Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Aventures et découvertes

Juliette Mellon‐Poline, La véritable histoire de Léonie qui vit construire la Tour Eiffel

« Tout doucement, je chuchote à l’oreille de maman :
— S’il te plaît, laisse‐moi y aller !
Maman sait bien de quoi je parle. Elle me répond sans même arrêter de coudre :
— Léonie, tu passes ta vie sur le chantier de la Tour Eiffel ! »
En effet, Léonie et son ami Armand sont attirés comme des aimants par ce gigantesque chantier qui se termine bientôt. Mais où trouver de quoi s’offrir un billet quand on aide sa maman dans son atelier de chapelière ? D’autant plus que de riches clientes attendent avec impatience le jour de l’inauguration… Une « première lecture » pleine de suspens, avec un cahier documentaire pour en savoir plus sur la Dame de fer.

Dès 7 ans

Juliette Mellon‐Poline, La véritable histoire de Léonie qui vit construire la Tour Eiffel, illustrations d’Aurélie Abolivier, Bayard Jeunesse, 2018, 48 p., 6,50 € — Imprimé en France

Ilya Green, Mon ours

« Avec mon ours, on est très sauvages. On vit dans la forêt avec les tigres et les fourmis. » Il nous arrive des tas d’aventures ! Même Papa ne sait pas où nous nous cachons… mais, heureusement, il nous a apporté un délicieux goûter ! Les personnages d’Ilya Green nous transportent, l’air de rien, dans des pays magiques, ceux où l’imaginaire est roi, où tout peut arriver, même au fond du jardin.

Dès 2 ans

Ilya Green, Mon ours, Nathan, coll. « Albums bébé », 2019, 14 p., 8,90 € — Cartonné.

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco

« Autour de nous, on ne voyait que champs, longues haies de cyprès, petites cultures et deux ou trois métairies solitaires. Ce paysage m’attristait. Mais au‐delà coulait une rivière. » Du ciel d’un bleu cru et des lavandes violettes qui encadrent la métairie familiale de Pascalet, voilà que le paysage, la page tournée, se teinte de vert. « Au‐delà coulait une rivière… » Les bleus et les violets demeurent, couleurs nocturnes, accompagnées de beiges et de lilas – les rêves seront d’un orangé de feu couvant. Autant de couleurs chez Henri Bosco ? Ce sont elles, et le trait envoûtant de Xavier Coste, qui entraînent le lecteur à la suite de Pascalet, puis de Gatzo, sur la rivière interdite – et plus loin encore.
Rares sont les bonnes adaptations de textes classiques en bandes dessinées. Celle‐ci, excellente, redonne toute sa magie à un roman trop souvent affadi par des pages de dictées, de morceaux choisis et d’explications de texte dans lesquels les petits citadins ne retrouvaient plus ni les parfums, ni les mouvements secrets des rives du Rhône provençal.

Dès 9 ans

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco, Sarbacane, 2018, 112 p., 19,50 € — Imprimé en France

Blaise Hofmann, Jour de fête – Fête des Vignerons

« Lève‐toi ! Pour les gestes du passé !
Lève‐toi ! Pour ces restes de sacré !
Lève‐toi ! Pour le vin et ses promesses !
Lève‐toi ! Pour le vent de la jeunesse !
Quelle folie.
Au pas de course, je quitte la scène entourée de mon essaim de Coccinelles et de Papillons. On se demande tous comment on a pu passer de la pitoyable répétition de la veille au spectacle de ce soir. C’est peut‐être cela, la magie de la Fête. »
La Fête, avec une majuscule, c’est la Fête des Vignerons, qui aura lieu cette année à Vevey, en Suisse, du 18 juillet au 11 août. Une fête qui a lieu depuis 1797, mais cinq fois par siècle seulement. Blaise Hofmann, qui est l’un des librettistes de la Fête des Vignerons 2019, se met ici dans la peau de Jeanne, 11 ans, fille de vignerons et figurante dans le spectacle. Avec simplicité, émotion et humour, il rend hommage aux traditions enracinées, au terroir, à la vigne et aux savoir‐faire des vignerons du Lavaux, réunis dans leur Confrérie. Les illustrations de Fanny Dreyer éclatent de joie et de lumière, jouant de la mise en page pour nous entraîner au cœur de la fête à la suite de la petite Jeanne.

