Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Aventures et découvertes

Sophie de Mullenheim, A l’heure de l’Exposition universelle

« Demain, je serai en haut de la tour Eiffel, Mesdames, fanfaronne Hippolyte. Et si tout se passe bien, à la fin du chantier, Monsieur Eiffel m’embauchera dans ses ateliers. C’est ça, oui. Dans ses ateliers ! » Mais Hippolyte, le forgeron, n’a pas lu à haute voix à sa femme la dernière phrase de l’annonce d’embauche : « Sujets au vertige s’abstenir. » Au pied de la tour, un autre ingénieur s’affaire, Jules de Bozancourt, qui veut réaliser un spectacle « électrique » d’eaux et de lumière. Saura-t-il passionner le jeune anarchiste Georges, qui, lui, rêve avec sa sœur Henriette, de « tout faire sauter » ? Pendant ce temps, à Epernay, le jeune Pierre, 15 ans, a décidé de se joindre au convoi qui transporte un immense « foudre » aux armes de la maison de champagne Mercier. Son rêve ? Voir Paris et la tour, bien sûr ! Sophie de Mullenheim nous fait revivre cette incroyable effervescence qui, en 1889, agite tout Paris, des ouvriers aux cousettes, des ingénieurs aux journalistes. Comme dans les précédents romans de la série, le désormais célèbre Gipsy Book redonne du courage à qui peut en manquer. Ce livre de sagesse écrit par Nanosh Balatta, un vieux gitan, change encore une fois la vie de ceux qui le lisent. Parce que la première leçon de ce grand-père à son petit-fils nous concerne tous : « Le courage, c’est de surmonter ses peurs. »

Dès 12 ans

Sophie de Mullenheim, A l’heure de l’Exposition universelle, coll. « Gipsy Book », Mame, 2019, 368 p., 14,90 € — Imprimé en Italie
Du même auteur, dans la même collection :
Quand la terre tremble, Gipsy Book, tome 1, Mame, 2016, 280 p., 13,90 €
Le brasier de Berlin, Gipsy Book, tome 2, Mame, 2017, 365 p., 14,90 €
Malgré nous
, Gipsy Book, tome 3, Mame, 2018, 350 p., 14,90 €

Jean-Philippe Arrou-Vignod, L’élève qui n’existait pas

« J’avais une soif de tous les diables. Je suis entré sans allumer avant de boire longuement au robinet. Quand j’ai relevé la tête, il y avait un garçon en face de moi qui me regardait comme s’il avait vu un fantôme.
J’ai failli m’éborgner contre le porte-savon.
— Qu’est-ce que tu fais là ? Tu m’as fichu une sacrée trouille ! »
Il va falloir bien de l’astuce à Rémi, à Mathilde et au génial P.P. Cul-Vert pour découvrir qui est ce mystérieux garçon qui rôde la nuit dans les couloirs de l’internat. Et de tact et de gentillesse pour venir à son aide – mais je ne vous en dis pas plus, sans quoi je risque, comme ces collégiens, d’être collée, voire privée de vacances de Noël !
Un nouvel épisode d’Enquête au collège, pour fêter les trente ans de la série, Trente ans ? Vraiment ? Ce petit côté vintage permet à Jean-Philippe Arrou-Vignod d’ignorer superbement SMS et réseaux sociaux, pour notre plus grand bonheur.

Dès 9 ans

Jean-Philippe Arrou-Vignod, L’élève qui n’existait pas, Enquête au collège, illustrations de Serge Bloch, Gallimard Jeunesse, 2019, 192 p., 13 € — Imprimé en Italie.

Anne-Marie Pol, Chevalier du Roi captif

16 octobre 1793. Le jeune Sébastien de Rocadour, l’Esquirol, quitte à grands pas la place « de la Révolution », où vient de couler le sang de la Reine. Il n’a rien pu pour elle, ce fidèle baladin, le complot a été éventé… Mais Saphire, sa charmante amie saltimbanque, est venue à sa rencontre. Maintenant, il faut fuir Paris, et vite ! Dans la nuit, un étrange personnage, comédien de son état, confie au jeune homme un message secret à remettre au chef chouan Jambe d’argent, quelque part du côté de Granville. Un nouveau complot se trame : il faut faire évader le jeune Louis XVII de la tour du Temple où il est enfermé.
L’Esquirol repart donc sur les routes avec Saphire, ses grands-parents saltimbanques, leur roulotte et leurs chevaux. Il croisera tour à tour Royalistes et Républicains, dans cette cruelle guerre civile qui met l’ouest de la France à feu et à sang. Anne-Marie Pol s’appuie sur une documentation à toute épreuve pour donner vie aux jeunes héros d’une trilogie romanesque aux innombrables rebondissements. Où nous mènera le tome 3, quand on sait qu’au loin – à la dernière page !- se dessine l’archipel de Chausey ?

