Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Aventures et découvertes

Hugh Lofting, Docteur Dolittle

Puddleby‐on‐the‐Marsch, Angleterre. Un beau jour, las de soigner les humains, le bon docteur John Dolittle engage la conversation avec son perroquet, Polynesia. Et celle‐ci de lui apprendre le langage des autres animaux. Bien commode pour s’enquérir de la santé de Jip le chien, Dab‐Dab la cane, Too‐Too le hibou, Gub‐Gub le cochon, ou Chee‐Chee le singe ! Non content de soigner les animaux very british de sa campagne, Dolittle s’embarque pour l’Afrique, afin d’y soigner les singes menacés par une épidémie. Comment échappera‐t‐il au roi des Jolliginki, aux menaces du lion et à l’attaque des pirates ? Comment parviendra‐t‐il à convaincre le « poussemoi‐tiretoi » de l’accompagner en Angleterre ?
Ce roman rocambolesque, rebondissant d’absurdités en cocasseries, est aussi tendre et philosophique. Un immense classique. Hugh Lofting (1886–1947) en a conçu les premiers épisodes dans les lettres qu’il envoyait du front à ses enfants, alors qu’il était au contact des « bêtes de guerre », si courageuses. Aujourd’hui, à l’heure où les éthologues étudient les langages des animaux, les jeunes lecteurs seront touchés par la proximité de Dolittle avec la nature, son humour, son dédain de l’argent et des convenances. Ole Könnecke en a rendu toute la décontraction par ses dessins farfelus, où ne manquent ni le gibus ni la mallette de cuir emblématiques du personnage de Dolittle.

Dès 8 ans

Hugh Lofting, Docteur Dolittle, illustrations d’Ole Könnecke, L’Ecole des Loisirs, 2019, 206 p., 12,50 € — Traduit de l’anglais

Arnaud Friedmann, Le Trésor de Sunthy

« Garance Tran, ça ne sonne pas vraiment bourgeois, non ? » Il y a des questions qui, l’air de rien, peuvent mener loin. Surtout quand la maman de ladite Garance, élève de 3e, est psychanalyste et que son papa, médecin, est le fils d’un M. Tran, arrivé du Cambodge en 1979. Une question qui, sous la plume d’Arnaud Friedmann, introduit un roman très prenant sur la quête des origines. Car ce grand‐père, la narratrice lui rend régulièrement visite à l’hôpital où il finit ses jours. Il va lui raconter sa vie de jeune homme, notamment son premier séjour en France en 1974, lui confier des secrets que son fils, le père de Garance, n’avait pas cherché à connaître, tout focalisé qu’il était sur le fait qu’il était bel et bien français. Quitte à exagérer son accent franc‐comtois – le roman se déroule à Besançon, ville qui accueillit en effet de nombreux réfugiés du Sud‐Est asiatique.
Entre ses visites à l’hôpital et son collège, Garance va lire le mémoire d’un étudiant qui s’était intéressé à M Tran – avec des pages terribles sur la répression des khmers rouges -, mettre en pratique les conseils de son professeur d’histoire, questionner ses parents… et vivre sa vie d’adolescente.
Le second volet du roman se déroule après le décès de son grand‐père : un premier voyage au Cambodge permet à Garance de découvrir le village natal de ce dernier et le « trésor de Sunthy » ; il sera suivi d’un second, qui ouvre sur un avenir que la jeune fille imagine heureux.
Arnaud Friedmann fait alterner des pages tragiques avec des pages sentimentales et d’autres non dénuées d’humour, ce qui donne un récit polyphonique dont le rythme conviendra bien aux adolescents. Très documenté, le roman dépasse le seul aspect historique pour devenir un roman d’initiation : plus Garance se rapproche de son grand‐père, plus ses relations avec ses parents vont évoluer, de la crise d’adolescence à une forme de maturité bienveillante.

