Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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De 9 à 10 ans

Françoise de Guibert, Dis, comment tu nais ?

« Entre mars et juin, le couple peut avoir quatre portées de trois à cinq bébés. » On ne chôme pas, dans la famille des musaraignes musettes ! Et qu’il est drôle de les voir, quand ils sortent du « nid familial », s’accrocher « à la queue leu leu pour ne pas se perdre » ! La chouette chevêche, « haute comme deux pommes », est gâtée par son partenaire, qui lui offre de délicieux mulots. Dans le trou d’arbre qui sert de nid, elle pond « quatre œufs qui ressemblent à des balles de ping‐pong blanches ». Puis elle les couve. A trois semaines, les oisillons « commencent à grimper aux parois du nid avec leurs griffes pour aller jouer les équilibristes. Encore une grande semaine, et ils s’essaieront à voler. Partons au fond des mers. La pieuvre, après avoir veillé sans manger « de 24 à 125 jours » sur les milliers d’œufs fixés au plafond de sa grotte, mourra d’épuisement… Dans cet album, Françoise de Guibert explique en termes simples mais scientifiques la conception et la naissance de plus de 40 bébés animaux. Cette « pouponnière » est illustrée avec talent et humour par Clémence Pollet, qui porte un regard tendre sur ces bébés animaux et sur leurs parents.

Dès 8 ans

Françoise de Guibert, Dis, comment tu nais ?, illustrations de Clémence Pollet, De La Martinière Jeunesse, 2019, 96 p., 12,90 € — Imprimé en Espagne

Des mêmes auteurs :
Dès 8 ans — Françoise de Guibert, Dis, que mangestu ?, illustrations de Clémence Pollet, De La Martinière Jeunesse, 2018, 96 p., 12,90 €
Dès 8 ans — Françoise de Guibert, Dis, où tu habites ?, illustrations de Clémence Pollet, De La Martinière Jeunesse, 2017, 96 p., 12,90 €
Dès 4 ans — Florence Guibert et Clémence Pollet, Dis, comment ça pousse ?, De La Martinière Jeunesse, 2016, 86 p., 12,90 €

Victor Hugo (d’après), Cosette

« Il était arrivé quatre nouveaux voyageurs.
Cosette pensait qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs survenue, et qu’il n’y avait plus d’eau à la fontaine. » Tel est le début du 2e chapitre de ce « Cosette » — dont j’ai bien cru qu’il était directement issu des Misérables. Vérification faite, voici le texte de Victor Hugo :
« Il était arrivé quatre nouveaux voyageurs.
Cosette songeait tristement ; car, quoiqu’elle n’eût que huit ans, elle avait déjà tant souffert qu’elle rêvait avec l’air lugubre d’une vieille femme.
Elle avait la paupière noire d’un coup de poing que la Thénardier lui avait donné, ce qui faisait dire de temps en temps à la Thénardier : – Est‐elle laide avec son pochon sur l’œil !
Cosette pensait donc qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs survenus, et qu’il n’y avait plus d’eau dans la fontaine. »
Pour un jeune lecteur de 8 à 10 ans qui veut faire connaissance avec ce drame, cette « réduction » me semble très intelligente, même si d’aucuns ne jurent que par l’original. D’autant plus que sur la page de gauche, une illustration pleine page due au pinceau d’Olivier Desvaux nous fait comprendre le martyre de la fillette : sur une table, un verre et une carafe, comme une nature morte. Sous la table nappée de blanc, deux pieds, entourés de deux menottes, et l’ébauche d’un jupon bleu. Cosette, plus morte que vive…
Une adaptation, donc, des principaux chapitres consacrés à l’enfance de Cosette : la descente à la source, l’aide de Jean Valjean, son séjour chez les Thénardier, l’épisode de la poupée, le départ de Cosette et son installation à Paris, dans le galetas du boulevard de l’Hôpital. Les nombreux tableaux du peintre Olivier Desvaux font de ce grand format (33,2 x 26,7 cm) un superbe album.

Dès 8 ans

Victor Hugo(d’après), Cosette, illustrations d’Olivier Desvaux, Belin Jeunesse, 2018, 56 p., 19,90 € — Imprimé en Slovénie.

