Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Antiquité

Mim, Philémon et Baucis, Une métamorphose d’Ovide

« — Continuer à vivre à tes côtés, c’est mon vœu le plus cher… » répond chaque soir Baucis à son époux Philémon, devant la cheminée de leur modeste maison, perdue là‐haut dans la garrigue. Car s’ils ne sont pas riches, ils restent amoureux comme au premier jour. Deux vagabonds, à qui ils ouvrent leur porte et à qui ils servent pain, olives et fromage, se révèlent être Jupiter et Mercure (j’aurais attendu Zeus et Hermès, mais bon…). Après avoir échappé à un déluge, puis gardé un superbe temple de marbre où ils accueillent pèlerins et passants, Philémon et Baucis, au jour de se dire adieu, se trouvent changés en arbres. Dans le mythe raconté par Ovide, Philémon devient un chêne et Baucis un tilleul. Mim a choisi de les réunir en un seul arbre dont elle tait le nom – un olivier peut‐être ? Chloé Alméras peint avec une extrême tendresse ces deux vieillards attentifs l’un à l’autre, obéissant aux dieux et vivant sereinement leurs dernières années. Un superbe album, dont les conclusions philosophiques échapperont sans doute aux plus jeunes, mais qui sèmera dans leur cœur l’idée que la générosité, l’hospitalité et l’acceptation de son destin sont trois vertus aimées des dieux.

Dès 6 ans

Mim, Philémon et Baucis, Une métamorphose d’Ovide, illustrations de Chloé Alméras, Didier Jeunesse, 2018, 32 p., 14,20 € — Imprimé en France

Viviane Koenig, Athéna et les voleurs d’or

Athènes, sur le chantier du Parthénon, Ve siècle avant J.-C. Mélia et Théo, 9 ans, « devinent deux ombres courant le long du mur, d’étranges paquets dans les bras.
«  Tu les connais ? murmure la fillette.
— Pas du tout.
— Ils n’ont rien à faire dans le temple.
— Nous non plus, remarque Théo le malin.
— Vrai, mais eux, ce sont des voleurs. Ils emportent quelque chose. Pas nous ! Suivons‐les, Athéna l’ordonne ! »
Une chouette hulule au loin comme pour les encourager. »
Mélia, fille d’un peintre, et Théo, fils d’un sculpteur, ont leurs entrées sur le chantier du Parthénon– des yeux grand ouverts, du courage et de la malice à revendre. Une enquête parsemée d’embûches leur permettra de retrouver les voleurs qui ont osé dérober l’or de la déesse Athéna et ont ainsi porté préjudice à Phidias, le célèbre sculpteur. Cette enquête policière permet de découvrir, tout en finesse, la cité de Périclès à son apogée.

De 8 à 10 ans

Viviane Koenig, Athéna et les voleurs d’or, Illustrations de Marie Caillou, Editions du Rocher, 2018, 128 p., 8,50 €

Sylvain Tesson, Un été avec Homère

« L’Odyssée et l’Iliade ruissellent de photons. Les Grecs ont toujours voué un culte à la lumière. Pour son malheur, Achille devient une ombre. Sortir du soleil constitue le plus funeste destin. On ne plaisante pas avec l’astre. La lumière inonde la vie, réjouit le monde. »
Perché pendant quelques semaines sur quelque rocher solitaire des Cyclades, Sylvain Tesson s’est « posé », le temps de relire « l’Iliade et l’Odyssée à la lueur d’une ampoule alimentée par un générateur ». Une belle manière de se régénérer et de nous inviter à semblable cure de jouvence, dans l’écume et le vent ! En de brefs textes ciselés, illustrés de citations célèbres ou moins connues, il tisse et brode sur cette toile toujours recommencée qui nous raconte notre plus ancienne mémoire : dieux, hommes et héros y vivent, acceptant le sort tissé par les Parques, une chanson à la bouche. Citant les grands hellénistes – Romilly, Veyne, Vernant – mais sans pédanterie, il propose des allers et retours fort pertinents avec notre « siècle XXI », celui de l’abondance, de la démesure et de l’immédiateté. Une belle invitation aussi à renouer avec le paganisme, qui « consisterait à se tenir devant le spectacle du monde et à l’accueillir sans rien espérer », un « monde de splendeurs et de dangers ». Parce que, dans « un pétillement de calanque », « les Grecs nous renseignent sur ce que nous ne sommes pas encore devenus » : c’est là tout le miracle antique, cette « incomparable familiarité » avec ces « vers à la jeunesse immortelle ».
Ce volume reprend, sous une forme plus littéraire, la série d’émissions diffusées pendant l’été 2017 sur France Inter et permet de revenir sur les plus belles intuitions de Sylvain Tesson, très inspiré par la lecture d’Homère.