Dès 8 ans

Blaise Hofmann, Jour de fête – Fête des Vignerons, illustrations de Fanny Dreyer, La Joie de Lire, 2019, 150 p., 19,90 € — Imprimé en Lettonie

Hugh Lofting, Docteur Dolittle

Puddleby‐on‐the‐Marsch, Angleterre. Un beau jour, las de soigner les humains, le bon docteur John Dolittle engage la conversation avec son perroquet, Polynesia. Et celle‐ci de lui apprendre le langage des autres animaux. Bien commode pour s’enquérir de la santé de Jip le chien, Dab‐Dab la cane, Too‐Too le hibou, Gub‐Gub le cochon, ou Chee‐Chee le singe ! Non content de soigner les animaux very british de sa campagne, Dolittle s’embarque pour l’Afrique, afin d’y soigner les singes menacés par une épidémie. Comment échappera‐t‐il au roi des Jolliginki, aux menaces du lion et à l’attaque des pirates ? Comment parviendra‐t‐il à convaincre le « poussemoi‐tiretoi » de l’accompagner en Angleterre ?
Ce roman rocambolesque, rebondissant d’absurdités en cocasseries, est aussi tendre et philosophique. Un immense classique. Hugh Lofting (1886–1947) en a conçu les premiers épisodes dans les lettres qu’il envoyait du front à ses enfants, alors qu’il était au contact des « bêtes de guerre », si courageuses. Aujourd’hui, à l’heure où les éthologues étudient les langages des animaux, les jeunes lecteurs seront touchés par la proximité de Dolittle avec la nature, son humour, son dédain de l’argent et des convenances. Ole Könnecke en a rendu toute la décontraction par ses dessins farfelus, où ne manquent ni le gibus ni la mallette de cuir emblématiques du personnage de Dolittle.

Dès 8 ans

Hugh Lofting, Docteur Dolittle, illustrations d’Ole Könnecke, L’Ecole des Loisirs, 2019, 206 p., 12,50 € — Traduit de l’anglais

Arnaud Friedmann, Le Trésor de Sunthy

« Garance Tran, ça ne sonne pas vraiment bourgeois, non ? » Il y a des questions qui, l’air de rien, peuvent mener loin. Surtout quand la maman de ladite Garance, élève de 3e, est psychanalyste et que son papa, médecin, est le fils d’un M. Tran, arrivé du Cambodge en 1979. Une question qui, sous la plume d’Arnaud Friedmann, introduit un roman très prenant sur la quête des origines. Car ce grand‐père, la narratrice lui rend régulièrement visite à l’hôpital où il finit ses jours. Il va lui raconter sa vie de jeune homme, notamment son premier séjour en France en 1974, lui confier des secrets que son fils, le père de Garance, n’avait pas cherché à connaître, tout focalisé qu’il était sur le fait qu’il était bel et bien français. Quitte à exagérer son accent franc‐comtois – le roman se déroule à Besançon, ville qui accueillit en effet de nombreux réfugiés du Sud‐Est asiatique.
Entre ses visites à l’hôpital et son collège, Garance va lire le mémoire d’un étudiant qui s’était intéressé à M Tran – avec des pages terribles sur la répression des khmers rouges -, mettre en pratique les conseils de son professeur d’histoire, questionner ses parents… et vivre sa vie d’adolescente.
Le second volet du roman se déroule après le décès de son grand‐père : un premier voyage au Cambodge permet à Garance de découvrir le village natal de ce dernier et le « trésor de Sunthy » ; il sera suivi d’un second, qui ouvre sur un avenir que la jeune fille imagine heureux.
Arnaud Friedmann fait alterner des pages tragiques avec des pages sentimentales et d’autres non dénuées d’humour, ce qui donne un récit polyphonique dont le rythme conviendra bien aux adolescents. Très documenté, le roman dépasse le seul aspect historique pour devenir un roman d’initiation : plus Garance se rapproche de son grand‐père, plus ses relations avec ses parents vont évoluer, de la crise d’adolescence à une forme de maturité bienveillante.

