Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Adolescents

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc

« Kotick, le baby de Matkah, naquit […] tout en tête et en épaules, avec de pâles yeux bleus couleur d’eau, comme sont les tout petits phoques ; mais il y avait quelque chose dans la teinte de son pelage qui le fit examiner de très près par sa mère :
— Sea Catch, dit‐elle enfin, notre baby va être blanc !
— Coquilles vides et goémon sec ! éternua Catch, il n’y a jamais eu au monde rien qui ressemblât à un phoque blanc. »
Le jeune Kotick, héros du récit, découvre un jour que les hommes abattent ses congénères par centaines, par milliers. Un long, très long voyage initiatique va lui permettre de trouver une île « où les hommes ne viennent jamais ». Reste à convaincre les autres phoques que cette île n’est pas née de son imagination, qu’elle existe vraiment, et qu’il est possible d’y couler des jours heureux… Le Phoque blanc, ce conte né dans la mer de Behring, fait partie du Livre de la Jungle – qui est loin de se réduire à la seule histoire de Mowgli. Les éditions Magellan ont eu la riche idée de republier la version originale de cette nouvelle, illustrée des somptueux bois gravés de Maurice de Becque, dans la traduction historique de Louis Fabulet et Robert d’Humières. Cet album fera un cadeau apprécié, car il est de plus relié d’une belle couverture cartonnée.

Dès 10 ans

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc, illustrations de Maurice de Becque, Magellan et Cie, coll. « Les P’tits Magellan », 2018, 48 p., 15 €. Première traduction originale par Louis Fabulet et Robert d’Humières. Imprimé en France.

Jules Verne, Le Comte de Chanteleine

« Le comte de Chanteleine, toujours au premier rang, fut pendant dix mois de toutes les victoires comme de toutes les défaites, vainqueur à Fontenay, à Thouars, à Saumur, à Bressuire, vaincu au siège de Nantes, où mourut le généralissime Cathelineau. » Quand nous faisons plus ample connaissance avec ce héros des guerres de Vendée, le 22 décembre 1793, il se bat devant Savenay, avant de prendre la tête d’une foule hétéroclite qui cherche son salut sur la route de Guérande. Que reste‐t‐il donc de cette « grande armée catholique et royale » ? Pourchassé par les Bleus, le comte de Chanteleine apprend la perte de sa femme, la saisie de son château et part à la recherche de sa fille chérie.
Jules Verne brosse ici un roman épique, épique par l’Histoire de ces glorieux vaincus, et épique par l’enchaînement des marches, contremarches, cavalcades, expéditions, tempêtes, vécues par ses personnages, dans une Bretagne à laquelle il était profondément attaché. Un roman de Jules Verne inattendu qui, paru en 1864, juste après Cinq semaines en ballon, n’avait pas été publié par Hetzel, républicain convaincu.

Dès 12 ans

Jules Verne, Le Comte de Chanteleine, Magellan & Cie, 2018, 160 p., 12 €. Avec un avant‐propos de Michel Canévet. Imprimé en France

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba

« Seul Pierre ne dormait pas. Assis bien droit, les bras grands ouverts, il prenait nonchalamment le soleil, indifférent aux températures glaciales. Il se contenta de tourner brièvement la tête vers la jeune fille à son arrivée, avant de plisser les yeux, somnolent. » Pierre serait‐il un ado comme les autres ? Non, c’est un lémurien en captivité, observé par Elizabeth, une lycéenne qui se passionne pour les primates. Un changement de direction entraîne le licenciement de son gardien préféré et la disparition de certains animaux. La jeune fille décide d’intervenir dans les affaires du zoo sans savoir que son aventure la mènera jusqu’à Madagascar, où elle parviendra à résoudre une terrible énigme, celle de la disparition de son père, un éthologue reconnu.
Delphine Gosset, qui a mené des recherches sur la communication chez les primates, a su conjuguer science et fiction, dans un roman d’aventures rondement mené. Les retours en arrière, dans la vie du père de la jeune fille, construisent un bel enchaînement de surprises. Deux personnages caricaturaux apportent, l’une, une touche d’humour, avec cette tante assez foldingue, l’autre, une touche plus noire, avec cette nouvelle directrice aux ambitions prédatrices. Aux côtés d’Elizabeth, un sympathique soigneur et un jeune Malgache riches d’une empathie vécue au quotidien. Les illustrations de Mélanie Rebolj sont pleines d’humour : on y voit même Konrad, le corbeau des tours d’Elizabeth, déchirer le coin d’une page ! Car la jeune fille a aussi un corbeau apprivoisé, ainsi baptisé en l’honneur de Konrad Lorenz.

