Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Adolescents

Marc Pouyet, Land Art d’hiver

Ephémères, la glace, la neige et l’eau ? En hiver, le froid se fait notre complice pour créer des œuvres avec ce que la nature nous offre : feuilles mortes et baies rouges prises sous un voile de glace, tiges de fougères, galets, écume de mer… Dans la forêt, mousses, écorces, feuilles, pommes sauvages permettent de créer de véritables tableaux sur fond de neige. Au potager comme en ville, fruits et légumes sont aussi les meilleurs alliés de l’imagination et… de la géométrie – car l’une des grandes constantes du Land Art réside dans la mise en ordre esthétique d’objets et de formes sauvages. Marc Pouyet livre ici conseils et astuces pour se lancer dans ces jeux graphiques. Avant de laisser le vent effacer ces créations toutes de fantaisie et de légèreté, n’oubliez pas de les prendre en photos. Celles de Marc Pouyet invitent vraiment à de belles promenades !

Dès 4 ans et pour toute la famille

Marc Pouyet, Land Art d’hiver, Editions Plume de Carotte, 2014, 144 p., 16,50 € — Imprimé en France.

Loïc Le Borgne, Les Loups – La Promesse du roi

Parcourir la forêt de Brocéliande, camper sous ses grands arbres, visiter ses sites emblématiques, quoi de mieux pour des scouts ? Mais quand la patrouille des Loups apprend que l’épée du roi Arthur, la célèbre Excalibur, existe bel et bien, l’aventure du « grand jeu » devient une quête parsemée d’embûches… Il s’agira tout bonnement de la retrouver, cette épée, avant que la Guilde du chevalier noir ne mette la main dessus. Edouard, son ami Ange et Titouan font la connaissance d’Yvain, jeune garçon employé au château où résident les guides, Clémence et ses compagnes. Ami ? Ennemi ? De roman d’aventure, La Promesse du roi tourne vite au roman fantastique : car Brocéliande est un monde magique, avec ses étangs, ses pierres levées, ses cavernes… Après « Le Secret des murmureurs », Loïc Le Borgne signe un nouvel épisode des aventures de la patrouille des Loups : sera‐t‐elle à la hauteur du noble idéal qui animait les chevaliers de la Table Ronde ? Et cet idéal, aujourd’hui, comment le vivre au quotidien ?

Dès 12 ans

Loïc Le Borgne, Les Loups – La Promesse du roi, Mame, 2018, 224 p., 14,90 €

Marion Kadi et Abram Kaplan, Newton et la confrérie des astronomes

Ce beau matin de 1682, Isaac Newton s’émerveille : son voisin a sept chats ! « Un chat rouge, un chat orange, un autre jaune, un vert, un bleu, un indigo et un violet. » Ou bien, n’en a‐t‐il qu’un, couleur de chat ? Car notre savant a chaussé de curieuses lunettes, faites de « prismes en verre à cinq faces », lesquels décomposent la lumière blanche. Passionné d’optique, Newton a aussi construit une longue‐vue, dont la perte va déclencher une série d’aventures et de rencontres plus loufoques les unes que les autres : on y croisera quelques pingouins mais surtout la « confrérie des astronomes », à laquelle appartiennent Ptolémée (curieusement féminisé), Copernic, Galilée, Kepler, Descartes, Leibnitz et Halley. Le temps d’un voyage spatial, à la découverte des grandes théories de la science moderne.

Dès 10 ans

Marion Kadi et Abram Kaplan, Newton et la confrérie des astronomes, illustrations de Tatiana Boyko, Les Petits Platons, 2018, 64 p., 14 € — Imprimé en Europe

Les Petits Platons, c’est aussi une librairie qui organise des ateliers philo pour les enfants et les adolescents.

