Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Aventures et découvertes

Victor Hugo (d’après), Cosette

« Il était arrivé quatre nouveaux voyageurs.
Cosette pensait qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs survenue, et qu’il n’y avait plus d’eau à la fontaine. » Tel est le début du 2e chapitre de ce « Cosette » — dont j’ai bien cru qu’il était directement issu des Misérables. Vérification faite, voici le texte de Victor Hugo :
« Il était arrivé quatre nouveaux voyageurs.
Cosette songeait tristement ; car, quoiqu’elle n’eût que huit ans, elle avait déjà tant souffert qu’elle rêvait avec l’air lugubre d’une vieille femme.
Elle avait la paupière noire d’un coup de poing que la Thénardier lui avait donné, ce qui faisait dire de temps en temps à la Thénardier : – Est‐elle laide avec son pochon sur l’œil !
Cosette pensait donc qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs survenus, et qu’il n’y avait plus d’eau dans la fontaine. »
Pour un jeune lecteur de 8 à 10 ans qui veut faire connaissance avec ce drame, cette « réduction » me semble très intelligente, même si d’aucuns ne jurent que par l’original. D’autant plus que sur la page de gauche, une illustration pleine page due au pinceau d’Olivier Desvaux nous fait comprendre le martyre de la fillette : sur une table, un verre et une carafe, comme une nature morte. Sous la table nappée de blanc, deux pieds, entourés de deux menottes, et l’ébauche d’un jupon bleu. Cosette, plus morte que vive…
Une adaptation, donc, des principaux chapitres consacrés à l’enfance de Cosette : la descente à la source, l’aide de Jean Valjean, son séjour chez les Thénardier, l’épisode de la poupée, le départ de Cosette et son installation à Paris, dans le galetas du boulevard de l’Hôpital. Les nombreux tableaux du peintre Olivier Desvaux font de ce grand format (33,2 x 26,7 cm) un superbe album.

Dès 8 ans

Victor Hugo(d’après), Cosette, illustrations d’Olivier Desvaux, Belin Jeunesse, 2018, 56 p., 19,90 € — Imprimé en Slovénie.

Marianne Dubuc, Le Chemin de la montagne

« Madame Blaireau est très vieille » — mais ça ne compte pas ! Tous les dimanches, elle part en promenade jusqu’au sommet du Pain de sucre. Et que ne trouve‐t‐elle pas en chemin ! D’abord, une foule de bricoles – « bout de faïence, caillou tout doux, nid de pinson abandonné », qu’elle dispose joliment sur son étagère. Un beau jour, elle rencontre Lulu, un chaton pas très sûr de lui, à qui elle apprend « à écouter son cœur » avant de faire ses choix, choix bien nécessaires pour atteindre ensemble le sommet – « le sommet du monde ». Madame Blaireau serait‐elle philosophe ?
La typographie aidera les jeunes lecteurs à déchiffrer ses aventures, Marianne Dubuc ayant choisi une écriture script sans fioritures. L’auteur, québécoise, a reçu pour cet album le Prix du Gouverneur Général du Canada.

Dès 4 ans

Marianne Dubuc, Le Chemin de la montagne, Saltimbanque Editions, 2019, 80 p., 13,90 € — Imprimé en Italie.

Christine Le Dérout, Mystère au manoir

Quel secret cache le manoir du Bourdonnel, au portail et aux volets clos ? Les « 4.sets », à savoir Théo, Vincent, Julien et Jeanne ont pour bonne excuse de préparer un exposé d’histoire pour la rentrée. Mais derrière l’histoire officielle se dessine une autre histoire, dont personne n’a envie de se souvenir aux abords de Quimper. Alors qu’ils explorent une des dépendances, les adolescents découvrent « deux petits œufs colorés, de matière dure avec des crochets de métal en haut » selon la description de Vincent. Autrement dit, deux superbes œufs de Fabergé – « posés dans un amas de brindilles qui semble avoir été un nid ». L’aventure peut commencer !
En dignes héritiers du Clan des Sept et du Club des Cinq, les « 4.sets » sont des adolescents méthodiques et pleins d’allant, polis, astucieux et soucieux des autres. Etant bien de notre temps, ils utilisent leurs portables, se « checkent », parlent comme nos ados (« mecs, fun, kids »), et suggèrent aux policiers de faire des analyses ADN pour retrouver le coupable.
Ce qui donne un roman « policier » facile à lire et bien mené, idéal pour se distraire un jour de pluie – et un bel hommage aux « Bijoux de la Castafiore ».

