Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Contes, légendes et fééries

Ayano Imai, Songe dans la forêt

« Je vis un lièvre passer en courant. Il semblait porter entre les lèvres un sac dont le contenu me parut bien lourd. […] Je le suivis, très intrigué. Quelque chose tomba de son sac. Je me précipitai pour le ramasser : c’était un gland. Un gland ? Où l’emportait-il, et pourquoi ? »
Pour aller, en compagnie d’une foule d’animaux, le planter dans une lande désolée. Au réveil du narrateur, une forêt aura poussé, redonnant vie au désert. Cette fable écologique n’est pas sans rappeler « L’Homme qui plantait des arbres » de Jean Giono. La présence active des animaux donne au récit un dynamisme qui convaincra les petits. Revenue au Japon après des études aux Etats‐Unis, Ayano Imai s’inspire ici avec bonheur des traditions picturales japonaises et européennes : son lièvre est un hommage à Dürer, tandis que de nombreux animaux sortent tout droit d’un paravent nippon.

Dès 4 ans

Ayano Imai, Songe dans la forêt, Minedition, 2018, 14,20 € — Traduit du japonais par Julie Duteil. Imprimé en Chine.

Marcel Aymé, Les boîtes de peinture

« Un matin de vacances, Delphine et Marinette s’installèrent dans le pré, derrière la ferme, avec leurs boîtes de peinture. Les boîtes étaient toutes neuves. […]
– Bonjour, les petites. Qu’est-ce que vous faites avec ces boîtes ?
Marinette lui répondit qu’elles se préparaient à peindre et lui donna toutes les explications qu’il souhaita.
– Si tu veux, ajouta‐t‐elle, je vais faire ton portrait.
– Oh ! oui, je veux bien, dit l’âne. Nous, les bêtes, on n’a guère l’occasion de se voir tel qu’on est.
Marinette fit poser l’âne de profil et se mit à peindre. De son côté, Delphine entreprit le portrait d’une sauterelle qui se reposait sur un brin d’herbe. Appliquées, les petites travaillaient en silence, tirant la langue du côté où penchaient leurs têtes. »
Peindre, certes, mais réussir un portrait, ce n’est pas si facile… surtout quand la malice de Marcel Aymé s’en mêle et intervertit les qualités des animaux de la ferme avec celles de leurs reproductions maladroites ! L’âne trébuche sur ses deux pattes, la sauterelle disparaît dans la verdure, le cheval est plus petit que le coq, et les deux bœufs blancs, peints sur une feuille blanche, ont bel et bien disparu…
Un des plus célèbres Contes du Chat perché, illustré ici avec humour et tendresse par les bois gravés de May Angeli, dans une belle mise en page, très lisible.

Et si vos enfants veulent s’initier à la linogravure avec May Angeli, la bibliothèque Vaclav Havel (Paris 75012) propose un atelierhttps://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/56490/atelier-gravure-sur-bois-avec-may-angeli?_lg=fr-FR le 27 octobre prochain.

Dès 6 ans

Marcel Aymé, Les Boîtes de peinture, bois gravés de May Angeli, Les Editions des Elephants, 2018, 48 p., 15 €. Imprimé au Portugal.

Quand la Lune descendit sur Terre, contes mansis – Forêts de Sibérie occidentale

Pourquoi l’écureuil a‐t‐il le dos rayé ? Pourquoi le lièvre a‐t‐il les lèvres coupées, de longues oreilles et une petite queue ? Comment le corbeau est‐il devenu noir ? Le peuple mansi, qui vit sur les rives du fleuve Ob, en Sibérie occidentale, a sa petite idée sur ces questions bien embarrassantes…
Les enfants apprécieront qu’on leur lise à haute voix ces contes pleins d’humour ; certains parlent de lieux étranges : la taïga, la maison de Topal‐Oïka, des lacs et des forêts impénétrables ; d’autres sont étonnamment proches de nos contes. « La grand‐mère juste » est un lointain écho des « Fées » de Perrault ; « Se punir soi‐même » se chanterait bien sur l’air de notre « La chèvre veux pas sortir du chou » ; et « Le petit pain » évoque une certaine galette qui roule, qui roule, qui roule…
Charlotte Boucault a traduit 18 contes mansi avant de se rendre dans la région de Khanty‐Mansiisk, où elle a pu rencontrer les éleveurs de rennes et – peut‐être – quelque chaman. Quant à Jüri Mildeberg, il est estonien et ses dessins sont aussi fantaisistes que chargés de sens, pour qui sait les décrypter.

Dès 6 ans (lecture par un adulte) et dès 10 ans pour lire tout seul.