Dès 11 ans

Anne-Marie Pol, Chevalier du Roi captif, Mame, 2019, 240 p., 14,90 € — Imprimé en Italie

Raphaël Frémont, Le Groupe clandestin

Adrien a retrouvé Astair et Adèle lors d’un intercours. Ils se connaissent à peine mais viennent de vivre une « aventure forestière ». Et sont tous les trois punis.
« — Pas le droit de sortir sans déclarer où je vais et quand je rentre, pendant trois mois.
— Elle n’y est pas allée de main morte, ta directrice, souffle Astair.
— Oui, elle n’a pas apprécié cette idée d’aller voir des arbres millénaires. J’ai eu droit à un sermon interminable sur la loyauté aux Oligarques et le respect des règles sociales. Elle ne veut plus que je vous fréquente, il va falloir rapidement nous séparer. »
Mais cette forêt, Adrien, 16 ans, en rêve et n’a qu’une envie : y retourner ! Comme ses condisciples Astair et Adèle, il vivote dans le pensionnat d’un régime totalitaire, « l’Ordre ». Dix oligarques dirigent d’une main de fer cette société ultra technologique où les libertés individuelles sont restreintes. Dès sa deuxième « fugue » en forêt, il est repéré par une troupe de scouts clandestins. En rejoignant leurs rangs, c’est une vie d’aventure et d’amitié qu’il découvre, avec ses nuits en forêt, ses jeux passionnants, sa saine émulation et ses rires. Mais ces jeunes sont un défi à l’Ordre. Des résistants à l’esprit libre qu’il faut supprimer… L’aventure devient de plus en plus dangereuse.
Après deux romans scouts classiques, Trois foulards dans la tempête (2016) et Le Raid sauvage (2017), Raphaël Frémont plonge les lecteurs dans une dystopie qui devait en faire réfléchir plus d’un : surveillance exacerbée, interdits, protection permanente, dénonciations… Et si nous n’en étions pas si loin ? Les scouts retrouveront avec plaisir grands jeux et aventures diverses, et même des idées pour animer leurs camps. Une petite critique tout de même : le roman est un peu longuet… et dans les cent dernières pages, les « à » et les « a » se mélangent un peu les foulards. Mais cela ne freine en rien ce bon coup de vent frais qui décoiffe autant les héros que les lecteurs !

Dès 12 ans

Raphaël Frémont, Le Groupe clandestin, Editions du Triomphe, 2019, 420 p., 19,90 € — Imprimé en France

Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent

« — Allez-vous faire l’thé ? demanda l’homme à l’habit râpé, détournant de moi son farouche regard pour le diriger sur la jeune femme.
— Faut-il en faire pour lui ? demanda-t-elle en s’adressant à Heathcliff.
— Préparez-le, voulez-vous ? fut la réponse, faite d’une façon si brutale que je tressaillis.
Le ton dont ces mots furent prononcés révélait une nature foncièrement mauvaise. Je n’avais plus envie d’appeler Heathcliff un homme admirable. »
Mauvaiseté, cruauté, vengeance, alcool, violence… tout est bon pour créer cette noirceur sur laquelle vont, vaille que vaille, fleurir toutes les nuances de l’amour – un amour qui ne saura pas éviter les désastres. Tout cela dans l’ambiance brouillardeuse de l’Angleterre rurale… Brrr ! Un chef‑d’œuvre de la littérature romantique, abrégé ici, et illustré avec grand talent par Charlotte Gastaut.