Dès 9 ans

Christine Le Dérout, Mystère au manoir, illustrations de Joël Legars, Locus Solus, 2019, 160 p.,7,50 € — Imprimé en France

Dan Green, Charles Darwin

« 1529 espèces d’animaux et 3907 échantillons de plantes » ! On se demande comment Charles Darwin (1809–1882)  a pu rapporter autant de fossiles et de spécimens dans les cales du Beagle… Après cette expédition, qui avait duré cinq années – de 1831 à 1836 — il en passa un certain nombre à nommer, trier, étiqueter et ranger toutes ces découvertes. Cette biographie de Charles Darwin revient sur les principaux événements de sa vie, ses études, (médecin ? pasteur ? botaniste ?), sa vocation de chasseur de papillons, son voyage, ses trouvailles, ses réflexions autour des notions d’évolution des espèces vivantes et de la sélection naturelle. Le livre ne passe sous silence ni ses scrupules, ni les réactions de ses contemporains, choqués que l’homme puisse « descendre » du singe, alors que Darwin avait seulement suggéré qu’hommes et singes avaient un ancêtre commun. Les illustrations de Rachel Katstaller (ici en anglais) et une typographie aérée permettent aux jeunes lecteurs de se familiariser avec une pensée scientifique de premier ordre.

Dès 8 ans

Dan Green, Charles Darwin, illustrations de Rachel Katstaller, Gallimard Jeunesse, coll. « Les Grandes Vies », 2019, 64 p., 9,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine.

Alain Paraillous, Cosette

« Il était une fois, voilà très longtemps, une petite fille de sept ans qui s’appelait Cosette. Sa maman, Fantine, l’avait laissée en pension chez un couple d’aubergistes, les Thénardier, pour pourvoir aller travailler dans une usine. » Vouée aux tâches les plus fatigantes, mal nourrie et mal vêtue, Cosette est l’image même du malheur fait enfant. Mais voilà qu’une main se saisit de son seau – une main forte, énergique, protectrice : celle de Jean Valjean ! Victor Hugo, ce grand‐père si proche de ses petits‐enfants, aurait‐il réécrit pour eux le récit des Misérables ? Nous n’en savons rien, mais il est fort probable qu’il aurait validé ce grand texte mis à hauteur d’enfant par Alain Paraillous. L’épopée devient ici conte de fées, avec des illustrations en noir, gris et ocre et délivre une belle leçon de courage et de résilience – pour employer un terme à la mode.

Dès 6 ans, puis à lire tout seul

Alain Paraillous, Cosette, illustrations de Marie Paruit, Amaterra, coll. « Les grands textes à hauteur d’enfant », 2013, 48 p., 7,50 €

Robin des Bois

« — Et maintenant, suis‐moi, Robin des Bois ! Donne‐moi ton épée et rends‐toi si tu veux espérer voir la fin du jour !
— Pour ce qui est de mon épée, c’est avec grand plaisir que je te la donne… mais pas comme tu l’attends !
Vif comme l’éclair, Robin tira son épée et frappa Guy de Gisborne, qui s’écroula inanimé devant l’autel. Entouré de tous ses hommes, il chargea les soldats du chevalier jusqu’à ce qu’ils sortent de la chapelle. »
Alors qu’il s’apprêtait à épouser la belle Marianne, Robert Fitz‐Ooth, comte de Locksley, baron de Huntingdon, se voit contraint de quitter le château pour s’élancer dans la forêt de Sherwood. Robin des Bois n’aura de cesse de lutter contre l’injustice, en attendant le retour du roi Richard. Cela nous vaut un roman d’aventures, avec duels, chevauchées, enlèvements, prisons, guet‐apens, tournois…
Venue du Moyen Age anglais, la geste de Robin a été popularisée dans la littérature enfantine par le roman Ivanhoé de Walter Scott et par le Robin des bois, le prince des voleurs d’Alexandre Dumas. Cette version reprend les divers éléments légendaires pour en donner un récit dynamique, facile à lire, à tout petit prix.

