Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Adolescents

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie

« Je suis un soldat en mission. J’espionne l’ennemi. Je prépare mon plan.
Capitaine Rosalie.
Je suis déguisée en petite fille de cinq ans et demi, avec mes chaussures, ma robe et mes cheveux roux.  Je n’ai pas de casque et d’uniforme pour ne pas me faire remarquer. »
Hiver 1917, le Papa de Rosalie se bat sur le front. Faire la guerre, elle ne sait pas très bien ce que cela veut dire, mais elle a décidé d’être à la hauteur. Déposée tôt matin à « l’école des grands » par une maman qui va travailler à l’usine de munitions, elle passe la journée au fond de la classe, avec un cahier sur lequel elle est censée dessiner. Le soir, parfois, Maman reçoit une lettre, avec un dessin pour elle. Et un triste jour, arrive un papier bleu, que Maman ne parvient pas à lui lire. La vérité, Rosalie la découvrira toute seule. « Mort en héros au combat » sont les premiers mots que Rosalie déchiffre, seule, à la lueur d’une bougie. Mission accomplie : Capitaine Rosalie sait lire.
Comme le précise Timothée de Fombelle, pour Rosalie, « l’apprentissage va être un combat intime, une affaire de vie et de mort pour elle », qui lui donne la force d’affronter la vérité. Un album exigeant, aux illustrations sobres, dans les tons orangés, sépia, bleus et noirs. A lire avec quelques mouchoirs à proximité.

Dès 10 ans, sans limite supérieure

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie, illustrations d’Isabelle Arsenault, Gallimard Jeunesse, 2018, 64 p., 12,90 €

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Une bergerie isolée « sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence ». Le narrateur rencontre un berger solitaire et bienveillant. Qui, après avoir passé la soirée à trier un cent de glands, va, le lendemain, les semer dans une terre dont il ne se soucie pas de connaître les propriétaires. Un cent de glands ? Ce sont cent mille glands qu’il avait planté, dont dix mille avaient pris. D’année en année, malgré les guerres, chênes, hêtres, bouleaux reconquièrent vallons et collines. Les villages abandonnés reprennent vie où « garçons et filles […] savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes ».
Il est rare qu’un des grands textes de notre littérature soit si souvent illustré pour la jeunesse – et de manière si diverse -, signe qu’il est vraiment porteur de sens. Olivier Desvaux a parcouru la Haute Provence, chevalet sur le dos. Ses couleurs vibrent sous le soleil provençal avec une extraordinaire justesse de ton, on entend souffler le vent et le parfum des lavandes n’est pas loin… Jean Giono précisait aussi que c’était le texte dont il était le plus fier. Au‐delà du discours écologique, une réflexion profonde et un style incomparable.

Dès 8 ans

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, illustrations d’Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse, 2018, 60 p., 14,50 € — Imprimé en Italie.

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659)

8 octobre 1656. « Il a dix‐huit ans, est grand, de belle tournure […]. Il ne porte pas de perruque […] Quand il est à cheval, l’on dirait un centaure sorti du fond des âges. Il a la jambe et la main belles, et des gestes inimitables de grâce et de noblesse. Chacun sait qu’il danse à la perfection… Il est le roi de France. » Et la petite Marie, 17 ans, de se faire une raison : autant ses sœurs sont les enfants chéries de la Cour, autant elle se sent mal aimée, elle, la nièce de Mazarin, appelée en France pour la gloire du cardinal. Jusqu’à ce 8 octobre, où le roi entrevoit, assise devant une fenêtre du Louvre, une « belle cerise ». Le journal apocryphe (selon le projet de la collection) de Marie Mancini raconte la rencontre et le premier amour des deux jeunes gens — jusqu’au mariage du Roi‐Soleil avec Marie‐Thérèse d’Autriche. Cela donne un roman tout à fait charmant, plus proche de l’Astrée que des tragédies de Racine.
Même si la collection s’adresse aux 9–12 ans, ce volume sera apprécié des plus âgés : la période de la Fronde et les années du début du règne de Louis XIV sont tout sauf simples, et les chagrins amoureux de Marie sont bel et bien des chagrins adolescents.