Adolescentes

Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent, illustrations de Charlotte Gastaut, L’Ecole des Loisirs, coll. « Illustres classiques », 2019, 240 p., 14 € — Traduit de l’anglais par F. Delebecque, abrégé par B. Moissard. Imprimé en France

Béatrice Egémar, Joachim aux 1000 idées

Paris, janvier 1649. L’hiver s’annonce rude. Le jeune Joachim, qui vit dans un galetas, se débarbouille à l’eau glacée, croque dans un quignon de pain, puis va traîner, le nez en l’air, entre les Halles et Saint-Eustache, avec son ami Gaspard. Son père, fripier, a bien du mal à le nourrir. Et voilà que court un bruit bien inquiétant : le roi a quitté Paris pour Saint-Germain ; l’émeute couve… Et le père de Joachim tombe malade. Bref, tout va de mal en pis, jusqu’à ce que Joachim rencontre sœur Angèle. Cette fille de la Charité et ses compagnes vont se montrer d’une efficacité redoutable pour soigner, nourrir, vêtir et remonter le moral de leurs protégés. Et voilà, sous sa houppelande légendaire, Monsieur Vincent lui-même. Les enfants, d’assistés, deviennent ses acolytes. La « petite troupe » va faire preuve de courage et d’imagination pour alléger la misère des Parisiens. Multipliant les dialogues et les rebondissements, Béatrice Egémar renouvelle ici avec bonheur le genre du « roman édifiant », en proposant un roman historique écrit comme un roman d’aventures.

Dès 9 ans

Béatrice Egémar, Joachim aux 1000 idées, Mame, coll. « La petite troupe de Monsieur Vincent », 2019, 176 p., 10 € — Imprimé en France

Christian Demilly, Le Grand Voyage en Abécédaire

« Dehors l’air est glacial, mais dans l’âtre brûle un feu qui réchauffe les corps et les âmes. » Au menu du petit-déjeuner ? « Amandes, ananas, abricots, plongés dans un sirop aux arômes de vanille. » En voilà une belle page consacrée à la lettre « A » ! Deux petits personnages enfilent leurs anoraks, car l’aventure les attend ! Chaque page est consacrée à un épisode de leur expédition « en Abécédaire » : après un voyage en barque et un pique-nique sur une île, embarquement sur un extraordinaire vieux gréement et retour en train. Pas le temps de s’ennuyer ! Une ou deux lettres de l’alphabet donnent le « la » de chaque page et rythment la narration. Le grand format de l’album, la police en écriture cursive et les dessins inspirés des coloriages des années 1930–1950 feront la joie des classes, des bibliothèques et des familles nombreuses. A vous de réviser les règles du whist et du yam !

Dès 4 ans

Christian Demilly, Le Grand Voyage en Abécédaire, illustrations d’Alain Pilon, Grasset Jeunesse, coll. « Lecteurs en herbe », 2019, 48 p., 18,50 € — Imprimé en Espagne

Kate Dicamillo, Louisiana

« Une malédiction planait au-dessus de ma tête, j’avais été arrachée à ma maison et à mes amies, j’étais coincée au bord d’une autoroute de Géorgie, et ma grand-mère réclamait un dentiste.
Comme j’étais complètement perdue, j’ai commencé par m’asseoir afin de faire le point sur les options qui s’offraient à nous. Puis j’ai réalisé qu’il n’y avait pas trente-six solutions : je me suis installée au volant, j’ai démarré et je me suis engagée sur l’autoroute. » D’une station-service au parfum de cambouis au cabinet d’un dentiste escroc, d’un motel minable à une église luthérienne dont le pasteur ressemble à un phoque, Louisiana, adolescente « à qui on ne la fait pas », tente de prendre en main son destin, malmené par la folie douce de sa grand-mère. Alors, quand elle apprend qu’elle n’est pas la fille de trapézistes volants et qu’elle n’a aucune raison d’endosser la malédiction qui frappe sa prétendue grand-mère, les choses vont se compliquer… Jusqu’à ce qu’un certain Burke Allen, fils de Burke Allen et petit-fils de Burke Allen, ne lui explique que la « constellation de Pinocchio » est en fait la Grande Ourse, et que l’étoile Polaire saura la guider « dans la plus sombre des nuits ». Un roman qui nous vient de l’Amérique profonde, celle où les enfants perdus se gavent de crackers au beurre de cacahuète et chantent avec des voix d’ange.

