Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Aventures et découvertes

Béatrice Fontanel, Au bout du monde et sans tomber

« Un jour, je serai championne. Je veux dire… championne cycliste. » Un beau rêve, car, explique Suzanne, Papa « a enlevé les petites roues la semaine dernière. Je tombe souvent, forcément ». C’est dur dans les montées, et encore plus quand il faut freiner dans les descentes. Suzanne en a les genoux couronnés « en stratifié ». Mais un jour, oui, un jour, rêve Suzanne, « j’irai chez les Kalmouks, puis les Kazakhs », « j’irai jusqu’au Kamtchatka… au bord de la mer d’Okhotsk, et là, je m’arrêterai, tout essoufflée, sûrement. Mais qu’est-ce que je serai contente ! » Comme elle a raison, la petite Suzanne ! Ce sont bien les rêves qui nous font avancer, et les noms de ces pays aux noms aussi magiques qu’imprononçables ?

Dès 5 ans

Béatrice Fontanel, Au bout du monde et sans tomber, illustrations de Pauline Kalioujny, Mango Jeunesse, 2020, 56 p., 13,50 € — Imprimé en Pologne

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace

« Il y avait un petit garçon qui habitait un pays de plaines. Tous les dimanches après-midi il allait se promener avec son père dans des chemins bordés de haies. » Mais pour qui marche entre les haies, la question demeure : qu’y a‑t‑il donc au-delà ? Et notre garçon de rêver… Grimper aux arbres, aussi haut que les écureuils et les oiseaux… Et puis un jour — ou plutôt une nuit – le voilà au pied d’un escalier merveilleux qui s’enroule autour d’un arbre immense. « Le plus grand étonnement du petit garçon fut de se rendre compte que l’œil pouvait voir si loin. Il comprenait maintenant ce qu’on voulait dire quand on disait “à perte de vue”. C’était très loin. C’était même si loin que peut-être ça n’existait pas. Car sa vue ne se perdait pas, elle s’en allait simplement jusqu’à l’endroit où le tapis de l’espace rejoignait le tapis du ciel. »
Les illustrations de François Place font merveille pour donner plus de vie encore à ce très beau texte, retrouvé dans les archives de Jean Giono et facile d’accès pour les jeunes lecteurs. Une initiation bienvenue à la « grande littérature ».

Dès 8 ans

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Cadet Les Classiques », 2018 (réédition), 48 p., 6,50 € — Imprimé en Espagne

May Angeli, L’Ours et le Canard

Le Canard, tombé « le bec en l’air dans un fatras de branchages », en est sorti par l’Ours, un vieil Ours édenté et bienveillant. Nos deux compères deviennent inséparables, jusqu’au jour où le Canard s’envole pour des horizons lointains. Et notre Ours de dépérir au creux de sa tanière. « Je ne reverrai peut-être jamais le Canard. C’est la vie, comme on dit pour les choses tristes. Et il s’endormit pour le long hiver. » Mais, au premier soleil du printemps, de qui sont ces coin-coin qui le tirent de sa somnolence ? Les bois gravés et colorés de May Angeli racontent cette belle histoire d’amitié en totale connivence avec ses héros et la nature qui les entoure – un vrai plaisir que de voir la joie revenir dans les yeux de l’Ours ! « Ils s’assirent côte à côte. J’ai tant de choses à te raconter… commença le Canard. Non, d’abord toi ! »

Dès 3 ans

May Angeli, L’Ours et le Canard, Les Editions des Eléphants, 2019, 32 p., 14 € — Imprimé en Slovaquie

Davide Morosinotto, Le célèbre catalogue Walker & Dawn

Peter, dit P’Tit Trois, Eddie, dit Eddie Zyeuxbigleux, Julie, dite Jolie Julie ou Joju, et enfin Min, pour Minuscule : nos quatre héros sont avant tout des enfants du bayou, cette Louisiane des marais, où les familles pauvres subsistent vaille que vaille. Impécunieux, certes, mais libres et débrouillards. Alors, quand une pêche miraculeuse leur offre trois dollars au fond d’une boîte de conserve, les imaginations prennent leur envol. Trois dollars de 1904, et un catalogue de vente par correspondance, qui fourmille d’objets les plus tentants les uns que les autres. Leur choix ? Un pistolet, un vrai ! Mais quand le colis arrive enfin, il contient une montre gousset détraquée… « Remboursement garanti » ? Sans un sou en poche, les quatre amis décident alors d’aller rendre la montre… à Chicago ! Davide Morosinotto entraîne les lecteurs dans un voyage déjanté, en canoë, en train, en bateau, agrémenté de poursuites et d’arnaques – voire de meurtres. Dernière embûche : en Louisiane, on parle encore français ! Mais la fortune sourit aux audacieux. Le roman est illustré de reproductions d’un catalogue du genre « Manufacture de Saint-Etienne » et de vieux plans de ville pour mettre dans l’ambiance de cette Amérique disparue. Le traducteur précise que des « éléments scandaleux » (tabac, alcool et allusions « à caractère sexuel ou racial ») peuvent « heurter un enfant moderne et responsable », lequel lira donc ce livre… à l’abri des regards de ses parents. Rassurez-vous, c’est juste pour rire !