Christine Le Dérout, Mystère au manoir

Quel secret cache le manoir du Bourdonnel, au portail et aux volets clos ? Les « 4.sets », à savoir Théo, Vincent, Julien et Jeanne ont pour bonne excuse de préparer un exposé d’histoire pour la rentrée. Mais derrière l’histoire officielle se dessine une autre histoire, dont personne n’a envie de se souvenir aux abords de Quimper. Alors qu’ils explorent une des dépendances, les adolescents découvrent « deux petits œufs colorés, de matière dure avec des crochets de métal en haut » selon la description de Vincent. Autrement dit, deux superbes œufs de Fabergé – « posés dans un amas de brindilles qui semble avoir été un nid ». L’aventure peut commencer !
En dignes héritiers du Clan des Sept et du Club des Cinq, les « 4.sets » sont des adolescents méthodiques et pleins d’allant, polis, astucieux et soucieux des autres. Etant bien de notre temps, ils utilisent leurs portables, se « checkent », parlent comme nos ados (« mecs, fun, kids »), et suggèrent aux policiers de faire des analyses ADN pour retrouver le coupable.
Ce qui donne un roman « policier » facile à lire et bien mené, idéal pour se distraire un jour de pluie – et un bel hommage aux « Bijoux de la Castafiore ».

Dès 9 ans

Christine Le Dérout, Mystère au manoir, illustrations de Joël Legars, Locus Solus, 2019, 160 p.,7,50 € — Imprimé en France

Monika Vaicenaviciené, Qu’est-ce qu’un fleuve ?

Pendant qu’elle brode au bord du fleuve, Grand‐Mère répond aux questions de son petit‐enfant : Fleuve, qui es‐tu ? « Un fleuve, c’est un voyage » ; de sa source à son estuaire – ou à son delta – il visite « des déserts et des grandes villes, des forêts denses et des prairies vertes, des steppes et des toundras, des montagnes et des vallées ». Souvent navigables, les fleuves « unissent les gens et les lieux ». A la fin de l’album, l’enfant qui a tressé une couronne de fleurs en écoutant sa grand‐mère « laisse le fleuve l’emporter dans son courant ». Les illustrations dues à l’auteur sont pleines de fantaisie, incluant ici ou là des termes tels « méandre d’un fleuve ». Elles nous invitent à nous asseoir sur le rivage, à guetter les oiseaux, à observer les changements de couleur du ciel et de l’eau. Ou à embarquer sur une péniche ? Les plus courageux organiseront un voyage à vélo le long des pistes cyclables qui longent les grands fleuves : Loire ou Danube ?

Dès 6 ans

Monika Vaicenaviciené, Qu’est-ce qu’un fleuve ?, Ed Cambourakis, 2019, 32 p., 16 € — Traduit du suédois par Catherine Renaud. Imprimé en Lettonie.

Dan Green, Charles Darwin

« 1529 espèces d’animaux et 3907 échantillons de plantes » ! On se demande comment Charles Darwin (1809–1882)  a pu rapporter autant de fossiles et de spécimens dans les cales du Beagle… Après cette expédition, qui avait duré cinq années – de 1831 à 1836 — il en passa un certain nombre à nommer, trier, étiqueter et ranger toutes ces découvertes. Cette biographie de Charles Darwin revient sur les principaux événements de sa vie, ses études, (médecin ? pasteur ? botaniste ?), sa vocation de chasseur de papillons, son voyage, ses trouvailles, ses réflexions autour des notions d’évolution des espèces vivantes et de la sélection naturelle. Le livre ne passe sous silence ni ses scrupules, ni les réactions de ses contemporains, choqués que l’homme puisse « descendre » du singe, alors que Darwin avait seulement suggéré qu’hommes et singes avaient un ancêtre commun. Les illustrations de Rachel Katstaller (ici en anglais) et une typographie aérée permettent aux jeunes lecteurs de se familiariser avec une pensée scientifique de premier ordre.

Dès 8 ans

Dan Green, Charles Darwin, illustrations de Rachel Katstaller, Gallimard Jeunesse, coll. « Les Grandes Vies », 2019, 64 p., 9,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine.

Françoise Rachmuhl, Héroïnes et héros de la mythologie grecque

« Quand Atalante naquit, son père, Iasos, roi d’Arcadie, se mit en colère. Il aurait voulu un garçon, qui aurait pu devenir un guerrier ou un chasseur célèbre. » Il alla même jusqu’à abandonner le nourrisson « sur les pentes boisées d’une montagne » ; par chance, Artémis passait par là, qui confia la petite fille à une ourse, puis à un groupe de chasseurs. Atalante excella à la chasse et à la course, et prit même part à l’expédition des Argonautes. A son retour, lors d’une chasse au sanglier, le jeune Méléagre tomba amoureux de la jeune fille. A quel prix devait‐il la conquérir…
Atalante est moins connue qu’Hélène, la belle Hélène qui causa, bien malgré elle, la guerre de Troie. Sa légende est ici contée avec celles de Jason, de Thésée, d’Hélène et d’Achille : cinq figures mythiques, cinq destins héroïques.
Les illustrations de Charlotte Gastaut accompagnent un texte écrit dans une langue accessible qui, tout en évitant les anecdotes un peu scabreuses, ne dénature en rien le fonds mythologique. Et puis, les armes d’Achille comme les pommes d’or sont vraiment dorées !

