Thème

Romans historiques

Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – La féerie de Noël (tome 10)

« Il neige dans les rues de Paris, et Noël approche ! Célestine et ses amies découvrent, émerveillées, la douce ivresse du patin à glace, la musique d’un orgue de Barbarie, les vitrines féeriques des grands magasins… Mais la promesse d’un autre événement fait briller les yeux de Célestine encore plus fort que le reste : sa mère doit la rejoindre, et elles fêteront ensemble le réveillon… » Mais au dernier moment, rien n’est plus certain…
Madame la Chouette avoue avoir copié le résumé du livre, ce qui est rare, mais comment lire tant de livres avant Noël ? Le 10e tome des aventures si attachantes de Célestine, petit rat de l’Opéra en 1900.

Dès 8 ans

Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – La féerie de Noël (tome 10), illustrations de Myrtille Tournefeuille, Albin Michel Jeunesse, 2020, 144 p., 7,20 €

Natsuko Wada, Marie-Antoinette (1755–1793)

« Après son départ, Maria Antonia ne revit plus jamais sa mère. Le très long cortège qu’elle emmena avec elle… arriva à mi-parcours entre l’Autriche et la France au bout de deux semaines. Pour cette occasion, un bâtiment avait été construit sur une île du Rhin… où Maria Antonia fut confiée à des personnes venues la chercher depuis la France. » Et c’est ainsi que la jeune et insouciante archiduchesse d’Autriche Maria Antonia s’apprêtait à devenir Marie-Antoinette, reine de France. Cette collection des « grands noms de l’histoire en manga » continue son pari : proposer un récit fidèle à l’histoire, dans un style de narration typique du manga. Au fil du récit, les dessins de Mamoru Kurihara se font de plus en plus sobres et respectueux de la fin tragique de Louis XVI et de Marie Antoinette, même s’ils apportent une touche assez irréelle et décalée de notre histoire de France. A la fin du volume, les jeunes lecteurs curieux – ou sollicités pour un exposé – trouveront un dossier pédagogique bien monté, entre frise chronologique et reproductions d’œuvres d’art.

Dès 8 ans

Natsuko Wada, Marie-Antoinette (1755–1973), illustrations de Mamoru Kurihara, Pika Edition — Nobi Nobi, coll. « Les grands noms de l’histoire en manga », 2020, 160 p., 7,90 € — Adapté et traduit du japonais. Imprimé en France. A feuilleter ici.

Anne-Marie Pol, Défenseur des oubliés

Fin novembre 1793. Quelle idée de s’embarquer par un froid pareil pour Chausey, cet archipel battu par les vents au large de la Normandie ! Mais Sébastien de Rocadour, dit l’Esquirol, doit remplir sa mission : transmettre des lettres des princes émigrés à un agent contre-révolutionnaire. Car le temps presse : à la Conciergerie, la princesse Marie-Thérèse, sa tante Madame Elisabeth et surtout le petit Louis XVII sont en réel danger. Cette dernière mission, l’Esquirol la mène aux côtés de sa si jolie Saphire – mais réussira-t-elle ? De Chausey à Paris, de Paris à Rocadour, les routes sont semées d’embûches, de traîtres et de lâches… Ce 3e et dernier tome est un peu pessimiste – mais si réaliste : « Peut-on empêcher le cours du temps ? » — d’autant moins que la fin de l’histoire est connue. Mais cela n’interdit pas de cultiver un certain panache !

Dès 10 ans

Anne-Marie Pol, Défenseur des oubliés, Le destin de l’Esquirol, tome 3, Mame, 2020, 240 p., 14,90 € — Imprimé en Italie

Anne-Marie Pol, Le Baladin de la Reine, Le destin de l’Esquirol, tome 1, Mame, 2018, 254 p., 14,90 €
Anne-Marie Pol, Chevalier du Roi captif, Mame, 2019, 240 p., 14,90 €

Yvon Bertorello et Boris Talijancic, Ad Romam, Les fosses de Marius

Si l’on en croit le géographe grec Strabon, « Marius s’aperçut que […] l’entrée du fleuve tendait à s’oblitérer et devenait difficile, […] il fit creuser un nouveau canal où il dériva la plus forte partie des eaux du Rhône. Il en concéda la propriété aux Massaliotes, […] et cette concession devint pour eux une source de grands profits ». Partant de ce texte antique, Yvon Bertorello et Boris Talijancic ont scénarisé le 2e tome de leur bande dessinée « Ad Romam ». Blaise et ses amis y découvrent les fossae Marianae, les fameuses fosses de Marius, qui relient Arles à la mer. Si nous voyageons dans le temps (non sans heurts !), nous ne voyageons néanmoins pas jusqu’au Pacifique – les fossae Marianae n’ont rien à voir avec la fosse des Mariannes du Pacifique : nous sommes bien entre Arles et Fos-sur-Mer, entre le 1er siècle avant J.-C. et aujourd’hui. Que de pièges sur le chemin de nos jeunes étudiants ! Marché aux esclaves, attaques des barbares, prêtresse guerrière exaltée, détournement de cargaison… Ils n’auront pas un instant de répit, dans ces allers et retours entre le lycée Albert-1er de Monaco, le musée d’Istres, les quais de ce qui n’était pas encore Fos-sur-Mer, sans oublier les piscines modernes et les thermes romains !