Dès 10 ans, adolescents

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba, illustrations de Mélanie Rebolj, Lucca Editions, 218, 282 p., 14 €

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes

« Louise n’a pas fermé l’œil de la nuit, obnubilée par l’image de la femelle gorille se trouvant à l’écart du groupe. Elle sait ce que c’est de se sentir à part et cela l’a donc énormément touchée. » Louise, 15 ans, en vacances dans les Hautes‐Pyrénées, vient de faire la connaissance de Jérôme. Le père du jeune homme a recueilli, dans un parc, quelques gorilles qui ont échappé aux braconniers africains. Dont Kiko, une jeune femelle rejetée par le groupe.
Louise, malentendante, communique soit par signes, soit en écrivant sur une ardoise blanche, soit en articulant quelques mots. A force de ténacité, bravant interdits et menaces, soutenue par Jérôme, la jeune fille parvient à enseigner la langue des signes à sa protégée. Une manière comme une autre aussi de dépasser les angoisses et les difficultés liées à sa quasi‐surdité.
Mais une famille de chasseurs n’admet pas que ce parc empiète sur leur territoire. Et c’est le drame…
Ce sympathique roman de formation, sans mièvrerie aucune, met en perspective le handicap, les différences, les premiers sentiments amoureux, sur fond d’une aventure hors du commun. Les cabrioles d’un petit frère farceur viennent, ici et là, alléger les pages plus sérieuses du récit.

Dès 13 ans

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes, Fleurus, coll. « Lire en grand », 2018, 286 p., 15,90 €

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie

« Je suis un soldat en mission. J’espionne l’ennemi. Je prépare mon plan.
Capitaine Rosalie.
Je suis déguisée en petite fille de cinq ans et demi, avec mes chaussures, ma robe et mes cheveux roux.  Je n’ai pas de casque et d’uniforme pour ne pas me faire remarquer. »
Hiver 1917, le Papa de Rosalie se bat sur le front. Faire la guerre, elle ne sait pas très bien ce que cela veut dire, mais elle a décidé d’être à la hauteur. Déposée tôt matin à « l’école des grands » par une maman qui va travailler à l’usine de munitions, elle passe la journée au fond de la classe, avec un cahier sur lequel elle est censée dessiner. Le soir, parfois, Maman reçoit une lettre, avec un dessin pour elle. Et un triste jour, arrive un papier bleu, que Maman ne parvient pas à lui lire. La vérité, Rosalie la découvrira toute seule. « Mort en héros au combat » sont les premiers mots que Rosalie déchiffre, seule, à la lueur d’une bougie. Mission accomplie : Capitaine Rosalie sait lire.
Comme le précise Timothée de Fombelle, pour Rosalie, « l’apprentissage va être un combat intime, une affaire de vie et de mort pour elle », qui lui donne la force d’affronter la vérité. Un album exigeant, aux illustrations sobres, dans les tons orangés, sépia, bleus et noirs. A lire avec quelques mouchoirs à proximité.

Dès 10 ans, sans limite supérieure

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie, illustrations d’Isabelle Arsenault, Gallimard Jeunesse, 2018, 64 p., 12,90 €

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Une bergerie isolée « sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence ». Le narrateur rencontre un berger solitaire et bienveillant. Qui, après avoir passé la soirée à trier un cent de glands, va, le lendemain, les semer dans une terre dont il ne se soucie pas de connaître les propriétaires. Un cent de glands ? Ce sont cent mille glands qu’il avait planté, dont dix mille avaient pris. D’année en année, malgré les guerres, chênes, hêtres, bouleaux reconquièrent vallons et collines. Les villages abandonnés reprennent vie où « garçons et filles […] savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes ».
Il est rare qu’un des grands textes de notre littérature soit si souvent illustré pour la jeunesse – et de manière si diverse -, signe qu’il est vraiment porteur de sens. Olivier Desvaux a parcouru la Haute Provence, chevalet sur le dos. Ses couleurs vibrent sous le soleil provençal avec une extraordinaire justesse de ton, on entend souffler le vent et le parfum des lavandes n’est pas loin… Jean Giono précisait aussi que c’était le texte dont il était le plus fier. Au‐delà du discours écologique, une réflexion profonde et un style incomparable.

