de l’océan… avant de repartir sur les ailes du vent. Fantaisie, émotion, poésie se conjuguent pour nous étonner et nous charmer. Hisse les voiles, matelot ! Les « Fan Brothers », ce sont Terry Fan, qui dessine, et Eric Fan, qui écrit et dessine aussi : un talentueux duo à qui nous devions déjà « Le Fabuleux Voyage du bateau-cerf ».

Dès 4 ans

The Fan Brothers, Où l’Océan rencontre le Ciel, Little Urban, 2019, 48 p., 15 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Aleksey Zuev, La Fille des neiges

Déjà âgés, Ivan et sa femme Maria, deux paysans russes, étaient bien tristes de ne pas avoir eu d’enfants. Jusqu’à cet hiver où, par jeu, ils façonnèrent non pas un bonhomme de neige, mais une « fille des neiges ». Et celle-ci de prendre vie ! Ils la nommèrent Snégourotchka, ce qui, en russe, signifie la fille des neiges. Quelle joie de la voir grandir ! Il faut dire qu’elle était un peu magique, car elle grandissait bien vite, la jolie Snégourotchka. Le bonheur d’Ivan et de Maria dura jusqu’à la Saint-Jean. Car jamais Snégourotchka n’aurait dû sauter le feu comme ses compagnes… Nardama Correas a adapté ici le conte de « Blanche-Neige » extrait d’un Recueil de contes populaires slaves signé de Louis Léger (1882). L’artiste russe Aleksey Zuev lui a donné de somptueuses couleurs. Un plaisir pour les yeux !

Dès 5 ans

Aleksey Zuev, La Fille des neiges, Macha Publishing, 2019, 28 p., 15,90 € — Imprimé en France

Brunetto Latini, Le Livre du trésor

Avez-vous déjà rencontré une lucrote ? C’est « une bête originaire de l’Inde qui, en rapidité, surpasse tous les autres animaux. Elle est grande comme un âne, a la croupe d’un cerf, la poitrine et les pattes du lion, une tête de cheval, les pieds d’un bœuf, une bouche fendue jusqu’aux oreilles, et les dents qui sont formées d’un seul os. » Elle surgit de la page dans une envolée de feuilles mortes, cette bien curieuse bestiole ! Notre lucrote partage ce bestiaire avec le loup, la licorne, le dragon et la fourmi – non pas une « fourmi de 18 mètres », mais la fourmi géante des Histoires d’Hérodote. Brunetto Latini (v. 1220 – 1294), un temps chancelier de Florence, a compilé mythes et sources diverses, et les a mêlés à sa propre expérience. Dans ces extraits de son Livre du Trésor, on savoure la façon dont les bestiaires médiévaux mettaient sur le même plan animaux fabuleux et animaux réels. Rébecca Dautremer s’est régalée à illustrer ces figures étranges et farfelues, insérant même un clin d’œil contemporain, avec cette cigogne nichant sur un poteau téléphonique. Une collection originale, toujours aussi surprenante que raffinée.

Dès 5 ans

Brunetto Latini, Le Livre du trésor, illustrations de Rébecca Dautremer, traduit du français médiéval par Gabriel Bianciotto, Grasset Jeunesse, coll. « Ma grande bibliothèque idéale », 2020, 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Joseph Vernot, Sorcières, Fées et Princesses

« … et de quelques charmes tour à tour envoûtants et malfaisants », précise le sous-titre. Après les contes dont les héroïnes sont des « damoiselles en détresse », Vassilissa, Blanche-Neige et La Belle au bois dormant, voici les magiciennes, celle qui cherche à faire rôtir Hansel et Gretel, mais aussi Circé, Médée, Morgane et Mélusine… Brr, elles viennent de loin, et leur souvenir même fait frémir. Mais rassurez-vous, gentes lectrices, il y a aussi des « fées de salon », celles qui errent dans le « Songe d’une nuit d’été » ou notre adorable fée Clochette. Toutes, donc, héroïnes à part entière, figures féminines aux visages et aux talents variés, qui ne s’en laissent pas conter ! Que serait en effet la beauté d’une princesse sans la volonté et la vertu ? Mais autant savoir ce qui mijote dans certains chaudrons, car une demoiselle avertie en vaut deux !

Dès 12 ans

Joseph Vernot, Sorcières, Fées et Princesses, Editions Marmaille et Cie, 2018, 120 p., 20 €

Corinna Bille, Marietta, l’ours et le cavalier vert

Une marionnette qui s’ennuie, un ours en peluche rose qui rêve d’aventures, un minuscule cavalier vert et son cheval retrouvés lors d’un déménagement, une danseuse lilliputienne amoureuse d’une marionnette – d’une autre marionnette… , un petit singe décidé à courir le monde : les cinq nouvelles de ce recueil se passent toutes à la frontière du monde des jouets et du « vrai » monde. Cousins du Casse-Noisette de Hoffmann, nos jouets sont néanmoins… très suisses. Ils évoluent dans un décor de montagnes et de grandes personnes assez raisonnables, et rivalisent d’imagination pour s’évader. Quelle belle image que la métamorphose de la petite danseuse en une libellule ! Corinna Bille prend le temps de croquer paysages et intérieurs, sentiments et sensations, avec des mots simples qui vont droit au cœur. Idéal pour prolonger la magie de Noël !

Dès 5 ans (pour être lu) et dès 8 ans (pour lire tout seul)

Corinna Bille, Marietta, l’ours et le cavalier vert, illustrations de Mirjana Farkas, La Joie de lire, coll. « La petite bibliothèque de S. Corinna Bille », 2019, 40 p., 14,90 €