Jean‐Louis Etienne et Florence Thinard, L’enfant qui marche

« Dans la douceur de cette enfance, un désir profond bat des ailes comme un oiseau en cage : Jean‐Louis voudrait partir. Quitter son village, sa famille, ses amis. Partir ailleurs. Si possible vers un pays lointain et bien pourvu en montagnes. Dans sa chambre, il a accroché au mur une carte du massif du Mont‐Blanc. Il apprend par cœur les noms des sommets et ceux des glaciers, l’emplacement des refuges. » Et il en fera, des kilomètres, Jean‐Louis Etienne ! De Vielmur‐sur‐Agout, dans le Tarn, au pôle Nord, de Toulouse à Chamonix, de l’Everest au pôle Sud, le minot est devenu ajusteur, puis médecin et explorateur ; aujourd’hui, « Papy » se fait le défenseur des si fragiles richesses de notre belle Terre. Et on a peine à croire qu’il a passé 70 ans, ce héros de nos jeunes années, toujours aussi fringant et déterminé. Marc N’Guessan, venu de la bande dessinée, a usé de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel pour conduire le jeune lecteur tout autour du monde. Parce que « l’Aventure, c’est inventer sa vie. Que l’Aventure, c’est s’ouvrir au monde, prendre des risques, assumer ses responsabilités. Et qu’il y a un secret pour être heureux : il faut s’accrocher pour faire ce qu’on aime. Tout ce qu’on aime. Et, même si le chemin est difficile, aller au bout de ses rêves, » conclut Jean‐Louis Etienne.

Dès 10 ans

Jean‐Louis Etienne et Florence Thinard, L’enfant qui marche, illustrations de Marc N’Guessan, Plume de Carotte, 2018, 115 p., 18 €  — Imprimé en France

Anne‐Marie Pol, Le Baladin de la Reine

21 janvier 1793. « Jusqu’au bout, irai ! » se répète Sébastien, 17 ans et aussi roux que l’écureuil, l’esquirol dont il tire son surnom. « Jusqu’au bout, irai ! » C’est la devise de sa famille, les Rocadour. Et jusqu’au bout, Sébastien ira. Autrement dit, jusqu’au but ! Le sien ? Délivrer le Roi des bourreaux qui, aujourd’hui, le conduisent à la guillotine. Ceux‐ci ignorent que deux mille conjurés ont décidé de lui sauver la vie – parmi eux, il y a le jeune Rocadour… » Las, le premier complot est un échec, comme le sera le second, qui aurait permis à la Reine d’échapper, elle aussi, à ses bourreaux… Ce roman historique fait revivre avec finesse les terribles mois de 1793, et brosse une vie parisienne des plus agitées. D’autant plus agitée pour notre Sébastien, qu’il rencontre Saphire, une bien jolie saltimbanque, qui a plus d’un tour dans sa poche.

Dès 10 ans

Anne‐Marie Pol, Le Baladin de la Reine, Le destin de l’Esquirol, tome 1, Mame, 2018, 254 p., 14,90 € — Imprimé en Italie.

Sophie Roubertie, Apprendre à voir

Bébé au berceau, Enfant Jésus dans la crèche, petits paysans ou infante royale… Leurs minois ont inspiré, pour notre grand bonheur, Berthe Morisot, Sandro Botticelli, Jean‐François Millet ou Diego Velasquez. Mais au‐delà des nez retroussés, des bras potelés et des cheveux bien coiffés, que nous disent‐ils, ces tableaux si célèbres ? De l’Antiquité au XXe siècle, tableaux, sculptures et tapisseries invitent les enfants à prendre le temps de regarder et de s’émerveiller. Sophie Roubertie a choisi un fil conducteur, de la petite enfance à la vieillesse, pour une découverte de « la vie dans l’Art ». Pour elle, l’art est un des plus beaux chemins vers une éducation affective de qualité. Mieux encore, un antidote efficace contre les horreurs et la médiocrité ambiante proférées dans ce domaine.
Toutes les chroniques de ce livre ont été publiées dans la rubrique culturelle d’Actuailes, magazine numérique d’actualité, bimensuel et gratuit, destiné aux 10–15 ans.

