Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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A partir de 12 ans

Celia Godkin, L’île du loup, fable écologique

« Il était une fois une île. C’était une île avec des arbres et de l’herbe, et toutes sortes d’animaux. […] Certains mangeaient de l’herbe et des plantes ; certains mangeaient des insectes ; certains mangeaient d’autres animaux. » Et tout allait bien pour tout le monde, y compris pour une famille de loups. Mais voilà que les louveteaux, curieux et joueurs, montent sur un radeau, appellent leurs parents à l’aide, bref, s’échappent de l’île. Plus de loups sur l’île. Plus de prédateurs. La chaîne alimentaire est rompue et tout va de mal en pis, pour les souris comme pour les renards, pour les lapins comme pour les arbres, écorcés par les cervidés… Dans le monde réel, il faut plus d’un an pour que les déséquilibres deviennent fatals à un écosystème, d’où le terme de « fable ». Une fable dont les humains sont absents, alors que le loup, dans nos contrées, se rapproche des troupeaux, au grand dam des bergers. Professeur, zoologue et illustratrice botanique, Celia Godkin s’est inspirée d’une histoire vraie, qui a vu les élans ravager l’île Royale du lac Supérieur, aux États-Unis, avant le retour d’une meute de loups. Les illustrations de cet album sont aussi poétiques que documentaires, avec de superbes crayonnés aux couleurs naturelles.

Dès 8 ans

Celia Godkin, L’île du loup, fable écologique, L’Ecole des Loisirs, col l. « Archimède », 2012, 45 p., 12,70 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en France.

Laurence Paix-Rusterholtz et Christiane Lavaquerie-Klein, Qui suis-je ? Le déguisement dans l’art

Pourquoi se déguise-t-on ? Bien sûr, pour Carnaval, Halloween ou la fête de l’école, un costume est souvent la meilleure manière de faire la fête et de s’amuser. Mais quand un peintre représente le roi Henri IV déguisé en Mars, le roi de la Guerre ? Ou Louis XIV en Apollon, entouré d’une famille royale aussi glorieuse que les dieux de l’Olympe ? Que dire aussi de Roger Van der Weyden se représentant en « Saint Luc dessinant la Vierge », ou de Paul Gauguin en « Christ sur le mont des Oliviers » ? Plus ludiques, les moustaches dont Salvador Dalí affuble la Joconde – car on peut aussi « déguiser » des œuvres très, voire trop célèbres. Laurence Paix-Rusterholtz et Christiane Lavaquerie-Klein proposent ici une promenade artistique réjouissante et originale au cœur du travestissement. Et vous, dans quel costume aimeriez-vous passer à la postérité ?

Dès 10 ans

Laurence Paix-Rusterholtz et Christiane Lavaquerie-Klein, Qui suis-je ? Le déguisement dans l’art, Seuil Jeunesse, 2019, 72 p., 17 € — Imprimé en Slovénie.

Béatrice Egémar, Joachim aux 1000 idées

Paris, janvier 1649. L’hiver s’annonce rude. Le jeune Joachim, qui vit dans un galetas, se débarbouille à l’eau glacée, croque dans un quignon de pain, puis va traîner, le nez en l’air, entre les Halles et Saint-Eustache, avec son ami Gaspard. Son père, fripier, a bien du mal à le nourrir. Et voilà que court un bruit bien inquiétant : le roi a quitté Paris pour Saint-Germain ; l’émeute couve… Et le père de Joachim tombe malade. Bref, tout va de mal en pis, jusqu’à ce que Joachim rencontre sœur Angèle. Cette fille de la Charité et ses compagnes vont se montrer d’une efficacité redoutable pour soigner, nourrir, vêtir et remonter le moral de leurs protégés. Et voilà, sous sa houppelande légendaire, Monsieur Vincent lui-même. Les enfants, d’assistés, deviennent ses acolytes. La « petite troupe » va faire preuve de courage et d’imagination pour alléger la misère des Parisiens. Multipliant les dialogues et les rebondissements, Béatrice Egémar renouvelle ici avec bonheur le genre du « roman édifiant », en proposant un roman historique écrit comme un roman d’aventures.

