Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Fantastique

Charles Lamb, Contes de Shakespeare

Au tout début du XIXe siècle, le poète Charles Lamb avait fait paraître les Tales from Shakespeare, un recueil de 20 contes qui, reprenant en les résumant et en les simplifiant les plus grandes pièces de Shakespeare, les avaient popularisées autant auprès des jeunes lecteurs que des adultes peu lettrés. Un immense succès outre‐Manche ! Ce recueil, paru en 1932, reprend sept de ces contes, traduits par Téodor de Wyzewa, lui‐même écrivain et proche des milieux symbolistes : Le Songe d’une nuit d’été, Le Marchand de Venise, Hamlet, Le Roi Lear, La Mégère apprivoisée, Roméo et Juliette, Othello. Les illustrations et la mise en page sont somptueuses. A retrouver au hasard des brocantes ou chez les libraires spécialisés, et à lire au coin de la cheminée, un plaid écossais sur les genoux.

Adolescents

Charles Lamb, Contes de Shakespeare, dessins d’Henry Morin, traduction et préface de Téodor de Wyzewa, H. Laurens éditeur, 1932, 136 p. D’occasion. J’ai eu la chance de le trouver pour 14 € — moins cher qu’un album neuf !

Roald Dahl, Billy et les Minuscules

Pourquoi la forêt qui s’étend devant la maison de Billy est‐elle interdite d’accès ? Est‐ce parce qu’elle abrite des Ecornouflons ? Un Horrifiant Engoulesang ? Billy n’a qu’une idée en tête : sauter la barrière, et y aller voir ! Quand une Chose, une Bête, un Monstre le poursuit, le voilà réfugié sur les hautes branches d’un grand arbre. Et dans cet arbre, vivent des milliers de Minuscules, aux habits et aux modes de vie étrangement démodés. Lesquels prient Billy de les débarrasser d’un terrible « Groinfrognard cracheur de fumée rouge orangé »… Y parviendra‐t‐il ?
Le « petit Louis » de la version illustrée par Patrick Benson est devenu Billy – dans cette réédition illustrée par Quentin Blake. Difficile de dire laquelle des deux est « la meilleure », chacune a son charme – plus de rêve chez Benson, plus d’humour chez Blake, « très fier que [les] deux éditions co‐existent ».

Dès 8 ans

Roald Dahl, Billy et les Minuscules, illustrations de Quentin Blake, Gallimard Jeunesse, « Roman Cadet », 2018, 128 p., 11,50 € — Traduit de l’anglais. Couverture cartonnée.
Roald Dahl, Les Minuscules, illustrations de Patrick Benson, Gallimard Jeunesse, 2002, 66 p., 7,60 €. Les illustrations ont bien plus de charme en grand format, mais l’album semble épuisé.

Le souffle de la pierre d’Irlande” sur Radio Libertés

Le souffle de la pierre d’Irlande sur Radio Libertés, le cycle romanesque d’Eric Simard, était à l’honneur de ma dernière émission sur Radio Libertés. Vous pouvez l’écouter ci‐dessous.