Quand la Lune descendit sur Terre, contes mansis – Forêts de Sibérie occidentale, traduction de Charlotte Boucault, illustrations de Jüri Mildeberg, Editions Borealia, 2018, 80 p., 13 €

Marianna Cojan Negulesco, La jeune fille plus sage que le juge

Imaginez un petit village roumain, tout en couleurs vives, où la vie semble prospérer. Mais si les enfants naissent nombreux chez ce paysan, la chaumière en devient trop étroite. « Un beau matin, la fille aînée dit à son père :
— Père, nous avons quelques économies. Pourquoi ne pas demander à notre voisin de nous vendre le lopin de terre en friche qui se trouve derrière notre maison ? Nous pourrions y construire une nouvelle maison et profiter du terrain pour jardiner. »
Le père, sachant sa fille de bon jugement, se laisse guider par son conseil. Quand ce dernier se fait entourlouper par le voisin, elle le pousse à aller voir le juge du village. Celui‐ci désire alors connaître l’ingénieuse jeune fille… Un conte plein de malice, où la ruse et le rire font plus que force ni que rage ! Cécile Becq l’illustre aux couleurs chatoyantes et fleuries des costumes traditionnels et des motifs décoratifs roumains.

Dès 6 ans

Marianna Cojan Negulesco, La jeune fille plus sage que le juge, illustrations de Cécile Becq, Albin Michel Jeunesse, 2018, 32 p., 14,90 €. Traduit du roumain par l’      auteur. Réédition de 1997 (illustrations de S. Girel).

Hayao Miyazaki, Mon voisin Totoro, l’album du film

« — C’est une vieille maison !
— Elle est peut‐être hantée…
Satsiki et Mei faisaient le tour de la bâtisse délabrée en s’esclaffant. Mais, en réalité, le lieu leur avait énormément plu dès le premier coup d’œil ! »
Et pour être hantée… leur nouvelle maison va se révéler abriter notamment des « noiraudes », étonnantes petites boules de poussière. Mais c’est dans la forêt que les deux fillettes vont rencontrer les fameux Totoro, le grand Totoro (1300 ans pour 2 mètres de haut), le Totoro moyen (600 ans environ) et le petit Totoro, qui ne compte que 100 printemps. S’en suit une merveilleuse fable, pleine de tendresse (il en faut, car la maman est à l’hôpital), où ces êtres invisibles aux hommes – mais pas aux deux jeunes héroïnes – jouent de l’ocarina les nuits de pleine lune. Qui est partant pour une promenade en chat‐bus ?

Dès 6 ans

Hayao Miyazaki, Mon voisin Totoro, l’album du film, Glénat Jeunesse, coll. « Studio Ghibli », 2018, 112 p., 17,90 €

Charles Lamb, Contes de Shakespeare

Au tout début du XIXe siècle, le poète Charles Lamb avait fait paraître les Tales from Shakespeare, un recueil de 20 contes qui, reprenant en les résumant et en les simplifiant les plus grandes pièces de Shakespeare, les avaient popularisées autant auprès des jeunes lecteurs que des adultes peu lettrés. Un immense succès outre‐Manche ! Ce recueil, paru en 1932, reprend sept de ces contes, traduits par Téodor de Wyzewa, lui‐même écrivain et proche des milieux symbolistes : Le Songe d’une nuit d’été, Le Marchand de Venise, Hamlet, Le Roi Lear, La Mégère apprivoisée, Roméo et Juliette, Othello. Les illustrations et la mise en page sont somptueuses. A retrouver au hasard des brocantes ou chez les libraires spécialisés, et à lire au coin de la cheminée, un plaid écossais sur les genoux.

Adolescents

Charles Lamb, Contes de Shakespeare, dessins d’Henry Morin, traduction et préface de Téodor de Wyzewa, H. Laurens éditeur, 1932, 136 p. D’occasion. J’ai eu la chance de le trouver pour 14 € — moins cher qu’un album neuf !

Des chansons, des légendes et… une ourse

Claudine et Roland Sabatier, Le livre des chansons, Chansons de France et d’ailleurs, Gallimard, 2009, 464 p., 15,50 €

Anouk Filippini, Les plus belles légendes du Moyen Age, illustrations de Carole Hénaff, Auzou, 2017, 240 p., 19,95 €

José Ramón Alonso, L’Ourse, illustrations de Lucía Cobo, Didier Jeunesse, 2017, 32 p., 14,20 € — Traduit de l’espagnol.

Des chansons, des légendes et… une ourse

par Chouette, un livre ! | Radio Libertés

Jakob et Wilhelm Grimm, Les Musiciens de la ville de Brême

Après avoir fui de mauvais maîtres, l’âne, le chien, le chat et le coq arrivent en vue d’une maisonnette qui ferait bien leur affaire… mais elle est déjà occupée ! « Ils se mirent donc à délibérer sur les moyens à employer pour expulser les brigands, et voici ce qu’ils imaginèrent : l’âne posa ses deux pattes de devant sur la fenêtre ; le chien monta sur le dos de l’âne, le chat sur celui du chien, et le coq, prenant son envol, se posa sur la tête du chat. » Quels enfants n’ont pas ri à imaginer les animaux ainsi perchés ! Et le rire redouble, surtout si chacun a son rôle à jouer, pour imiter l’un ou l’autre : « Le coq donna le signal et ils commencèrent leur musique. L’âne se mit à braire, le chien à aboyer, le chat à miauler, le coq à chanter, et ils s’élancèrent dans la salle en faisant voler les carreaux en éclats. » Ce tout petit album, illustré par le célèbre Feodor Rojankovsky (1891 – 1970), est la réédition de l’album paru en 1942.

Dès 4 ans

Jakob et Wilhelm Grimm, Les Musiciens de la ville de Brême, illustrations de Feodor Rojankovsky, Flammarion, coll. « Les Petits Père Castor », 2015, 20 p., 4 €

Xavier Deneux, Le Vilain Petit Canard

Quand les œufs de la cane « eurent éclos, sortirent six petits canetons blancs… et un septième tout gris ». Maman cane s’en occupait comme des autres, mais « ses frères et sœurs se moquaient de lu parce qu’il était gris. Aussi décida‐t‐il de s’enfuir ». Que d’aventures avant de rencontrer « un cygne qui lissait ses plumes » ! Et notre « vilain petit canard » de l’admirer – il aurait tellement voulu lui ressembler… Le dessin très sobre, ligne claire et à‐plats de couleurs, est animé d’ombres crées par des éléments en volume et d’autres en creux. Le récit, avec ses passés simples et même antérieurs, respecte l’ambiance du conte originel tout en étant facile à lire. Une jolie réussite.

Dès 3 ans

Xavier Deneux, Le Vilain Petit Canard, Editions Milan, coll. « Les imagiers gigognes », 18 p. cartonnées, 13,90 €

Tyl l’Espiègle au sommaire du magazine TétrasLire

De Bruges à Liège, et de Prague à Nuremberg, pas une ville ou un bourg du Moyen Age dont les habitants ne connaissaient le nom de Tyl Eulenspiegel, Tyl l’Espiègle. Que notre farceur s’improvise bateleur, médecin, peintre ou apprenti boulanger, à chaque fois, c’était pour inventer de nouvelles friponneries ! E, comme « Espiègleries », c’est donc le thème de ce numéro du magazine TétrasLire, centré sur le Moyen Age. Jeux, bricolages et recette complètent les textes littéraires. A un document sur les marchands et artisans au Moyen Age répond aussi un entretien avec François Goudaert, créateur bien contemporain de jeux médiévaux. N’oubliez pas, sur la route de vacances, de visiter cités et châteaux médiévaux ! Quitte à inventer quelques espiègleries ?

De 9 ans à 12 ans

TétrasLire, le magazine. Sur abonnement ou au numéro. https://www.albaverba.fr/

Kochka et Chiaki Miyamoto, Le Petit Grand Samouraï

« Le père de Nô est samouraï. C’est un homme fort et aussi silencieux qu’un arbre. Comme lui, Nô veut être un samouraï. » Mais est‐ce aussi facile que cela quand son père, à ce que prétendent les villageois, « a fait fuir le léopard qui menaçait le village », puis « a sauvé le gouverneur pris dans une grande embuscade » avant de rapporter « le sourire du grand Bouddha volé par des brigands dans un temple » ? Alors, pendant que Nô quitte le village pour aller chercher l’aventure, son père le suit en cachette et lui donne une très belle leçon de vie. Notre bonhomme revenu à la maison sait très bien qu’il a fait une bêtise… et « ses os tremblent comme des bambous dans le vent ».
« Ne pars plus jamais comme ça, gronde son père, si tu ne veux pas que je t’attache. Cela dit, en attendant d’être grand, tu as mérité ce katana. » Un superbe petit katana, juste à sa taille. L’album vient de recevoir le “Prix Coup de Pouce des Premières Lectures” 2018.

De 3 à 5 ans

Kochka et Chiaki Miyamoto, Le Petit Grand Samouraï, Tom’poche, 2016, 32 p., 5,50 € (réédition de l’album paru en 2009 chez Milan Jeunesse)

Christine Palluy, Les contes de Bretagne

« Il y a de cela très longtemps, la vieille Morine habitait seule une masure délabrée à la sortie d’un village de Bretagne. Dans le pays, on l’appelait la chouette, la sorcière, et on accusait la pauvre femme de tous les maux. » Jusqu’au jour où la douce Rozenn, compatissante, recueillit la vieille femme. Laquelle, sur son lit de mort, lui confia un secret : dans telle grotte (je ne vous dirai pas où !), se cache un trésor. Un rouet magique, actionné par un lutin fileur. Christine Palluy a retravaillé la « matière de Bretagne » et présente dans ce recueil huit belles histoires : « Les danseurs de la nuit », « Les Morgans de l’île d Ouessant », « Le lutin du rouet enchanté », « La semaine des Korils », « La fée des Houx », « Le peloton de fil », « La Groac h de l’ île du Lok » et « La grotte des korrigans ».
Leïla Brient, Maud Bihan, Eric Puybaret et Mayalen Goust en ont illustré chacun deux, dans des couleurs vives et dynamiques.

Dès 5 ans (pour la lecture du soir) et dès 9 ans (pour lire seul)

Christine Palluy, Les contes de Bretagne, illustrations de Leïla Brient, Maud Bihan, Eric Puybaret et Mayalen Goust, Lito, 2018, 96 p., 14,90 €