Dès 8 ans

Robin des Bois, illustrations de Benjamin Strickler, Lito, 2016, 136 p., 3,90 € — Imprimé dans l’Union européenne.

Michèle Moreau, Ecoute Papa qui jardine et qui joue

Le chien aboie, les poules lancent de joyeux cot‐cot… Il est temps de retourner au jardin ! Mais ce Papa si maladroit accumule les catastrophes : bruits de verre cassé, miaulements du chat qui n’apprécie pas le tuyau d’arrosage – et comment sortir de terre cet énorme radis ?
Un album sonore sans prétention aucune, aux couleurs joyeuses, pour aider Bébé à appréhender les bruits du jardin, avec un gros câlin du jardinier, bien sûr !

Tout‐petits

Michèle Moreau, Ecoute papa qui jardine et qui joue, illustrations de Charles Dutertre, musique et bruitages de J.-C. Vareille, Didier Jeunesse, coll. « Mon petit livre sonore », 2019, 16 p, 11,90 € — Pile fournie (mais petit tournevis nécessaire !) – Imprimé en Chine.

Jean‐Marie Defossez, Face Nord

« Stéphane‐Eric‐Julie, un trio que tout unit. Au sens propre, par la corde en Kevlar qui relie leur baudrier comme un cordon ombilical. Et au figuré, par cette passion de l’escalade et par cette amitié qui les soudent depuis qu’ils sont gosses. »

Le bac en poche, tout fiérots du haut de leurs dix‐sept ans, nos jeunes Chamoniards décident de se lancer dans une grande aventure : ouvrir, en trois jours, une nouvelle voie sur l’une des plus belles faces du massif, la plus raide, la plus exposée, la plus mythique : la face nord des Grandes Jorasses. Bien sûr, le beau projet va se heurter à une série d’impondérables – sans quoi il n’y aurait pas de roman. La tempête qui se déchaîne a pour pendant un coup de vent émotionnel qui déroute autant les garçons que la jeune fille. Le narrateur et Julie, qui mènent alternativement le récit, parlent en mots très justes de la montagne autant que des tourments adolescents : pudeur, altruisme, volonté et courage.

Dès 12 ans

Jean‐Marie Defossez, Face Nord, Flammarion Jeunesse, 2019, 160 p., 9 € — Réédition de l’ouvrage paru en 2010 sous une autre couverture. Imprimé en Espagne.

 

Nicola Kinnear, Courage, petit lapin !

« Martin était un petit lapin très sage. » Très sage, et même trop sage, casanier, voire un peu poltron aux yeux de son amie Rosie qui ne pense qu’à plonger avec les loutres ou croiser des loups sur son chemin. Jusqu’au jour où Rosie se fâche et part seule à l’aventure… Martin devra surmonter ses inquiétudes pour aller à sa recherche. Les animaux de la forêt et de la rivière se révéleront des aides précieuses. Mais voilà que le loup menace Rosie… Un album qui aidera les plus petits à vaincre leurs appréhensions, inventé par une jeune et talentueuse illustratrice très british.