Dès 9 ans

Béatrice Egémar, Joachim aux 1000 idées, Mame, coll. « La petite troupe de Monsieur Vincent », 2019, 176 p., 10 € — Imprimé en France

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence

« Réveillez-vous, bergers tendez l’oreille,
Ouvrez les yeux : tout le ciel est en feu !
A la clarté du firmament qui brille ;
Le fils de Dieu est né cette nuit.
Jamais annonce plus belle n’aura plus beau matin. »
Ainsi chante le chœur invisible des anges au lever du rideau. Car cette Pastorale provençale est un véritable spectacle, ou plus exactement un « Mystère » traditionnel. Rédigée au XIXe siècle par Antoine Maurel (1815–1897), cette Pastorale se joue encore à la Noël, en français (comme ici), ou en provençal.
C’est le texte le plus important de ce recueil consacré aux plus beaux Noëls de Provence. On y retrouvera donc avec plaisir des textes de Frédéric Mistral et d’Alphonse Daudet, de moins célèbres et même de charmants poèmes anonymes, «  du temps que les pâtres chantaient ». Alors, pourquoi ne pas s’aider de ses merveilleux Noëls pour préparer un spectacle familial ou scolaire, à jouer devant la crèche ?

Dès 12 ans et pour toute la famille

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2019, 270 p., 19 € — Imprimé en France

Kate Dicamillo, Louisiana

« Une malédiction planait au-dessus de ma tête, j’avais été arrachée à ma maison et à mes amies, j’étais coincée au bord d’une autoroute de Géorgie, et ma grand-mère réclamait un dentiste.
Comme j’étais complètement perdue, j’ai commencé par m’asseoir afin de faire le point sur les options qui s’offraient à nous. Puis j’ai réalisé qu’il n’y avait pas trente-six solutions : je me suis installée au volant, j’ai démarré et je me suis engagée sur l’autoroute. » D’une station-service au parfum de cambouis au cabinet d’un dentiste escroc, d’un motel minable à une église luthérienne dont le pasteur ressemble à un phoque, Louisiana, adolescente « à qui on ne la fait pas », tente de prendre en main son destin, malmené par la folie douce de sa grand-mère. Alors, quand elle apprend qu’elle n’est pas la fille de trapézistes volants et qu’elle n’a aucune raison d’endosser la malédiction qui frappe sa prétendue grand-mère, les choses vont se compliquer… Jusqu’à ce qu’un certain Burke Allen, fils de Burke Allen et petit-fils de Burke Allen, ne lui explique que la « constellation de Pinocchio » est en fait la Grande Ourse, et que l’étoile Polaire saura la guider « dans la plus sombre des nuits ». Un roman qui nous vient de l’Amérique profonde, celle où les enfants perdus se gavent de crackers au beurre de cacahuète et chantent avec des voix d’ange.

Dès 11 ans

Kate Dicamillo, Louisiana, Didier Jeunesse, 2019, 160 p., 13,90 € — Traduit de l’anglais (Etats-Unis).  Imprimé en France

Sylvaine Jaoui, Picasso ou rien

« Il a marmonné :
— Il aurait eu une vie formidable s’il était devenu ingénieur. Il serait resté mon fils.
— Pourquoi, il a cessé de l’être quand il a décidé de jouer du saxo ? »
Tel est le terrible dialogue qui oppose Jimi à son grand-père, un grand-père qu’il connaît à peine. Parce qu’un jour ce grand-père a dit à son fils : « Tu veux être musicien ? Très bien. Alors sois Mozart ou rien. » Une phrase qui a conduit le jeune musicien à rompre avec son père. Mais, cela, c’était dans le temps où ce père était jeune. Et aujourd’hui (dans le temps du roman), ce père est mort depuis déjà deux ans, bien trop tôt. Jimi ne sait pas s’il doit, comme le souhaite sa mère (un peu envahissante !), suivre tranquillement ses cours au collège ou faire fructifier son immense talent pour le dessin. Entre son ami Roméo et la jeune Lilas pour qui vibre son cœur, Jimi saura dépasser ce lourd héritage familial. Jusqu’à inviter « papy Sam » à fêter son succès à un prestigieux concours de manga. Sur fond de conflit entre générations, Sylvaine Jaoui signe un roman psychologique rempli de ces « petits faits vrais » qui aident les adolescents à se projeter dans la vie de ce jeune héros et à sortir « par le haut » des épreuves que leur réserve la vie.