Dès 12 ans

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659), Gallimard Jeunesse, coll. « Mon Histoire », 160 p., 11,90 € — Imprimé en Italie

Evelyne Boyard, Venise

A Venise, « chaque famille fortunée se devait de posséder un palais donnant sur le Grand Canal. Car cet emplacement privilégié offrait, en plus du prestige, toutes les facilités pour le commerce. Les navires marchands empruntaient cette voie d’eau pour se rendre au Rialto, le quartier des marchands, pour y décharger leur cargaison de soies, de joyaux, de fourrures ou d’épices ».
Autant de palais à découvrir en vaporetto ou à pied, sans se lasser tant la Sérénissime a d’atouts pour charmer enfants, adolescents et adultes. Ce petit guide présente les sites les plus célèbres, mais aussi des quartiers plus préservés de l’invasion touristique dans lesquels découvrir églises baroques, statues, campos et marchés, sans oublier les îles de la lagune. Dans une langue claire et accessible, il aide à se familiariser avec les joyaux architecturaux de la cité. En automne et en hiver, n’oubliez pas vos bottes de caoutchouc – les acqua alta sont fréquentes, mais les touristes un peu moins nombreux.

Dès 12 ans

Evelyne Boyard, Venise, Editions Belize, coll. “Globe‐trotters en herbe”, 2018, 48 p., 14,90 €. Imprimé en Union européenne.

Rudyard Kipling, Si… tu seras un homme, mon fils

« If… », le poème le plus connu en Angleterre ne cesse d’être une source d’inspiration pour si peu que l’on soit jeune d’esprit et que l’on consente… à écouter les paroles de sages anciens, paroles d’encouragement plus que de mises en garde.
« Si tu peux être en paix quand les autres s’affolent,
Et disent que c’est ta faute s’ils ont perdu la tête
Si tu restes confiant quand on te met en doute,
Mais laisses malgré tout les doutes s’exprimer… »
Que cette litanie de « Si » a généré de questionnements depuis 1909 ! Manu Causse‐Plisson en offre ici une nouvelle traduction, plus dans l’air du temps et sans rimes obligées.
L’ouvrage présente aussi la traduction qu’en a faite André Maurois en 1918, « véritable réinterprétation du poème en fonction de la culture et de la sensibilité de l’époque, ce qui lui donne cet élan si particulier », précise l’éditeur. En effet, voici comment André Maurois avait présenté les deux strophes ci‐dessus, qui ouvrent le poème :
« Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi ;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi… »
Les aquarelles lumineuses du Florentin Giovanni Manna donnent une respiration nouvelle au texte, parfois oniriques, parfois réalistes, pudiques et énergiques à la fois.

Dès 9 ans

Rudyard Kipling, Si… tu seras un homme, mon fils, illustrations de Giovanni Manna, Editions Plume de carotte, 2018, 32 p., 16 € — Traduit de l’anglais par Manu Causse‐Plisson.

Peter Wohlleben, La Vie secrète des animaux

« Quand notre chienne Maxi engloutissait un plat entier de knödels dans la cuisine, son petit air innocent me disait qu’elle n’était pas juste instinctivement poussée à dévorer : elle avait pris un malin plaisir à chaparder. » Chaque automne, depuis plus de quarante ans, les sangliers jurassiens traversent le Rhône à la nage pour se réfugier dans le canton de Genève, où la chasse est interdite : une tradition bien établie, qui demande mémoire et stratégie de défense. Abeilles, cerfs, mulots, hérissons, écureuils, chevaux, chiens et chats : ressentent‐ils des émotions ? Comment apprennent‐ils ? Font‐ils des cauchemars ?
Après La Vie secrète des arbres, Peter Wohlleben, forestier de son état, nous fait partager son expérience et son sens de l’observation pour aller à la rencontre des animaux – que ceux‐ci vivent dans nos forêts ou plus près de nous, à la ferme ou à la maison.
Nous avions lu, adolescents, les récits de Konrad Lorenz. Ceux‐ci se situent dans la même lignée et nous font réfléchir sur la place de l’homme dans la nature, sur les limites de notre savoir et sur les devoirs que nous avons envers le vivant.

Adolescents

Peter Wohlleben, La Vie secrète des animaux, Les Arènes, 2018, 280 p., 20,90 €. Traduit de l’allemand par Lise Deschamps. Imprimé en France

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires

« Les lettres s’enchevêtrent, se déforment. Les mots se tordent et se détachent les uns des autres pour former des broussailles et des feuillages. Puis ils se mettent à ruisseler le long de mon visage. Une pluie de mots s’abat sur moi.
L’instant d’après, je me retrouve au milieu des racines d’un arbre immense, en pleine forêt vierge. Tout autour de moi, les nuances de vert explosent, de la plus claire à la plus foncée. […] Je me trouve au début du Livre de la jungle ! La famille de loups vient juste de découvrir Mowgli, seul dans la jungle. »
Quand Amy, jeune adolescente allemande, débarque à Stormsay, une île battue par les vents au large de l’Ecosse, elle est loin de savoir ce qui l’attend… De sa famille écossaise, elle a hérité un don : celui d’entrer dans les livres – un don qu’elle partage avec d’autres adolescents de l’île. Or, un grand danger menace les chefs-d’œuvre les plus célèbres, du Petit Prince en passant par Peter Pan. Ce roman policier et fantastique très original donnera aussi envie d’en savoir plus sur Werther, Le Songe d’une nuit d’été, ou Orgueil et Préjugés, dont les personnages participent à l’intrigue – à leur façon.

Dès 12 ans

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires, Fleurus, 2016, 432 p., 16,90 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en France.

Nicolas Michel, L’Abécémer

« J’ai donné le K au pauvre Krill
Sans conteste, le déjeuner préféré des baleines à fanons. Une petite crevette qui, par millions, participe à l’équilibre des grands fonds : après avoir digéré une bonne dose de phytoplancton, la voilà projetée en bande dans le ventre des cétacés… Faute de pouvoir tout compter, les Terriens estiment cette vaste population au poids : 379 millions de tonnes au bas mot ! De petits corps transparents riches en luciférine, qui les rend bioluminescents, et en astaxanthine, qui colore de rose orangé la chair des saumons qui les dévorent. Et peut‐être aussi celle des Japonais qui les dégustent sous le nom d’okiami ! »
Mais avant de donner le K au krill, Nicolas Michel a « donné » A, B, C, D, E, F, G, H, I et J à d’autres animaux marins, « des oiseaux qui passaient, à des poissons qui nageaient, à des habitués des grandes baies, à tout ce que la mer contient d’étranges beautés », – et il a continué jusqu’au Z de la jolie Zée. Ces textes courts, aussi poétiques que scientifiques, sont illustrés de superbes figures blanches sur fond bleu, inspiré du procédé photochimique du cyanotype. Une superbe façon de nous alerter sur l’avenir de nos océans !

Dès 10 ans

Nicolas Michel, L’Abécémer, Magellan et Cie, 2018, 56 p., 18 € — Imprimé en France

 

Pascale Perrier, Et derrière les nuages

« Putain. Mon meilleur copain. Mon seul ami, à bien réfléchir. Celui avec qui je partageais tout, et pas seulement les cours. Les projets, les espoirs, les envies. L’alpinisme, c’est aussi une histoire d’amitié. On choisit les gens avec qui on va s’encorder, on leur accorde notre confiance, on se prépare avec eux, nos yeux brillent du même éclat. Et normalement, on vit les mêmes émotions au même moment, on revient avec les mêmes souvenirs.
Normalement. »
Un beau jour d’été à Chamonix, les deux garçons se faisaient une fête de gagner l’Aiguille d’Argentière. Mais, au somment, ils se sont désencordés, et Antoine, ce « meilleur copain » du narrateur, a basculé dans le vide — une chute fatale pour ce garçon plein d’avenir. Comment survivre avec un tel poids sur la conscience, quand on a 18 ans et que l’on veut devenir guide ? Perdu de chagrin, le jeune homme va se terrer dans un squat lyonnais –d’où il reste en contact avec ses parents et où il rencontre Leila. Leila qui refuse le poids du voile, un avenir de comptable et autres décisions familiales, qui veut suivre Rimbaud et s’inscrire en classes préparatoires.
Les deux étudiants vont s’épauler et tenter de se reconstruire, dans un très grand respect de l’autre – et c’est aussi une des surprises de ce roman d’initiation très pudique : chacun des deux repart vers un destin à reconstruire, le narrateur vers ses montagnes – il devient guide et s’installe à la Réunion, où il se marie – et Leila vers la littérature en devenant éditrice. Pascale Perrier parle de la montagne, de Chamonix et de l’alpinisme avec justesse – sans erreur de topo ni de psychologie – et dans une langue proche des adolescents, aussi capables de jurer que de se réciter « Le Bateau ivre ».

Adolescents

Pascale Perrier, Et derrière les nuages, La Joie de lire, coll. « Encrage », 2018, 195 p., 14,50 €

George Orwell, 1984

« Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au‐dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston restait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu autant qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait‐elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. » Police de la Pensée, ministère de la Vérité, ministère de l’Amour, « contrôle de la Réalité »… en 1984, « Big Brother vous regarde ».
Aujourd’hui, la Police de la Pensée et la novlangue sont‐elles encore de la science‐fiction ? Vient de paraître, chez Gallimard, une nouvelle traduction, qui a subi une réécriture très dégradée et… orwellienne : la « novlangue » devient le « néoparler » et la « police de la pensée », la « Mentopolice ». Il est grand temps de se procurer la traduction de 1950, qui, si elle a quelques défauts, a fait passer dans le langage commun quelques termes critiques bien utiles face à notre société de surveillance médiatique.

Adolescents

George Orwell, 1984 — Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti (1950). Éditions de poche, dont Folio, 1972, 438 p., 8,90 €, toujours disponible.

Jean Villemin, L’Iceberg rouge

« La pluie cessa d’un coup et, à la faveur du faisceau de la lumière du phare, je le vis. Il était là. Gigantesque, échoué. Sa pâleur illuminait la nuit. Un souffle frais vint caresser nos visages et me fit frissonner. […]Un iceberg, c’était un iceberg échoué sur la plage ! Je ne pouvais m’empêcher de voir dans cette apparition une menace cachée à l’attention des marins des Wadden… Car la pêche à la baleine était bien l’occupation favorite des hommes de l’île. Mais pour comprendre, il faut raconter l’histoire de l’Iceberg rouge… »
Un carnet retrouvé sur un marché au puces contient le début d’une biographie – celle d’un certain Kommandeur Hidde Dirks Kat. Pour rédiger cette biographie, le narrateur, Martial Wlimens a loué, sur l’île d’Ameland dans la mer du Nord, la maison dudit commandeur. Cette mise en abyme n’est qu’une aimable mise en bouche…
Car, par un « beau » matin de brume, un iceberg vient s’échouer sur la plage. S’agirait-il de cet « iceberg rouge », dont le narrateur va faire renaître l’histoire – délaissant ainsi celle du commandeur ? Une histoire qui « débuta tragiquement en avril 1912 quand apparut dans l’Atlantique Nord un iceberg dont la destinée fut remarquable. Il était gigantesque. Une de ses faces particulièrement aiguës eut raison du TITANIC qui sombra dans les eaux glacées. Le paquebot laissa une immense trace continue de peinture rouge sur l’épine de l’iceberg ». Une histoire qui est aussi un long voyage d’exploration de ces mers baleinières, où l’on croise Moby Dick, Amundsen et Nobile. Ce qui est sûr, c’est qu’un trait de rouge raye les encres grises et sépia, traverse les pages de ce récit mis en images par l’auteur et lui donne une étrange profondeur onirique… Quant à cet iceberg rouge, légende ou réalité ?

Adolescents

Jean Villemin, L’Iceberg rouge, Editions Magellan & Cie, 2018, 72 p., 18 €

Charles Lamb, Contes de Shakespeare

Au tout début du XIXe siècle, le poète Charles Lamb avait fait paraître les Tales from Shakespeare, un recueil de 20 contes qui, reprenant en les résumant et en les simplifiant les plus grandes pièces de Shakespeare, les avaient popularisées autant auprès des jeunes lecteurs que des adultes peu lettrés. Un immense succès outre‐Manche ! Ce recueil, paru en 1932, reprend sept de ces contes, traduits par Téodor de Wyzewa, lui‐même écrivain et proche des milieux symbolistes : Le Songe d’une nuit d’été, Le Marchand de Venise, Hamlet, Le Roi Lear, La Mégère apprivoisée, Roméo et Juliette, Othello. Les illustrations et la mise en page sont somptueuses. A retrouver au hasard des brocantes ou chez les libraires spécialisés, et à lire au coin de la cheminée, un plaid écossais sur les genoux.

Adolescents

Charles Lamb, Contes de Shakespeare, dessins d’Henry Morin, traduction et préface de Téodor de Wyzewa, H. Laurens éditeur, 1932, 136 p. D’occasion. J’ai eu la chance de le trouver pour 14 € — moins cher qu’un album neuf !