Dès 12 ans, adolescents

Arnaud Friedmann, Le Trésor de Sunthy, Lucca Editions, 2017, 232 p., 11,90 € — Imprimé en France

Angélique Villeneuve, Paisible

« Ester aimerait qu’on lui fiche la paix », mais, ce soir, la maison résonne du bruit des invités. « Il y a trop de bruit, ici, de mouvement. Pas assez de silence et pas assez de doux. Ça cogne, ça donne mal à la tête. » La solution ? Monter s’isoler dans sa chambre, puis… grimper « branche après branche », jusqu’à tutoyer les nuages. Que vont lui apprendre les habitants de cet arbre fabuleux, oiseaux, lémuriens, papillons ? Que « la paix, peut‐être, n’habite qu’au bord du ciel ».
Ayant retrouvé la paix intérieure, Ester va, tout doucement, revenir chez elle où l’attend son nounours. Les mots tendres et justes d’Angélique Villeneuve vibrent sous le pinceau mutin d’Anna Griot, dont les gouaches illuminent la nuit d’Ester, dans une alternance de tons bleus et orangés.

Dès 5 ans

Angélique Villeneuve, Paisible, illustrations d’Anna Griot, Sarbacane, 2018, 40 p., 15,50 € — Imprimé en France

Fleur Oury, Dimanche

Ce dimanche, Clémentine et ses parents vont déjeuner chez Mamie. Quoi de plus normal ? Et quoi de plus normal, quand on s’ennuie, d’aller au jardin et de passer par un trou de la haie ? Après un passage dans un roncier, la demoiselle rencontre un petit humain. Car Clémentine est une petite renarde sur deux pattes qui vit dans un monde identique au nôtre ! Après quelques instants de timidité partagée, les deux enfants se lancent dans des jeux de plus en plus improbables, jusqu’à « voler » avec des ailes de fougères. Quand Clémentine repasse la haie pour retrouver les siens, ce n’est pas sans accrocher des épines de ronces à ses vêtements. Tiens, tiens, mais pourquoi Grand‐Mère avait‐elle, elle aussi, ce matin, des épines de ronces sur sa robe à l’arrivée de Clémentine ?

Dès 5 ans

Fleur Oury, Dimanche, Ed. Les Fourmis Rouges, 2019, 40 p., 15,50 € — Imprimé en Italie
Du même auteur : Premier Matin, Ed. Les Fourmis Rouges, 2015, 40 p., 14 €

Jeong‐sun Choi, Coucou je te vois !

« Coucou, qui est là, bien caché derrière les branchages ? Un dinosaure ? Oui, un dinosaure ! Gagné ! » Il faut dire que les deux branches sont bien petites pour escamoter un aussi gros animal ! Tour à tour, le lion, le chat, le paon et la grenouille nous lancent un regard coquin au travers de la petite feuille d’arbre censée les cacher. Et ce dernier ? Est‐ce un gorille ? Non, « c’est mon papa ! ». Un adorable jeu de cache‐cache réinventé par deux Coréennes. Haery Lee mêle les dessins au trait noirs, les collages de « vraies » feuilles d’arbres et quelques touches de bleu, de vert et de gris. Quant à Jeong‐sun Choi, elle joue avec humour sur les rythmes, créant de petites surprises bienvenues. Un album « tout carton » moins banal que beaucoup d’autres.

Tout‐petits

Jeong‐sun Choi, Coucou je te vois !, illustrations de Haery Lee, Didier Jeunesse, coll. « Les tout‐cartons petite enfance », 2019, 32 p., 9 € — Imprimé en Malaisie.
Des mêmes auteurs, dans la même collection : Coucou qui est là ?