Adolescents

Yvon Bertorello et Boris Talijancic, Ad Romam, Les fosses de Marius, Editions du Rocher, 2020, 60 p., 15,90 € — Imprimé en Belgique

Béatrice Egémar, Zélie, l’orpheline de Notre-Dame

« Elle regarde aux alentours, pour vérifier qu’aucun mendiant n’est installé, et n’en voit pas. Allons, il faut y aller ! Elle s’assied sur les marches du parvis et tend la main, espérant qu’une bonne âme, en sortant de l’église, lui donnera une pièce. Voilà le travail que les Balard demandent à leur ‘fille’ : mendier ! » Ce soir d’hiver 1649, Zélie ne rapportera pas grand-chose… Elle se réchauffera d’une soupe distribuée par les Filles de la Charité aidées de Gaspard et de Joachim, les petits héros rencontrés ici. Une mauvaise chute sera le point de départ de ce nouvel épisode : Zélie échappera-t-elle à ses exploiteurs et aux bandes de clochards qui écument Paris ? Retrouvera-t-elle la trace de ses vrais parents ? Trouvera-t-elle un peu de réconfort sous la houlette de Vincent de Paul ?
Comme elle le précise sur son blog, Béatrice Egémar s’est « attachée à tous les gamins des rues rencontrés dans le Paris de la Fronde, ainsi qu’aux Filles de la Charité qui consacraient leur vie à venir en aide à tous les miséreux de cette époque si dure ». Un roman d’aventures, dans un cadre historique peu connu aujourd’hui, au cœur de Paris.

Dès 9 ans

Béatrice Egémar, Zélie, l’orpheline de Notre-Dame, Mame, coll. « La petite troupe de Monsieur Vincent », 2020, 176 p., 10 € — Imprimé en France

Marie Malcurat, Guillemette et la montgolfière

La jeune Guillemette, passionnée par les sciences, aide son père, un grand savant des Lumières. Le jour où il est victime d’un accident de calèche, la jeune fille fait la connaissance de François Rosambeau, un cousin des Montgolfier. Elle va mettre toute sa passion et toute son énergie pour participer à la fabrication de la première montgolfière. Parviendra-t-elle à décoller devant le roi Louis XVI ? Cette aventure historique se double d’une enquête au cœur d’un secret de famille : qui donc est ce Jean évoqué par le père de Guillemette ? L’écriture du roman emprunte de son style aux écrits de l’époque, passés simples et mots désuets inclus, mais avec des expressions plus contemporaines et un rythme tonique. Les demoiselles fondront pour le jeune Rosambeau et seront émues par le destin de Jean – il ne leur sera sans doute pas facile de coudre une montgolfière mais elles auront vécu une belle aventure scientifique !

Dès 10 ans

Marie Malcurat, Guillemette et la montgolfière — La famille d’Angely, illustrations de Johanna Springer, Mame, 2020, 208 p, 11,90 € — Imprimé en Espagne

Gwenaële Barussaud, Le palace de Rose et Suzon – Un mariage extraordinaire

Paris, place Vendôme, 1926. Le Ritz, cet hôtel déjà mythique. « Rose soupire. Pourvu que Suzon parvienne à a rejoindre cette nuit… Ce n’est pas drôle de cuisiner pour soi. Les pâtisseries sont toujours meilleures quand elles sont partagées ! » Mais que faire quand la porte des cuisines est fermée ? Car on soupçonne des vols, explique un valet à la jeune demoiselle –qui, osons le dire, n’a rien à faire dans les sous-sols sous le coup de minuit. Rose, la fille du sous-directeur du Ritz, et Suzon, la petite femme de chambre, restent les inséparables amies déjà rencontrées dans le 1er tome.
Une cantatrice de renom va épouser un célèbre aviateur dans les luxueux salons de l’hôtel mais c’est un secret – que les fillettes s’empressent de partager. Un secret tellement bien gardé que le chef cuisinier ne travaille que la nuit à préparer le festin. Et voilà qu’un critique gastronomique tatillon arrive pour déjeuner. Panique à bord ! En nous plongeant dans les coulisses de cet univers de luxe et de modernité, Gwenaële Barussaud nous fait aussi découvrir l’énergie de ces Années folles, où les fleuristes livrent des camélias au volant de leur Hotchkiss, où les demoiselles de bonne famille commencent à s’habiller chez Mademoiselle Chanel, où l’on s’essaie à danser le charleston. Lucie Durbiano a trouvé le ton juste pour illustrer les aventures des deux fillettes : Suzon, natte dans le dos, en tablier noir, et Rose, cheveux à la garçonne et robes colorées, entre lustres en cristal et chambrette sous les toits, feront rêver les jeunes lectrices.