Dès 7 ans

Françoise Rachmuhl, Héroïnes et héros de la mythologie grecque, illustrations de Charlotte Gastaut, Flammarion Père Castor, 2019, 96 p., 10 € — Réédition dans un nouveau format de l’édition de 2016 – Imprimé en Italie.
Dans la même collection (format plus grand) : Françoise Rachmuhl, Dieux et Déesses de la mythologie grecque, illustrations de Charlotte Gastaut, Flammarion, Père Castor, 2013, 64 p., 15 €

Robin des Bois

« — Et maintenant, suis‐moi, Robin des Bois ! Donne‐moi ton épée et rends‐toi si tu veux espérer voir la fin du jour !
— Pour ce qui est de mon épée, c’est avec grand plaisir que je te la donne… mais pas comme tu l’attends !
Vif comme l’éclair, Robin tira son épée et frappa Guy de Gisborne, qui s’écroula inanimé devant l’autel. Entouré de tous ses hommes, il chargea les soldats du chevalier jusqu’à ce qu’ils sortent de la chapelle. »
Alors qu’il s’apprêtait à épouser la belle Marianne, Robert Fitz‐Ooth, comte de Locksley, baron de Huntingdon, se voit contraint de quitter le château pour s’élancer dans la forêt de Sherwood. Robin des Bois n’aura de cesse de lutter contre l’injustice, en attendant le retour du roi Richard. Cela nous vaut un roman d’aventures, avec duels, chevauchées, enlèvements, prisons, guet‐apens, tournois…
Venue du Moyen Age anglais, la geste de Robin a été popularisée dans la littérature enfantine par le roman Ivanhoé de Walter Scott et par le Robin des bois, le prince des voleurs d’Alexandre Dumas. Cette version reprend les divers éléments légendaires pour en donner un récit dynamique, facile à lire, à tout petit prix.

Dès 8 ans

Robin des Bois, illustrations de Benjamin Strickler, Lito, 2016, 136 p., 3,90 € — Imprimé dans l’Union européenne.

Bart Moeyaert, L’Oie et son frère

« Un nouvel agneau est né. Tout le monde est content. […] La brebis surtout, la jeune maman, ne se sent plus de bonheur. Elle pince la joue de son agneau, secoue avec amour la tête de droite à gauche, et glisse à l’oreille de son bébé :
— N’oublie pas que tu as quelque chose de spécial !
— Que tu as, demande l’oie.
— Que tu es, dit son frère. N’oublie pas que tu es quelque chose de spécial. »
Car dans cette ferme‐là, l’oie et son frère se piquent de philosophie – au grand dam des dindons, moutons et autres compagnons.
Ces 45 chapitres très courts se situent quelque part entre les Fables de La Fontaine, les Contes du Chat perché de Marcel Aymé et certains contes de Pierre Gripari : légers ou grinçants, logiques ou farfelus, drôles ou sérieux, ils nous parlent en fait de nous, les humains.

Dès 8 ans

Bart Moeyaert, L’Oie et son frère, illustrations de Gerda Dendooven, La Joie de lire, 2018, 156 p., 18,50 € — Traduit du néerlandais. Imprimé en Lettonie.

Alex Cousseau, Par la forêt, Par le lac

« Par le lac – La glace est épaisse, je pourrais traverser le lac en une heure à peine. Le plus vite sera le mieux. » Mais… « Par la forêt – Le chemin par la forêt est long et dangereux mais je connais par cœur le labyrinthe des sentiers. » En ce premier jour du printemps, un jeune Indien hésite : par quel chemin rejoindre le sommet de la colline aux Lézards ? Sur quel sentier l’accompagner dans ses aventures ? Un livre, mais deux histoires, une au recto, une au verso, tel est le pari de cette collection, qui permet au tout jeune lecteur de s’aventurer seul dans de courts romans. Petit format, typographie aérée, langue simple sans être simpliste, scénarios bien ficelés : suivez le coyote – ou un petit rapace aux plumes jaunes… mais sans lâcher votre arc !

