Thème

Pour rire

Marie-Sabine Roger, Ma Cabanamoi

« Quand je serai haut comme ça, je me ferai une cabane, ce sera ma cabanamoi. La cabane de Noah. Je la construirai tout seul, dans ce très très gros arbre. » Grand comme trois pommes, notre bonhomme ? Bien plus que ça : Chloé Alméras a superposé pommes, clémentines, oranges, concombre et aubergine pour laisser imaginer la taille de Noah ! Tout aussi farfelu est le dialogue qui s’instaure entre Noah et le narrateur : « Mais si un loup survient, Noah ? Un loup à grandes dents qui piquent ? » Sans se démonter, notre loulou de répondre : « Je m’encabanerai dans ma cabanamoi. J’en redescendrai pas. » Bref, un digne émule du Baron perché d’Italo Calvino, notre Noah : il trouve autant de plaisir à vivre au-dessus des adultes qu’à jouer avec les mots ! Et la cabanamoi de grandir, grandir, grandir…

Dès 4 ans

Marie-Sabine Roger, Ma Cabanamoi, illustrations de Chloé Alméras, Seuil Jeunesse, 2020, 40 p., 12,50 € — Imprimé au Portugal

Jean-Baptiste Lapierre, Brennos, le sanglier de Condate

« Même s’il a encore des rayures, [Brennos] n’est plus un marcassin et il est assez grand pour se débrouiller seul. Il aime explorer la forêt pour… …se faire de nouveaux amis, reconnaître les champignons vénéneux… et surtout, échapper aux hommes qui le traquent pour le faire rôtir à la broche et le manger. Pour le débusquer, ils ont de terribles molosses qui flairent sa piste. Aouuuuh ! Les hommes, c’est ce dont Brennos a le plus peur. »
Alors, quand les Gaulois lâchent leurs chiens et le poursuivent à qui mieux mieux… Gare à celui qui quitte la profondeur des halliers et ne se méfie pas assez de leurs pièges ! À force de volonté, notre sanglier saura si bien dominer sa peur que les Gaulois le prendront comme emblème. Cette leçon de vie est illustrée avec beaucoup d’humour et de finesse par Arnaud Josselin, jeune papa de petits marcassins joueurs et curieux — à qui il convient néanmoins d’apprendre à dépasser leurs légitimes appréhensions devant le monde des grandes personnes. Le texte de JeanBaptiste Lapierre, vif et joyeux, se prête parfaitement à une lecture à haute voix. Maintenant, on en sait beaucoup plus sur l’enfance des sangliers chassés par les voisins d’Astérix !

Dès 5 ans

Jean-Baptiste Lapierre, Brennos, le sanglier de Condate, illustrations d’Arnaud Josselin, La Nouvelle Librairie Jeunesse, 2020, 32 p., 9,90 €

Hélène Lasserre, Quand Mamie était petite… comme moi

Les carambars qui collent et les collants qui grattent, les 45 tours et les leçons de morale, les collections de porte-clés et les scoubidous, la « vraie » boîte de Banania et la queue du tigre Esso, cela vous dit quelque chose ? Non ? Alors, vous n’étiez pas « petite… comme moi » en 1964. Enfin un album qui permet de partager ses souvenirs d’enfance avec ses petits-enfants ! Les textes, espiègles et joyeux, plongent dans l’atmosphère des Trente Glorieuses, des écoles « de filles » et « de garçons », des voyages en 403 sur la nationale 7 et des Monsieur Hulot en Solex. Gilles Bonotaux a retrouvé les objets iconiques de notre enfance – oui, ça y est, vous savez enfin que Mme la Chouette avait 9 ans en 1964 ! Poupées en costumes traditionnels au-dessus du lit, bandeau dans les cheveux, soirées diapos, – jusqu’aux blagues téléphoniques visant – pan, pan ! – Monsieur Lapin, tout y est plus vrai que vrai. C’est léger comme l’enfance, cette enfance que les adultes laissaient le plus souvent à l’écart des tumultes et des misères du monde. Un régal !

Dès 6 ans

Hélène Lasserre, Quand Mamie était petite… comme moi, illustrations de Gilles Bonotaux, Saltimbanque Editions, 2020, 64 p., 13,90 € — Imprimé en Italie

Eleonora Marton, Monstres de maison

Connaissez-vous le crissgrif ? le sluuurp ? le cuisinosaure ? Ce sont quelques-uns des monstres qui se réveillent la nuit dans la maison de Lola. Ongles pointus, tentacules crochus, langue baveuse, bras extensibles… Brrr ! « Mais le matin, lorsque le soleil se lève, qu’est-ce que je vois ? » Ici un panier à linge, ailleurs une louche dans la soupière ou les bottes de grand-père… Jouant sur des ombres chinoises et des fonds sombres, Eleonora Marton a créé de terribles monstres, qu’elle démonte littéralement dans les pages suivantes, saturées de couleurs joyeuses. Heureusement, confie Lola, « il n’y a aucun monstre dans ma chambre, ni le jour ni la nuit. Ouf ! ». A lire en y mettant le ton, en alternant grosse voix et étonnement – fous rires assurés !