Dès 11 ans

Sylvaine Jaoui, Picasso ou rien, Rageot, 2019, 190 p., 7,10 € — Réédition du roman paru en 2010 – Imprimé en France

Fanny Gordon, Le Bureau des Fantômes – Black Moor

« — Donc vous êtes des fantômes !? s’écria Tim avec une réaction d’effroi qu’il ne chercha pas à contrôler.
— Oh non, pas du tout, vous êtes, et nous sommes tous ici, des spectrus. Mais je ferai mieux de tout vous raconter. Vous êtes prêts ? »
Tim et Mo viennent juste de mourir. Si leur enveloppe corporelle est restée sur terre, leur énergie vitale, libérée, a pris « une forme nouvelle et légère : le spectrus. Mais au lieu de traverser le « pont d’ailleurs », ils ont été poussés par le « lac aux souvenirs » vers une île étrange qui abrite une non moins étrange organisation : le Bureau des Fantômes. Lequel a pour tâche d’aller convaincre les fantômes récalcitrants de lâcher le monde des vivants pour l’au-delà. Accompagnés de deux charmantes et espiègles « spectras », nos deux héros vont se retrouver au cœur d’une mission dangereuse. Car le terrible Mac’Allan, patron de la Ligue des Fantômes, a fait de son château de Black Moor une zone de non-droit… Mais attention, plus de chaînes grinçantes, plus de draps blancs flottant dans la brume, mais de la technologie de pointe ! Et beaucoup, beaucoup d’humour ! Voilà bien la chance de lire un roman écrit en français par deux grands noms de la littérature jeunesse, Pascale Perrier et Véronique Demamarre-Bellégo : il fourmille d’inventions verbales et de jeux de mots délirants et sème ici ou là, sans avoir l’air, quelques citations de Lamartine. La palme revenant à deux pastiches irrévérencieux : sur l’air de l’Internationale, se chante « C’est la ligue des fantômes / Groupons-nous et demain / Avec Mac’Allan / Hantons le genre humain ». Et personne n’ignore la mélodie qui accompagne « Ami, entends-tu le vol noir des fantômes sur nos plaines ? / Ami, entends-tu les rires sourds des fantômes qui s’déchaînent… ».
Dès le 16 octobre, allez voir le site www.lebureaudesfantomes.com. Un concours d’écriture permettra aux lauréats d’intégrer le deuxième volet du Bureau des Fantômes.

Dès 10 ans

Fanny Gordon, Le Bureau des Fantômes – Black Moor, Editions du Rocher, 2019, 180 p., 12,90 € — Imprimé en France

Typographie et tapisserie, itinéraire d’un artisan aux doigts d’or

Jean-Claude Ferrer a été typographe avant que d’être lissier. Pour lui,le travail de la main et celui du cerveau vont de pair. Il vous invite à une belle démonstration tous les dimanches après-midi, à Rueil-Malmaison. Vous repartirez même avec un petit souvenir ! Profitez-en pour visiter aussi le domaine et le château de la Malmaison et pour vous promener dans les parcs environnants.

Pour toute la famille

De 14 à 18 h, le dimanche. Maison Daubigny, 49 rue du Halage, 92350 Rueil Malmaison

Erik L’Homme, MASCA, Manuel de survie en cas d’apocalypse

« Cette forêt est hyper flippante. Je n’imaginais pas qu’il y avait autant d’animaux (enfin, j’espère que ce sont des animaux)…
Il faudrait que je me lève et que je me mette à marcher, mais je n’y arrive pas. Je me demande si j’ai fait le bon choix. Si je vais tenir. Survivre… »
Survivre, tel est en effet le seul but de Justin, après qu’un cataclysme s’est abattu sur la ville. Pas d’électricité, pas d’eau, des bandes de pillards dans les rues. Alors, Justin se décide à partir rejoindre les siens. Dans son sac, son carnet secret, ses griffonnages, un couteau, des allumettes, un duvet, une gourde (liste complète pages 36 et 37)… Sans oublier les conseils de son oncle Bob et les encouragements de Björn, « héros » de son manga en devenir. Plus un allié de poids : Wilson, un chien perdu aussi collant que puant.
Erik L’Homme, grand baroudeur s’il en est, se régale et nous régale. Rien de mieux que ce raid fantastique pour initier ses jeunes lecteurs aux techniques de survie : s’abreuver, allumer un feu, se protéger, se nourrir, communiquer – tout y est, mais un roman d’aventures, c’est bien plus drôle qu’un manuel de scoutisme ! Eloïse Scherrer s’est prise au jeu de Justin : ses crayonnés le plus souvent orange et noirs nous font passer par toutes les angoisses et les petits bonheurs du héros, de l’homme-à-la-hache aux recettes d’orties et de plantain. Quelle aventure !