Dès 10 ans

Sophie Roubertie, Apprendre à voir, Pierre Téqui éditeur, 2018, 88 p., 19,90 € — Imprimé en Europe

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc

« Kotick, le baby de Matkah, naquit […] tout en tête et en épaules, avec de pâles yeux bleus couleur d’eau, comme sont les tout petits phoques ; mais il y avait quelque chose dans la teinte de son pelage qui le fit examiner de très près par sa mère :
— Sea Catch, dit‐elle enfin, notre baby va être blanc !
— Coquilles vides et goémon sec ! éternua Catch, il n’y a jamais eu au monde rien qui ressemblât à un phoque blanc. »
Le jeune Kotick, héros du récit, découvre un jour que les hommes abattent ses congénères par centaines, par milliers. Un long, très long voyage initiatique va lui permettre de trouver une île « où les hommes ne viennent jamais ». Reste à convaincre les autres phoques que cette île n’est pas née de son imagination, qu’elle existe vraiment, et qu’il est possible d’y couler des jours heureux… Le Phoque blanc, ce conte né dans la mer de Behring, fait partie du Livre de la Jungle – qui est loin de se réduire à la seule histoire de Mowgli. Les éditions Magellan ont eu la riche idée de republier la version originale de cette nouvelle, illustrée des somptueux bois gravés de Maurice de Becque, dans la traduction historique de Louis Fabulet et Robert d’Humières. Cet album fera un cadeau apprécié, car il est de plus relié d’une belle couverture cartonnée.

Dès 10 ans

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc, illustrations de Maurice de Becque, Magellan et Cie, coll. « Les P’tits Magellan », 2018, 48 p., 15 €. Première traduction originale par Louis Fabulet et Robert d’Humières. Imprimé en France.

Jules Verne, Le Comte de Chanteleine

« Le comte de Chanteleine, toujours au premier rang, fut pendant dix mois de toutes les victoires comme de toutes les défaites, vainqueur à Fontenay, à Thouars, à Saumur, à Bressuire, vaincu au siège de Nantes, où mourut le généralissime Cathelineau. » Quand nous faisons plus ample connaissance avec ce héros des guerres de Vendée, le 22 décembre 1793, il se bat devant Savenay, avant de prendre la tête d’une foule hétéroclite qui cherche son salut sur la route de Guérande. Que reste‐t‐il donc de cette « grande armée catholique et royale » ? Pourchassé par les Bleus, le comte de Chanteleine apprend la perte de sa femme, la saisie de son château et part à la recherche de sa fille chérie.
Jules Verne brosse ici un roman épique, épique par l’Histoire de ces glorieux vaincus, et épique par l’enchaînement des marches, contremarches, cavalcades, expéditions, tempêtes, vécues par ses personnages, dans une Bretagne à laquelle il était profondément attaché. Un roman de Jules Verne inattendu qui, paru en 1864, juste après Cinq semaines en ballon, n’avait pas été publié par Hetzel, républicain convaincu.

Dès 12 ans

Jules Verne, Le Comte de Chanteleine, Magellan & Cie, 2018, 160 p., 12 €. Avec un avant‐propos de Michel Canévet. Imprimé en France

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba

« Seul Pierre ne dormait pas. Assis bien droit, les bras grands ouverts, il prenait nonchalamment le soleil, indifférent aux températures glaciales. Il se contenta de tourner brièvement la tête vers la jeune fille à son arrivée, avant de plisser les yeux, somnolent. » Pierre serait‐il un ado comme les autres ? Non, c’est un lémurien en captivité, observé par Elizabeth, une lycéenne qui se passionne pour les primates. Un changement de direction entraîne le licenciement de son gardien préféré et la disparition de certains animaux. La jeune fille décide d’intervenir dans les affaires du zoo sans savoir que son aventure la mènera jusqu’à Madagascar, où elle parviendra à résoudre une terrible énigme, celle de la disparition de son père, un éthologue reconnu.
Delphine Gosset, qui a mené des recherches sur la communication chez les primates, a su conjuguer science et fiction, dans un roman d’aventures rondement mené. Les retours en arrière, dans la vie du père de la jeune fille, construisent un bel enchaînement de surprises. Deux personnages caricaturaux apportent, l’une, une touche d’humour, avec cette tante assez foldingue, l’autre, une touche plus noire, avec cette nouvelle directrice aux ambitions prédatrices. Aux côtés d’Elizabeth, un sympathique soigneur et un jeune Malgache riches d’une empathie vécue au quotidien. Les illustrations de Mélanie Rebolj sont pleines d’humour : on y voit même Konrad, le corbeau des tours d’Elizabeth, déchirer le coin d’une page ! Car la jeune fille a aussi un corbeau apprivoisé, ainsi baptisé en l’honneur de Konrad Lorenz.