Adolescents, adultes

  • Sylvain Tesson, Un été avec Homère, Editions des Equateurs / France Inter, 2018, 252 p., 14,50 €
  • Pour l’Odyssée : traduction de Philippe Jaccottet, Ed La Découverte, 1982 – poche 2004.
  • Pour l’Iliade : traduction de Philippe Brunet, Ed du Seuil, 2010, Points, 2012

Rachel Firth, Jules César

« Quiconque voulait devenir quelqu’un venait à Rome, et lui y habitait. Bien qu’il n’ait que quatorze ans, il était convaincu qu’il aurait un jour un rôle important à y jouer.
— Caius, viens prendre ton petit déjeuner. C’est bientôt l’heure de tes leçons.
Tiré de sa rêverie, César rentra à contre‐cœur. »
Né dans une famille patricienne désargentée, le jeune Caius Julius Caesar reçoit une éducation exemplaire qui lui permet, le temps venu, de gravir les marches du pouvoir, avant de devenir l’homme le plus puissant de Rome. Mais ses ennemis, implacables, guettent dans l’ombre… Cette biographie présente de manière très claire, sans rien édulcorer des rivalités, des complots, ni des ambitions, la vie, oh combien !, mouvementée de Jules César.

De 9 à 12 ans

Rachel Firth, Jules César, Le Livre de Poche Jeunesse, 2017, 64 p., 5,50 € — Traduit de l’anglais.

Partons dans le monde antique !

À l’antenne de Radio Libertés, ma dernière chronique est à écouter ici :

Partons dans le monde antique !

par Chouette ! Un livre | Radio Libertés

  • Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 2, L’Affaire Méduse, Gallimard Jeunesse, 2018, 192 p., 10 €
  • Didier Lévy, La Louve et l’Anglais, illustrations de Tiziana Romanin, Sarbacane, 2018, 48 p., 16 €
  • Joséphine Barbereau, L’art raconte Ulysse, Palette, coll. « L’art raconte », 2018, 48 p., 14,50 €

Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 2, L’Affaire Méduse

« D’où venait‐il, ce Pégase dont nul ne connaissait l’existence ? Qu’aurait-il de plus que les créatures fabuleuses qui peuplaient la terre depuis les origines du monde – les dragons d’Asie Mineure ou d’Afrique, les hydres et les sirènes ? Serait‐il plus majestueux que la jument noire d’Atlas, plus étincelant que les chevaux ailés qui tiraient dans le ciel le char du soleil ? » L’excitation est à son comble sur l’Olympe, car Pégase, qui devait être le clou de la fête offerte par Zeus aux Olympiens, a disparu. Volé ? Mais par qui ? Les soupçons les plus fous traversent les murailles de nuages. Et voilà que les aigles, chevaux et gazelles ailées, les montures magiques des dieux, sont pétrifiés dans les écuries. Est‐ce un mauvais coup de Méduse ? Mais Méduse a été décapitée par Thésée cinq ans plus tôt. Alors ? Hermès, accompagné d’Eros, se lance dans une périlleuse enquête qui va le faire voyager sur les rivages méditerranéens, vers les oasis des Hespérides, chez Atlas, et dans les grottes marines de Triton… Cela nous vaut de remonter dans la généalogie des dieux, avec ce que ces familles cachent de défiance, de mauvais coups, d’animosité… Rappelons‐nous que, sur l’Olympe, si les dieux sont immortels, ils ont une histoire – une enfance, un âge mûr, une vieillesse. Et que cette histoire n’est pas des plus simples ! Un polar mythologique impertinent sans jamais être en porte‐à‐faux avec les mythes anciens, haletant et plein d’humour.

