Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

De 6 à 7 ans

Gaya Wisniewski, Chnourka

Où vont donc Mirko le jeune chat, Zachary le petit chien et Emile la grue, dans ce traîneau tiré par Tomek le bison ? Pourquoi bravent‐ils la tempête de neige qui s’est abattue sur la forêt ? Pour rejoindre « une maison endormie dans la neige, gelée et couverte de glace. La maison de Chnourka. […] Collés à la vitre de la véranda, les quatre amis observaient une petite forme emmitouflée dans une grosse couverture en laine. Un bonnet rouge en dépassait. Mirko tambourina au carreau.
— Chut ! Je pensais la réveiller plus doucement, dit Zachary. Tu sais, le monde des rêves est un lieu fragile ».
Que d’aventures attendent les cinq amis dans cet hiver finissant ! Ils s’émerveilleront aussi de l’arrivée du printemps.
Chnourka et ses amis vivent dans un pays voisin de celui des Moumines, gentiment onirique et plein de belles intentions. Et chez vous, le printemps est‐il bien arrivé ?

Dès 5 ans

Gaya Wisniewski, Chnourka, MeMo, 2019, 56 p., 16 € — Imprimé en Europe

Monika Vaicenaviciené, Qu’est-ce qu’un fleuve ?

Pendant qu’elle brode au bord du fleuve, Grand‐Mère répond aux questions de son petit‐enfant : Fleuve, qui es‐tu ? « Un fleuve, c’est un voyage » ; de sa source à son estuaire – ou à son delta – il visite « des déserts et des grandes villes, des forêts denses et des prairies vertes, des steppes et des toundras, des montagnes et des vallées ». Souvent navigables, les fleuves « unissent les gens et les lieux ». A la fin de l’album, l’enfant qui a tressé une couronne de fleurs en écoutant sa grand‐mère « laisse le fleuve l’emporter dans son courant ». Les illustrations dues à l’auteur sont pleines de fantaisie, incluant ici ou là des termes tels « méandre d’un fleuve ». Elles nous invitent à nous asseoir sur le rivage, à guetter les oiseaux, à observer les changements de couleur du ciel et de l’eau. Ou à embarquer sur une péniche ? Les plus courageux organiseront un voyage à vélo le long des pistes cyclables qui longent les grands fleuves : Loire ou Danube ?

Dès 6 ans

Monika Vaicenaviciené, Qu’est-ce qu’un fleuve ?, Ed Cambourakis, 2019, 32 p., 16 € — Traduit du suédois par Catherine Renaud. Imprimé en Lettonie.

Alain Paraillous, Cosette

« Il était une fois, voilà très longtemps, une petite fille de sept ans qui s’appelait Cosette. Sa maman, Fantine, l’avait laissée en pension chez un couple d’aubergistes, les Thénardier, pour pourvoir aller travailler dans une usine. » Vouée aux tâches les plus fatigantes, mal nourrie et mal vêtue, Cosette est l’image même du malheur fait enfant. Mais voilà qu’une main se saisit de son seau – une main forte, énergique, protectrice : celle de Jean Valjean ! Victor Hugo, ce grand‐père si proche de ses petits‐enfants, aurait‐il réécrit pour eux le récit des Misérables ? Nous n’en savons rien, mais il est fort probable qu’il aurait validé ce grand texte mis à hauteur d’enfant par Alain Paraillous. L’épopée devient ici conte de fées, avec des illustrations en noir, gris et ocre et délivre une belle leçon de courage et de résilience – pour employer un terme à la mode.