Dès 9 ans

Erik L’Homme, MASCA, Manuel de survie en cas d’apocalypse, illustrations d’Eloïse Scherrer, Gallimard Jeunesse, coll. « Romans Junior », 2019, 160 p., 14,50 € — Imprimé en Espagne

Katherine Rundell, L’Explorateur

« Quatre immenses statues de pierre et de bois, plus hautes que deux hommes superposés, bordaient le mur. Certains morceaux s’étaient détachés, mais on voyait ce qu’elles avaient représenté : un singe, une panthère, un homme et une femme.
— C’est une ville, murmura Lila.
En entendant un soudain bruit de pas, Fred se retourna tout à coup et se baissa pour chercher, comme il l’avait fait quelques jours plus tôt, quelque chose à lancer.
Un homme apparut derrière les colonnes de pierre. Il les menaçait avec un couteau.
— Je ne sais pas ce que vous pensiez faire, dit-il, mais je vous déconseille de le faire. »
Il y a déjà 176 pages – et quelques jours que Fred, Lila, Connie et le petit Max, seuls survivants du crash de leur avion, errent dans la forêt amazonienne. Ils ont déjà mangé des asticots, construit un radeau, adopté un paresseux, perdu et retrouvé Max, se sont copieusement engueulés… Leur seul but : rentrer chez eux ! Alors, quand les quatre enfants entendent cette voix humaine, comment ne seraient-ils pas partagés entre l’espoir et l’inquiétude ? Qui est exactement cet  « Explorateur » ?
Après Cœur de Loup, Katherine Rundell signe ici une robinsonnade qui a pour cadre non une île déserte, mais la luxuriante forêt amazonienne, un monde sauvage et sans pitié dont nombre d’explorateurs ne sont jamais revenus…

Dès 9 ans

Katherine Rundell, L’Explorateur, illustrations d’Hanna Horn, Gallimard Jeunesse, 2019, 384 p., 16 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.

Eric Senabre, La seizième clé

« Ici, nous ne sommes nulle part, je vous l’ai dit. Hemyock n’existe pas dans l’espace-temps que vous avez appris à connaître à travers vos livres. Hemyock est hors du temps et de l’espace. Hemyock s’est détaché de la réalité comme une météorite. » Et pourtant, cet immense manoir isolé offre une vie plutôt confortable au jeune Oswald, poète prodige qui fêtera bientôt ses seize ans. Seize ans, et en cadeau, une « seizième clé ». Quelle porte ouvrira-t-elle ? Et que découvrira-t-il derrière cette porte ? Alors qu’il se croyait le seul adolescent vivant à Hemyock, surgit un beau jour Zelah, une bien jolie jeune fille… Avec un seul but : fuir, fuir Hemyock ! Eric Senabre développe avec une belle virtuosité une intrigue à la fois scientifique et philosophique, entre anneaux de Moebius, relativité d’Einstein et effet papillon, sans oublier quelques savants fous à la Edgar P. Jacobs. Vertigineux !

Dès 12 ans

Eric Senabre, La seizième clé, Didier Jeunesse, 2019, 224 p., 15 € — Imprimé en France

Sophie de Mullenheim, La Mère Michel a perdu son chat

« Bnjouor Yivan, Je sius dséépesrée. Mon cath a dpisaru dupies tiros jruos. » Drôle de message ! Il est vite décodé par Mathis, tout jeune apprenti détective. En effet, avec Octave, Plume et Eliott, il vient de s’inscrire au cours “Enquêtes et filatures”. Si, comme Mathis, vous avez compris qu’un chat a disparu, vous êtes sur la bonne piste ! Ce chat, c’est Pharaon, et sa maîtresse n’est autre que la Mère Michel. Non, pas celle de la chanson, mais la gardienne d’un petit immeuble sans prétention du quartier. Et voilà les quatre enfants sur la piste d’un voleur de chat… Un premier roman policier, idéal dès 9 ans : une intrigue classique, des rebondissements inattendus, de l’humour, le tout arrosé de jus d’orange et de petits gâteaux, gentiment servis par la Mère Michel.

Dès 9 ans

Sophie de Mullenheim, La Mère Michel a perdu son chat, illustrations de Marine Gosselin, Mame, 2019, 140 p., 10 € — Imprimé en Italie.