Dès 10 ans

Gwenaële Barussaud, Le palace de Rose et Suzon – Un mariage extraordinaire, illustrations de Lucie Durbiano, Rageot, 2020, 160 p., 11,90 €

Claire Astolfi, Jean-Paul II, au-delà des murs

Pour l’état civil polonais, il est Karol Wojtyla. Ses parents et ses camarades le surnomment Lolek, les jeunes skieuses et les kayakistes optent pour Wujek, « petit oncle ». Un beau jour d’octobre 1978, il choisit le nom de Jean-Paul II. Depuis 2014, il est saint Jean-Paul II. Né il y a cent ans dans une famille modeste de Wadowice, près de Cracovie, le jeune Karol a très tôt son lot de souffrances : il perd sa mère, puis son frère, avant que la guerre l’oblige à la clandestinité – car le séminaire, en 1942, est clandestin. Mais rien n’arrête la détermination et les facultés de résistance du jeune homme… De son enfance à sa mort en 2005, rien n’aura été fade dans l’existence de ce personnage hors du commun, sportif, intellectuel, poète, homme de théâtre, pèlerin, contemplatif et missionnaire, défenseur des plus pauvres. Même si le récit est résolument apologétique – et cela se comprend — , Claire Astolfi a réussi le pari d’écrire un roman historique dynamique et rigoureux à la fois, à la portée des adolescents. Main dans la main avec Jean-Paul II, les jeunes lecteurs découvriront aussi la réalité des régimes communistes, de la guerre froide et des dangers qui peuvent survenir à tout instant, jusque sur la place Saint-Pierre quand Ali Agça a tiré trois coups de pistolet. Une saine lecture en ces temps pascals.

Dès 11 ans

Claire Astolfi, Jean-Paul II, au-delà des murs, Salvator, 2020, 192 p., 14,80 €

Isabelle Duquesnoy, Constance, fiancée de Mozart

28 mars 1781. « Mais, monsieur, c’est bien ce nom que j’ai lu sur vos feuilles de musique et sur notre cahier de réservations ! J’ai bien vu, vous avez signé “Trazom”.
L’homme se redresse, toussote un peu et tire sur sa tignasse poudrée pour couvrir ses oreilles.
— Voyons, dit-il sérieusement, j’adore inventer des sobriquets. “Trazom” est mon nom écrit à l’envers. Et regardez, c’est amusant : mon prénom à l’envers, c’est Gnagflow. N’est-ce pas ridicule ? […]
Il s’avance jusqu’à la lueur jaune des flambeaux et… non ? C’est impossible !
— Wolfgang Mozart ! C’est vous ? »
La jeune Constance, la troisième des quatre demoiselles Weber, tient son journal depuis le début de cette année 1781. Souvent malade, mal aimée de sa mère, dédaignée de ses sœurs, la jeune fille se réfugie dans ses rêves et dans la musique – elle a une très jolie voix et, comme toutes les jeunes filles bien élevées, a appris la musique. Pour pouvoir tenir son rang, Madame Mère, veuve, loue des chambres dans leur appartement viennois : des musiciens, des artistes ou des diplomates étrangers. D’où cette arrivée « en chair et en nonosse » du jeune prodige, au comportement parfois original. C’est de Constance, la timide, que Wolfgang va tomber amoureux. Jusqu’à demander sa main et l’épouser, le 4 août 1782. Cette biographie historique, comme le veut la collection, est présentée sous la forme d’un journal, sur un beau papier crème. Isabelle Duquesnoy a adapté, pour la jeunesse, son roman historique « Les Confessions de Constanze Mozart » (Plon, 2003). A lire en écoutant La Flûte enchantée ou La Petite Musique de nuit.

Dès 10 ans

Isabelle Duquesnoy, Constance, fiancée de Mozart – Vienne, 1781 – 1783, Gallimard Jeunesse, coll. « Mon histoire », 2009, 192 p., 9,90 € — ou en Folio Junior, 5,90 €

Carol Drinkwater, Pendant la famine en Irlande, Journal de Phyllis McCormack, 1845–1847

Au printemps 1845, la jeune Irlandaise Phyllis, 14 ans, se confie à son journal : elle se fait bien un peu de mauvais sang pour son frère Patrick, lequel tient des discours révolutionnaires indépendantistes, mais elle mène la vie de toutes les jeunes campagnardes irlandaises, courageuses et travailleuses. A l’automne, une catastrophe s’abat sur le pays : « Une mystérieuse maladie s’attaque à la récolte de pommes de terre », annonce la presse. Le journal de Phyllis prend un tournant dramatique : les lecteurs vont suivre, presque au jour le jour, cet épisode dramatique de l’histoire irlandaise que fut la Grande Famine. Non seulement les pommes de terre sont pourries, mais le gouvernement ne fait pas grand-chose pour tenter de juguler la famine qui s’abat sur l’île. La jeune fille, confrontée à la faim, à la maladie, au deuil et à l’extrême pauvreté, garde la tête haute. Et le miracle, comme pour tant d’Irlandais, aura pour nom l’Amérique. Le texte français a su conserver toute la saveur de l’anglais populaire, avec ses approximations et ses raccourcis : si Carol Drinkwater se définit comme « anglo-irlandaise », elle écrit en anglais. Clin d’œil à son ascendance irlandaise : Phyllis McCormack est le nom de sa mère.

Dès 10 ans

Carol Drinkwater, Pendant la famine en Irlande, Journal de Phyllis McCormack, 1845–1847, Gallimard Jeunesse, coll. « Mon histoire », 2006, 224 p., 9,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.

Giacomo Scarpelli, Le voyage de Darwin

25 décembre 1831. Syms Covington, 15 ans, vient d’embarquer comme mousse sur le Beagle, au service d’un certain monsieur Darwin. Lequel souffre terriblement du mal de mer… Brésil, Argentine, Tahiti, jusqu’aux Galápagos : le bateau part pour un tour du monde qui changera à jamais notre vision du monde vivant. Giacomo Scarpelli, membre de la Royal Geographical Society de Londres et scénariste, a trouvé le bon angle pour captiver les jeunes lecteurs : le récit est mené par Syms, aussi dévoué à Darwin que curieux et débrouillard. Les illustrations de Maurizio A. C. Quarello sentent bon les embruns et le grand large. Embarquement immédiat !

Dès 8 ans

Giacomo Scarpelli, Le voyage de Darwin, illustrations de Maurizio A. C. Quarello, Sarbacane, 2019, 64 p., 15,90 € — Traduit de l’italien. Imprimé en France

Ruta Sepetys, Le sel de nos larmes

Ruta Sepetys, Le sel de nos larmes

Hiver 1945. Quatre personnages, quatre destins, une obsession : fuir la guerre. Marcher vers l’ouest. Ne pas mourir. Ni de faim, ni de froid, ni de ses blessures. Survivre. Avancer. Joana, une jeune infirmière, a fui la Lituanie – mais porte un lourd secret. Florian, le Prussien, semble utiliser ses talents de faussaire pour échapper au pire. Emilia, la Polonaise, n’a pas échappé au pire – et porte un enfant d’un soldat russe. Quant à Alfred, personne ne le prend au sérieux, surtout quand il se veut un parfait Hitlerjugend, car sa prétention n’a d’égale que sa frousse. Autour d’eux gravitent des personnages aussi étranges qu’un vieux cordonnier, un Petit Garçon Perdu, une Géante, une aveugle. Au fil des kilomètres, seuls ou en convoi, ils s’approchent de la Baltique. Le bruit court qu’un immense paquebot les conduira vers la liberté. Le Wilhelm Gustloff. Quand ils embarquent enfin, le 30 janvier 1945, ils ne savent pas encore que trois torpilles russes vont couler le navire. Fait de guerre, ou crime de guerre ? Des 10 050 passagers, dont 4000 enfants et adolescents, seuls 996 seront sauvés – et personne ne s’accorde sur les chiffres exacts de cette catastrophe. Pour narrer ce long cheminement vers un si terrible destin, Ruta Sepetys a choisi de ne rien édulcorer et s’est appuyée sur une énorme documentation. Je conseille donc aux parents de lire ce superbe roman avant de le confier à leurs grands adolescents, et d’en parler avec eux.
Il y a 75 ans cette année. N’oublions jamais.

Grands adolescents et adultes

Ruta Sepetys, Le sel de nos larmes, Gallimard Jeunesse, 2016, 496 p., 16,50 € — en Coll “Pôle fiction”, 8,65 €.