Dès 12 ans, adolescents

Arnaud Friedmann, Le Trésor de Sunthy, Lucca Editions, 2017, 232 p., 11,90 € — Imprimé en France

Angélique Villeneuve, Paisible

« Ester aimerait qu’on lui fiche la paix », mais, ce soir, la maison résonne du bruit des invités. « Il y a trop de bruit, ici, de mouvement. Pas assez de silence et pas assez de doux. Ça cogne, ça donne mal à la tête. » La solution ? Monter s’isoler dans sa chambre, puis… grimper « branche après branche », jusqu’à tutoyer les nuages. Que vont lui apprendre les habitants de cet arbre fabuleux, oiseaux, lémuriens, papillons ? Que « la paix, peut‐être, n’habite qu’au bord du ciel ».
Ayant retrouvé la paix intérieure, Ester va, tout doucement, revenir chez elle où l’attend son nounours. Les mots tendres et justes d’Angélique Villeneuve vibrent sous le pinceau mutin d’Anna Griot, dont les gouaches illuminent la nuit d’Ester, dans une alternance de tons bleus et orangés.

Dès 5 ans

Angélique Villeneuve, Paisible, illustrations d’Anna Griot, Sarbacane, 2018, 40 p., 15,50 € — Imprimé en France

Fleur Oury, Dimanche

Ce dimanche, Clémentine et ses parents vont déjeuner chez Mamie. Quoi de plus normal ? Et quoi de plus normal, quand on s’ennuie, d’aller au jardin et de passer par un trou de la haie ? Après un passage dans un roncier, la demoiselle rencontre un petit humain. Car Clémentine est une petite renarde sur deux pattes qui vit dans un monde identique au nôtre ! Après quelques instants de timidité partagée, les deux enfants se lancent dans des jeux de plus en plus improbables, jusqu’à « voler » avec des ailes de fougères. Quand Clémentine repasse la haie pour retrouver les siens, ce n’est pas sans accrocher des épines de ronces à ses vêtements. Tiens, tiens, mais pourquoi Grand‐Mère avait‐elle, elle aussi, ce matin, des épines de ronces sur sa robe à l’arrivée de Clémentine ?

Dès 5 ans

Fleur Oury, Dimanche, Ed. Les Fourmis Rouges, 2019, 40 p., 15,50 € — Imprimé en Italie
Du même auteur : Premier Matin, Ed. Les Fourmis Rouges, 2015, 40 p., 14 €

Jeong‐sun Choi, Coucou je te vois !

« Coucou, qui est là, bien caché derrière les branchages ? Un dinosaure ? Oui, un dinosaure ! Gagné ! » Il faut dire que les deux branches sont bien petites pour escamoter un aussi gros animal ! Tour à tour, le lion, le chat, le paon et la grenouille nous lancent un regard coquin au travers de la petite feuille d’arbre censée les cacher. Et ce dernier ? Est‐ce un gorille ? Non, « c’est mon papa ! ». Un adorable jeu de cache‐cache réinventé par deux Coréennes. Haery Lee mêle les dessins au trait noirs, les collages de « vraies » feuilles d’arbres et quelques touches de bleu, de vert et de gris. Quant à Jeong‐sun Choi, elle joue avec humour sur les rythmes, créant de petites surprises bienvenues. Un album « tout carton » moins banal que beaucoup d’autres.

Tout‐petits

Jeong‐sun Choi, Coucou je te vois !, illustrations de Haery Lee, Didier Jeunesse, coll. « Les tout‐cartons petite enfance », 2019, 32 p., 9 € — Imprimé en Malaisie.
Des mêmes auteurs, dans la même collection : Coucou qui est là ?

 

Caroline Roque, Une grand‐mère formidable

Quand Basile apprend qu’il va passer quelques jours chez sa grand‐mère, qu’il connaît peu, il s’inquiète et… enquête auprès de son amie Louna. Pour elle, c’est simple : une grand‐mère, ce sont des crêpes à la confiture, des histoires, des aiguilles à tricoter. Alors, quand Mamie Adèle enchaîne les kilomètres à vélo, les longueurs de piscine et les parties de badminton, Basile se demande s’il a bien « une vraie grand‐mère » ! Un album aussi dynamique qu’attendrissant, avec une grand‐mère en jean, chic alors ! Rassurez vos petits Basile : Mamie Adèle va apprendre à faire des crêpes.

Dès 4 ans

Caroline Roque, Une grand‐mère formidable, illustrations d’Estelle Mens, Mijade, 2019, 32 p., 12 € — Imprimé en Belgique.