Dès 6 ans, puis à lire tout seul

Alain Paraillous, Cosette, illustrations de Marie Paruit, Amaterra, coll. « Les grands textes à hauteur d’enfant », 2013, 48 p., 7,50 €

Emmanuel Trédez, Les Pâtes

Des pâtes, oui mais des… Stooop, pas de pub ! Pas plus que d’arbres à pâtes ou de champs de pâtes ! Macaroni, penne, coquillette, tagliatelle, farfale ou encore stelline, spätzles ou crozets, que celui qui n’aime pas les pâtes lève la main ! Du champ de blé dur à l’usine, Emmanuel Trédez explique en termes clairs la fabrication des pâtes, puis donne quelques recettes et conseils diététiques. Le tout est illustré de manière très dynamique par Nicolas Gouny, un jeune papa fantaisiste mais très documenté.

Dès 6 ans

Emmanuel Trédez, Les Pâtes, illustrations de Nicolas Gouny, Editions du Ricochet, coll. « je sais ce que je mange », 2019, 36 p., 12,50 €

Bernadette Gervais, L’escargot

« Escargot d’Bourgogne, montre‐moi tes cornes ! » — la comptine est parfaite pour enfiler ses bottes et aller observer sur le terrain des petites bêtes qui ont le bon goût de ne pas courir trop vite !
Ce petit livre très scientifique explique avec des mots simples et précis comment se développent les escargots, ce qu’ils mangent – et n’oublie pas ceux qui les mangent. Des volets à soulever (comme des feuilles de salade ?) permettent de voir évoluer notre gastéropode préféré. Maillot, ambrette commune, clausilie, hélicelle, sont les cousins de nos petits‐gris – le saviez‐vous ?
Vous pourrez rencontrer l’auteur le 16 mars prochain à la librairie Le Divan Perché (226 rue de la Convention, 75015 Paris).

Dès 5 ans

Bernadette Gervais, L’escargot, Albin Michel Jeunesse, 2019, 16 p., 14 € — Imprimé en Chine

Gaby Bazin, Écrire, c’est dessiner

Donnez un crayon à un tout‐petit, et il sera tout fier de vous expliquer ce que signifient ses gribouillages les plus farfelus. L’enfant, très jeune, comprend vite que les signes sont des mots, et que les mots racontent des histoires. Mais quand il s’agit d’apprendre à écrire, le geste se fait souvent plus crispé, le bras et le poignet se bloquent, le crayon est mal tenu – et les pattes de mouche de danser sur le papier… S’inscrivant dans la filiation des anciennes méthodes d’écriture, Gaby Bazin propose avec ce cahier des exercices très inventifs et pas tristes du tout : traits, boucles, ronds, ponts et vagues, pointes et spirales ont toute la place voulue (24 x 32,3 cm) pour se développer à l’aise. Les mots choisis sont assez compliqués, l’enfant aura sans doute un peu de mal à les décrypter : ce cahier n’est pas une méthode de lecture. Une feuille de rhodoïd mobile (en dernière page) permet de s’entraîner par transparence. Mais rien ne vaut une grande et belle feuille et de bons outils pour prendre du plaisir à calligraphier !

Dès 4 ans

Gaby Bazin, Écrire, c’est dessiner, Editions MeMo, 2017, 68 p., 18 € — Imprimé en Espagne

Pierre Zenzius, L’Ascension de Saussure

« Nous sommes partis nombreux. Combien ? Je ne saurais le dire… » Bizarre, non, un « personnage » qui ne sait pas compter ? Les uns portent des sacs, d’autres des échelles. Parfois, de drôles d’objets, une cage à oiseau (avec l’oiseau), un télescope… Cette expédition va traverser, au fil des pages, une forêt et des torrents, remonter un glacier, se perdre dans la brume, avant d’arriver… au sommet tant convoité ! Nous sommes le 3 août 1787, et Horace Bénédict de Saussure voit enfin son rêve se réaliser : il est au sommet du mont Blanc (cela est bien expliqué dans une courte préface). « Mon maître semblait ravi. Pourtant, tant de chemin restait à parcourir », conclut, très philosophe, le narrateur – qui n’est autre qu’un vaillant petit chien ! Cet angle « décalé » permet à Pierre Zenzius de choisir des perspectives originales et pleines d’humour. De quoi réjouir les mânes de Samivel !