Dès 4 ans

Eleonora Marton, Monstres de maison, Grasset Jeunesse, 2020, 48 p., 15,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Espagne

Sophie de Mullenheim, La Lettre anonyme

« Depuis que nous sommes entrés dans le groupe Enquêtes et Filatures, ma vie a changé. Je pense agent secret. Je vis agent secret. Je mange agent secret. Je rêve agent secret. Je SUIS un agent secret ! Je ne m’ennuie plus jamais. »
Moi, c’est Octave, 12 ans, élève de 5e au collège Paul Claudel. Avec ma sœur, Plume, Mathis et Eliott, je sens que nous allons bien rire dans nos enquêtes ! Yvain, notre professeur, est un ancien agent secret, et un peu détective aussi. Aujourd’hui, nous avons retrouvé les morceaux d’une lettre déchirée. En mettant à l’œuvre nos talents d’enquêteurs, nous avons réussi à lire le message. Mais qui en est donc l’auteur ? Ouvrons l’œil ! Il semblerait qu’un élève se fasse harceler, mais par qui ?
Gageons que Sophie de Mullenheim a su s’inspirer des aventures quotidiennes de ses six enfants et de ses rencontres avec des collégiens pour concocter ce petit roman d’aventure, dans la lignée du Club des 5 et du Clan des 7. Idéal pour les vacances.

Dès 10 ans

Sophie de Mullenheim, La Lettre anonyme, illustrations de Marine Gosselin, Mame, coll. « Ouvrez l’œil », 2020, 176 p., 10 € — Imprimé en Italie

Coralie Saudo, Les trois petits champions

« Les trois petits champions sont inséparables. Ils vivent ensemble, jouent ensemble, rient ensemble, et surtout surtout surtout : ils sont super doués pour tout ! » Passe sur le chemin un vieux loup pelé, édenté, qui a besoin d’aide. Mais qui pose une question bien embarrassante : « Alors dites-moi, lequel d’entre vous est le plus doué ? » Les images ont déjà dévoilé le plus important : les trois petits champions sont bien… les trois petits cochons. Il est rare que les contes détournés soient aussi drôles que les originaux. Ici, Coralie Saudo joue avec le fait que les enfants connaissent l’histoire par cœur pour les initier aux joies du travail en commun. Conclusion : « Cher loup, il est hors de question que nous nous séparions… C’est ENSEMBLE que nous sommes champions ! »

Dès 3 ans

Coralie Saudo, Les trois petits champions, Editions Tom’Poche, 2018, 32 p., 5,50 € — Imprimé en Italie

Dave Skinner, À force de crier Au Lion

La petite Lucie Lupin ? « Avec ses adorables fossettes, ses ravissantes taches de rousseur et son si joli petit nez », on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Mais voilà… son jeu préféré, « c’est raconter de très, très gros mensonges », et de rire sous cape aux résultats de ses inventions. Imaginez ce qui se passe, dans ce monde où la trouille a engendré tant de procédures et où l’enfant est roi, quand elle hurle qu’il y a un lion dans la bibliothèque ! Branle-bas de combat, évacuation générale, alarmes, pompiers, policiers, vétérinaires… Quand Lucie voit le lion, successivement, à trois endroits différents mais qu’il reste introuvable, le doute s’installe chez les adultes. Et vous savez ce qui arriva, la quatrième fois ? Un vrai lion surgit par la fenêtre ouverte… et ne fit qu’une bouchée de la ravissante Lucie Lupin. Ravissante et… délicieuse fillette, parole de lion. Aurélie Guillerey a choisi des silhouettes et des couleurs vintage pour illustrer cette variation à l’humour très britannique sur le thème du « Qui crie au loup » et sur le fait qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Dès 5 ans

Dave Skinner, À force de crier Au Lion, illustrations d’Aurélie Guillerey, Little Urban, 2020, 32 p., 14,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Derib et Job, Yakari et Grand Aigle

Ah, ce petit Sioux espiègle et décidé sous la coiffe de plumes empruntée à un grand guerrier ! Ce tout premier tome des aventures de Yakari nous conduit, sur les ailes de Grand Aigle ou au galop de Petit Tonnerre, dans les plaines et les forêts du Grand Ouest américain. Quel jeune papoose n’a pas tremblé devant l’ours, le feu de forêt, ou la cavalcade des mustangs ? Une bande dessinée idéale en fin de CP : peu de texte, un contexte explicite et des dessins dynamiques. Nous en avons déniché un exemplaire de 1977 chez un bouquiniste parisien, ravi de pouvoir de nouveau proposer ses trésors.