Le souffle de la pierre d’Irlande” sur Radio Libertés

par Chouette ! Un livre | Radio Libertés

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer

« Monsieur Eiffel, n’est-ce pas ? demanda le nain. Je vous félicite. Nous sommes très intéressés par la manière dont vous avez répondu aux défis que nous vous avons lancés, et nous serions heureux de vous compter dans nos rangs.
Gustave masqua son étonnement.
— Je vous remercie, répondit‐il. Mais me sera‐t‐il enfin possible de connaître les activités de votre société ?
— Oui, oui, je me doute que vous avez beaucoup de questions. Vous pouvez m’appeler “mon ordinal”. Je suis le fondateur de la S.S.S.S.S.S. : la Société Super Secrète des Savants en Sciences Surnaturelles. »
Et voilà comment Gustave Eiffel, en compagnie de Louis Pasteur et d’Alfred Nobel, va se trouver embringué dans un roman policier « fantastico‐historico‐scientifico‐romantique », entourloupiné par Flore Vesco, jamais en reste quand il s’agit d’élaborer une intrigue, de l’assaisonner de situations cocasses et de jeux de mots où une créativité déjantée l’emporte (mais pas toujours) sur un fond d’esprit potache. Les références au Metropolis de Fritz Lang comme à L’Eve future de Villiers de l’Isle-Adam assurent au roman une généalogie savante, mais le cousin d’Isamberte ne serait autre que Magnéto, un mutant de l’univers des X‐Men, ce qui rassurera nos adolescents. Isamberte ? Derrière ce prénom se cache la fille d’Aldinni, le « méchant‐méchant » du roman – et d’Aldinni à Houdini et à Robert Houdin, la magie n’est pas loin… Une magie aussi sombre, voire carrément gore, que les salles des machines de la manufacture où se déroule le roman. Frissons garantis !

Adolescents

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer, Didier Jeunesse, 2018, 224 p., 15,90 €

Pascal Ruter, Dis au revoir à ton poisson rouge !

« — Ma correspondante, c’est ma mère qui l’a choisie sur une sorte de catalogue, on va la chercher.
— En Angleterre ?
— Mais non, à Roissy, con. Elle reste toutes les vacances de Pâques.
En tout cas, mon programme d’entraînement est réduit en cendres. Ma mère m’a prévenu : on range le skate, on sort sa langue pour dire the comme il faut, et au programme : bateau‐mouche, musées, conférences ; Notre‐Dame, Sacré‐Cœur… »
Un programme qui va voler en éclats dès la page 16 du roman, où Andréas, 15 ans, se retrouve au 1er sous‐sol de Roissy en compagnie de la désarmante et néanmoins charmante Mary – mais sans ses parents, lesquels ont disparu. Plus rapide que le skate d’Andréas, plus déjanté que ses backflips, n’hésitant pas à prendre les virages les plus incongrus à 180 degrés, ce roman d’espionnage nous fait courir de Paris à Brasilia en passant par New York, pour atterrir dans des mines de sel roumaines. La recherche des parents d’Andréas donne lieu à des courses poursuites, à des rencontres improbables avec quelques illuminés et, bien sûr, à des bagarres héroïques avec de très méchants personnages. Un rythme trépidant donc, James Bond et OSS 117 ne sont pas loin, mais en mode ado. Mary est heureusement bien plus futée que les girls de cinéma : surdouée, maîtrisant le réseau vertueux du Deep Pink Web comme personne, championne de krav maga et j’en passe, elle mène par le bout du nez un Andréas un peu emprunté de sa personne mais bon garçon. Avec un titre – horresco referens – que l’on dirait emprunté à San Antonio soi‐même, les pages se tournent toutes seules. Idéal pour les vacances.

Dès 12 ans

Pascal Ruter, Dis au revoir à ton poisson rouge !, Didier Jeunesse, 2018, 256 p., 15 €

Loïc Le Borgne, Les Loups, Le secret des murmureurs

« Il avait reconnu la bête.
Ce n’était ni un renard ni un blaireau. Pas même un chien de berger.
Nez allongé, larges joues, oreilles pointues, pelage gris et blanc et surtout des yeux en amande placés de biais, avec un regard brûlant, intelligent, qui semblait perforer votre âme.
C’est un loup, pensa‐t‐il, pétrifié. […] Merde, qu’est-ce qu’il fout là ? songea Edouard, qui n’était pourtant pas du genre à jurer beaucoup, surtout en camp scout. »
Rencontrer un loup, puis des loups pour un jeune éclaireur qui appartient à la patrouille des Loups, est‐ce un rêve éveillé ? une chance ? un pur hasard ? Surtout quand le camp d’été se déroule sous les murailles du Cirque de Gavarnie… Un camp d’été commencé sous de curieux auspices – vaccination contre la rage, arrivée de nouveaux scouts et guides – et qui va faire vivre aux deux troupes de bien curieuses aventures : adolescents aux pouvoirs étranges, complot fou d’une secte, opération commando, courses dans la neige… Et comme toujours chez les scouts, du courage, de la confiance et de belles amitiés.