Adolescents

Davide Morosinotto, Le célèbre catalogue Walker & Dawn, L’École des loisirs, coll. « Médium », 2018, 336 p., 18 € — Traduit de l’italien. Imprimé en France

Charlotte Grossetête, Heidi

« Une jolie petite fille de cinq ans grimpe dans la montagne. […]
— Qui es-tu ? lui demande, étonné, un petit berger qui garde son troupeau de chèvres.
— Je m’appelle Heidi. Et toi ?
— Pierre. C’est drôle, je ne t’ai jamais vue ici. »
En effet, Heidi vient de la ville et vient vivre chez son grand-père, l’Oncle de l’Alpe, un vieillard réputé bougon. Mais à peine s’est-elle habituée à sa vie au chalet, qu’il lui faut retourner en ville, tenir compagnie à une fillette paralysée… Charlotte Grossetête raconte ici en quelques pages la très classique histoire d’Heidi, joliment illustrée, à destination des petits. Entre ville et montagne, suivons le destin de cette courageuse fillette.

Dès 4 ans

Charlotte Grossetête, Heidi, d’après Johanna Spyri, illustrations de Lili la Baleine, Fleurus, Coll . « Les grands classiques racontés aux petits », 2019, 17 p., 5,95 €

Rosemary Shojaie, Tout seul ?

Nico, le petit renard roux, a bien de la chance : du printemps à l’automne, il pêche avec Ava, la loutre, écoute les histoires d’Olive, le raton laveur, ou crapahute dans la forêt avec Linus, le blaireau. Mais quand arrive la neige, il est le seul à rester éveillé. Le seul ? Pas si sûr ! Sur cette trame toute simple, Rosemary Shojaie raconte une belle histoire d’amitié et de complicité. Ses couleurs très douces invitent à la suivre dans ces sous-bois féériques, tout de bruns, de roux, de beiges… et de blancs, où il faut ouvrir l’œil pour aider Nico le renard. Parfait en lecture du soir pour faire de beaux rêves.

Avant 3 ans

Rosemary Shojaie, Tout seul ?, Didier Jeunesse, 2020, 40 p., 12,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en France.

Pascale Perrier, La véritable histoire de Charlotte qui rêvait de découvrir Versailles

« Je m’appelle Charlotte et j’ai douze ans. Aujourd’hui, j’ai beaucoup de chance. Pour la première fois de ma vie, je suis à Versailles, dans le château du roi. » Avec une lourde responsabilité : s’occuper de la petite Esprit-Madeleine, trois ans, la fille de Molière et de la comédienne « Mademoiselle Molière », sa maman. Mais la fillette est bien espiègle, et la voilà qui a disparu ! A la suite de Charlotte, le lecteur visite le château et ses jardins et assiste même à une représentation théâtrale. Un roman historique facile d’accès et joliment illustré pour très jeunes lecteurs.

Dès 6 ans

Pascale Perrier, La véritable histoire de Charlotte qui rêvait de découvrir Versailles, illustrations de Cléo Germain, Bayard Jeunesse, coll. « Youpi, j’aime l’Histoire », 2019, 48 p., 6,50 €
Du même auteur, dans la même collection : La véritable histoire de Carantos qui survécut à Alésia, illustrations de Célia Nilès, Bayard poche, 2017, 48 p., 6,50 €

James Houston, Akavak

« Akavak était couché dans l’igloo de son père, au milieu de toute sa famille, sur le grand lit de neige recouvert de peaux. La lampe à huile de phoque qui éclairait et chauffait la maison était presque éteinte. Akavak regarda son souffle s’élever lentement en buée vers le dôme du plafond. » Bientôt, comme il le regrettera le doux confort de l’igloo ! Car il va accompagner son grand-père dans un périlleux voyage dans ce Grand Nord canadien hostile, lui qui n’a pas quatorze ans. Un voyage initiatique qui fera vite grandir. James Houston, né à Toronto en 1921, a partagé des années durant la vie des Inuits et aidé à faire connaître leur art et leurs traditions. Cet album donne une belle place aux images de Ronan Badel qui nous entraîne dans des paysages féériques. Qui trouvera assez de neige pour construire un igloo confortable ?

