Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Fantastique

Peter Sís, Robinson

« Mes amis et moi, on adore l’aventure. Nous jouons tout le temps aux pirates : de vrais rois des hautes mers ! Pour Mardi-Gras, c’est en pirates, évidemment, que nous irons à l’école. » Hélas, la maman de notre héros en a décidé autrement et lui fabrique un « superbe » costume de Robinson. Seulement voilà… Personne ne connaît Robinson et chacun se moque, non point de la fausse fourrure décatie, mais par simple ignorance du roman éponyme. Au point de rendre malade notre bonhomme, qui se retrouve au lit, délirant de honte et de fièvre. Une fièvre qui le mène droit sur une île déserte, où son imagination prend la relève. Les illustrations de Peter Sís, faussement naïves, sont somptueuses ; multipliant les angles de vue, elles nous entraînent, une fois quittée cette chambre gris-bleu où la tête nous tourne, dans un monde onirique, chatoyant et coloré, plein de vie et de mystères. Jusqu’au dénouement, où les pirates rendent visite au narrateur, tous déguisés en Robinson, pour se faire pardonner. Un souvenir de Peter Sís, né en 1949 à Brno, dont on imagine ainsi un peu mieux l’enfance derrière le rideau de fer, quand sa maman cousait son déguisement dans des chutes de moquette.

Dès 5 ans

Peter Sís, Robinson, Grasset Jeunesse, 2018, 56 p., 18,90 € — Traduit de l’anglais (Peter Sís vit et publie aux Etats-Unis)

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours

« Le roi des ours, Léonce, était allé ramasser des champignons avec son jeune fils Tonin, deux chasseurs avaient enlevé l’enfant. Le père s’étant éloigné un instant le long d’un à‑pic, ils avaient surpris l’ourson seul et sans défense, l’avaient ligoté comme un vulgaire paquet et fait descendre, le long des précipices, jusqu’au fin fond de la vallée. » Bien penaud, Léonce n’ose pas dire que son fils lui a été volé et raconte qu’il est mort, ce qui lui laisse mauvaise conscience… Jusqu’au jour où il se décide à aller voir ce qui se passe chez les hommes. Et là, nous allons voir ce que nous allons voir ! Magicien, Troll, Croquemitaine, grand duc de Sicile lui-même, châteaux hantés, sangliers, pas le temps de s’ennuyer ! Cette nouvelle édition du célèbre roman (1945) reprend les dessins de l’auteur lui-même, en noir et blanc ou en couleurs, sous une couverture cartonnée et même dorée. L’occasion d’un beau cadeau, et d’une entrée en fanfare dans ce que la littérature classique peut avoir de réjouissant.

Dès 10 ans

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours, illustrations de l’auteur, Gallimard Jeunesse, coll. « Albums junior », 2018, 144 p., 17,50 € — disponible aussi en poche, Folio Junior, 5,80 €  — Traduit de l’italien par Hélène Pasquier

David Almond, La Chanson d’Orphée

« Le Nord ! gémissions-nous. Pourquoi faut-il vivre dans ce Nord glacial ? Pourquoi pas en Italie ? Ou en Grèce ? Nous éclations de rire. […]Tant pis, avions-nous dit. Nous inventerions notre propre Italie. Nous inventerions notre foutue Grèce à nous. Où ça ? Dans le Northumberland, bien sûr. »

Quelques grands lycéens. Du camping sauvage dans les dunes au nord de Newcastle. Des haricots tièdes dans des gamelles de fer blanc – mais aussi de la musique, des idéaux un peu flous, de très sérieuses amourettes. Et Orphée. Orphée qui passe, sa lyre en bandoulière, fascinant, envoûtant. Qui dompte les dauphins. Qui choisit Ella Grey, la meilleure amie de Claire, la narratrice. Ella mordue par une vipère, Ella descendue aux enfers. Une variation menée de main de maître sur le thème d’Orphée et d’Eurydice : romantisme, mystère, lyrisme sont au rendez-vous, sans compromis ni dans le tragique, ni dans la peinture de ces adolescents, « poètes disparus », capables de se soûler sur la plage comme de rêver aux grands mystères de la vie et de la mort.

Grands adolescents, jeunes adultes

David Almond, La Chanson d’Orphée, Gallimard Jeunesse, 2018, 288 p., 15 € — Traduit de l’anglais

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre

« Descends dans le cratère du Yocul de Sneffels que l’ombre du Scartaris vient caresser avant les calendes de juillet, voyageur audacieux, et tu parviendras au centre de la Terre. Ce que j’ai fait. Arne Saknussemm. » Quand le jeune Axel dévoile à son oncle le contenu d’un message « runique », le vieux savant, l’estimable Professeur Lidenbrock, fait illico ses malles – et nous entraîne dans un voyage extraordinaire. Entre science et fiction, bien malin celui qui fera d’emblée la différence ! En 1864, date de la première publication du roman, nos connaissances sur le centre de la Terre n’étaient pas aussi avancées, ce qui permettait mille fantaisies au romancier. Les illustrations d’Isabelle Simler traduisent à merveille les visions (pseudo-)scientifiques et l’humour de Jules Verne : réalistes ou oniriques, délicates et intrigantes, elles prolongent avec élégance le rêve et le voyage. Le recueil est de plus très bien réalisé : beaux papiers (bouffant et cristal), encre bleu noir, signet, reliure bradel cartonnée : un très beau cadeau.

Dès 12 ans

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, Illustrations d’Isabelle Simler, Editions Courtes et Longues, 2016, 205 p., 29,90 €

Katherine Rundell, Cœur de loup

« Le poil de la louve était hérissé. Féo le lissa d’une caresse.
— Tout va bien, je crois. Chut, lapouchka. Je ne laisserai personne te faire de mal.
Elle fit se lever l’animal.
— Viens, on va te trouver un bel arbre. Je vais te montrer comment les loups construisent leur tanière. »
Quand une fillette de 12 ans doit réensauvager les loups, c’est que le monde tourne à l’envers ! Et pourtant, c’est bien à quoi s’occupent Féodora, alias Féo et sa mère Marina, dans une Russie tsariste fantasmagorique, où de riches citadins renvoient à la forêt leurs loups de compagnie. Jusqu’au jour où Marina, qui a tenu tête à un petit chef militaire local, est emprisonnée en ville. Alors que la région est agitée des premiers sursauts révolutionnaires, Féo n’aura de cesse de la libérer. La longue quête de ces adolescents peut être vue comme une sorte de révolte anarcho-libertaire – ou comme une saine reconquête d’un espace vital menacé par l’arbitraire. « Nous avons la terre dans notre sang et le feu dans nos pieds », proclame Féo, et « nous sommes aussi courageux que… que des loups ». Courageux et entraînés à courir vite, à vivre vêtus de rien et nourris de peu, dans le froid, la neige et la solitude. Et l’on se prend à penser que le plus difficile sera, un jour, pour nos enfants, de quitter la tiédeur émolliente de notre monde…

Dès 10 ans

Katherine Rundell, Cœur de loup, illustrations de Gelrev Ongbico, Gallimard Jeunesse, 2016, 336 p., 14,50 €   — Folio Junior, 2019, 288 p., 7,60 €

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Le Mont des Sorcières (t 2)

Lors de sa première expédition dans les Mondes Gelés, Stella Floccus Pearl, 12 ans, a appris qu’elle était une princesse des glaces. Quand elle coiffe son diadème, celui-ci, en échange des dons magiques qu’il lui procure, gèle son cœur – à elle, donc, de ne l’utiliser qu’en dernier recours et avec parcimonie. Mais que lui veut la marionnette de la sorcière, qui bouge toute seule ? Ajoutez à cela qu’une nouvelle expédition en dirigeable se prépare, lors de laquelle les quatre amis, Stella, Ethan, Dragigus et Shay, vont rencontrer Gideon, venu du Club du Chat de Jungle. Pour pimenter le tout, lancez dans l’aventure des lapins vénéneux, des requins volants, des fées et des cactus sauteurs ! Sans oublier le but de l’expédition : aller chercher Félix sur le terrible Mont des Sorcières… brrr… La désormais célèbre bande de copains aura fort à faire !

Dès 9 ans

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Le Mont des Sorcières (t 2), illustrations de Tomislav Tomic, Gallimard Jeunesse, 2019, 272 p., 16,50 €- Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.
Du même auteur : Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1)

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1)

Stella Flocus Pearl a 12 ans et son rêve se réalise enfin : Félix, son père adoptif, a obtenu du célèbre Club de l’Ours Polaire qu’elle puisse l’accompagner à la recherche du « point le plus froid des Mondes Gelés ». A bord de L’Aventurier hardi, elle fait la connaissance de trois autres apprentis explorateurs : Shay, un chuchoteur de loups, Ethan, un magicien un peu arrogant et Dragigus, un demi-elfe timide et maladroit. Séparés du groupe des adultes, les quatre adolescents ne vont compter que sur eux-mêmes pour se défendre dans un univers des plus hostiles : yétis, fées des glaces, choux carnivores, tempêtes de neige… Leur amitié va se construire au fil des épisodes, révélant des caractères bien trempés (enfin, pas toujours) et des personnalités attachantes malgré (ou à cause de) leurs défauts et de leurs secrets. L’humour très anglais de la romancière Alex Bell crée à chaque page des situations cocasses, ce qui permet de très souvent prendre des distances avec les manœuvres magiques des engeleurs, des trolls et des miroirs parlants.

Dès 9 ans

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1), illustrations de Tomislav Tomic, Gallimard Jeunesse, 2018, 368 p., 16,50 € ou Gallimard Jeunesse, 2019, 340 p., Folio Junior, 7,60 €. Traduit de l’anglais. Imprimé en Espagne

TétrasLire 41, Ouvre l’œil

Tétras Lire, « le magazine des 8 – 12 ans qui donne des ailes à la lecture » propose dans son numéro 41, une nouvelle policière et scientifique : La Perle noire, de Victorien Sardou, met ici en scène deux jeunes savants, qui aideront à démasquer le coupable, bien mieux que le commissaire de police. En effet, qui a donc forcé la serrure du secrétaire dans lequel Balthazar rangeait non seulement son argent mais aussi quelques bijoux hérités de Madame sa Mère ? Après cette lecture, vient un passionnant dossier sur la foudre et l’orage. Puis quelques jeux, dont une enquête à mener en résolvant des énigmes. Le conte final, Cécile et Vigile, illustre poétiquement la maxime d’Antoine de Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » Une revue mensuelle qui donne vraiment envie de lire ! Parents autres adultes, n’hésitez pas à compléter cette lecture par celle du TétrasBlog.

Dès 8 ans

TétrasLire 41, Ouvre l’œil, mai 2019 – 96 p., 9,50 € ou sur abonnement. Imprimé en France.

Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella

Mirella, « des pieds à la tête de guenilles accoutrée », est porteuse d’eau dans la bonne ville d’Hamelin, sur les rives de la Weser. A une date incertaine de la fin du XIIIe siècle, sous le règne de Rodolphe de Habsbourg. Primesautière, insolente, généreuse, la jouvencelle de 15 ans ne s’en laisse pas conter, ni par les échevins, ni par les mendiants, ni par tous ceux qui se situent entre les deux. Hamelin ? N’est-ce pas cette ville envahie par les rats, dont un joueur de flûte, grugé par les autorités, emporte les enfants ? Et si les frères Grimm n’avaient pas dit toute la vérité ? Ces rats, au Moyen Age, quel mal annoncent-ils de ville en ville ? La peste, la peste, la terrifique peste… Mirella affronte moult périls : De qui est-elle réellement la fille ? Pourquoi la dit-on sorcière ? Qui est cet intrigant homme en noir ? N’est-ce pas bien dangereux de s’en éprendre ? Quant à danser avec lui… Est-ce valse ou danse macabre ? Mirella, ce sont aussi des chansons naïves – Mi, Ré, La – pour la plus grande joie des petits enfants et le réconfort de ses amis les lépreux.
Flore Vesco réinvente le conte – et joue des mots avec son talent habituel. Bien malin celui qui, sans s’aider du lexique en fin de volume, saura discerner d’un coup d’œil les termes empruntés au Moyen-Age et les créations farfelues et oh combien ! réjouissantes de Flore Vesco.

Adolescents

Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella, L’Ecole des Loisirs, coll. « Médium + », 2019, 215 p., 15,50 € — Imprimé en France

Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 3, La Malédiction des Argonautes

« Je suis Médée, répéta-t-elle. Et je suis venue réclamer justice.
Le feu dans sa poitrine s’intensifia brusquement et, au coin de ses lèvres, un grain de beauté se mit à rougeoyer.
— Médée, fit Hadès. Ce nom ne m’est pas inconnu.
Un pli amer barra les joues de la femme.
— Je suis sœur de Circé, et fille d’Hécate. »
Médée est descendue aux Enfers, poursuivie par les Erinyes qui l’accusent d’un terrible crime : avoir mis le feu au palais de Jason, à Iolcos, incendie dans lequel ont péri Créüse et Jason et lors duquel a disparu la célèbre Toison d’Or. Jason, qui venait de rentrer de ce périple si dangereux vers la Colchide, tout auréolé de gloire. Quelle malédiction poursuit-elle donc les Argonautes ?
Eros, le petit dieu adolescent, décide de mener l’enquête. Saura-t-il se passer de son ami Hermès, si perspicace ? Richard Normandon a concocté un nouveau roman policier mythologique, bien dans la veine des précédents, avec une bonne dose de fantastique, d’humour et d’imagination. En effet, l’auteur se prend vite au jeu des inventions mais, en bon professeur qu’il est, ne tombe jamais dans la contrefaçon.

Dès 10 ans

Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 3 : La Malédiction des Argonautes, Gallimard Jeunesse, 208 p., 11 € — Imprimé en Italie.
Du même auteur, dans la même série :
Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 1 : Le Mystère Dédale, Gallimard Jeunesse, 2016, 176 p., 10 € ou Folio Junior, 2018, 5,80 €
Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 2, L’Affaire Méduse, Gallimard Jeunesse, 2018, 192 p., 10 € ou Folio Junior, 2019, 5,90 €

Gaya Wisniewski, Chnourka

Où vont donc Mirko le jeune chat, Zachary le petit chien et Emile la grue, dans ce traîneau tiré par Tomek le bison ? Pourquoi bravent-ils la tempête de neige qui s’est abattue sur la forêt ? Pour rejoindre « une maison endormie dans la neige, gelée et couverte de glace. La maison de Chnourka. […] Collés à la vitre de la véranda, les quatre amis observaient une petite forme emmitouflée dans une grosse couverture en laine. Un bonnet rouge en dépassait. Mirko tambourina au carreau.
— Chut ! Je pensais la réveiller plus doucement, dit Zachary. Tu sais, le monde des rêves est un lieu fragile ».
Que d’aventures attendent les cinq amis dans cet hiver finissant ! Ils s’émerveilleront aussi de l’arrivée du printemps.
Chnourka et ses amis vivent dans un pays voisin de celui des Moumines, gentiment onirique et plein de belles intentions. Et chez vous, le printemps est-il bien arrivé ?

Dès 5 ans

Gaya Wisniewski, Chnourka, MeMo, 2019, 56 p., 16 € — Imprimé en Europe

Corinna Bille, Maisons, villes et chemins

Des livres qui parlent, un bébé qui sourit en haut d’une tour, une fillette qui rêve d’entrer dans un jardin mystérieux… Puis un violon de verre qui réveille la grisaille des âmes, une fillette (une autre) qui jette ses poupées par la fenêtre, un « garçon vêtu de noir dans un paysage blanc », un drôle de bonhomme qui descend de son gratte-ciel sur une escarpolette, une « maison musique » – et une « dame qui voulait redevenir enfant » — voilà où nous mène la fantaisie de Corinna Bille (1912–1979), dans ce recueil de neuf nouvelles. Secrets, merveilles, mystères, telles sont les étoffes avec lesquelles Corinna Bille habille ses personnages, qu’elle promène dans des lieux imaginaires et hors du temps. Ses « moralités » sont souvent douces-amères, son langage parfois d’une cruelle étrangeté (avec un « suicide collectif de poupées »), mais il se dégage de ces récits la nostalgie d’un pays de cocagne où l’extravagance balaie la routine et mène à la sagesse. « Car le bonheur et le malheur, dans la vie, mes enfants, s’entrelacent comme branches de sureaux ». Vamille, alias Camille Vallotton, avec un humour aussi tendre que sa palette, a choisi de faire de certaines illustrations des planches de bandes dessinées, qui relancent le lecteur et l’aident à rebondir dans sa lecture.

Dès 10 ans

Corinna Bille, Maisons, villes et chemins, illustrations de Vamille, La Joie de Lire, 2018, 78 p., 14,90 € — Imprimé en Lettonie. Couverture cartonnée, avec un signet.
Du même auteur : Légendes et mystères des montagnes, illustrations d’Adrienne Barman, La Joie de Lire, Genève, 2018, 80 p., 14,90 €