Michel Séonnet, Un jour particulier, Jean‐François Millet

« Tout à coup, Jeanne‐Marie s’était arrêtée. Ils étaient arrivés au bord du champ où travaillaient les femmes. Dans la lumière éclatante de midi, on aurait cru voir un tableau d’église. Ces femmes courageuses au travail. Leurs gestes lents et précis. Les maigres épis qu’elles avaient dans les mains. Le soleil qui paraissait soutenir leur effort. » Jeanne‐Marie, son panier au bras, apporte leur déjeuner aux femmes parties depuis l’aube. Dans un coin de ce paysage d’Ile-de-France, mais on ne le voit pas dans l’album, un homme a sorti son carnet de croquis. Ces glaneuses… il lui faudra dix ans de recherches et de travail pour achever ce si célèbre tableau, en 1857 – aujourd’hui au musée d’Orsay.
Attitudes, lumières, cadrage… Olivier Desvaux, peintre officiel de la Marine et peintre résident à l’Opéra Garnier, s’est inspiré non seulement des tableaux de Jean‐François Millet (1814–1875) mais aussi de ses contemporains qui ont excellé à peindre le monde paysan, tels Julien Dupré ou Jules Bastien‐Lepage. Le résultat est superbe et magnifie le labeur de ces glaneuses et la vie difficile de Jeanne‐Marie, tout en ouvrant à une belle réflexion sur le travail et la pauvreté.

Dès 8 ans

Michel Séonnet, Un jour particulier, Jean‐François Millet, illustrations d’Oliver Desvaux, L’Elan vert, coll. « Pont des arts », en collaboration avec le Réseau Canopé, 2019, 32 p., 14,95 € — Imprimé en Chine

Blackcrane, L’Elan ewenki

« Les Ewenkis vivent traditionnellement de l’élevage de rennes et de la chasse dans de vastes forêts, au cœur des montagnes du massif du Grand Khingan », en Mongolie Intérieure. Quand Guéli Shenké, un habile chasseur, « gracie » un jeune faon d’élan, il ne sait pas que l’animal orphelin va s’attacher à lui. Au fur et à mesure que l’animal, nommé Xiao Han, grandit, la cohabitation devient de plus en plus difficile – et parfois cocasse. Mais Guéli Shenké vieillit lui aussi. Il quitte le campement d’éleveurs pour un village de la vallée et voilà notre élan enfermé dans un enclos. Troisième épisode : un beau jour, « il est temps de rendre l’élan à la forêt », ce qui signifie aussi que Guéli Shenké doit renoncer au monde… Blackcrane, célèbre auteur chinois, chante ici la nature de sa terre d’origine, la Mongolie‐Intérieure. L’illustratrice chinoise Jiu Er donne une dimension mythologique à cet immense élan. Quant àGuéli Shenké, il a parfois pour nous des attitudes de Dersou Ouzala, grand chasseur sibérien de légende.

Dès 7 ans

Blackcrane, L’Elan ewenki, illustrations de Jiu Er, Rue du Monde, 2019, 64 p., 18,50 € — Adapté du chinois par Laurana Serres‐Giardi.

Victor Hugo (d’après), Cosette

« Il était arrivé quatre nouveaux voyageurs.
Cosette pensait qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs survenue, et qu’il n’y avait plus d’eau à la fontaine. » Tel est le début du 2e chapitre de ce « Cosette » — dont j’ai bien cru qu’il était directement issu des Misérables. Vérification faite, voici le texte de Victor Hugo :
« Il était arrivé quatre nouveaux voyageurs.
Cosette songeait tristement ; car, quoiqu’elle n’eût que huit ans, elle avait déjà tant souffert qu’elle rêvait avec l’air lugubre d’une vieille femme.
Elle avait la paupière noire d’un coup de poing que la Thénardier lui avait donné, ce qui faisait dire de temps en temps à la Thénardier : – Est‐elle laide avec son pochon sur l’œil !
Cosette pensait donc qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs survenus, et qu’il n’y avait plus d’eau dans la fontaine. »
Pour un jeune lecteur de 8 à 10 ans qui veut faire connaissance avec ce drame, cette « réduction » me semble très intelligente, même si d’aucuns ne jurent que par l’original. D’autant plus que sur la page de gauche, une illustration pleine page due au pinceau d’Olivier Desvaux nous fait comprendre le martyre de la fillette : sur une table, un verre et une carafe, comme une nature morte. Sous la table nappée de blanc, deux pieds, entourés de deux menottes, et l’ébauche d’un jupon bleu. Cosette, plus morte que vive…
Une adaptation, donc, des principaux chapitres consacrés à l’enfance de Cosette : la descente à la source, l’aide de Jean Valjean, son séjour chez les Thénardier, l’épisode de la poupée, le départ de Cosette et son installation à Paris, dans le galetas du boulevard de l’Hôpital. Les nombreux tableaux du peintre Olivier Desvaux font de ce grand format (33,2 x 26,7 cm) un superbe album.