Dès 8 ans

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, illustrations d’Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse, 2018, 60 p., 14,50 € — Imprimé en Italie.

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659)

8 octobre 1656. « Il a dix‐huit ans, est grand, de belle tournure […]. Il ne porte pas de perruque […] Quand il est à cheval, l’on dirait un centaure sorti du fond des âges. Il a la jambe et la main belles, et des gestes inimitables de grâce et de noblesse. Chacun sait qu’il danse à la perfection… Il est le roi de France. » Et la petite Marie, 17 ans, de se faire une raison : autant ses sœurs sont les enfants chéries de la Cour, autant elle se sent mal aimée, elle, la nièce de Mazarin, appelée en France pour la gloire du cardinal. Jusqu’à ce 8 octobre, où le roi entrevoit, assise devant une fenêtre du Louvre, une « belle cerise ». Le journal apocryphe (selon le projet de la collection) de Marie Mancini raconte la rencontre et le premier amour des deux jeunes gens — jusqu’au mariage du Roi‐Soleil avec Marie‐Thérèse d’Autriche. Cela donne un roman tout à fait charmant, plus proche de l’Astrée que des tragédies de Racine.
Même si la collection s’adresse aux 9–12 ans, ce volume sera apprécié des plus âgés : la période de la Fronde et les années du début du règne de Louis XIV sont tout sauf simples, et les chagrins amoureux de Marie sont bel et bien des chagrins adolescents.

Dès 12 ans

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659), Gallimard Jeunesse, coll. « Mon Histoire », 160 p., 11,90 € — Imprimé en Italie

Evelyne Boyard, Venise

A Venise, « chaque famille fortunée se devait de posséder un palais donnant sur le Grand Canal. Car cet emplacement privilégié offrait, en plus du prestige, toutes les facilités pour le commerce. Les navires marchands empruntaient cette voie d’eau pour se rendre au Rialto, le quartier des marchands, pour y décharger leur cargaison de soies, de joyaux, de fourrures ou d’épices ».
Autant de palais à découvrir en vaporetto ou à pied, sans se lasser tant la Sérénissime a d’atouts pour charmer enfants, adolescents et adultes. Ce petit guide présente les sites les plus célèbres, mais aussi des quartiers plus préservés de l’invasion touristique dans lesquels découvrir églises baroques, statues, campos et marchés, sans oublier les îles de la lagune. Dans une langue claire et accessible, il aide à se familiariser avec les joyaux architecturaux de la cité. En automne et en hiver, n’oubliez pas vos bottes de caoutchouc – les acqua alta sont fréquentes, mais les touristes un peu moins nombreux.

Dès 12 ans

Evelyne Boyard, Venise, Editions Belize, coll. “Globe‐trotters en herbe”, 2018, 48 p., 14,90 €. Imprimé en Union européenne.

Rudyard Kipling, Si… tu seras un homme, mon fils

« If… », le poème le plus connu en Angleterre ne cesse d’être une source d’inspiration pour si peu que l’on soit jeune d’esprit et que l’on consente… à écouter les paroles de sages anciens, paroles d’encouragement plus que de mises en garde.
« Si tu peux être en paix quand les autres s’affolent,
Et disent que c’est ta faute s’ils ont perdu la tête
Si tu restes confiant quand on te met en doute,
Mais laisses malgré tout les doutes s’exprimer… »
Que cette litanie de « Si » a généré de questionnements depuis 1909 ! Manu Causse‐Plisson en offre ici une nouvelle traduction, plus dans l’air du temps et sans rimes obligées.
L’ouvrage présente aussi la traduction qu’en a faite André Maurois en 1918, « véritable réinterprétation du poème en fonction de la culture et de la sensibilité de l’époque, ce qui lui donne cet élan si particulier », précise l’éditeur. En effet, voici comment André Maurois avait présenté les deux strophes ci‐dessus, qui ouvrent le poème :
« Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi ;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi… »
Les aquarelles lumineuses du Florentin Giovanni Manna donnent une respiration nouvelle au texte, parfois oniriques, parfois réalistes, pudiques et énergiques à la fois.