Dès 5 ans

Pierre Zenzius, L’Ascension de Saussure, Rouergue, 2017, 40 p., 16 € — Imprimé au Portugal

Emilie Vast, Plantes vagabondes

Vagabondes, les plantes ? Mais oui ! Que de stratégies pour aller voir plus loin si la terre est plus grasse ! Il y a celles dont les graines s’envolent, comme le pissenlit ou le séneçon. Celles qui rampent, comme le fraisier qui lance ses stolons. Celles dont les fruits tombent, tournoient et rebondissent, comme les marrons ou les ailes légères des samares de l’érable. Celles dont les fruits s’agrippent comme du Velcro. Il y a aussi celles qui se laissent manger… parce que leurs graines seront disséminées « après un petit voyage dans l’appareil digestif d’un oiseau ». Il y a même des graines qui sautent d’une capsule, comme celles de la violette. Les chélidoines préfèrent être plantées par les fourmis. Quant au nénuphar, il laisse voguer des fruits‐bouées au fil de l’eau. Le muguet, lui, a choisi de voyager sous terre, en allongeant ses rhizomes. D’autres plantes seront cultivées par les hommes, qui leur font parcourir le monde – ce qui n’est pas toujours très malin. Entre album documentaire et livre d’art, Plantes Vagabondes d’Emilie Vast met en scène plantes et animaux stylisés mais cependant fidèles à la réalité. Du grand art.

Dès 6 ans et pour tous les amoureux de la nature

Emilie Vast, Plantes vagabondes, Editions MeMo, 2018, 64 p., 18 € — Imprimé en Europe.
Du même auteur, à retrouver sur le blog :
Moi, j’ai peur du loup, MeMo, 2018, 52 p., 13 €
Abeille et Épeire, MeMo, 2017, 32 p., 13 €
Le secret, Editions MeMo, 2015, 24 p., 12 €
Couac, d’après le spectacle d’Angélique Friant, MeMo, 2015, 32 p., 13 €
Le Chant de Colombine, MeMo, 2014, 40 p., 14 €

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier

Sommé de ranger sa chambre, « Sylvain porte Charlemagne dans ses bras. Il est lourd, encombrant. Sylvain manque souvent de tomber avec. Dans le grenier, il lui cherche une place parmi les meubles poussiéreux quand soudain le cheval tourne la tête : “On part une dernière fois à l’aventure, Chevalier Sylvain ?” » Oh que oui ! Et, « d’un seul coup, le cheval décolle, traverse la fenêtre du grenier et file dans le ciel ! » Direction, la Sylvanie, ce royaume secret dont Sylvain est le meilleur des chevaliers. Ennemis farouches, dragons « toutes flammes dehors », terribles chutes d’eau, que d’aventures… La fin du conte est d’une rare poésie : alors que le cheval Charlemagne décide de rester en Sylvanie, Sylvain rencontre un vieil écrivain, qui lui confie un « vélo‐scarabée » pour rentrer à la maison… y faire ses devoirs et, qui sait, revenir en Sylvanie ? Le duo auteur‐illustratrice a fonctionné à merveille pour nous offrir, comme nous y invite Eloïse Scherrer, une « cure de jouvence en imaginaire ».

Dès 4 ans

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2018, 40 p., 17,50 € — Imprimé en France.