Dès 8 ans

Alex Cousseau, Par la forêt, Par le lac, Rouergue, coll. « Boomerang », 2019, 48 p., 6,50 €

Emilie Vast, Plantes vagabondes

Vagabondes, les plantes ? Mais oui ! Que de stratégies pour aller voir plus loin si la terre est plus grasse ! Il y a celles dont les graines s’envolent, comme le pissenlit ou le séneçon. Celles qui rampent, comme le fraisier qui lance ses stolons. Celles dont les fruits tombent, tournoient et rebondissent, comme les marrons ou les ailes légères des samares de l’érable. Celles dont les fruits s’agrippent comme du Velcro. Il y a aussi celles qui se laissent manger… parce que leurs graines seront disséminées « après un petit voyage dans l’appareil digestif d’un oiseau ». Il y a même des graines qui sautent d’une capsule, comme celles de la violette. Les chélidoines préfèrent être plantées par les fourmis. Quant au nénuphar, il laisse voguer des fruits‐bouées au fil de l’eau. Le muguet, lui, a choisi de voyager sous terre, en allongeant ses rhizomes. D’autres plantes seront cultivées par les hommes, qui leur font parcourir le monde – ce qui n’est pas toujours très malin. Entre album documentaire et livre d’art, Plantes Vagabondes d’Emilie Vast met en scène plantes et animaux stylisés mais cependant fidèles à la réalité. Du grand art.

Dès 6 ans et pour tous les amoureux de la nature

Emilie Vast, Plantes vagabondes, Editions MeMo, 2018, 64 p., 18 € — Imprimé en Europe.
Du même auteur, à retrouver sur le blog :
Moi, j’ai peur du loup, MeMo, 2018, 52 p., 13 €
Abeille et Épeire, MeMo, 2017, 32 p., 13 €
Le secret, Editions MeMo, 2015, 24 p., 12 €
Couac, d’après le spectacle d’Angélique Friant, MeMo, 2015, 32 p., 13 €
Le Chant de Colombine, MeMo, 2014, 40 p., 14 €

Alex T. Smith, Monsieur Pingouin, Tome 1 : Le Trésor perdu

Coiffé, tel Indiana Jones, d’un « chapeau transpercé d’une flèche », sa chemise ornée d’un nœud papillon coloré que n’aurait pas dédaigné Sherlock Holmes, Monsieur Pingouin, en digne émule de Nestor Burma, attendait… un premier client. Le téléphone sonne enfin au 0111‐PIN‐GOUIN. Voilà notre palmipède, dès le chapitre 2, engagé pour retrouver un trésor perdu. Aidé de Colin, son fidèle acolyte (une « grosse araignée mâle en chapeau melon »), il va explorer les souterrains du Musée des Objets Extraordinaires : carte au trésor, leviers secrets, souterrains glissants, jungle impénétrable, alligators, cascades, voleurs déguisés, conservatrice enfermée dans un placard… Les épisodes s’enchaînent dans une « logique » toute britannique, improbable et loufoque. Parfait pour se lancer dans une lecture autonome.

Dès 8 ans

Alex T. Smith, Monsieur Pingouin, Tome 1 : Le Trésor perdu, Flammarion, coll. « Castor Romans », 2019, 208 p., 12 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Espagne. Couverture cartonnée

 

Stéphanie Corinna Bille, Légendes et mystères des montagnes

« Tschäggättä ! Tschäggättä !
Ils surgissent avec leur masque de bois. Et leur peau de bouc ou de chèvre, ou de mouton, qu’ils ceinturent d’un collier de vache avec la cloche.
Ils courent, ils sautent, ils dansent et la cloche sonne. […]
Tschäggättä ! crient les enfants.
Les enfants les regardent, les suivent, les aiment. Les enfants ont peur des masques. Les enfants aiment avoir peur. »
Ces masques, dans les hautes vallées du Valais suisse, font leur apparition entre la Chandeleur et le mardi Gras, qui précède le mercredi des Cendres. Dans ce récit, l’un des masques est si grand, si grand, qu’il domine les plus hauts sapins. Brr… Qui donc cache‐t‐il ?
Dans Le Mystère du Monstre, Corinna Bille (1912–1979) évoque la traque du dernier loup — ils sont revenus depuis, mais elle ne l’aura pas su… Le troisième récit, La Balade en traîneau, nous fait découvrir un bien curieux village, perdu dans la montagne, mais surtout perdu dans un temps légendaire… La Joie de Lire a l’excellente idée de publier, avec des illustrations contemporaines très colorées, ces trois contes enracinés dans le Valais natal de la romancière Corinna Bille. De plus, le livre est d’une belle facture : reliure en carton et signet orangé.

Dès 8 ans

Stéphanie Corinna Bille, Légendes et mystères des montagnes, illustrations d’Adrienne Barman, La Joie de Lire, Genève, 2018, 80 p., 14,90 € — Imprimé en Lettonie. Couverture cartonnée, avec un signet