Dès 9 ans

Rudyard Kipling, Si… tu seras un homme, mon fils, illustrations de Giovanni Manna, Editions Plume de carotte, 2018, 32 p., 16 € — Traduit de l’anglais par Manu Causse‐Plisson.

Peter Wohlleben, La Vie secrète des animaux

« Quand notre chienne Maxi engloutissait un plat entier de knödels dans la cuisine, son petit air innocent me disait qu’elle n’était pas juste instinctivement poussée à dévorer : elle avait pris un malin plaisir à chaparder. » Chaque automne, depuis plus de quarante ans, les sangliers jurassiens traversent le Rhône à la nage pour se réfugier dans le canton de Genève, où la chasse est interdite : une tradition bien établie, qui demande mémoire et stratégie de défense. Abeilles, cerfs, mulots, hérissons, écureuils, chevaux, chiens et chats : ressentent‐ils des émotions ? Comment apprennent‐ils ? Font‐ils des cauchemars ?
Après La Vie secrète des arbres, Peter Wohlleben, forestier de son état, nous fait partager son expérience et son sens de l’observation pour aller à la rencontre des animaux – que ceux‐ci vivent dans nos forêts ou plus près de nous, à la ferme ou à la maison.
Nous avions lu, adolescents, les récits de Konrad Lorenz. Ceux‐ci se situent dans la même lignée et nous font réfléchir sur la place de l’homme dans la nature, sur les limites de notre savoir et sur les devoirs que nous avons envers le vivant.

Adolescents

Peter Wohlleben, La Vie secrète des animaux, Les Arènes, 2018, 280 p., 20,90 €. Traduit de l’allemand par Lise Deschamps. Imprimé en France

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires

« Les lettres s’enchevêtrent, se déforment. Les mots se tordent et se détachent les uns des autres pour former des broussailles et des feuillages. Puis ils se mettent à ruisseler le long de mon visage. Une pluie de mots s’abat sur moi.
L’instant d’après, je me retrouve au milieu des racines d’un arbre immense, en pleine forêt vierge. Tout autour de moi, les nuances de vert explosent, de la plus claire à la plus foncée. […] Je me trouve au début du Livre de la jungle ! La famille de loups vient juste de découvrir Mowgli, seul dans la jungle. »
Quand Amy, jeune adolescente allemande, débarque à Stormsay, une île battue par les vents au large de l’Ecosse, elle est loin de savoir ce qui l’attend… De sa famille écossaise, elle a hérité un don : celui d’entrer dans les livres – un don qu’elle partage avec d’autres adolescents de l’île. Or, un grand danger menace les chefs-d’œuvre les plus célèbres, du Petit Prince en passant par Peter Pan. Ce roman policier et fantastique très original donnera aussi envie d’en savoir plus sur Werther, Le Songe d’une nuit d’été, ou Orgueil et Préjugés, dont les personnages participent à l’intrigue – à leur façon.

Dès 12 ans

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires, Fleurus, 2016, 432 p., 16,90 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en France.

Nicolas Michel, L’Abécémer

« J’ai donné le K au pauvre Krill
Sans conteste, le déjeuner préféré des baleines à fanons. Une petite crevette qui, par millions, participe à l’équilibre des grands fonds : après avoir digéré une bonne dose de phytoplancton, la voilà projetée en bande dans le ventre des cétacés… Faute de pouvoir tout compter, les Terriens estiment cette vaste population au poids : 379 millions de tonnes au bas mot ! De petits corps transparents riches en luciférine, qui les rend bioluminescents, et en astaxanthine, qui colore de rose orangé la chair des saumons qui les dévorent. Et peut‐être aussi celle des Japonais qui les dégustent sous le nom d’okiami ! »
Mais avant de donner le K au krill, Nicolas Michel a « donné » A, B, C, D, E, F, G, H, I et J à d’autres animaux marins, « des oiseaux qui passaient, à des poissons qui nageaient, à des habitués des grandes baies, à tout ce que la mer contient d’étranges beautés », – et il a continué jusqu’au Z de la jolie Zée. Ces textes courts, aussi poétiques que scientifiques, sont illustrés de superbes figures blanches sur fond bleu, inspiré du procédé photochimique du cyanotype. Une superbe façon de nous alerter sur l’avenir de nos océans !

Dès 10 ans

Nicolas Michel, L’Abécémer, Magellan et Cie, 2018, 56 p., 18 € — Imprimé en France