Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Fantastique

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier

Sommé de ranger sa chambre, « Sylvain porte Charlemagne dans ses bras. Il est lourd, encombrant. Sylvain manque souvent de tomber avec. Dans le grenier, il lui cherche une place parmi les meubles poussiéreux quand soudain le cheval tourne la tête : “On part une dernière fois à l’aventure, Chevalier Sylvain ?” » Oh que oui ! Et, « d’un seul coup, le cheval décolle, traverse la fenêtre du grenier et file dans le ciel ! » Direction, la Sylvanie, ce royaume secret dont Sylvain est le meilleur des chevaliers. Ennemis farouches, dragons « toutes flammes dehors », terribles chutes d’eau, que d’aventures… La fin du conte est d’une rare poésie : alors que le cheval Charlemagne décide de rester en Sylvanie, Sylvain rencontre un vieil écrivain, qui lui confie un « vélo‐scarabée » pour rentrer à la maison… y faire ses devoirs et, qui sait, revenir en Sylvanie ? Le duo auteur‐illustratrice a fonctionné à merveille pour nous offrir, comme nous y invite Eloïse Scherrer, une « cure de jouvence en imaginaire ».

Dès 4 ans

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2018, 40 p., 17,50 € — Imprimé en France.

Auro Roselli et Laurent de Brunhoff, Les Chats de la tour Eiffel

« Oh, regardez, s’exclama-t-il, un chat !
— Ne sois pas stupide, Arthur, répliqua sa mère. Il n’y a pas de chats sur la tour Eiffel.
— N’empêche, insista Arthur, il y a un animal avec quatre pattes et une queue au milieu de toutes ces poutres, tous ces boulons et tous ces écrous ! »
Un chat ? Non, une chatte, qui a échappé à la petite Adalgise, 8 ans aux cerises. Une chatte ? Bientôt accompagnée d’un papa chat, puis de chatons, puis de petits‐chatons… Des chats qui font une concurrence tout à fait illégale aux guides touristiques. Pas de quoi fouetter un chat ? Que si… L’affaire remonte jusqu’aux plus hautes autorités, ce qui nous vaut une mise en boîte réjouissante des rouages de l’Etat, président, ministres, agent secret et conseiller tout aussi secret. Une mise en boîte, mais aussi une histoire douce, pleine de tendresse – où les grandes personnes elles‐mêmes sont invitées à réfléchir avant d’appeler leur mère.
Ce roman illustré par Laurent de Brunhoff était connu des petits Américains depuis 1967 ; il était resté inédit en France, allez savoir pourquoi… Aucun de nos présidents n’a pourtant « un grand nez et un caractère abominable », foi de matou. Mais au fait, avez‐vous vu des chats sur la tour Eiffel ?

Dès 5 ans

Auro Roselli, Les Chats de la tour Eiffel, illustrations de Laurent de Brunhoff, Hélium, 2018, 56 p., 14,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé au Portugal.

Marie‐Aude Murail, Le Visiteur de minuit

Londres, hiver 1854. Chez Dickens ? Pas tout à fait, mais… Si le vieux jardinier MacNeil a « quinze enfants, tous en vie », son patron, Jason Anderson, riche à millions, se morfond de savoir que sa fille unique, Beatrix, « s’affaiblissait d’heure en heure ». Non seulement il se morfond, mais il éprouve une méchante jalousie à l’égard de Fergus, le dernier fils du jardinier.
Mais qui frappe à la porte ? Quel est cet homme « drapé dans une cape noire dont la capuche dissimulait à demi son visage écarlate » ? Le diable ? Le diable ! Qui propose un horrible marché à M Anderson : s’il invite le petit Fergus à partager les jeux de Beatrix, lui, le diable, se charge de guérir la fillette en faisant passer la santé du garçon dans le corps de la fillette. « Au printemps, l’un des deux enfants mourra ! », tel est l’abominable marché… Rassurez‐vous, les enfants, innocents et courageux, déjoueront le piège diabolique et les deux pères ne pourront que s’en réjouir. Le conte est d’autant plus émouvant que les enfants sont orphelins et les papas veufs ; aucune présence féminine adulte ne vient adoucir ces longues journées d’hiver.
Christel Espié donne ici la mesure de son talent : les illustrations pleine page de ce grand album (29,3 x 36,4 cm) créent une atmosphère aux couleurs très contrastées, aussi contrastées que les sentiments des protagonistes du conte.