Dès 11 ans

Kate Dicamillo, Louisiana, Didier Jeunesse, 2019, 160 p., 13,90 € — Traduit de l’anglais (Etats-Unis).  Imprimé en France

Sylvaine Jaoui, Picasso ou rien

« Il a marmonné :
— Il aurait eu une vie formidable s’il était devenu ingénieur. Il serait resté mon fils.
— Pourquoi, il a cessé de l’être quand il a décidé de jouer du saxo ? »
Tel est le terrible dialogue qui oppose Jimi à son grand-père, un grand-père qu’il connaît à peine. Parce qu’un jour ce grand-père a dit à son fils : « Tu veux être musicien ? Très bien. Alors sois Mozart ou rien. » Une phrase qui a conduit le jeune musicien à rompre avec son père. Mais, cela, c’était dans le temps où ce père était jeune. Et aujourd’hui (dans le temps du roman), ce père est mort depuis déjà deux ans, bien trop tôt. Jimi ne sait pas s’il doit, comme le souhaite sa mère (un peu envahissante !), suivre tranquillement ses cours au collège ou faire fructifier son immense talent pour le dessin. Entre son ami Roméo et la jeune Lilas pour qui vibre son cœur, Jimi saura dépasser ce lourd héritage familial. Jusqu’à inviter « papy Sam » à fêter son succès à un prestigieux concours de manga. Sur fond de conflit entre générations, Sylvaine Jaoui signe un roman psychologique rempli de ces « petits faits vrais » qui aident les adolescents à se projeter dans la vie de ce jeune héros et à sortir « par le haut » des épreuves que leur réserve la vie.

Dès 11 ans

Sylvaine Jaoui, Picasso ou rien, Rageot, 2019, 190 p., 7,10 € — Réédition du roman paru en 2010 – Imprimé en France

Cécile Bergame, Où tu lis, toi ?

Où tu lis, toi ? « Sous l’escalier qui n’en finit pas de monter », entre deux balais ? « Dans les vallées et les collines du linge à repasser », dans le creux du panier ? Ou « dans le bateau qui n’a jamais vu la mer », construit au fond du jardin ? Moi, je préfère « dans la couverture qui se prend pour un ours », mais j’en connais qui se trouvent bien « dans le coquelicot de la jupe froissée de maman ». Les illustrations poétiques de Magali Dulain répondent parfaitement à ces lieux, habituels ou étranges, où chacun se sent bien pour lire. Qui continue le jeu en envoyant ses trouvailles à madame la Chouette ?

Dès 3 ans

Cécile Bergame, Où tu lis, toi ?, illustrations de Magali Dulain, Didier Jeunesse, 2019, 48 p., 13,10 € — Imprimé en France.

Teresa Arroyo Corcobado, Lola sur le rivage

« “Tu verras, Lola, là où on va tu te feras vite de nouveaux amis.” Moi, je n’ai rien dit. Je regardais mon ancienne vie disparaitre lentement, derrière nous. » Lola a quitté la ville et ses amis pour un minuscule village, là-bas, dans le nord. Il ne lui reste qu’à descendre sur la plage : « La mer chahute, chuchote. Alors, à mon tour, je lui raconte mes secrets. » La maman de Lola, factrice, ne se déplace ni à pied ni à vélo, mais en bateau. Et quand elle emmène Lola dans sa tournée, celle-ci se voit offrir ici une boussole, ailleurs une lampe de poche. Des cadeaux de bienvenue qu’elle ira partager avec ses camarades de classe. Lola ne sera plus jamais seule. Un bel album qui fait le lien entre l’Espagne de Teresa Arroyo Corcobado et le nord de l’Europe, car Lola découvre une contrée sauvage qui ressemble beaucoup aux Lofoten.

Dès 5 ans

Teresa Arroyo Corcobado, Lola sur le rivage, Versant Sud, 2019, 40 p., 15,90 € — traduit de l’espagnol.

Jeanne Boyer, Albert guérit les gros bobos

« Albert joue au docteur dans sa chambre. Son petit frère Hector entre en criant : — Regarde mon gros bobo ! » En fait de trousse d’urgence, Albert prend ses feutres, et hop ! Voilà un « vrai gros bobo », puis une cicatrice… et le jeu devient un jeu de pirates. « Tu lis, tu ris, mission accomplie ! », tel est le leitmotiv de cette collection sans prétention, joliment illustrée. Ces « histoires très courtes pour le CP » seront une passerelle bienvenue entre le livre (ou les fiches) de lecture et les livres « de grands ».

Dès 5 ans

Jeanne Boyer, Albert guérit les gros bobos, illustrations de Marion Piffaretti, Rageot, 2019, 32 p., 4,90 € — Imprimé en France
Dans la même collection : Albert adore les dinosaures, Albert efface les punitions.