 

Caroline Roque, Une grand‐mère formidable

Quand Basile apprend qu’il va passer quelques jours chez sa grand‐mère, qu’il connaît peu, il s’inquiète et… enquête auprès de son amie Louna. Pour elle, c’est simple : une grand‐mère, ce sont des crêpes à la confiture, des histoires, des aiguilles à tricoter. Alors, quand Mamie Adèle enchaîne les kilomètres à vélo, les longueurs de piscine et les parties de badminton, Basile se demande s’il a bien « une vraie grand‐mère » ! Un album aussi dynamique qu’attendrissant, avec une grand‐mère en jean, chic alors ! Rassurez vos petits Basile : Mamie Adèle va apprendre à faire des crêpes.

Dès 4 ans

Caroline Roque, Une grand‐mère formidable, illustrations d’Estelle Mens, Mijade, 2019, 32 p., 12 € — Imprimé en Belgique.

Michel Séonnet, Un jour particulier, Jean‐François Millet

« Tout à coup, Jeanne‐Marie s’était arrêtée. Ils étaient arrivés au bord du champ où travaillaient les femmes. Dans la lumière éclatante de midi, on aurait cru voir un tableau d’église. Ces femmes courageuses au travail. Leurs gestes lents et précis. Les maigres épis qu’elles avaient dans les mains. Le soleil qui paraissait soutenir leur effort. » Jeanne‐Marie, son panier au bras, apporte leur déjeuner aux femmes parties depuis l’aube. Dans un coin de ce paysage d’Ile-de-France, mais on ne le voit pas dans l’album, un homme a sorti son carnet de croquis. Ces glaneuses… il lui faudra dix ans de recherches et de travail pour achever ce si célèbre tableau, en 1857 – aujourd’hui au musée d’Orsay.
Attitudes, lumières, cadrage… Olivier Desvaux, peintre officiel de la Marine et peintre résident à l’Opéra Garnier, s’est inspiré non seulement des tableaux de Jean‐François Millet (1814–1875) mais aussi de ses contemporains qui ont excellé à peindre le monde paysan, tels Julien Dupré ou Jules Bastien‐Lepage. Le résultat est superbe et magnifie le labeur de ces glaneuses et la vie difficile de Jeanne‐Marie, tout en ouvrant à une belle réflexion sur le travail et la pauvreté.

Dès 8 ans

Michel Séonnet, Un jour particulier, Jean‐François Millet, illustrations d’Oliver Desvaux, L’Elan vert, coll. « Pont des arts », en collaboration avec le Réseau Canopé, 2019, 32 p., 14,95 € — Imprimé en Chine

Blackcrane, L’Elan ewenki

« Les Ewenkis vivent traditionnellement de l’élevage de rennes et de la chasse dans de vastes forêts, au cœur des montagnes du massif du Grand Khingan », en Mongolie Intérieure. Quand Guéli Shenké, un habile chasseur, « gracie » un jeune faon d’élan, il ne sait pas que l’animal orphelin va s’attacher à lui. Au fur et à mesure que l’animal, nommé Xiao Han, grandit, la cohabitation devient de plus en plus difficile – et parfois cocasse. Mais Guéli Shenké vieillit lui aussi. Il quitte le campement d’éleveurs pour un village de la vallée et voilà notre élan enfermé dans un enclos. Troisième épisode : un beau jour, « il est temps de rendre l’élan à la forêt », ce qui signifie aussi que Guéli Shenké doit renoncer au monde… Blackcrane, célèbre auteur chinois, chante ici la nature de sa terre d’origine, la Mongolie‐Intérieure. L’illustratrice chinoise Jiu Er donne une dimension mythologique à cet immense élan. Quant àGuéli Shenké, il a parfois pour nous des attitudes de Dersou Ouzala, grand chasseur sibérien de légende.

Dès 7 ans

Blackcrane, L’Elan ewenki, illustrations de Jiu Er, Rue du Monde, 2019, 64 p., 18,50 € — Adapté du chinois par Laurana Serres‐Giardi.