Dès 8 ans

Victor Hugo(d’après), Cosette, illustrations d’Olivier Desvaux, Belin Jeunesse, 2018, 56 p., 19,90 € — Imprimé en Slovénie.

Marianne Dubuc, Le Chemin de la montagne

« Madame Blaireau est très vieille » — mais ça ne compte pas ! Tous les dimanches, elle part en promenade jusqu’au sommet du Pain de sucre. Et que ne trouve‐t‐elle pas en chemin ! D’abord, une foule de bricoles – « bout de faïence, caillou tout doux, nid de pinson abandonné », qu’elle dispose joliment sur son étagère. Un beau jour, elle rencontre Lulu, un chaton pas très sûr de lui, à qui elle apprend « à écouter son cœur » avant de faire ses choix, choix bien nécessaires pour atteindre ensemble le sommet – « le sommet du monde ». Madame Blaireau serait‐elle philosophe ?
La typographie aidera les jeunes lecteurs à déchiffrer ses aventures, Marianne Dubuc ayant choisi une écriture script sans fioritures. L’auteur, québécoise, a reçu pour cet album le Prix du Gouverneur Général du Canada.

Dès 4 ans

Marianne Dubuc, Le Chemin de la montagne, Saltimbanque Editions, 2019, 80 p., 13,90 € — Imprimé en Italie.

Christine Le Dérout, Mystère au manoir

Quel secret cache le manoir du Bourdonnel, au portail et aux volets clos ? Les « 4.sets », à savoir Théo, Vincent, Julien et Jeanne ont pour bonne excuse de préparer un exposé d’histoire pour la rentrée. Mais derrière l’histoire officielle se dessine une autre histoire, dont personne n’a envie de se souvenir aux abords de Quimper. Alors qu’ils explorent une des dépendances, les adolescents découvrent « deux petits œufs colorés, de matière dure avec des crochets de métal en haut » selon la description de Vincent. Autrement dit, deux superbes œufs de Fabergé – « posés dans un amas de brindilles qui semble avoir été un nid ». L’aventure peut commencer !
En dignes héritiers du Clan des Sept et du Club des Cinq, les « 4.sets » sont des adolescents méthodiques et pleins d’allant, polis, astucieux et soucieux des autres. Etant bien de notre temps, ils utilisent leurs portables, se « checkent », parlent comme nos ados (« mecs, fun, kids »), et suggèrent aux policiers de faire des analyses ADN pour retrouver le coupable.
Ce qui donne un roman « policier » facile à lire et bien mené, idéal pour se distraire un jour de pluie – et un bel hommage aux « Bijoux de la Castafiore ».

Dès 9 ans

Christine Le Dérout, Mystère au manoir, illustrations de Joël Legars, Locus Solus, 2019, 160 p.,7,50 € — Imprimé en France

Dan Green, Charles Darwin

« 1529 espèces d’animaux et 3907 échantillons de plantes » ! On se demande comment Charles Darwin (1809–1882)  a pu rapporter autant de fossiles et de spécimens dans les cales du Beagle… Après cette expédition, qui avait duré cinq années – de 1831 à 1836 — il en passa un certain nombre à nommer, trier, étiqueter et ranger toutes ces découvertes. Cette biographie de Charles Darwin revient sur les principaux événements de sa vie, ses études, (médecin ? pasteur ? botaniste ?), sa vocation de chasseur de papillons, son voyage, ses trouvailles, ses réflexions autour des notions d’évolution des espèces vivantes et de la sélection naturelle. Le livre ne passe sous silence ni ses scrupules, ni les réactions de ses contemporains, choqués que l’homme puisse « descendre » du singe, alors que Darwin avait seulement suggéré qu’hommes et singes avaient un ancêtre commun. Les illustrations de Rachel Katstaller (ici en anglais) et une typographie aérée permettent aux jeunes lecteurs de se familiariser avec une pensée scientifique de premier ordre.

Dès 8 ans

Dan Green, Charles Darwin, illustrations de Rachel Katstaller, Gallimard Jeunesse, coll. « Les Grandes Vies », 2019, 64 p., 9,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine.