Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Adolescents

Sophie Lamoureux, La Grande Epopée des chevaliers de la Table ronde, tome 3 : Perceval et Galaad

« — Où est Arthur, le roi qui fait les chevaliers ? les interrogea le jeune homme.
A cette question, les visages s’égayèrent.
— Veux‐tu donc être fait chevalier, le Gallois ? lui demanda un des seigneurs présents.
— Oui, et le plus vite possible ! Car je dois reprendre la quête du sire Lancelot !
A ces mots, les convives éclatèrent de rire. Le jeune homme prit leurs moqueries pour de la joie et les remercia pour leur bel accueil. »
Ce Gallois si naïf, vous l’avez reconnu, c’est Perceval, ardent, courageux et assez fou‐fou aussi pour braver les plus grands dangers – avant même de savoir son nom, si secrète a été son enfance.
Quand il rencontre Galaad, le fils de Lancelot du Lac, les deux garçons vont se lancer dans la plus périlleuse des aventures : la quête du Graal, ce vase qui, dit‐on, recueillit le sang du Christ sur la croix.
De château en forêt, ce récit haletant concocté par Sophie Lamoureux emmène le lecteur dans l’univers mythique des chevaliers de la Table ronde. L’auteur présente cette épopée en 50 épisodes, assez courts pour être lus par les jeunes lecteurs, ou bien à haute voix par les adultes. Les illustrations pleine page d’Anne-Lise Boutin, très oniriques, rythment les chapitres de leurs à‐plats de couleurs vives.
Les deux premiers tomes ont pour figures centrales Arthur et Merlin, puis Lancelot et Genièvre – Madame la Chouette ne les a pas (encore) lus.

Dès 9 ans

Sophie Lamoureux, La Grande Epopée des chevaliers de la Table ronde, tome 3 : Perceval et Galaad, illustrations d’Anne-Lise Boutin, Actes Sud Junior, 2018, 216 p., 17,50 € — Imprimé en France

Gérard Letailleur, Si le Mont‐Saint‐Michel m’était conté

Oubliez pour un instant la foule bigarrée et bruyante qui se presse au pied du Mont ou, mieux, visitez le Mont un jour d’hiver, en semaine – et écoutez‐le chanter de toutes ses pierres…  A moins que vous n’ayez préféré venir à pied par la baie, comme les pèlerins du temps jadis. Le Mont‐Saint‐Michel reste aujourd’hui la plus belle abbaye du monde, telle que l’ont bâtie la ferveur des hommes depuis le premier ermitage d’Aubert, au VIIIe siècle – et même avant, quand, dit‐on, les druides y célébraient à Bélénos. Gérard Letailleur s’est inspiré des Chroniques de Dom Jean Huynes (XVIIe siècle), de la tradition orale et de quelques récits plus modernes pour réunir ces trente contes. Le saint Archange en est souvent le héros, mais vous y rencontrerez aussi moines, duc et diable, demoiselles et pauvres gens, et même un turbot et des hirondelles. A lire au pied du Mont, en attendant une omelette ou au coin du feu.

Adolescents – ou à lire en famille à voix haute

Gérard Letailleur, Si le Mont‐Saint‐Michel m’était conté, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2018, 168 p., 19 € — Imprimé en France

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver

Gulliver – Lemuel de son prénom – est, l’a-t-on oublié ? – chirurgien de marine. Jusqu’au jour où son navire fait naufrage. Le voilà recueilli par les Lilliputiens, peuple minuscule mais néanmoins belliqueux. Un des motifs de leur guerre contre l’Empire de Blefuscu ? « Une très vieille querelle autour de la façon de casser les œufs à la coque » : par le gros bout, comme les Gros‐Boutistes, ou par le petit bout, comme le défendent les Petits‐Boutistes ? Après ce voyage à Lilliput, Gulliver se retrouve à Broddingnag, quelque part entre l’Amérique et le Japon, puis à « Laputa, Balnibarbi et autres contrées », avant de se retrouver chez les Houyhnhnms, ces chevaux aussi beaux qu’intelligents. Ce roman d’aventures du XVIIIe siècle, où la science‐fiction et le fantastique permettent de se moquer de nos travers, a été adapté ici pour de jeunes lecteurs sans perdre de sa vivacité ni de son style inimitable.

Dès 9 ans

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver, adaptation de Claude Carré, illustrations de Kaa, Auzou, coll. « Recueils universels », 2017, 104 p., 17,50 €

Eric Senabre, Le Vallon du sommeil sans fin

Arjuna Banerjee, le « détective des rêves » et son fidèle assistant Watson – pardon, Christopher Carandini, le narrateur, sont invités à résoudre une nouvelle affaire, et non des moindres. Dans la maison de cure de Dowland House, au fin fond de la vieille Angleterre, quatre patients sont plongés dans un sommeil agité, dont rien ne parvient à les réveiller. Même pas les cauchemars terribles qui les agitent… Car une créature, « une espèce de chose noiraude et aux oreilles pointues, rabougrie et trapue, comme une espèce de diable en miniature », rode dans Dowland House. Une créature qui a attaqué les clients de ce qui n’est peut‐être pas seulement une maison de cure. Alors quand Banerjee se plonge dans cet état second où, grâce à ses rêves, il dénoue les intrigues, le lecteur est en droit de se demander s’il se réveillera… Un polar « surnaturel » plein d’humour, mais aussi historique quand Eric Senabre évoque la guerre de l’opium et la révolte des Boxers qui ont agité la Chine, entre 1899 et 1901. Et philosophique, car la créature (chut, je ne devrais pas vous le dire) en est la triste victime.

Dès 12 ans

Eric Senabre, Le Vallon du sommeil sans fin, Didier Jeunesse, coll. « Fiction », 2018, 288 p., 15,90 €. Imprimé en France.

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours

« Le roi des ours, Léonce, était allé ramasser des champignons avec son jeune fils Tonin, deux chasseurs avaient enlevé l’enfant. Le père s’étant éloigné un instant le long d’un à‐pic, ils avaient surpris l’ourson seul et sans défense, l’avaient ligoté comme un vulgaire paquet et fait descendre, le long des précipices, jusqu’au fin fond de la vallée. » Bien penaud, Léonce n’ose pas dire que son fils lui a été volé et raconte qu’il est mort, ce qui lui laisse mauvaise conscience… Jusqu’au jour où il se décide à aller voir ce qui se passe chez les hommes. Et là, nous allons voir ce que nous allons voir ! Magicien, Troll, Croquemitaine, grand duc de Sicile lui‐même, châteaux hantés, sangliers, pas le temps de s’ennuyer ! Cette nouvelle édition du célèbre roman (1945) reprend les dessins de l’auteur lui‐même, en noir et blanc ou en couleurs, sous une couverture cartonnée et même dorée. L’occasion d’un beau cadeau, et d’une entrée en fanfare dans ce que la littérature classique peut avoir de réjouissant.

Dès 10 ans

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours, illustrations de l’auteur, Gallimard Jeunesse, coll. « Albums junior », 2018, 144 p., 17,50 € — disponible aussi en poche, Folio Junior, 5,80 €  — Traduit de l’italien par Hélène Pasquier

Sophie de Mullenheim, Gipsy Book 3, Malgré nous

En cette soirée du 23 juillet 2014, les deux cousins Nicolas de Laroche et Christophe Molsheim fêtent leur anniversaire dans la propriété familiale de Foenheim en Alsace. Un étudiant en médecine, un futur ingénieur. Et bientôt, deux soldats. Début août, en effet, les deux garçons sont lancés dans la guerre, l’un en bleu et rouge, l’autre en vert‐de‐gris. Passant des tranchées françaises aux hôpitaux de campagne allemands, le roman décrit la machine infernale qui va broyer la jeunesse européenne, sans rien cacher des petitesses et des lâchetés, mais en honorant surtout les héros et ceux qui se sont dévoués, voire sacrifiés. Quant au Gipsy Book, ce livre de sagesse d’un vieux gitan, fil conducteur de la série, il est offert à Nicolas par Finnel, l’élue de son cœur, et va donner courage et force au jeune homme.
Même si l’expression « Malgré nous » a été surtout utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale pour désigner les Mosellans et Alsaciens enrôlés de force sous l’uniforme allemand, le roman a bien pour cadre la Première Guerre mondiale.

Adolescents à partir de 15 ans

Sophie de Mullenheim, Gipsy Book 3, Malgré nous, Mame, 2018, 350 p., 14,90 €

Marc Pouyet, Land Art d’hiver

Ephémères, la glace, la neige et l’eau ? En hiver, le froid se fait notre complice pour créer des œuvres avec ce que la nature nous offre : feuilles mortes et baies rouges prises sous un voile de glace, tiges de fougères, galets, écume de mer… Dans la forêt, mousses, écorces, feuilles, pommes sauvages permettent de créer de véritables tableaux sur fond de neige. Au potager comme en ville, fruits et légumes sont aussi les meilleurs alliés de l’imagination et… de la géométrie – car l’une des grandes constantes du Land Art réside dans la mise en ordre esthétique d’objets et de formes sauvages. Marc Pouyet livre ici conseils et astuces pour se lancer dans ces jeux graphiques. Avant de laisser le vent effacer ces créations toutes de fantaisie et de légèreté, n’oubliez pas de les prendre en photos. Celles de Marc Pouyet invitent vraiment à de belles promenades !

Dès 4 ans et pour toute la famille

Marc Pouyet, Land Art d’hiver, Editions Plume de Carotte, 2014, 144 p., 16,50 € — Imprimé en France.

Loïc Le Borgne, Les Loups – La Promesse du roi

Parcourir la forêt de Brocéliande, camper sous ses grands arbres, visiter ses sites emblématiques, quoi de mieux pour des scouts ? Mais quand la patrouille des Loups apprend que l’épée du roi Arthur, la célèbre Excalibur, existe bel et bien, l’aventure du « grand jeu » devient une quête parsemée d’embûches… Il s’agira tout bonnement de la retrouver, cette épée, avant que la Guilde du chevalier noir ne mette la main dessus. Edouard, son ami Ange et Titouan font la connaissance d’Yvain, jeune garçon employé au château où résident les guides, Clémence et ses compagnes. Ami ? Ennemi ? De roman d’aventure, La Promesse du roi tourne vite au roman fantastique : car Brocéliande est un monde magique, avec ses étangs, ses pierres levées, ses cavernes… Après « Le Secret des murmureurs », Loïc Le Borgne signe un nouvel épisode des aventures de la patrouille des Loups : sera‐t‐elle à la hauteur du noble idéal qui animait les chevaliers de la Table Ronde ? Et cet idéal, aujourd’hui, comment le vivre au quotidien ?

Dès 12 ans

Loïc Le Borgne, Les Loups – La Promesse du roi, Mame, 2018, 224 p., 14,90 €

Marion Kadi et Abram Kaplan, Newton et la confrérie des astronomes

Ce beau matin de 1682, Isaac Newton s’émerveille : son voisin a sept chats ! « Un chat rouge, un chat orange, un autre jaune, un vert, un bleu, un indigo et un violet. » Ou bien, n’en a‐t‐il qu’un, couleur de chat ? Car notre savant a chaussé de curieuses lunettes, faites de « prismes en verre à cinq faces », lesquels décomposent la lumière blanche. Passionné d’optique, Newton a aussi construit une longue‐vue, dont la perte va déclencher une série d’aventures et de rencontres plus loufoques les unes que les autres : on y croisera quelques pingouins mais surtout la « confrérie des astronomes », à laquelle appartiennent Ptolémée (curieusement féminisé), Copernic, Galilée, Kepler, Descartes, Leibnitz et Halley. Le temps d’un voyage spatial, à la découverte des grandes théories de la science moderne.

Dès 10 ans

Marion Kadi et Abram Kaplan, Newton et la confrérie des astronomes, illustrations de Tatiana Boyko, Les Petits Platons, 2018, 64 p., 14 € — Imprimé en Europe

Les Petits Platons, c’est aussi une librairie qui organise des ateliers philo pour les enfants et les adolescents.

Jean‐Louis Etienne et Florence Thinard, L’enfant qui marche

« Dans la douceur de cette enfance, un désir profond bat des ailes comme un oiseau en cage : Jean‐Louis voudrait partir. Quitter son village, sa famille, ses amis. Partir ailleurs. Si possible vers un pays lointain et bien pourvu en montagnes. Dans sa chambre, il a accroché au mur une carte du massif du Mont‐Blanc. Il apprend par cœur les noms des sommets et ceux des glaciers, l’emplacement des refuges. » Et il en fera, des kilomètres, Jean‐Louis Etienne ! De Vielmur‐sur‐Agout, dans le Tarn, au pôle Nord, de Toulouse à Chamonix, de l’Everest au pôle Sud, le minot est devenu ajusteur, puis médecin et explorateur ; aujourd’hui, « Papy » se fait le défenseur des si fragiles richesses de notre belle Terre. Et on a peine à croire qu’il a passé 70 ans, ce héros de nos jeunes années, toujours aussi fringant et déterminé. Marc N’Guessan, venu de la bande dessinée, a usé de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel pour conduire le jeune lecteur tout autour du monde. Parce que « l’Aventure, c’est inventer sa vie. Que l’Aventure, c’est s’ouvrir au monde, prendre des risques, assumer ses responsabilités. Et qu’il y a un secret pour être heureux : il faut s’accrocher pour faire ce qu’on aime. Tout ce qu’on aime. Et, même si le chemin est difficile, aller au bout de ses rêves, » conclut Jean‐Louis Etienne.

Dès 10 ans

Jean‐Louis Etienne et Florence Thinard, L’enfant qui marche, illustrations de Marc N’Guessan, Plume de Carotte, 2018, 115 p., 18 €  — Imprimé en France

Anne‐Marie Pol, Le Baladin de la Reine

21 janvier 1793. « Jusqu’au bout, irai ! » se répète Sébastien, 17 ans et aussi roux que l’écureuil, l’esquirol dont il tire son surnom. « Jusqu’au bout, irai ! » C’est la devise de sa famille, les Rocadour. Et jusqu’au bout, Sébastien ira. Autrement dit, jusqu’au but ! Le sien ? Délivrer le Roi des bourreaux qui, aujourd’hui, le conduisent à la guillotine. Ceux‐ci ignorent que deux mille conjurés ont décidé de lui sauver la vie – parmi eux, il y a le jeune Rocadour… » Las, le premier complot est un échec, comme le sera le second, qui aurait permis à la Reine d’échapper, elle aussi, à ses bourreaux… Ce roman historique fait revivre avec finesse les terribles mois de 1793, et brosse une vie parisienne des plus agitées. D’autant plus agitée pour notre Sébastien, qu’il rencontre Saphire, une bien jolie saltimbanque, qui a plus d’un tour dans sa poche.

Dès 10 ans

Anne‐Marie Pol, Le Baladin de la Reine, Le destin de l’Esquirol, tome 1, Mame, 2018, 254 p., 14,90 € — Imprimé en Italie.

Sophie Roubertie, Apprendre à voir

Bébé au berceau, Enfant Jésus dans la crèche, petits paysans ou infante royale… Leurs minois ont inspiré, pour notre grand bonheur, Berthe Morisot, Sandro Botticelli, Jean‐François Millet ou Diego Velasquez. Mais au‐delà des nez retroussés, des bras potelés et des cheveux bien coiffés, que nous disent‐ils, ces tableaux si célèbres ? De l’Antiquité au XXe siècle, tableaux, sculptures et tapisseries invitent les enfants à prendre le temps de regarder et de s’émerveiller. Sophie Roubertie a choisi un fil conducteur, de la petite enfance à la vieillesse, pour une découverte de « la vie dans l’Art ». Pour elle, l’art est un des plus beaux chemins vers une éducation affective de qualité. Mieux encore, un antidote efficace contre les horreurs et la médiocrité ambiante proférées dans ce domaine.
Toutes les chroniques de ce livre ont été publiées dans la rubrique culturelle d’Actuailes, magazine numérique d’actualité, bimensuel et gratuit, destiné aux 10–15 ans.

Dès 10 ans

Sophie Roubertie, Apprendre à voir, Pierre Téqui éditeur, 2018, 88 p., 19,90 € — Imprimé en Europe