Dès 12 ans

Loïc Le Borgne, Les Loups, Le secret des murmureurs, Mame, 2018, 272 p., 14,90 €

Partons dans le monde antique !

À l’antenne de Radio Libertés, ma dernière chronique est à écouter ici :

Partons dans le monde antique !

par Chouette ! Un livre | Radio Libertés

  • Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 2, L’Affaire Méduse, Gallimard Jeunesse, 2018, 192 p., 10 €
  • Didier Lévy, La Louve et l’Anglais, illustrations de Tiziana Romanin, Sarbacane, 2018, 48 p., 16 €
  • Joséphine Barbereau, L’art raconte Ulysse, Palette, coll. « L’art raconte », 2018, 48 p., 14,50 €

Tove Jansson, Le dangereux voyage

La petite Susanna, telle Alice, s’ennuie et aimerait « que le danger montre son nez et que tout devienne moins lassant, plus excitant et palpitant ! ». Au fil des pages, partie à la recherche de son chat, elle ne sera pas déçue ! Elle va traverser des paysages inquiétants, et faire des rencontres de plus en plus excentriques. Jusqu’à croiser sur son chemin des créatures bien connues des lecteurs de la Finlandaise Tove Jansson : l’Hémule, accompagné de Tovla et Vivla. Lequel Vivla s’offre le luxe de parler un langage étrange – « tout est mala », « je croila bien »…- qui sera vite imité dans les cabanes ! Au bout du voyage, un petit paradis se découvre, la verte vallée des Moomins (qui se disaient autrefois Moumines). Une belle aventure donc pour Susanna, qui « ne sut jamais si tout cela avait été réel. Mais comme on peut l’imaginer, ce n’est pas l’essentiel ». Cette belle réédition, soignée et en format album, à la suite de « Qui va rassurer le tibou ? », fera connaître l’humour inimitable, le ton à la fois magique, innocent et enchanteur de Tove Jansson.

Dès 5 ans

Tove Jansson, Le dangereux voyage, Cambourakis, coll. « Moomin », 2018, 32 p., 14 € — Traduit du suédois.

Peter Sís, Robinson

« Mes amis et moi, on adore l’aventure. Nous jouons tout le temps aux pirates : de vrais rois des hautes mers ! Pour Mardi‐Gras, c’est en pirates, évidemment, que nous irons à l’école. » Hélas, la maman de notre héros en a décidé autrement et lui fabrique un « superbe » costume de Robinson. Seulement voilà… Personne ne connaît Robinson et chacun se moque, non point de la fausse fourrure décatie, mais par simple ignorance du roman éponyme. Au point de rendre malade notre bonhomme, qui se retrouve au lit, délirant de honte et de fièvre. Une fièvre qui le mène droit sur une île déserte, où son imagination prend la relève. Les illustrations de Peter Sís, faussement naïves, sont somptueuses ; multipliant les angles de vue, elles nous entraînent, une fois quittée cette chambre gris‐bleu où la tête nous tourne, dans un monde onirique, chatoyant et coloré, plein de vie et de mystères. Jusqu’au dénouement, où les pirates rendent visite au narrateur, tous déguisés en Robinson, pour se faire pardonner. Un souvenir de Peter Sís, né en 1949 à Brno, dont on imagine ainsi un peu mieux l’enfance derrière le rideau de fer, quand sa maman cousait son déguisement dans des chutes de moquette.