Dès 6 ans

Derib et Job, Yakari et Grand Aigle, Le Lombard, 2012, 48 p., 10,95 € — Nombreuses rééditions depuis 1973, Casterman

Thomas Lavachery, Tor et le cow-boy

« — T’as vu ça, Einar ! dit papa. Buffalo Bill est à Borgisvik.
— Faudrait peut-être lui dire qu’il n’y a pas de bisons dans nos parages.
— Et pas d’Indiens non plus. »
Après quelques joutes oratoires entre le père, l’oncle d’Einar et le « cow-boy », place à la bagarre, puis aux explications autour de boissons d’hommes. On est comme ça, dans le Grand Nord, on fonce d’abord, on picole ensuite ! Mais foin de bisons ou d’Indiens. Ce que Bob Koufax vient chasser, ce n’est rien moins que le troll. Oui, « le troll géant des forêts profondes » ! Comment le jeune Einar va-t-il s’y prendre pour prévenir son ami Borigh-Borigh, « un troll authentique, haut comme une maison » ? D’autant plus que Gulliver, le chien de Bob, a un flair redoutable et que le troll – je ne vous fais pas de dessin – ça pue, ça pue… Ce nouvel épisode des aventures de Tor est aussi désopilant que les précédents, les péripéties s’enchaînent, pas toujours dans une extrême finesse mais dans un français riche en sons, en couleurs et en… parfums !

Dès 7 ans

Thomas Lavachery, Tor et le cow-boy, L’Ecole des Loisirs, coll. « Mouche », 2020, 88 p., 8 €

Susanne Strasser, Un sommeil agité

« Chut… le hérisson, le renard, l’âne, le pélican et le crocodile sont endormis. Mais les yeux de l’otarie ne veulent pas se fermer ! » Quel enfant n’a jamais partagé son oreiller avec pareille ménagerie ? Ici, les animaux commencent la nuit dans leur lit, l’enfant, imagine-t-on, dans le sien. Mais voilà, l’otarie a envie de… faire pipi. Un verre d’eau, un bisou, un gratouillis… chacun a une bonne excuse pour mettre le bazar. Cela ne vous rappelle personne ? La conclusion n’est pas très fine mais fera rire aux éclats. Idéal pour montrer qu’on n’est pas obligé de se laisser mener par le bout du nez au moment du coucher. Sur le site de l’auteur, cliquez sur le titre « So müde und hellwach » (Si fatigués et pourtant bien réveillés) pour faire défiler le début de l’album.

Avant 3 ans

Susanne Strasser, Un sommeil agité, Tourbillon, 2018, 11,95 € — cartonné

Gilles Bizouerne et Céline Murcier, Pierre et la Sorcière

« Il était une fois, rien qu’une fois, une sorcière, une terrible sorcière qui vivait dans une forêt près d’un village. […] Tout le monde avait peur de la sorcière. Tout le monde… sauf Pierre ! Pierre était un galopin, un galopin qui n’avait peur de rien. » Et notre Pierre de grimper dans un pommier pour y cueillir une pomme. Passe la sorcière… avec un grand sac…
« — Comme ces pommes ont l’air savoureuses ! Tu m’en donnes une ? Pierre lui lance une pomme. – Misère de misère ! dit la sorcière, elle est tombée par terre. » Deux fois, Pierre saura lui jouer un tour à sa façon et se sauvera de ses griffes. Mais la troisième fois ? Qui ira cuire dans le four ?
Passé la première terreur, car la sorcière et vraiment très réussie dans son genre, on en redemande : nez crochu, doigts griffus, yeux bigleux, et un vocabulaire à l’avenant. Le texte est parfait pour une lecture à haute voix. La typographie aide même à mettre le ton. La présente adaptation de ce conte s’inspire plus particulièrement d’une version flamande, dont il a traduit toute la truculence.

Dès 3 ans

Gilles Bizouerne et Céline Murcier, Pierre et la Sorcière, illustrations de Roland Garrigue, Didier Jeunesse. 2016 pour l’album, 40 p., 12,90 € — 2019 pour la version poche, 40 p., 5,50 € — Imprimé en France

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes

Quand les enfants français chantent « La petite bête qui monte », leurs cousins allemands entonnent « Kommt eine Maus ». « Petit escargot » ? C’est « Die kleine Schnecke Max ». Et le grand cerf dans la forêt ? Il accueille aussi « ein Häslein », un petit lièvre apeuré. Ces comptines, jeux de doigts, rondes et berceuses ont été choisis pour leurs correspondances et leurs airs faciles à mémoriser. Ils sont chantés par des voix enfantines sur le CD qui accompagne le livre. L’album présente aussi les jeux possibles, les traductions et de nombreux conseils bienvenus pour les familles qui ne baignent pas dans un univers bilingue. Les illustrations sont fraîches et colorées, avec une touche d’humour et de fantaisie qui donne déjà le tempo.

Dès 4 ans

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes, illustrations de Cécile Hudrisier, Rémi Saillard et Olivier Latik, Didier Jeunesse, coll. « Les petits cousins », 2019 (nouvelle édition), 60 p. + CD de 45 min, 17,70 € — Disponible en streaming sur diverses plateformes. Imprimé en France