Dès 10 ans

Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 2, L’Affaire Méduse, Gallimard Jeunesse, 2018, 192 p., 10 €
Du même auteur : Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 1 : Le Mystère Dédale, Gallimard Jeunesse, 2016, 176 p., 10 € ou Folio Junior, 2018, 5,80 €

Didier Lévy, La Louve et l’Anglais

Au XIXe siècle, la bonne éducation de la haute société anglaise se terminait par un voyage à Rome et en Italie. Un voyage dont Richard Deakin rêve « depuis que sa grand‐mère lui racontait les mille et une histoires de l’empire Romain ». Mais quelle étrange rencontre va faire ce jeune médecin anglais, qui arrive à Rome en ce printemps 1846 ? Il se frotte les yeux, croit à une hallucination, mais non… c’est bien la Louve qui lui fait les honneurs de la Ville éternelle. Jusqu’au Colisée, encore ensauvagé, et dont la flore exotique étonne le savant. D’où peuvent venir ces fleurs étranges ? Richard Deakin va mener l’enquête, et publier une « Flora of the Colosseum of Rome » en 1855. Didier Lévy propose ici, entre réalité et fiction, un album romantique à souhait, servi par le coup de crayon dynamique de Tiziana Romanin, qui a su capter toute la magie de Rome.

De 6 à 10 ans

Didier Lévy, La Louve et l’Anglais, illustrations de Tiziana Romanin, Sarbacane, 2018, 48 p., 16 €

Les Fables du Labyrinthe, illustrées par Carine Sanson

« Les grenouilles se lassant / De l’état démocratique, / Par leurs clameurs firent tant / Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique. » Mais ce roi est si pacifique, que les grenouilles s’en plaignent à Jupiter, lequel, las de leurs criailleries, leur envoie une grue « qui les croque, qui les tue / qui les gobe à son plaisir ». Cette célèbre fable de La Fontaine vient en contrepoint d’une fable antique, une des 39 fables dont les personnages et les animaux peuplaient, dans le parc de Versailles, le « bosquet du labyrinthe ». Un bosquet féérique, conçu par Le Nôtre, dont la vie dura à peine un siècle, et dont le souvenir reste dans de belles gravures. Carine Sanson a mis ces fables en images dans ce somptueux album. Elle a aussi dessiné le plan interactif du labyrinthe et conçu quelques petits films animés, à découvrir sur le site internet des Fables du Labyrinthe.

Dès 10 ans et pour toute la famille

Les Fables du Labyrinthe, Esope, Phèdre, La Fontaine et les autres, illustrées par Carine Sanson, Editions Illador, 2018, 96 p., 33 €

Les Grenouilles et Jupiter, fable animée.

Joséphine Barbereau, L’art raconte Ulysse

« Les Lestrygons sont des mangeurs d’hommes ! Il en arrive de toutes parts, qui courent jusqu’aux bateaux et emportent les compagnons d’Ulysse, les condamnant à être les mets d’un affreux festin ! Heureusement, tu te souviens qu’Ulysse avait ancré son embarcation loin de là. Il parvient à fuir avec le dernier équipage rescapé… » Pour illustrer cette scène, une fresque vaticane nous montre les fameux Lestrygons attaquant le navire d’Ulysse. Le cheval de Troie, Calypso, Circé, Eole, Ulysse face à Polyphème, Pénélope, autant de thèmes de l’Odyssée qui ont inspiré les plus grands peintres européens, Pinturicchio, Turner, Böcklin… Un album très astucieux, documenté mais sans lourdeurs, pour partir sur les traces du héros !

Dès 8 ans

Joséphine Barbereau, L’art raconte Ulysse, Palette, coll. « L’art raconte », 2018, 48 p., 14,50 €

Stéphanie Buhot, Les enfants au musée !

