Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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A partir de 12 ans

Paul Beaupère, Les folles aventures de la famille Saint‐Arthur, Vive la culture !

Chaque élève de la classe de Brune, la narratrice de cette série, doit préparer un exposé sur un roi de France. Pour Brune, ce sera François Ier… Pour le 7e tome de ses aventures, la famille Saint‐Arthur part donc explorer les châteaux de la Loire : Chambord, Amboise, Chenonceau, Tours n’auront plus de secrets pour personne. Le circuit sera agrémenté de quelques interventions originales de Papy, ravi d’organiser à distance jeux de piste et blagues en tout genre. Et, pour finir en beauté, la famille aura droit à un survol de la Loire en montgolfière ! Des aventures toujours aussi rocambolesques, racontées tambour battant par Paul Beaupère, grand inventeur de gags et de jeux de mots.

De 9 à 12 ans

Paul Beaupère, Les folles aventures de la famille Saint‐Arthur — Vive la culture !, Mame, 2018, 160 p., 10 € — Imprimé en Italie

Sophie Roubertie, Apprendre à voir

Bébé au berceau, Enfant Jésus dans la crèche, petits paysans ou infante royale… Leurs minois ont inspiré, pour notre grand bonheur, Berthe Morisot, Sandro Botticelli, Jean‐François Millet ou Diego Velasquez. Mais au‐delà des nez retroussés, des bras potelés et des cheveux bien coiffés, que nous disent‐ils, ces tableaux si célèbres ? De l’Antiquité au XXe siècle, tableaux, sculptures et tapisseries invitent les enfants à prendre le temps de regarder et de s’émerveiller. Sophie Roubertie a choisi un fil conducteur, de la petite enfance à la vieillesse, pour une découverte de « la vie dans l’Art ». Pour elle, l’art est un des plus beaux chemins vers une éducation affective de qualité. Mieux encore, un antidote efficace contre les horreurs et la médiocrité ambiante proférées dans ce domaine.
Toutes les chroniques de ce livre ont été publiées dans la rubrique culturelle d’Actuailes, magazine numérique d’actualité, bimensuel et gratuit, destiné aux 10–15 ans.

Dès 10 ans

Sophie Roubertie, Apprendre à voir, Pierre Téqui éditeur, 2018, 88 p., 19,90 € — Imprimé en Europe

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc

« Kotick, le baby de Matkah, naquit […] tout en tête et en épaules, avec de pâles yeux bleus couleur d’eau, comme sont les tout petits phoques ; mais il y avait quelque chose dans la teinte de son pelage qui le fit examiner de très près par sa mère :
— Sea Catch, dit‐elle enfin, notre baby va être blanc !
— Coquilles vides et goémon sec ! éternua Catch, il n’y a jamais eu au monde rien qui ressemblât à un phoque blanc. »
Le jeune Kotick, héros du récit, découvre un jour que les hommes abattent ses congénères par centaines, par milliers. Un long, très long voyage initiatique va lui permettre de trouver une île « où les hommes ne viennent jamais ». Reste à convaincre les autres phoques que cette île n’est pas née de son imagination, qu’elle existe vraiment, et qu’il est possible d’y couler des jours heureux… Le Phoque blanc, ce conte né dans la mer de Behring, fait partie du Livre de la Jungle – qui est loin de se réduire à la seule histoire de Mowgli. Les éditions Magellan ont eu la riche idée de republier la version originale de cette nouvelle, illustrée des somptueux bois gravés de Maurice de Becque, dans la traduction historique de Louis Fabulet et Robert d’Humières. Cet album fera un cadeau apprécié, car il est de plus relié d’une belle couverture cartonnée.

Dès 10 ans

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc, illustrations de Maurice de Becque, Magellan et Cie, coll. « Les P’tits Magellan », 2018, 48 p., 15 €. Première traduction originale par Louis Fabulet et Robert d’Humières. Imprimé en France.

Jules Verne, Le Comte de Chanteleine

« Le comte de Chanteleine, toujours au premier rang, fut pendant dix mois de toutes les victoires comme de toutes les défaites, vainqueur à Fontenay, à Thouars, à Saumur, à Bressuire, vaincu au siège de Nantes, où mourut le généralissime Cathelineau. » Quand nous faisons plus ample connaissance avec ce héros des guerres de Vendée, le 22 décembre 1793, il se bat devant Savenay, avant de prendre la tête d’une foule hétéroclite qui cherche son salut sur la route de Guérande. Que reste‐t‐il donc de cette « grande armée catholique et royale » ? Pourchassé par les Bleus, le comte de Chanteleine apprend la perte de sa femme, la saisie de son château et part à la recherche de sa fille chérie.
Jules Verne brosse ici un roman épique, épique par l’Histoire de ces glorieux vaincus, et épique par l’enchaînement des marches, contremarches, cavalcades, expéditions, tempêtes, vécues par ses personnages, dans une Bretagne à laquelle il était profondément attaché. Un roman de Jules Verne inattendu qui, paru en 1864, juste après Cinq semaines en ballon, n’avait pas été publié par Hetzel, républicain convaincu.

Dès 12 ans

Jules Verne, Le Comte de Chanteleine, Magellan & Cie, 2018, 160 p., 12 €. Avec un avant‐propos de Michel Canévet. Imprimé en France

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba

« Seul Pierre ne dormait pas. Assis bien droit, les bras grands ouverts, il prenait nonchalamment le soleil, indifférent aux températures glaciales. Il se contenta de tourner brièvement la tête vers la jeune fille à son arrivée, avant de plisser les yeux, somnolent. » Pierre serait‐il un ado comme les autres ? Non, c’est un lémurien en captivité, observé par Elizabeth, une lycéenne qui se passionne pour les primates. Un changement de direction entraîne le licenciement de son gardien préféré et la disparition de certains animaux. La jeune fille décide d’intervenir dans les affaires du zoo sans savoir que son aventure la mènera jusqu’à Madagascar, où elle parviendra à résoudre une terrible énigme, celle de la disparition de son père, un éthologue reconnu.
Delphine Gosset, qui a mené des recherches sur la communication chez les primates, a su conjuguer science et fiction, dans un roman d’aventures rondement mené. Les retours en arrière, dans la vie du père de la jeune fille, construisent un bel enchaînement de surprises. Deux personnages caricaturaux apportent, l’une, une touche d’humour, avec cette tante assez foldingue, l’autre, une touche plus noire, avec cette nouvelle directrice aux ambitions prédatrices. Aux côtés d’Elizabeth, un sympathique soigneur et un jeune Malgache riches d’une empathie vécue au quotidien. Les illustrations de Mélanie Rebolj sont pleines d’humour : on y voit même Konrad, le corbeau des tours d’Elizabeth, déchirer le coin d’une page ! Car la jeune fille a aussi un corbeau apprivoisé, ainsi baptisé en l’honneur de Konrad Lorenz.

Dès 10 ans, adolescents

Delphine Gosset, Sur la route de Nosy Komba, illustrations de Mélanie Rebolj, Lucca Editions, 218, 282 p., 14 €

Nathalie Somers, Le Secret des O’Reilly

L’Irlande, le Connemara et les îles d’Aran, ses embruns, ses carrot cakes, ses moutons… et un trophée, celui du meilleur duo musical des moins de 18 ans sur instruments folk : violon, concertina ou tin whistle. Qui le gagnera, ce trophée, dans le petit village de Listoonvarny ? Lucy et Fiona, les cousines de Kathleen O’Reilly, ou les frères Clancy, Tom et Rory ? La compétition, loin d’être amicale, entretient et envenime de vieilles inimitiés entre les deux familles. Quel est donc le lourd secret qui les sépare ? Kathleen, du haut de ses 13 ans, va le découvrir au fil d’un roman aux nombreux rebondissements, de tempêtes en confidences. Le dénouement final permet de brosser quelques portraits d’une Irlande oubliée, celle de la pauvreté, des mariages arrangés et du rêve américain des années 1935. Un roman enraciné, qui va au‐delà des clichés pour « effacer cette haine ancestrale » et réconcilier les deux familles, en racontant « une histoire d’amour d’il y a bien longtemps ». Voilà donc une sympathique ballade irlandaise à chanter en chœur !

Dès 10 ans

Nathalie Somers, Le Secret des O’Reilly, Didier Jeunesse, 2018, 160 p., 12 €. Imprimé en France

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie

« Je suis un soldat en mission. J’espionne l’ennemi. Je prépare mon plan.
Capitaine Rosalie.
Je suis déguisée en petite fille de cinq ans et demi, avec mes chaussures, ma robe et mes cheveux roux.  Je n’ai pas de casque et d’uniforme pour ne pas me faire remarquer. »
Hiver 1917, le Papa de Rosalie se bat sur le front. Faire la guerre, elle ne sait pas très bien ce que cela veut dire, mais elle a décidé d’être à la hauteur. Déposée tôt matin à « l’école des grands » par une maman qui va travailler à l’usine de munitions, elle passe la journée au fond de la classe, avec un cahier sur lequel elle est censée dessiner. Le soir, parfois, Maman reçoit une lettre, avec un dessin pour elle. Et un triste jour, arrive un papier bleu, que Maman ne parvient pas à lui lire. La vérité, Rosalie la découvrira toute seule. « Mort en héros au combat » sont les premiers mots que Rosalie déchiffre, seule, à la lueur d’une bougie. Mission accomplie : Capitaine Rosalie sait lire.
Comme le précise Timothée de Fombelle, pour Rosalie, « l’apprentissage va être un combat intime, une affaire de vie et de mort pour elle », qui lui donne la force d’affronter la vérité. Un album exigeant, aux illustrations sobres, dans les tons orangés, sépia, bleus et noirs. A lire avec quelques mouchoirs à proximité.

Dès 10 ans, sans limite supérieure

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie, illustrations d’Isabelle Arsenault, Gallimard Jeunesse, 2018, 64 p., 12,90 €

Stanislawa Domagalska, Comment j’ai adopté mon grand‐père

Huit bougies sur le gâteau de Gregory. Une Maman qui retient mal ses larmes. Parce que Papa est juste de passage… Philippe, un petit copain bagarreur et envahissant. Et soudain, « on a entendu un cliquetis dans la serrure et la poignée de la porte s’est agitée.
— Qui cela peut‐il être, s’est étonnée Maman. Personne d’autre n’a de clé !
Je me suis aussitôt dit : « Ce doit être un voleur ou un bandit. Papa est à sa conférence, c’est à moi de protéger Maman ! »
Et notre Gregory d’avouer in petto que son « ventre faisait des nœuds à l’intérieur ».
On peut s’attendre à tout dans un immeuble socialiste des années 1970, à Varsovie… y compris au fait que les appartements ont des serrures identiques d’un étage à l’autre. Car le vieil original qui croit entrer chez lui est monsieur Omelan, le voisin du 13e étage, accompagné de son chien Melon, lequel va finir le gâteau d’un coup de langue expert. Une extraordinaire complicité va unir Gregory et ce vieux monsieur, alimentée par une série de gags et d’aventures dont la « vraie réalité » est parfois superbement enjolivée. Ce « grand‐père adoptif » va aider Gregory à surmonter la séparation de ses parents – sans toutefois l’éloigner autant qu’il aurait fallu de ce fripon de Philippe avec qui les bêtises vont bon train. Stanislawa Domagalska (1946 – 2007) est une écrivain polonaise, journaliste, scénariste et militante anticommuniste, qui a ici su capter le délicat problème de la solitude des enfants, que peut néanmoins réchauffer l’amour de personnes plus âgées.

Dès 9 ans

Stanislawa Domagalska, Comment j’ai adopté mon grand‐père, illustrations de Julie Escoriza, La Joie de lire, 2018, 140 p., 10,90. Traduit du polonais par Lydia Waleryszak. Imprimé en Allemagne.

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Une bergerie isolée « sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence ». Le narrateur rencontre un berger solitaire et bienveillant. Qui, après avoir passé la soirée à trier un cent de glands, va, le lendemain, les semer dans une terre dont il ne se soucie pas de connaître les propriétaires. Un cent de glands ? Ce sont cent mille glands qu’il avait planté, dont dix mille avaient pris. D’année en année, malgré les guerres, chênes, hêtres, bouleaux reconquièrent vallons et collines. Les villages abandonnés reprennent vie où « garçons et filles […] savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes ».
Il est rare qu’un des grands textes de notre littérature soit si souvent illustré pour la jeunesse – et de manière si diverse -, signe qu’il est vraiment porteur de sens. Olivier Desvaux a parcouru la Haute Provence, chevalet sur le dos. Ses couleurs vibrent sous le soleil provençal avec une extraordinaire justesse de ton, on entend souffler le vent et le parfum des lavandes n’est pas loin… Jean Giono précisait aussi que c’était le texte dont il était le plus fier. Au‐delà du discours écologique, une réflexion profonde et un style incomparable.

Dès 8 ans

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, illustrations d’Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse, 2018, 60 p., 14,50 € — Imprimé en Italie.

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659)

8 octobre 1656. « Il a dix‐huit ans, est grand, de belle tournure […]. Il ne porte pas de perruque […] Quand il est à cheval, l’on dirait un centaure sorti du fond des âges. Il a la jambe et la main belles, et des gestes inimitables de grâce et de noblesse. Chacun sait qu’il danse à la perfection… Il est le roi de France. » Et la petite Marie, 17 ans, de se faire une raison : autant ses sœurs sont les enfants chéries de la Cour, autant elle se sent mal aimée, elle, la nièce de Mazarin, appelée en France pour la gloire du cardinal. Jusqu’à ce 8 octobre, où le roi entrevoit, assise devant une fenêtre du Louvre, une « belle cerise ». Le journal apocryphe (selon le projet de la collection) de Marie Mancini raconte la rencontre et le premier amour des deux jeunes gens — jusqu’au mariage du Roi‐Soleil avec Marie‐Thérèse d’Autriche. Cela donne un roman tout à fait charmant, plus proche de l’Astrée que des tragédies de Racine.
Même si la collection s’adresse aux 9–12 ans, ce volume sera apprécié des plus âgés : la période de la Fronde et les années du début du règne de Louis XIV sont tout sauf simples, et les chagrins amoureux de Marie sont bel et bien des chagrins adolescents.

Dès 12 ans

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659), Gallimard Jeunesse, coll. « Mon Histoire », 160 p., 11,90 € — Imprimé en Italie

Evelyne Boyard, Venise

A Venise, « chaque famille fortunée se devait de posséder un palais donnant sur le Grand Canal. Car cet emplacement privilégié offrait, en plus du prestige, toutes les facilités pour le commerce. Les navires marchands empruntaient cette voie d’eau pour se rendre au Rialto, le quartier des marchands, pour y décharger leur cargaison de soies, de joyaux, de fourrures ou d’épices ».
Autant de palais à découvrir en vaporetto ou à pied, sans se lasser tant la Sérénissime a d’atouts pour charmer enfants, adolescents et adultes. Ce petit guide présente les sites les plus célèbres, mais aussi des quartiers plus préservés de l’invasion touristique dans lesquels découvrir églises baroques, statues, campos et marchés, sans oublier les îles de la lagune. Dans une langue claire et accessible, il aide à se familiariser avec les joyaux architecturaux de la cité. En automne et en hiver, n’oubliez pas vos bottes de caoutchouc – les acqua alta sont fréquentes, mais les touristes un peu moins nombreux.

Dès 12 ans

Evelyne Boyard, Venise, Editions Belize, coll. “Globe‐trotters en herbe”, 2018, 48 p., 14,90 €. Imprimé en Union européenne.

Irene Adler, Sherlock, Lupin et moi, tome 5 : Le Château de glace

Juin 1871. La jeune Irene Adler descend du train en gare de Davos (Suisse) en compagnie de son dévoué majordome Horatio Nelson. Elle vient y faire la connaissance d’Alexandra Sophie von Klemnitz, qui s’est révélée être sa véritable mère. Ayant sans doute peur de s’ennuyer dans les salons de l’hôtel Belvédère, la jeune fille a prié ses amis Sherlock et Arsène de la rejoindre… Bien évidemment, les trois comparses vont se trouver au cœur d’une nouvelle enquête : vol de bijoux, disparitions, assassinat… la vie de palace n’est pas aussi calme que le prétendent les prospectus.
Si l’on en croit leurs dates de naissance respectives, Arsène Lupin, « né » en 1874, avait vingt ans de plus que Sherlock Holmes, « né » en 1854. Pour les besoins de la série « Sherlock, Lupin et moi », les deux héros sont adolescents dans les années 1870. Leurs aventures sont racontées par Irene Adler, célèbre aventurière tout aussi fictive, qui côtoie Sherlock Holmes dans une nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle. Sherlock Holmes restera lié à la Suisse, puisque de célèbres aventures auront lieu à Meiringen (il disparaît dans les chutes de Reichenbach)  – où il a aujourd’hui son musée.
Irene Adler est ici le pseudonyme de Pierdomenico Baccalario (La Fille qui dévorait les livres, Typos) et de son compère Allessandro Gatti. L’éditeur italien annonce 19 volumes de la série – nous n’en sommes qu’au cinquième traduit en français. L’humour des auteurs et leur sens du pastiche nous offrent un scénario plein de rebondissements. Gageons que cette série donnera aux jeunes lecteurs l’envie de lire les « vraies » aventures de Sherlock Holmes et d’Arsène Lupin.

Dès 9 ans

Irene Adler, Sherlock, Lupin et moi, tome 5 : Le Château de glace, illustrations de Iacopo Bruno, Albin Michel Jeunesse, 2018, 256 p., 13,50 €. Traduit de l’italien. Imprimé en France