Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Fantastique

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires

« Les lettres s’enchevêtrent, se déforment. Les mots se tordent et se détachent les uns des autres pour former des broussailles et des feuillages. Puis ils se mettent à ruisseler le long de mon visage. Une pluie de mots s’abat sur moi.
L’instant d’après, je me retrouve au milieu des racines d’un arbre immense, en pleine forêt vierge. Tout autour de moi, les nuances de vert explosent, de la plus claire à la plus foncée. […] Je me trouve au début du Livre de la jungle ! La famille de loups vient juste de découvrir Mowgli, seul dans la jungle. »
Quand Amy, jeune adolescente allemande, débarque à Stormsay, une île battue par les vents au large de l’Ecosse, elle est loin de savoir ce qui l’attend… De sa famille écossaise, elle a hérité un don : celui d’entrer dans les livres – un don qu’elle partage avec d’autres adolescents de l’île. Or, un grand danger menace les chefs-d’œuvre les plus célèbres, du Petit Prince en passant par Peter Pan. Ce roman policier et fantastique très original donnera aussi envie d’en savoir plus sur Werther, Le Songe d’une nuit d’été, ou Orgueil et Préjugés, dont les personnages participent à l’intrigue – à leur façon.

Dès 12 ans

Mechthild Gläser, Les Passeurs d’histoires, Fleurus, 2016, 432 p., 16,90 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en France.

Frauke Scheunemann, Winston, tome 1 : Un chat en mission secrète

British Shorthair raffiné, Winston vit sa vie de chat de luxe sur le canapé du professeur Hagedorn, dans un quartier cossu de Hambourg. Cette vie va être bouleversée par l’arrivée de la jeune Kira et de sa maman, Anna, venue remplacer la gouvernante du professeur. Mais encore plus bouleversée quand, un jour d’orage – nom d’une sardine à l’huile ! – nos deux héros, Kira et Winston, se retrouvent l’un dans le corps de l’autre. S’ensuivent toute une série de péripéties, de quiproquos et d’aventures, qui nous mènent du collège de Kira – maltraitée par d’odieuses condisciples — à la cour de l’immeuble – où les autres chats snobent Winston. Plus grave, Anna, poursuivie par le méchant Vadim (son ex-compagnon, qui n’est pas le papa de Kira), doit prouver son innocence. Chat et adolescents vont courir tous les risques pour l’aider.
Venu d’Allemagne, ce roman d’aventures fera aussi connaître la vie des collégiens allemands, et les difficultés rencontrées par une adolescente russe et sa mère, en proie à un personnage mafieux mais protégées par la figure « paternelle » du professeur Hagedorn ainsi que par les autorités scolaires.

De 9 à 12 ans

Frauke Scheunemann, Winston, tome 1 : Un chat en mission secrète, Fleurus, 2016, 365 p., 15,90 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en France.
Dans la même série – mais que Mme la Chouette n’a pas lus :
Frauke Scheunemann, Winston, tome 2 : L’agent secret aux pattes de velours, Fleurus, 2017, 368 p., 15,90 €
Frauke Scheunemann, Winston, tome 3 : L’espion qui miaulait, Fleurus, 2018, 350 p., 15,90 €

Jean Villemin, L’Iceberg rouge

« La pluie cessa d’un coup et, à la faveur du faisceau de la lumière du phare, je le vis. Il était là. Gigantesque, échoué. Sa pâleur illuminait la nuit. Un souffle frais vint caresser nos visages et me fit frissonner. […]Un iceberg, c’était un iceberg échoué sur la plage ! Je ne pouvais m’empêcher de voir dans cette apparition une menace cachée à l’attention des marins des Wadden… Car la pêche à la baleine était bien l’occupation favorite des hommes de l’île. Mais pour comprendre, il faut raconter l’histoire de l’Iceberg rouge… »
Un carnet retrouvé sur un marché au puces contient le début d’une biographie – celle d’un certain Kommandeur Hidde Dirks Kat. Pour rédiger cette biographie, le narrateur, Martial Wlimens a loué, sur l’île d’Ameland dans la mer du Nord, la maison dudit commandeur. Cette mise en abyme n’est qu’une aimable mise en bouche…
Car, par un « beau » matin de brume, un iceberg vient s’échouer sur la plage. S’agirait-il de cet « iceberg rouge », dont le narrateur va faire renaître l’histoire – délaissant ainsi celle du commandeur ? Une histoire qui « débuta tragiquement en avril 1912 quand apparut dans l’Atlantique Nord un iceberg dont la destinée fut remarquable. Il était gigantesque. Une de ses faces particulièrement aiguës eut raison du TITANIC qui sombra dans les eaux glacées. Le paquebot laissa une immense trace continue de peinture rouge sur l’épine de l’iceberg ». Une histoire qui est aussi un long voyage d’exploration de ces mers baleinières, où l’on croise Moby Dick, Amundsen et Nobile. Ce qui est sûr, c’est qu’un trait de rouge raye les encres grises et sépia, traverse les pages de ce récit mis en images par l’auteur et lui donne une étrange profondeur onirique… Quant à cet iceberg rouge, légende ou réalité ?

Adolescents

Jean Villemin, L’Iceberg rouge, Editions Magellan & Cie, 2018, 72 p., 18 €

Valérie Allam, Face de Lune

« Dans mon CP, tout irait très bien s’il n’y avait pas Pavlos, un garçon bizarre et tout pâle aux cheveux bouclés. En fait, il est tellement pâle qu’on l’appelle Face-de-Lune. » Un nouveau, qui « passe ses journées à dessiner des navettes spatiales ». Et dont le carnet de croquis attire la convoitise des CM2. Petit à petit, les enfants vont s’apercevoir que Face-de-Lune cache un secret… un secret intergalactique ! Ce petit roman sera idéal pour aider les jeunes lecteurs à se lancer seuls : court, illustré, avec des anecdotes scolaires et une aventure digne de Star Wars – au moins !

De 6 à 9 ans, dès la lecture fluide acquise

Valérie Allam, Face de Lune, illustrations de Julien Plat, Editions Ex Aequo, coll. « Saute-Mouton », 2018, 32 p., 5 €

Charles Lamb, Contes de Shakespeare

Au tout début du XIXe siècle, le poète Charles Lamb avait fait paraître les Tales from Shakespeare, un recueil de 20 contes qui, reprenant en les résumant et en les simplifiant les plus grandes pièces de Shakespeare, les avaient popularisées autant auprès des jeunes lecteurs que des adultes peu lettrés. Un immense succès outre-Manche ! Ce recueil, paru en 1932, reprend sept de ces contes, traduits par Téodor de Wyzewa, lui-même écrivain et proche des milieux symbolistes : Le Songe d’une nuit d’été, Le Marchand de Venise, Hamlet, Le Roi Lear, La Mégère apprivoisée, Roméo et Juliette, Othello. Les illustrations et la mise en page sont somptueuses. A retrouver au hasard des brocantes ou chez les libraires spécialisés, et à lire au coin de la cheminée, un plaid écossais sur les genoux.

Adolescents

Charles Lamb, Contes de Shakespeare, dessins d’Henry Morin, traduction et préface de Téodor de Wyzewa, H. Laurens éditeur, 1932, 136 p. D’occasion. J’ai eu la chance de le trouver pour 14 € — moins cher qu’un album neuf !

Roald Dahl, Billy et les Minuscules

Pourquoi la forêt qui s’étend devant la maison de Billy est-elle interdite d’accès ? Est-ce parce qu’elle abrite des Ecornouflons ? Un Horrifiant Engoulesang ? Billy n’a qu’une idée en tête : sauter la barrière, et y aller voir ! Quand une Chose, une Bête, un Monstre le poursuit, le voilà réfugié sur les hautes branches d’un grand arbre. Et dans cet arbre, vivent des milliers de Minuscules, aux habits et aux modes de vie étrangement démodés. Lesquels prient Billy de les débarrasser d’un terrible « Groinfrognard cracheur de fumée rouge orangé »… Y parviendra-t-il ?
Le « petit Louis » de la version illustrée par Patrick Benson est devenu Billy – dans cette réédition illustrée par Quentin Blake. Difficile de dire laquelle des deux est « la meilleure », chacune a son charme – plus de rêve chez Benson, plus d’humour chez Blake, « très fier que [les] deux éditions co-existent ».

Dès 8 ans

Roald Dahl, Billy et les Minuscules, illustrations de Quentin Blake, Gallimard Jeunesse, « Roman Cadet », 2018, 128 p., 11,50 € — Traduit de l’anglais. Couverture cartonnée.
Roald Dahl, Les Minuscules, illustrations de Patrick Benson, Gallimard Jeunesse, 2002, 66 p., 7,60 €. Les illustrations ont bien plus de charme en grand format, mais l’album semble épuisé.

Le souffle de la pierre d’Irlande” sur Radio Libertés

Le souffle de la pierre d’Irlande sur Radio Libertés, le cycle romanesque d’Eric Simard, était à l’honneur de ma dernière émission sur Radio Libertés. Vous pouvez l’écouter ci-dessous.

Le souffle de la pierre d’Irlande” sur Radio Libertés

par Chouette ! Un livre | Radio Libertés

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer

« Monsieur Eiffel, n’est-ce pas ? demanda le nain. Je vous félicite. Nous sommes très intéressés par la manière dont vous avez répondu aux défis que nous vous avons lancés, et nous serions heureux de vous compter dans nos rangs.
Gustave masqua son étonnement.
— Je vous remercie, répondit-il. Mais me sera-t-il enfin possible de connaître les activités de votre société ?
— Oui, oui, je me doute que vous avez beaucoup de questions. Vous pouvez m’appeler “mon ordinal”. Je suis le fondateur de la S.S.S.S.S.S. : la Société Super Secrète des Savants en Sciences Surnaturelles. »
Et voilà comment Gustave Eiffel, en compagnie de Louis Pasteur et d’Alfred Nobel, va se trouver embringué dans un roman policier « fantastico-historico-scientifico-romantique », entourloupiné par Flore Vesco, jamais en reste quand il s’agit d’élaborer une intrigue, de l’assaisonner de situations cocasses et de jeux de mots où une créativité déjantée l’emporte (mais pas toujours) sur un fond d’esprit potache. Les références au Metropolis de Fritz Lang comme à L’Eve future de Villiers de l’Isle-Adam assurent au roman une généalogie savante, mais le cousin d’Isamberte ne serait autre que Magnéto, un mutant de l’univers des X-Men, ce qui rassurera nos adolescents. Isamberte ? Derrière ce prénom se cache la fille d’Aldinni, le « méchant-méchant » du roman – et d’Aldinni à Houdini et à Robert Houdin, la magie n’est pas loin… Une magie aussi sombre, voire carrément gore, que les salles des machines de la manufacture où se déroule le roman. Frissons garantis !

Adolescents

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer, Didier Jeunesse, 2018, 224 p., 15,90 €

Pascal Ruter, Dis au revoir à ton poisson rouge !

« — Ma correspondante, c’est ma mère qui l’a choisie sur une sorte de catalogue, on va la chercher.
— En Angleterre ?
— Mais non, à Roissy, con. Elle reste toutes les vacances de Pâques.
En tout cas, mon programme d’entraînement est réduit en cendres. Ma mère m’a prévenu : on range le skate, on sort sa langue pour dire the comme il faut, et au programme : bateau-mouche, musées, conférences ; Notre-Dame, Sacré-Cœur… »
Un programme qui va voler en éclats dès la page 16 du roman, où Andréas, 15 ans, se retrouve au 1er sous-sol de Roissy en compagnie de la désarmante et néanmoins charmante Mary – mais sans ses parents, lesquels ont disparu. Plus rapide que le skate d’Andréas, plus déjanté que ses backflips, n’hésitant pas à prendre les virages les plus incongrus à 180 degrés, ce roman d’espionnage nous fait courir de Paris à Brasilia en passant par New York, pour atterrir dans des mines de sel roumaines. La recherche des parents d’Andréas donne lieu à des courses poursuites, à des rencontres improbables avec quelques illuminés et, bien sûr, à des bagarres héroïques avec de très méchants personnages. Un rythme trépidant donc, James Bond et OSS 117 ne sont pas loin, mais en mode ado. Mary est heureusement bien plus futée que les girls de cinéma : surdouée, maîtrisant le réseau vertueux du Deep Pink Web comme personne, championne de krav maga et j’en passe, elle mène par le bout du nez un Andréas un peu emprunté de sa personne mais bon garçon. Avec un titre – horresco referens – que l’on dirait emprunté à San Antonio soi-même, les pages se tournent toutes seules. Idéal pour les vacances.

Dès 12 ans

Pascal Ruter, Dis au revoir à ton poisson rouge !, Didier Jeunesse, 2018, 256 p., 15 €

Loïc Le Borgne, Les Loups, Le secret des murmureurs

« Il avait reconnu la bête.
Ce n’était ni un renard ni un blaireau. Pas même un chien de berger.
Nez allongé, larges joues, oreilles pointues, pelage gris et blanc et surtout des yeux en amande placés de biais, avec un regard brûlant, intelligent, qui semblait perforer votre âme.
C’est un loup, pensa-t-il, pétrifié. […] Merde, qu’est-ce qu’il fout là ? songea Edouard, qui n’était pourtant pas du genre à jurer beaucoup, surtout en camp scout. »
Rencontrer un loup, puis des loups pour un jeune éclaireur qui appartient à la patrouille des Loups, est-ce un rêve éveillé ? une chance ? un pur hasard ? Surtout quand le camp d’été se déroule sous les murailles du Cirque de Gavarnie… Un camp d’été commencé sous de curieux auspices – vaccination contre la rage, arrivée de nouveaux scouts et guides – et qui va faire vivre aux deux troupes de bien curieuses aventures : adolescents aux pouvoirs étranges, complot fou d’une secte, opération commando, courses dans la neige… Et comme toujours chez les scouts, du courage, de la confiance et de belles amitiés.

Dès 12 ans

Loïc Le Borgne, Les Loups, Le secret des murmureurs, Mame, 2018, 272 p., 14,90 €

Partons dans le monde antique !

À l’antenne de Radio Libertés, ma dernière chronique est à écouter ici :

Partons dans le monde antique !

par Chouette ! Un livre | Radio Libertés

  • Richard Normandon, Les Enquêtes d’Hermès, tome 2, L’Affaire Méduse, Gallimard Jeunesse, 2018, 192 p., 10 €
  • Didier Lévy, La Louve et l’Anglais, illustrations de Tiziana Romanin, Sarbacane, 2018, 48 p., 16 €
  • Joséphine Barbereau, L’art raconte Ulysse, Palette, coll. « L’art raconte », 2018, 48 p., 14,50 €

Tove Jansson, Le dangereux voyage

La petite Susanna, telle Alice, s’ennuie et aimerait « que le danger montre son nez et que tout devienne moins lassant, plus excitant et palpitant ! ». Au fil des pages, partie à la recherche de son chat, elle ne sera pas déçue ! Elle va traverser des paysages inquiétants, et faire des rencontres de plus en plus excentriques. Jusqu’à croiser sur son chemin des créatures bien connues des lecteurs de la Finlandaise Tove Jansson : l’Hémule, accompagné de Tovla et Vivla. Lequel Vivla s’offre le luxe de parler un langage étrange – « tout est mala », « je croila bien »…- qui sera vite imité dans les cabanes ! Au bout du voyage, un petit paradis se découvre, la verte vallée des Moomins (qui se disaient autrefois Moumines). Une belle aventure donc pour Susanna, qui « ne sut jamais si tout cela avait été réel. Mais comme on peut l’imaginer, ce n’est pas l’essentiel ». Cette belle réédition, soignée et en format album, à la suite de « Qui va rassurer le tibou ? », fera connaître l’humour inimitable, le ton à la fois magique, innocent et enchanteur de Tove Jansson.

Dès 5 ans

Tove Jansson, Le dangereux voyage, Cambourakis, coll. « Moomin », 2018, 32 p., 14 € — Traduit du suédois.