Dès 10 ans, adolescents

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba, illustrations de Mélanie Rebolj, Lucca Editions, 218, 282 p., 14 €

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes

« Louise n’a pas fermé l’œil de la nuit, obnubilée par l’image de la femelle gorille se trouvant à l’écart du groupe. Elle sait ce que c’est de se sentir à part et cela l’a donc énormément touchée. » Louise, 15 ans, en vacances dans les Hautes‐Pyrénées, vient de faire la connaissance de Jérôme. Le père du jeune homme a recueilli, dans un parc, quelques gorilles qui ont échappé aux braconniers africains. Dont Kiko, une jeune femelle rejetée par le groupe.
Louise, malentendante, communique soit par signes, soit en écrivant sur une ardoise blanche, soit en articulant quelques mots. A force de ténacité, bravant interdits et menaces, soutenue par Jérôme, la jeune fille parvient à enseigner la langue des signes à sa protégée. Une manière comme une autre aussi de dépasser les angoisses et les difficultés liées à sa quasi‐surdité.
Mais une famille de chasseurs n’admet pas que ce parc empiète sur leur territoire. Et c’est le drame…
Ce sympathique roman de formation, sans mièvrerie aucune, met en perspective le handicap, les différences, les premiers sentiments amoureux, sur fond d’une aventure hors du commun. Les cabrioles d’un petit frère farceur viennent, ici et là, alléger les pages plus sérieuses du récit.

Dès 13 ans

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes, Fleurus, coll. « Lire en grand », 2018, 286 p., 15,90 €

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie

« Je suis un soldat en mission. J’espionne l’ennemi. Je prépare mon plan.
Capitaine Rosalie.
Je suis déguisée en petite fille de cinq ans et demi, avec mes chaussures, ma robe et mes cheveux roux.  Je n’ai pas de casque et d’uniforme pour ne pas me faire remarquer. »
Hiver 1917, le Papa de Rosalie se bat sur le front. Faire la guerre, elle ne sait pas très bien ce que cela veut dire, mais elle a décidé d’être à la hauteur. Déposée tôt matin à « l’école des grands » par une maman qui va travailler à l’usine de munitions, elle passe la journée au fond de la classe, avec un cahier sur lequel elle est censée dessiner. Le soir, parfois, Maman reçoit une lettre, avec un dessin pour elle. Et un triste jour, arrive un papier bleu, que Maman ne parvient pas à lui lire. La vérité, Rosalie la découvrira toute seule. « Mort en héros au combat » sont les premiers mots que Rosalie déchiffre, seule, à la lueur d’une bougie. Mission accomplie : Capitaine Rosalie sait lire.
Comme le précise Timothée de Fombelle, pour Rosalie, « l’apprentissage va être un combat intime, une affaire de vie et de mort pour elle », qui lui donne la force d’affronter la vérité. Un album exigeant, aux illustrations sobres, dans les tons orangés, sépia, bleus et noirs. A lire avec quelques mouchoirs à proximité.

Dès 10 ans, sans limite supérieure

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie, illustrations d’Isabelle Arsenault, Gallimard Jeunesse, 2018, 64 p., 12,90 €

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Une bergerie isolée « sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence ». Le narrateur rencontre un berger solitaire et bienveillant. Qui, après avoir passé la soirée à trier un cent de glands, va, le lendemain, les semer dans une terre dont il ne se soucie pas de connaître les propriétaires. Un cent de glands ? Ce sont cent mille glands qu’il avait planté, dont dix mille avaient pris. D’année en année, malgré les guerres, chênes, hêtres, bouleaux reconquièrent vallons et collines. Les villages abandonnés reprennent vie où « garçons et filles […] savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes ».
Il est rare qu’un des grands textes de notre littérature soit si souvent illustré pour la jeunesse – et de manière si diverse -, signe qu’il est vraiment porteur de sens. Olivier Desvaux a parcouru la Haute Provence, chevalet sur le dos. Ses couleurs vibrent sous le soleil provençal avec une extraordinaire justesse de ton, on entend souffler le vent et le parfum des lavandes n’est pas loin… Jean Giono précisait aussi que c’était le texte dont il était le plus fier. Au‐delà du discours écologique, une réflexion profonde et un style incomparable.

Dès 8 ans

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, illustrations d’Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse, 2018, 60 p., 14,50 € — Imprimé en Italie.