Dès 6 ans

Marie‐Aude Murail, Le Visiteur de minuit, illustrations de Christel Espié, Albin Michel Jeunesse, 2018, 32 p., 18 € — Imprimé en Italie. Une première version du conte a été publiée en 1988 dans la revue J’aime lire.

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver

Gulliver – Lemuel de son prénom – est, l’a-t-on oublié ? – chirurgien de marine. Jusqu’au jour où son navire fait naufrage. Le voilà recueilli par les Lilliputiens, peuple minuscule mais néanmoins belliqueux. Un des motifs de leur guerre contre l’Empire de Blefuscu ? « Une très vieille querelle autour de la façon de casser les œufs à la coque » : par le gros bout, comme les Gros‐Boutistes, ou par le petit bout, comme le défendent les Petits‐Boutistes ? Après ce voyage à Lilliput, Gulliver se retrouve à Broddingnag, quelque part entre l’Amérique et le Japon, puis à « Laputa, Balnibarbi et autres contrées », avant de se retrouver chez les Houyhnhnms, ces chevaux aussi beaux qu’intelligents. Ce roman d’aventures du XVIIIe siècle, où la science‐fiction et le fantastique permettent de se moquer de nos travers, a été adapté ici pour de jeunes lecteurs sans perdre de sa vivacité ni de son style inimitable.

Dès 9 ans

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver, adaptation de Claude Carré, illustrations de Kaa, Auzou, coll. « Recueils universels », 2017, 104 p., 17,50 €

Eric Senabre, Le Vallon du sommeil sans fin

Arjuna Banerjee, le « détective des rêves » et son fidèle assistant Watson – pardon, Christopher Carandini, le narrateur, sont invités à résoudre une nouvelle affaire, et non des moindres. Dans la maison de cure de Dowland House, au fin fond de la vieille Angleterre, quatre patients sont plongés dans un sommeil agité, dont rien ne parvient à les réveiller. Même pas les cauchemars terribles qui les agitent… Car une créature, « une espèce de chose noiraude et aux oreilles pointues, rabougrie et trapue, comme une espèce de diable en miniature », rode dans Dowland House. Une créature qui a attaqué les clients de ce qui n’est peut‐être pas seulement une maison de cure. Alors quand Banerjee se plonge dans cet état second où, grâce à ses rêves, il dénoue les intrigues, le lecteur est en droit de se demander s’il se réveillera… Un polar « surnaturel » plein d’humour, mais aussi historique quand Eric Senabre évoque la guerre de l’opium et la révolte des Boxers qui ont agité la Chine, entre 1899 et 1901. Et philosophique, car la créature (chut, je ne devrais pas vous le dire) en est la triste victime.

Dès 12 ans

Eric Senabre, Le Vallon du sommeil sans fin, Didier Jeunesse, coll. « Fiction », 2018, 288 p., 15,90 €. Imprimé en France.

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours

« Le roi des ours, Léonce, était allé ramasser des champignons avec son jeune fils Tonin, deux chasseurs avaient enlevé l’enfant. Le père s’étant éloigné un instant le long d’un à‐pic, ils avaient surpris l’ourson seul et sans défense, l’avaient ligoté comme un vulgaire paquet et fait descendre, le long des précipices, jusqu’au fin fond de la vallée. » Bien penaud, Léonce n’ose pas dire que son fils lui a été volé et raconte qu’il est mort, ce qui lui laisse mauvaise conscience… Jusqu’au jour où il se décide à aller voir ce qui se passe chez les hommes. Et là, nous allons voir ce que nous allons voir ! Magicien, Troll, Croquemitaine, grand duc de Sicile lui‐même, châteaux hantés, sangliers, pas le temps de s’ennuyer ! Cette nouvelle édition du célèbre roman (1945) reprend les dessins de l’auteur lui‐même, en noir et blanc ou en couleurs, sous une couverture cartonnée et même dorée. L’occasion d’un beau cadeau, et d’une entrée en fanfare dans ce que la littérature classique peut avoir de réjouissant.

Dès 10 ans

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours, illustrations de l’auteur, Gallimard Jeunesse, coll. « Albums junior », 2018, 144 p., 17,50 € — disponible aussi en poche, Folio Junior, 5,80 €  — Traduit de l’italien par Hélène Pasquier

Loïc Le Borgne, Les Loups – La Promesse du roi

Parcourir la forêt de Brocéliande, camper sous ses grands arbres, visiter ses sites emblématiques, quoi de mieux pour des scouts ? Mais quand la patrouille des Loups apprend que l’épée du roi Arthur, la célèbre Excalibur, existe bel et bien, l’aventure du « grand jeu » devient une quête parsemée d’embûches… Il s’agira tout bonnement de la retrouver, cette épée, avant que la Guilde du chevalier noir ne mette la main dessus. Edouard, son ami Ange et Titouan font la connaissance d’Yvain, jeune garçon employé au château où résident les guides, Clémence et ses compagnes. Ami ? Ennemi ? De roman d’aventure, La Promesse du roi tourne vite au roman fantastique : car Brocéliande est un monde magique, avec ses étangs, ses pierres levées, ses cavernes… Après « Le Secret des murmureurs », Loïc Le Borgne signe un nouvel épisode des aventures de la patrouille des Loups : sera‐t‐elle à la hauteur du noble idéal qui animait les chevaliers de la Table Ronde ? Et cet idéal, aujourd’hui, comment le vivre au quotidien ?

Dès 12 ans

Loïc Le Borgne, Les Loups – La Promesse du roi, Mame, 2018, 224 p., 14,90 €

Dashka Slater, Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf

« Pourquoi est‐ce que certaines chansons nous rendent tristes ? Où va le soleil lorsqu’il disparaît dans l’océan ? Comment naît une amitié ? » Que de questions difficiles pour Marco le Renard ! D’autant plus que la seule réponse des autres renards tient en une phrase : « Y a‐t‐il un rapport avec la blanquette de poulet ? » Une phrase qui risque de devenir un refrain … Alors, pour y échapper, une seule solution : embarquer sur le bateau‐cerf. Un bateau magique, qui tient de la goélette et du snakkar, dont on se demande si l’équipage est sorti de l’arche de Noé – mais une arche sans Noé ni sa tribu – ou d’un bateau corsaire. Un bateau magique, donc, et un voyage onirique, conté avec fantaisie par Dashka Slater et guidé par le pinceau des Fan Brothers, Eric et Terry Fan. Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf, c’est aussi un conte philosophique, à la recherche de l’essentiel.

Dès 5 ans

Dashka Slater, Le Fabuleux Voyage du bateau‐cerf, illustrations de The Fan Brothers, Little Urban, coll. « Fabuleux voyage », 2018, 13,50 € — traduit de l’anglais par Véronique Mercier‐Gallay. Imprimé en Chine.

Jan Pienkowski, La Maison hantée

« Entrez, docteur, c’est un drôle de vieil endroit… plutôt frisquet, pas vrai ? » Et comment ! Une araignée descend de la balustrade, la Gioconda louche sur son chat, et mieux vaut ne pas savoir ce qui dégouline de l’escalier… Pieuvre, crapaud géant, gorille et autres monstres ont pris leurs quartiers dans ce manoir so british sorti tout droit de l’imagination de Jan Pienkowski, bien aidé de Tor Lokwig pour les mécanismes en papier. Et tout cela se déplie, grince, surgit de nulle part… Brrr ! Le plus célèbre pop‐up du XXe siècle ! Avec une petite différence entre l’édition de 1979 et celle de 2013 : ce n’est plus une griffe qui sort de la boîte à lettres, mais la queue d’un serpent. En avez‐vous repéré d’autres ? Un peu cher, mais gageons que les jeunes parents qui s’en sont délectés dans les années ’80 partageront ces abominables horreurs avec leurs enfants.