Carnet de croquis en main, les yeux écarquillés, ils tentent de recopier des hiéroglyphes, de saisir la silhouette d’une statue, voire le mouvement d’une marine. Vous pensez que je rêve ? Pas du tout ! Les enfants sont fascinés par les œuvres d’art et par les musées qui les abritent – à condition de choisir des lieux calmes, et, parfois, de promettre un bon goûter à la sortie ! Si vous voulez vous remettre en mémoire les courants artistiques, proposer des jeux inédits de « cherche et trouve », ou connaître les mille astuces des grands musées, cet ouvrage, dû à la plume aussi savante que pédagogique de Stéphanie Buhot, vous sera d’une grande aide.

Pour les parents et toute la famille.

Stéphanie Buhot, Les enfants au musée ! Le guide indispensable pour tous les parents, Editions du Rocher, 2018, 212 p., 16,90 €

David Almond, La Chanson d’Orphée

« Le Nord ! gémissions‐nous. Pourquoi faut‐il vivre dans ce Nord glacial ? Pourquoi pas en Italie ? Ou en Grèce ? Nous éclations de rire. […]Tant pis, avions‐nous dit. Nous inventerions notre propre Italie. Nous inventerions notre foutue Grèce à nous. Où ça ? Dans le Northumberland, bien sûr. »

Quelques grands lycéens. Du camping sauvage dans les dunes au nord de Newcastle. Des haricots tièdes dans des gamelles de fer blanc – mais aussi de la musique, des idéaux un peu flous, de très sérieuses amourettes. Et Orphée. Orphée qui passe, sa lyre en bandoulière, fascinant, envoûtant. Qui dompte les dauphins. Qui choisit Ella Grey, la meilleure amie de Claire, la narratrice. Ella mordue par une vipère, Ella descendue aux enfers. Une variation menée de main de maître sur le thème d’Orphée et d’Eurydice : romantisme, mystère, lyrisme sont au rendez‐vous, sans compromis ni dans le tragique, ni dans la peinture de ces adolescents, « poètes disparus », capables de se soûler sur la plage comme de rêver aux grands mystères de la vie et de la mort.

Grands adolescents, jeunes adultes

David Almond, La Chanson d’Orphée, Gallimard Jeunesse, 2018, 288 p., 15 € — Traduit de l’anglais

Isabelle Wlodarczyk, Argos, le compagnon d’Ulysse

« En s’éloignant Ulysse a crié : “Et toi, Argos, prends soin de Télémaque !” J’ai aboyé une seule fois : promis ! » Et vingt ans ont passé ; c’est long, vingt ans, dans la vie d’un bon chien… Le jeune chiot agile et prompt à lever les lièvres dans les garrigues d’Ithaque a veillé sur le palais et ses habitants, sur Pénélope et sur Télémaque, puis il est devenu un bien vieux chien au poil grisonnant. Lorsqu’un jour, nous raconte‐t‐il, il le devine, « ce vieillard aux yeux ternes, au dos voûté par les années, c’est Ulysse. Pénélope ignore que l’homme qu’elle attend depuis toujours est de retour. Moi je le sens dans tous mes poils, dans mon cœur fatigué, dans mon âme de chien. C’est lui, Ulysse. » Une ultime caresse et Argos, après tant d’années, peut s’endormir « pour toujours, repu et heureux. Ulysse est rentré ».

Quelle belle leçon de patience et de fidélité nous a donnée Homère ! Isabelle Wlodarczyk donne ici la parole à Argos qui, à sa façon, nous raconte ce qu’il a compris de l’odyssée de son maître. Les illustrations d’Alice Beniero, d’un trait fort et énergique, nous font découvrir à ras de truffe le palais et ses habitants, les criques et les campagnes d’Ithaque. Emotions garanties.

Dès 6 ans

Isabelle Wlodarczyk, Argos, le compagnon d’Ulysse, illustrations d’Alice Beniero, Editions Amaterra, 2018, 40 p., 12,90 €