Dès 5 ans

Peter Sís, Robinson, Grasset Jeunesse, 2018, 56 p., 18,90 € — Traduit de l’anglais (Peter Sís vit et publie aux Etats‐Unis)

David Almond, La Chanson d’Orphée

« Le Nord ! gémissions‐nous. Pourquoi faut‐il vivre dans ce Nord glacial ? Pourquoi pas en Italie ? Ou en Grèce ? Nous éclations de rire. […]Tant pis, avions‐nous dit. Nous inventerions notre propre Italie. Nous inventerions notre foutue Grèce à nous. Où ça ? Dans le Northumberland, bien sûr. »

Quelques grands lycéens. Du camping sauvage dans les dunes au nord de Newcastle. Des haricots tièdes dans des gamelles de fer blanc – mais aussi de la musique, des idéaux un peu flous, de très sérieuses amourettes. Et Orphée. Orphée qui passe, sa lyre en bandoulière, fascinant, envoûtant. Qui dompte les dauphins. Qui choisit Ella Grey, la meilleure amie de Claire, la narratrice. Ella mordue par une vipère, Ella descendue aux enfers. Une variation menée de main de maître sur le thème d’Orphée et d’Eurydice : romantisme, mystère, lyrisme sont au rendez‐vous, sans compromis ni dans le tragique, ni dans la peinture de ces adolescents, « poètes disparus », capables de se soûler sur la plage comme de rêver aux grands mystères de la vie et de la mort.

Grands adolescents, jeunes adultes

David Almond, La Chanson d’Orphée, Gallimard Jeunesse, 2018, 288 p., 15 € — Traduit de l’anglais

Jim Helmore, Mon lion blanc

Dans la nouvelle maison de Margot, tout est blanc, du sol au plafond – mais elle s’y trouve bien seule. « Un jour, elle entendit un bruit tout près d’elle.
— Que dirais‐tu d’une partie de cache‐cache ? fit une voix grave et douce.
Margot se retourna. Devant elle se tenait un lion blanc comme neige.
— D’où viens‐tu ? demanda Margot.
— Oh, d’ici et là… répondit le lion. »

Aussi gigantesque qu’énigmatique, ce superbe lion blanc va se révéler le meilleur ami secret de la fillette, surgissant ici d’un mur, ailleurs d’un rêve. Et le jour où les amis de Margot viendront peindre sa maison de toutes les couleurs, elle saura retrouver son lion complice. A vous de découvrir où !

Un album tendre et poétique, sans mièvrerie, où les allusions restent légères et où la bienveillance est aussi douce que la fourrure de ce lion blanc.

Dès 4 ans

Jim Helmore, Mon lion blanc, illustrations de Richard Jones, Albin Michel Jeunesse, 2017, 32 p., 13,50 € — Traduit de l’anglais.

Herman Melville, Moby Dick

« Ce n’est pas comme passager que je navigue. C’est comme simple matelot. Pourquoi ? Parce qu’on se fait un point d’honneur de me payer pour le mal que je me donne à bord, et aussi parce que le métier de la mer est le plus beau, le plus sain que je connaisse. » C’est en ces termes que se présente Ismaël, témoin de la plus célèbre chasse à la baleine de toute la littérature – et qui sera le seul survivant du naufrage du Péquod, baleinier commandé par un certain Achab. Moby Dick, cet immense cachalot blanc qui a eu le tort d’arracher une jambe d’Achab, est devenu, sous la plume de Melville (1819–1891), un véritable mythe.

Les illustrations de Biélorusse Anton Lomaev servent le roman avec une rare énergie, avec des tableaux le plus souvent en pleine page – et vu le format du livre (26 cm x 37,5 cm), on en prend plein les mirettes. Que le lecteur soit perché sur la vigie ou peine sur les avirons d’une baleinière, il est pris autant par l’image que par le texte (intelligemment abrégé) qui emporte, comme une vague, une autre et encore une autre.

Dès 12 ans

Herman Melville, Moby Dick, illustrations d’Anton Lomaev, Editions Sarbacane, 2017, 168 p., 29,90 € ; traduit de l’anglais. Texte abrégé.