Dès 11 ans

James Houston, Akavak, illustrations de Ronan Badel, Flammarion Jeunesse, 2019, 89 p., 17,90 € — Traduit de l’anglais par Anne-Marie Chapouton. Texte intégral. Existe aussi en livre de poche

Jules Verne (d’après), Voyage au centre de la Terre

« Le professeur Otto Lidenbrock et son neveu Axel ont trouvé un message secret très ancien caché dans un vieux livre. » Si ancien qu’il est écrit en runes ! Il y aurait un passage menant au centre de la Terre ! Et les voilà partis ! En 20 pages cartonnées, il ne manque ni les ichtyosaures, ni les plésiosaures, ni les champignons géants, ni le troupeau de mammouths ! De l’Islande au Stromboli, que d’aventures ! L’histoire est décomposée pour être accessible aux plus jeunes : des phrases très courtes, des objets simples, le tout en suivant la trame du livre et en respectant l’imaginaire de l’auteur. Mais l’essentiel, ce sera la voix de Papa pour raconter ce voyage extraordinaire.

Avant 3 ans

Jules Verne (d’après), Voyage au centre de la Terre, illustrations de Marjorie Béal, Editions Balivernes, 2019, 20 p. cartonnées, 9 € — Imprimé en Pologne.

Didier Lévy, La Dame aux oiseaux

Le jeune Samuel est très impressionné : il a pris le train tout seul pour aller passer quelques jours chez sa tante Eléonore, « l’artiste de la famille », qui « compose de la musique bizarre ». Au petit matin, le voilà dans le jardin, en compagnie de sa tante. Maintenant, il « tend l’oreille. L’oiseau chante, siffle, crie, c’est un vrai feu d’artifice. Puis il s’envole. Tante Eléonore se précipite alors dans la maison. Et là, sur le piano, elle reproduit le chant du Wilson. Samuel la rejoint et la regarde, sans un mot, ébahi ». En savante émule d’Olivier Messiaen, tante Eléonore compose en effet sa musique à partir des chants d’oiseaux. « Mon secret », confie-t-elle avec modestie, « c’est juste de reconnaître les notes. D’avoir fait travailler mon ouïe et ma mémoire. » Une très belle histoire de famille, de nature et de musique, illustrée par Lisa Zordan, qui a su capter les chants d’oiseaux et la complicité qui va relier la tante et son neveu, un beau chemin vers la beauté et la liberté. Et puis, chic, il y a une cabane dans les arbres !

Dès 4 ans

Didier Lévy, La Dame aux oiseaux, illustrations de Lisa Zordan, Sarbacane, 2019, 40 p., 15,90 € — Imprimé en France

Rémy Marion, L’Ours, l’autre de l’homme

Rémy Marion fait partie de ces explorateurs enthousiastes, qui savent transmettre leur savoir avec générosité et simplicité. Comme il le précise, « plusieurs fois par an, je pars observer, étudier, photographier et filmer les ours bruns, blancs et noirs ; rencontres naturalistes parfois exceptionnelles, mais aussi humaines avec des guides, des chasseurs, des scientifiques, des géographes, tous passionnés par les plantigrades ». Et d’ajouter : « Ce qui me passionne, au-delà de l’élégance de l’ours polaire ou de la supposée bonhomie de l’ours brun, c’est l’omniprésence de ces animaux dans les cultures, l’actualité et notre imaginaire ». Alors, à défaut d’avoir croisé des ours dans la nature, vous en apprendrez beaucoup de cet homme qui, lui, a bien vu l’ours. Un récit vivant, riche d’anecdotes, pour réfléchir à la façon de faire cohabiter mondes sauvages et mondes dits civilisés. Le livre est enrichi de liens sous forme de QR-Code vers des films et des conférences.

Adolescents

Rémy Marion, L’Ours, l’autre de l’homme, préface de Lambert Wilson, Actes Sud Editions, Coll. « Mondes sauvages », 2018, 208 p., 20 € — Imprimé en France

Cecilia Heikkilä, Le voyage de Blaireau

… « ou comment être emporté par le vent et trouver sa place ». Ou plutôt comment la retrouver ! Car notre Blaireau prenait de bien mauvaises habitudes. « Autrefois, il était capitaine de bateau et il avait bourlingué sur toutes les mers du monde. » Mais son bateau, le Lilly, restait à quai et il sentait peser le poids des ans, de l’inaction et des petites routines. Quand il découvrit un beau matin « quelque chose d’emberlificoté et d’étrange qui avait échoué sans demander la permission ». Cet « Embrouillamini » réveillé, voilà nos deux compères embarqués (au sens propre du mot !) sans le vouloir sur le Lilly, pour un voyage plein de rencontres imprévues. Histoire et dessins se répondent de page en page sur un rythme soutenu. Le trait plein d’humour de Cecilia Heikkilä n’est pas sans rappeler les Moumines (ou les Moomins) dans un style très ’70. A déguster avec des biscuits suédois !

Dès 3 ans

Cecilia Heikkilä, Le voyage de Blaireau, Cambourakis, 2019, 48 p., 14 € — Traduit du suédois. Imprimé en Lettonie.