Auro Roselli et Laurent de Brunhoff, Les Chats de la tour Eiffel

« Oh, regardez, s’exclama-t-il, un chat !
— Ne sois pas stupide, Arthur, répliqua sa mère. Il n’y a pas de chats sur la tour Eiffel.
— N’empêche, insista Arthur, il y a un animal avec quatre pattes et une queue au milieu de toutes ces poutres, tous ces boulons et tous ces écrous ! »
Un chat ? Non, une chatte, qui a échappé à la petite Adalgise, 8 ans aux cerises. Une chatte ? Bientôt accompagnée d’un papa chat, puis de chatons, puis de petits‐chatons… Des chats qui font une concurrence tout à fait illégale aux guides touristiques. Pas de quoi fouetter un chat ? Que si… L’affaire remonte jusqu’aux plus hautes autorités, ce qui nous vaut une mise en boîte réjouissante des rouages de l’Etat, président, ministres, agent secret et conseiller tout aussi secret. Une mise en boîte, mais aussi une histoire douce, pleine de tendresse – où les grandes personnes elles‐mêmes sont invitées à réfléchir avant d’appeler leur mère.
Ce roman illustré par Laurent de Brunhoff était connu des petits Américains depuis 1967 ; il était resté inédit en France, allez savoir pourquoi… Aucun de nos présidents n’a pourtant « un grand nez et un caractère abominable », foi de matou. Mais au fait, avez‐vous vu des chats sur la tour Eiffel ?

Dès 5 ans

Auro Roselli, Les Chats de la tour Eiffel, illustrations de Laurent de Brunhoff, Hélium, 2018, 56 p., 14,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé au Portugal.

Marie‐Aude Murail, Le Visiteur de minuit

Londres, hiver 1854. Chez Dickens ? Pas tout à fait, mais… Si le vieux jardinier MacNeil a « quinze enfants, tous en vie », son patron, Jason Anderson, riche à millions, se morfond de savoir que sa fille unique, Beatrix, « s’affaiblissait d’heure en heure ». Non seulement il se morfond, mais il éprouve une méchante jalousie à l’égard de Fergus, le dernier fils du jardinier.
Mais qui frappe à la porte ? Quel est cet homme « drapé dans une cape noire dont la capuche dissimulait à demi son visage écarlate » ? Le diable ? Le diable ! Qui propose un horrible marché à M Anderson : s’il invite le petit Fergus à partager les jeux de Beatrix, lui, le diable, se charge de guérir la fillette en faisant passer la santé du garçon dans le corps de la fillette. « Au printemps, l’un des deux enfants mourra ! », tel est l’abominable marché… Rassurez‐vous, les enfants, innocents et courageux, déjoueront le piège diabolique et les deux pères ne pourront que s’en réjouir. Le conte est d’autant plus émouvant que les enfants sont orphelins et les papas veufs ; aucune présence féminine adulte ne vient adoucir ces longues journées d’hiver.
Christel Espié donne ici la mesure de son talent : les illustrations pleine page de ce grand album (29,3 x 36,4 cm) créent une atmosphère aux couleurs très contrastées, aussi contrastées que les sentiments des protagonistes du conte.

Dès 6 ans

Marie‐Aude Murail, Le Visiteur de minuit, illustrations de Christel Espié, Albin Michel Jeunesse, 2018, 32 p., 18 € — Imprimé en Italie. Une première version du conte a été publiée en 1988 dans la revue J’aime lire.

Milisava Petkovic, Blanche, la panthère des cimes

Blanche est une jeune panthère des cimes, aussi vive que curieuse du monde qui l’entoure, elle et sa famille. Un monde paisible au cœur de l’Himalaya, jusqu’au jour où « un étrange bruit retentit, comme un grondement de tonnerre. Un orage ? Une avalanche ? Des cris d’homme les font tressaillir. » Des trappeurs, des fusils… Vite, vite, il faut fuir. Blanche va rencontrer de nouveaux amis et vivre des aventures passionnantes avant de retrouver son « rocher en forme d’ours » et ses parents, heureusement indemnes. Les planches de Xuan Loc Xuan, une jeune illustratrice vietnamienne, sont empreintes d’une douce poésie qui font tout le charme de cet album : que les scènes soient tristes ou gaies, agitées ou tranquilles, elle a su capter l’essentiel de la nature sauvage et le faire partager aux enfants.

Dès 5 ans

Milisava Petkovic, Blanche, la panthère des cimes, illustrations de Xuan Loc Xuan, Editions NuiNui Jeunesse, coll. « Animaux en danger », 2019, 40 p., 14,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Pologne