Dès 4 ans

Nicola Kinnear, Courage, petit lapin !, Belin Jeunesse, 2019, 32 p., 12,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Malaisie

Kate Klise, La liste des choses à faire absolument

« Quand Astrid arriva de la maternité, Eli était déjà là. Il attendait. Il fut le premier ami d’Astrid. Avec le temps, Eli devint aussi e garde du corps personnel d’Astrid, son coussin préféré, et parfois sa meilleure cachette. » Ah, le bon gros toutou ! Mais voilà qu’Astrid fête ses 6 ans ; elle s’aperçoit que 6 ans, dans la vie d’un gros toutou, cela commence à faire vieux – disons entre 50 et 60 ans. Sa « liste des choses à faire absolument » est un condensé de d’espièglerie, de tendresse, de joie de vivre – avec quelques plans un peu compliqués à mettre en place, comme d’aller au cinéma ou au restaurant. Mais pour Astrid, rien d’impossible ! Kate écrit, Sarah dessine et l’on sent une belle complicité entre les deux sœurs. Elles partagent leurs aventures et leurs projets sur un blog : kateandsarahklise.

Dès 3 ans

Kate Klise, La liste des choses à faire absolument, illustrations de M. Sarah Klise, Albin Michel Jeunesse, 2019, 32 p., 11,50 € — Traduit de l’anglais (américain). Imprimé en Italie.

Evelyne Brisou‐Pellen, La Cour aux Étoiles

« Des rues, encore des rues ! Combien pouvait‐il bien y en avoir dans cette ville ? Guillaume avait dit que c’était Paris.
Paris !… Comment respirer entre ces murs, ces maisons si hautes ? Ne tombaient‐elles jamais ? N’allaient-elles pas s’écrouler sur lui ? Renaud filait dans les ruelles à la remorque du joueur de viole… » Un enfant, ce Renaud, serf et fils d’un serf, poussé par la faim autant que par le goût de l’aventure. La faim, parlons‐en. C’est elle qui lui fait accepter la sollicitude très intéressée des laissés‐pour‐compte qui s’abritent tant bien que mal dans la cour aux Étoiles. Mendicité, petits larcins, boniments, telle est la vie de Renaud dans un Paris médiéval grouillant et nauséabond. Alors, quand la Grande Peste envahit la ville…
Ce roman initiatique médiéval est un grand classique signé Evelyne Brisou‐Pellen, réédité ici avec les illustrations de Yann Tisseron.

Dès 10 ans

Evelyne Brisou‐Pellen, La Cour aux Étoiles, illustrations de Yann Tisseron, Rageot, 2019, 192 p., 7,10 € — Réédition du roman paru en 1982 aux Editions de l’Amitié.

Jules Renard, Poil de Carotte

« — Dieu, que je suis bête ! dit madame Lepic. Je n’y pensais plus. Poil de Carotte, va fermer les poules !
Elle donne ce petit nom d’amour à son dernier né, parce qu’il a les cheveux roux et la peau tachée. Poil de Carotte, qui joue à rien sous la table, se dresse et dit avec timidité :
— Mais, maman, j’ai peur aussi, moi.
[…] Poil de Carotte, les fesses collées, les talons plantés, se met à trembler dans les ténèbres. Elles sont si épaisses qu’il se croit aveugle. Parfois une rafale l’enveloppe, comme un drap glacé, pour l’emporter. »
Quel terrible destin que celui de Poil de Carotte… Combien d’enfants ont pleuré et se sont révoltés à lire toutes les infamies qu’il a endurées.
Cet album grand format reprend le texte original. Ronan Badel a choisi deux couleurs, l’orange et le noir, pour illustrer ce roman autobiographique si cruel et si tendre à la fois, paru en 1894 — et illustré par Vallotton en 1902. Dans une courte préface, Ronan Badel se dit fier de donner un visage « à François Lepic, le petit garçon qui a réussi l’exploit de grandir avec le plus lourd fardeau du monde. Une mère sans amour. » Ses dessins offrent une respiration bienvenue au fil des courts récits qui ponctuent l’enfance de Poil de Carotte.

Dès 11 ans

Jules Renard, Poil de Carotte, illustrations de Ronan Badel, Flammarion Jeunesse, 2018, 158 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne – Nombreuses éditions de poche.