Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Adolescents

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires

« Les lettres s’enchevêtrent, se déforment. Les mots se tordent et se détachent les uns des autres pour former des broussailles et des feuillages. Puis ils se mettent à ruisseler le long de mon visage. Une pluie de mots s’abat sur moi.
L’instant d’après, je me retrouve au milieu des racines d’un arbre immense, en pleine forêt vierge. Tout autour de moi, les nuances de vert explosent, de la plus claire à la plus foncée. […] Je me trouve au début du Livre de la jungle ! La famille de loups vient juste de découvrir Mowgli, seul dans la jungle. »
Quand Amy, jeune adolescente allemande, débarque à Stormsay, une île battue par les vents au large de l’Ecosse, elle est loin de savoir ce qui l’attend… De sa famille écossaise, elle a hérité un don : celui d’entrer dans les livres – un don qu’elle partage avec d’autres adolescents de l’île. Or, un grand danger menace les chefs-d’œuvre les plus célèbres, du Petit Prince en passant par Peter Pan. Ce roman policier et fantastique très original donnera aussi envie d’en savoir plus sur Werther, Le Songe d’une nuit d’été, ou Orgueil et Préjugés, dont les personnages participent à l’intrigue – à leur façon.

Dès 12 ans

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires, Fleurus, 2016, 432 p., 16,90 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en France.

Nicolas Michel, L’Abécémer

« J’ai donné le K au pauvre Krill
Sans conteste, le déjeuner préféré des baleines à fanons. Une petite crevette qui, par millions, participe à l’équilibre des grands fonds : après avoir digéré une bonne dose de phytoplancton, la voilà projetée en bande dans le ventre des cétacés… Faute de pouvoir tout compter, les Terriens estiment cette vaste population au poids : 379 millions de tonnes au bas mot ! De petits corps transparents riches en luciférine, qui les rend bioluminescents, et en astaxanthine, qui colore de rose orangé la chair des saumons qui les dévorent. Et peut-être aussi celle des Japonais qui les dégustent sous le nom d’okiami ! »
Mais avant de donner le K au krill, Nicolas Michel a « donné » A, B, C, D, E, F, G, H, I et J à d’autres animaux marins, « des oiseaux qui passaient, à des poissons qui nageaient, à des habitués des grandes baies, à tout ce que la mer contient d’étranges beautés », – et il a continué jusqu’au Z de la jolie Zée. Ces textes courts, aussi poétiques que scientifiques, sont illustrés de superbes figures blanches sur fond bleu, inspiré du procédé photochimique du cyanotype. Une superbe façon de nous alerter sur l’avenir de nos océans !

Dès 10 ans

Nicolas Michel, L’Abécémer, Magellan et Cie, 2018, 56 p., 18 € — Imprimé en France

 

Pascale Perrier, Et derrière les nuages

« Putain. Mon meilleur copain. Mon seul ami, à bien réfléchir. Celui avec qui je partageais tout, et pas seulement les cours. Les projets, les espoirs, les envies. L’alpinisme, c’est aussi une histoire d’amitié. On choisit les gens avec qui on va s’encorder, on leur accorde notre confiance, on se prépare avec eux, nos yeux brillent du même éclat. Et normalement, on vit les mêmes émotions au même moment, on revient avec les mêmes souvenirs.
Normalement. »
Un beau jour d’été à Chamonix, les deux garçons se faisaient une fête de gagner l’Aiguille d’Argentière. Mais, au somment, ils se sont désencordés, et Antoine, ce « meilleur copain » du narrateur, a basculé dans le vide — une chute fatale pour ce garçon plein d’avenir. Comment survivre avec un tel poids sur la conscience, quand on a 18 ans et que l’on veut devenir guide ? Perdu de chagrin, le jeune homme va se terrer dans un squat lyonnais –d’où il reste en contact avec ses parents et où il rencontre Leila. Leila qui refuse le poids du voile, un avenir de comptable et autres décisions familiales, qui veut suivre Rimbaud et s’inscrire en classes préparatoires.
Les deux étudiants vont s’épauler et tenter de se reconstruire, dans un très grand respect de l’autre – et c’est aussi une des surprises de ce roman d’initiation très pudique : chacun des deux repart vers un destin à reconstruire, le narrateur vers ses montagnes – il devient guide et s’installe à la Réunion, où il se marie – et Leila vers la littérature en devenant éditrice. Pascale Perrier parle de la montagne, de Chamonix et de l’alpinisme avec justesse – sans erreur de topo ni de psychologie – et dans une langue proche des adolescents, aussi capables de jurer que de se réciter « Le Bateau ivre ».

Adolescents

Pascale Perrier, Et derrière les nuages, La Joie de lire, coll. « Encrage », 2018, 195 p., 14,50 €

George Orwell, 1984

« Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston restait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu autant qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. » Police de la Pensée, ministère de la Vérité, ministère de l’Amour, « contrôle de la Réalité »… en 1984, « Big Brother vous regarde ».
Aujourd’hui, la Police de la Pensée et la novlangue sont-elles encore de la science-fiction ? Vient de paraître, chez Gallimard, une nouvelle traduction, qui a subi une réécriture très dégradée et… orwellienne : la « novlangue » devient le « néoparler » et la « police de la pensée », la « Mentopolice ». Il est grand temps de se procurer la traduction de 1950, qui, si elle a quelques défauts, a fait passer dans le langage commun quelques termes critiques bien utiles face à notre société de surveillance médiatique.

Adolescents

George Orwell, 1984 — Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti (1950). Éditions de poche, dont Folio, 1972, 438 p., 8,90 €, toujours disponible.

Jean Villemin, L’Iceberg rouge

« La pluie cessa d’un coup et, à la faveur du faisceau de la lumière du phare, je le vis. Il était là. Gigantesque, échoué. Sa pâleur illuminait la nuit. Un souffle frais vint caresser nos visages et me fit frissonner. […]Un iceberg, c’était un iceberg échoué sur la plage ! Je ne pouvais m’empêcher de voir dans cette apparition une menace cachée à l’attention des marins des Wadden… Car la pêche à la baleine était bien l’occupation favorite des hommes de l’île. Mais pour comprendre, il faut raconter l’histoire de l’Iceberg rouge… »
Un carnet retrouvé sur un marché au puces contient le début d’une biographie – celle d’un certain Kommandeur Hidde Dirks Kat. Pour rédiger cette biographie, le narrateur, Martial Wlimens a loué, sur l’île d’Ameland dans la mer du Nord, la maison dudit commandeur. Cette mise en abyme n’est qu’une aimable mise en bouche…
Car, par un « beau » matin de brume, un iceberg vient s’échouer sur la plage. S’agirait-il de cet « iceberg rouge », dont le narrateur va faire renaître l’histoire – délaissant ainsi celle du commandeur ? Une histoire qui « débuta tragiquement en avril 1912 quand apparut dans l’Atlantique Nord un iceberg dont la destinée fut remarquable. Il était gigantesque. Une de ses faces particulièrement aiguës eut raison du TITANIC qui sombra dans les eaux glacées. Le paquebot laissa une immense trace continue de peinture rouge sur l’épine de l’iceberg ». Une histoire qui est aussi un long voyage d’exploration de ces mers baleinières, où l’on croise Moby Dick, Amundsen et Nobile. Ce qui est sûr, c’est qu’un trait de rouge raye les encres grises et sépia, traverse les pages de ce récit mis en images par l’auteur et lui donne une étrange profondeur onirique… Quant à cet iceberg rouge, légende ou réalité ?

Adolescents

Jean Villemin, L’Iceberg rouge, Editions Magellan & Cie, 2018, 72 p., 18 €

Charles Lamb, Contes de Shakespeare

Au tout début du XIXe siècle, le poète Charles Lamb avait fait paraître les Tales from Shakespeare, un recueil de 20 contes qui, reprenant en les résumant et en les simplifiant les plus grandes pièces de Shakespeare, les avaient popularisées autant auprès des jeunes lecteurs que des adultes peu lettrés. Un immense succès outre-Manche ! Ce recueil, paru en 1932, reprend sept de ces contes, traduits par Téodor de Wyzewa, lui-même écrivain et proche des milieux symbolistes : Le Songe d’une nuit d’été, Le Marchand de Venise, Hamlet, Le Roi Lear, La Mégère apprivoisée, Roméo et Juliette, Othello. Les illustrations et la mise en page sont somptueuses. A retrouver au hasard des brocantes ou chez les libraires spécialisés, et à lire au coin de la cheminée, un plaid écossais sur les genoux.

Adolescents

Charles Lamb, Contes de Shakespeare, dessins d’Henry Morin, traduction et préface de Téodor de Wyzewa, H. Laurens éditeur, 1932, 136 p. D’occasion. J’ai eu la chance de le trouver pour 14 € — moins cher qu’un album neuf !

Serge Dalens, Le Bracelet de Vermeil, Le Prince Eric

« Et ton bracelet, il a aussi une histoire ?
A peine posée, Christian regretta la question qui lui avait échappé. Il rougit comme un coq en voyant les yeux verts d’embuer.
— Oh ! je te demande pardon, reprit-il, je ne l’ai pas fait exprès, ne me réponds pas. Dieu que je suis bête ! Dis, tu ne m’en veux pas ?
— Mais non, tu ne pouvais pas savoir… Ce bracelet me vient de mon père, et c’est pourquoi j’y tiens beaucoup. »
Le début d’une amitié hors du commun entre le jeune prince de Swendenborg et e fils d’un chirurgien parisien – et le début d’aventures qui ont fait palpiter tant d’adolescents !
Quatre-vingts ans ont passé depuis la première édition du Bracelet de Vermeil mais, dans nos cœurs, Eric et Christian, dans leur tenue de scouts, ont et auront toujours quinze ans. Une réédition 100 % conforme à l’originale, illustrée des superbes dessins de Pierre Joubert, sous une reliure cartonnée de qualité.

Dès 12 ans

Serge Dalens, Le Bracelet de Vermeil, Le Prince Eric, illustrations de Pierre Joubert, Mame, 2017, 224 p., 19,90 € — Réedition.

Serge Dalens, Le Prince Eric, illustrations de Pierre Joubert, Mame, 2017, 224 p., 19,90 € — Réedition.

Gwenaële Barussaud, Léo, Mon destin sera la liberté !

2 septembre 1870. Décidée à ne pas languir à Guernesey, Léo arrive à Saint-Malo, simple étape vers Paris. Mais à la gare, les choses se compliquent.
« L’employé à la casquette me dévisage, visiblement inquiet.
— Me rendre à Paris ? J’y compte bien ! Ma famille m’y attend.
— Enfin, c’est tout de même hasardeux. Il y a des rumeurs, des bruits qui courent, ajoute-t-il en caressant nerveusement sa moustache. […]
Le chef de gare fronce les sourcils. Je devine qu’il en sait plus que moi sur la situation de notre armée mais qu’il n’ose pas m’en dire davantage. »
En effet, la guerre a éclaté, mais Léo ignore encore dans quel pétrin elle va se fourrer. A Paris, elle retrouve sa cousine Hortense et Margot, mais aussi Emilien. Les trois amies vont vivre les affres d’un siège interminable, et tout tenter pour s’enfuir. Passent aussi les figures de l’impératrice déchue, de Victor Hugo et de Gambetta – sans oublier, en mode mineur, le bel Edward qui porte fièrement l’uniforme anglais. Amitiés et idéalisme, énergie, courage et peines de cœur, tous les ingrédients romanesques sont réunis dans ce second tome, aussi réussi que le précédent.

Dès 12 ans

Gwenaële Barussaud, Léo, Mon destin sera la liberté !, Rageot, 2018, 256 p., 13,90 €
Gwenaële Barussaud, Léo, Mon secret est une chance, Rageot, 2018, 256 p., 13,90 €

Catherine Grive, Bandiya, la fille qui avait sa mère en prison

« J’avais deux ans quand je suis sortie de prison. A cet âge, la loi oblige les bébés à quitter leur mère pour aller vivre dans leur famille ou à la DDASS pour ceux qui n’en ont pas. » Zoé, quatorze ans, a la chance de vivre avec son père et son grand-père, qui, vaille que vaille, assurent le quotidien. Tandis que sa mère, sa tante et sa grand-mère purgent leur peine en prison, pour avoir braqué des bijouteries. Alors, comment ne pas considérer que l’honnêteté est « une qualité chez les autres et un défaut chez moi », explique l’héroïne, qui ne parvient pas à « passer à l’acte » — oh, il suffirait d’un petit larcin, histoire de se montrer à la hauteur – mais non, enfin, si… Un sujet délicat, traité avec autant d’humour que de respect des personnages et, partant, des lecteurs qui découvriront comment une adolescente parvient à vivre « presque comme eux » en cachant son secret, la tête droite. Le dénouement, positif, est à lui seul une belle leçon de vie.

Dès 12 ans

Catherine Grive, Bandiya, la fille qui avait sa mère en prison, Fleurus, 2018, 224 p., 14,90 €

Sur Radio Libertés : Deux pages de l’histoire de France

On air, I present my blog “refurbished” and its features, as well as two books :
The Little Quiz by Marie-Antoinette , Grégoire Thonnat
Pierrot and Miette, hero trenches , Sophie de Mullenheim

Deux pages d’histoire de France

par Chouette, un livre ! | Radio Libertés

Le Petit Quizz de Marie-Antoinette, de Grégoire Thonnat

Pierrot et Miette, héros des tranchées, de Sophie de Mullenheim

Henry de Monfreid, Le récif maudit

« Le soir était proche, le vent fraîchissait et ma barque ainsi emportée vent arrière filait ses huit nœuds. Leurré par cette vitesse, j’avais espéré atteindre avant la nuit une des premières îles de l’archipel Dahalak, au sud de la mer Rouge, pour mouiller à son abri, mais la haute colonne du phare de Moka me rappela à la réalité. » Mais quelle réalité ! Celle des contrebandiers, des pêcheurs de perles, des trafiquants d’esclaves, des zaranigs, ces nomades de la mer… Et, quand Kassim, pauvre pêcheur yéménite protégé de Monfreid, se prend à espérer plus qu’un regard de la belle Amina, l’aventure maritime se corse d’une quête – celle des précieuses perles roses – mais surtout d’une véritable chasse à l’homme de la part des autres prétendants. Un récit haletant !

Adolescents

Henry de Monfreid, Le récif maudit, Arthaud, 2018, 192 p., 21 € — réédition.
Flammarion, 1961, ou diverses éditions de poche et éditions « club ». En brocante.

Guillaume Le Cornec, La Presqu’île empoisonnée, les Jaxon

« Je n’ai pas dit que ça allait exploser mais que ça pouvait. J’aimerais prendre la mesure de tout ceci. Me rendre compte par moi-même de ce que signifie réellement vivre dans la Vallée de la Chimie.
— Et quoi, on va aller faire un micro-trottoir et du porte-à-porte ?
— Tu as tout compris mon gars !
— Mais c’est une manie. Vous avez tous bouffé du cervelas pas frais ma parole ! Judith et Amara font pareil, mais côté traboules. Des traboules pour les maboules ! Du Seveso pour les dingos ! »
Judith, Amara, Xavier, Oscar et Nicolas, les fameux Jaxon, ont quitté Nantes pour Lyon. Une ville qu’ils vont découvrir en dehors de tout circuit touristique ! Leur enquête écolo-compatible, destinée au journal du collège (mais personne ne le croit vraiment !), va prendre un tour très aventureux : promoteurs véreux, scientifiques sous emprise, explorateurs de souterrains… et les conduire dans des périples explosifs, de la Calabre à Tel-Aviv en passant par Turin.
Ces cinq ados en ont plus sous le moteur que la plupart de leurs condisciples, et les lecteurs plus âgés en oublieront vite qu’ils ont affaire à des teen-agers boutonneux – lesquels sont tout aussi capables d’explorer le dark net que de faire chanter les mafias les plus puissantes du monde  — tout en pillant le frigo familial et en flirtant entre les cours. Bref, les « Six Compagnons » ont de bien sympathiques successeurs !

Adolescents, jeunes adultes

Guillaume Le Cornec, La Presqu’île empoisonnée, Les Jaxon, Editions du Rocher, 2018, 448 p., 14,90 €
Guillaume Le Cornec, Les Jaxon, L’île aux Panthères, Editions du Rocher, 2017, 360 p., 14,90 €