Dès 6 ans

Jan Pienkowski, La Maison hantée, Nathan, 2013, 12 p., 25,90

Marcel Aymé, Les boîtes de peinture

« Un matin de vacances, Delphine et Marinette s’installèrent dans le pré, derrière la ferme, avec leurs boîtes de peinture. Les boîtes étaient toutes neuves. […]
– Bonjour, les petites. Qu’est-ce que vous faites avec ces boîtes ?
Marinette lui répondit qu’elles se préparaient à peindre et lui donna toutes les explications qu’il souhaita.
– Si tu veux, ajouta‐t‐elle, je vais faire ton portrait.
– Oh ! oui, je veux bien, dit l’âne. Nous, les bêtes, on n’a guère l’occasion de se voir tel qu’on est.
Marinette fit poser l’âne de profil et se mit à peindre. De son côté, Delphine entreprit le portrait d’une sauterelle qui se reposait sur un brin d’herbe. Appliquées, les petites travaillaient en silence, tirant la langue du côté où penchaient leurs têtes. »
Peindre, certes, mais réussir un portrait, ce n’est pas si facile… surtout quand la malice de Marcel Aymé s’en mêle et intervertit les qualités des animaux de la ferme avec celles de leurs reproductions maladroites ! L’âne trébuche sur ses deux pattes, la sauterelle disparaît dans la verdure, le cheval est plus petit que le coq, et les deux bœufs blancs, peints sur une feuille blanche, ont bel et bien disparu…
Un des plus célèbres Contes du Chat perché, illustré ici avec humour et tendresse par les bois gravés de May Angeli, dans une belle mise en page, très lisible.

Et si vos enfants veulent s’initier à la linogravure avec May Angeli, la bibliothèque Vaclav Havel (Paris 75012) propose un atelierhttps://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/56490/atelier-gravure-sur-bois-avec-may-angeli?_lg=fr-FR le 27 octobre prochain.

Dès 6 ans

Marcel Aymé, Les Boîtes de peinture, bois gravés de May Angeli, Les Editions des Elephants, 2018, 48 p., 15 €. Imprimé au Portugal.

Hayao Miyazaki, Mon voisin Totoro, l’album du film

« — C’est une vieille maison !
— Elle est peut‐être hantée…
Satsiki et Mei faisaient le tour de la bâtisse délabrée en s’esclaffant. Mais, en réalité, le lieu leur avait énormément plu dès le premier coup d’œil ! »
Et pour être hantée… leur nouvelle maison va se révéler abriter notamment des « noiraudes », étonnantes petites boules de poussière. Mais c’est dans la forêt que les deux fillettes vont rencontrer les fameux Totoro, le grand Totoro (1300 ans pour 2 mètres de haut), le Totoro moyen (600 ans environ) et le petit Totoro, qui ne compte que 100 printemps. S’en suit une merveilleuse fable, pleine de tendresse (il en faut, car la maman est à l’hôpital), où ces êtres invisibles aux hommes – mais pas aux deux jeunes héroïnes – jouent de l’ocarina les nuits de pleine lune. Qui est partant pour une promenade en chat‐bus ?

Dès 6 ans

Hayao Miyazaki, Mon voisin Totoro, l’album du film, Glénat Jeunesse, coll. « Studio Ghibli », 2018, 112 p., 17,90 €

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires

« Les lettres s’enchevêtrent, se déforment. Les mots se tordent et se détachent les uns des autres pour former des broussailles et des feuillages. Puis ils se mettent à ruisseler le long de mon visage. Une pluie de mots s’abat sur moi.
L’instant d’après, je me retrouve au milieu des racines d’un arbre immense, en pleine forêt vierge. Tout autour de moi, les nuances de vert explosent, de la plus claire à la plus foncée. […] Je me trouve au début du Livre de la jungle ! La famille de loups vient juste de découvrir Mowgli, seul dans la jungle. »
Quand Amy, jeune adolescente allemande, débarque à Stormsay, une île battue par les vents au large de l’Ecosse, elle est loin de savoir ce qui l’attend… De sa famille écossaise, elle a hérité un don : celui d’entrer dans les livres – un don qu’elle partage avec d’autres adolescents de l’île. Or, un grand danger menace les chefs-d’œuvre les plus célèbres, du Petit Prince en passant par Peter Pan. Ce roman policier et fantastique très original donnera aussi envie d’en savoir plus sur Werther, Le Songe d’une nuit d’été, ou Orgueil et Préjugés, dont les personnages participent à l’intrigue – à leur façon.

Dès 12 ans

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires, Fleurus, 2016, 432 p., 16,90 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en France.