Thème

Poésie, théâtre et chansons

Kota Taniuchi, Qui m’appelle ?

« Hou Hou ! Quelqu’un m’appelle.  Est-ce toi, lune ? demande l’enfant. Moi ? dit la lune, non, ce n’est pas moi ! » Ce n’est ni la lune, ni le vent, ni « l’homme à la charrette », ni la colline. Ce ne sont pas non plus les enfants des bois… Mais qui appelle donc cet enfant en pyjama qui s’endort, fatigué, au pied de la colline ? Après une symphonie de bleus très doux, éclate une page orange vif. Et voilà l’enfant guéri. Quelle sourde inquiétude dans cette poussée de fièvre à laquelle l’enfant s’abandonne dans la solitude de sa chambre, et quelle pudeur joyeuse dans ce retour au monde !

Il est rare de citer l’illustrateur avant l’auteur, mais cela est dû à l’histoire de cet album. Le texte français, minimaliste, est dû à Auguste-Maurice Cocagnac (1924–2006), directeur charismatique des Éditions du Cerf, qui avait fait connaître Kota Taniuchi (1947–2019) en France. Cet artiste japonais avait commencé sa carrière en peignant des kimonos dans l’atelier de batik paternel. Comme le précise Janine Kotwica dans une postface destinée aux adultes, « Kota Taniuchi, qui avait accueilli “avec grande joie” la nouvelle de sa prochaine reparution, a choisi, cette fois, de garder le texte écrit et édité par Cocagnac, qu’il trouvait “très réussi” »

Dès 5 ans et pour tous les rêveurs

Kota Taniuchi, Qui m’appelle ?, texte français d’Auguste-Maurice Cocagnac, Editions MeMo, 2019,24 p., 15 € — Postface de Janine Kotwica. Réédition d’un album paru en 1971 aux éditions du Cerf. Imprimé en Europe.

Mes premières chansons de France

Espiègles et joyeuses, certaines chansons enfantines sont devenues des trésors de notre patrimoine. Nombreuses sont celles qui ont un double sens – car elles étaient d’abord chantées par les nourrices ou les soldats, dans les cabarets ou sur les grands chemins, avant de réjouir les enfants. Savez-vous que l’on chante « Il était une bergère » depuis le XVIe siècle et « La Mère Michel » depuis le XVIIe siècle ? Quant à « Cadet Rousselle », avec ses trois maisons, ses trois garçons et ses trois chiens, il nous vient du XVIIIe siècle. La chanson se moque des excentricités d’un certain Guillaume Roussel, huissier de justice de son état. Colportée par les jeunes Auxerrois, elle est devenue un chant de l’armée du Nord. Qui saura m’en dire plus sur « Mon âne, mon âne » ou sur « Dame Tartine » ? Elles complètent ce petit livre à puces musicales qui en donne les premiers couplets. Si vous souhaitez connaître les couplets suivants, vous les trouverez notamment dans Le Livre des chansons de Claudine et Roland Sabatier.

Tout-petits, avant 3 ans

Mes premières chansons de France, illustrations de Lucile Ahrweiller, Gründ, 2017, 12 p. cartonnées, 9,95 €. Imprimé en Chine

Elisabeth Coudol, Il y aura des jours…

« Mon enfant,
Mon ange,
Ma mésange,
Mon petit,
Souris, tends les bras, ouvre tes yeux, tes doigts, tes mains et ton cœur à la vie, et tu verras, tu vivras des lendemains  aux joies infinies… »
Cet album délicieusement illustré – sans mièvrerie aucune – joue sur l’alternance entre bons et mauvais jours, tristesses et joies : « Il y aura un boucan du tonnerre, des orages, des éclairs et leurs lots de frissons… mais aussi des anniversaires et leurs lots de surprises dans de jolis cartons, papiers froissés, cadeaux cadeaux, des ah ! des Oh !, et des gâteaux tout en illuminations. » La typographie se fait grondante en capitales, sautillante ou douce en lettres colorées.
Écrit en souvenir d’une mère et illustré par une jeune maman, cette déclaration d’amour est d’une simplicité désarmante, parce que cela fait tant de bien d’entendre dire « je t’aime ». Une création originale, portée par une conviction forte car, précise Lena Nikcevic, « dès qu’on touche à la création en général, on touche à l’enfance ».

Dès 3 ans – et pour toute la vie

Elisabeth Coudol, Il y aura des jours…, illustrations de Lena Nikcevic, L’Elan Vert éditions, 2019, 52 p., 16 €

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes

Quand les enfants français chantent « La petite bête qui monte », leurs cousins allemands entonnent « Kommt eine Maus ». « Petit escargot » ? C’est « Die kleine Schnecke Max ». Et le grand cerf dans la forêt ? Il accueille aussi « ein Häslein », un petit lièvre apeuré. Ces comptines, jeux de doigts, rondes et berceuses ont été choisis pour leurs correspondances et leurs airs faciles à mémoriser. Ils sont chantés par des voix enfantines sur le CD qui accompagne le livre. L’album présente aussi les jeux possibles, les traductions et de nombreux conseils bienvenus pour les familles qui ne baignent pas dans un univers bilingue. Les illustrations sont fraîches et colorées, avec une touche d’humour et de fantaisie qui donne déjà le tempo.

Dès 4 ans

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes, illustrations de Cécile Hudrisier, Rémi Saillard et Olivier Latik, Didier Jeunesse, coll. « Les petits cousins », 2019 (nouvelle édition), 60 p. + CD de 45 min, 17,70 € — Disponible en streaming sur diverses plateformes. Imprimé en France

 

Bernadette Gervais, En 4 temps

Que se passe-t-il en 4 temps ? Un œuf devient poussin, puis poulet, puis poule. Un pissenlit en bouton, fleurit, se fane et ses graines s’envolent. Et l’escargot ? Le premier a besoin de 4 cases pour arriver et un autre, de 4 cases pour simplement passer ! Voilà le coquelicot, le hérisson, la neige et les saisons… Ces quatre temps sont très élastiques : de la lenteur extrême à la vitesse grand V, tout est possible en quatre cases. Une grande sobriété de traits pour une compréhension immédiate, des couleurs contrastées et une touche d’humour : les petits seront comblés.

Dès 3 ans

Bernadette Gervais, En 4 temps, Albin Michel Jeunesse, coll. Trapèze, 2020, 64 p., 18 € — Imprimé en Italie.

Élodie Brondoni, Grandir

« Ce matin, tout te semble grand et terrifiant. Ça tremble dans ton cœur. » Heureusement, ton ami ours, ce fidèle ami de toujours, te prend au creux de sa main. Il va t’aider à franchir la porte de ta chambre. Et, comme Alice peut-être, tu vas grandir, grandir en t’aidant des branches de ce grand arbre. Et lui, ton cher ours, va rapetisser, (re)devenir peluche. Pour de vrai ? Comme me l’a gentiment confié l’auteur, « grand et réel au début de l’histoire, l’ours en peluche prend vie et devient le guide qui permet la transition. Il accompagne l’enfant dans son évolution pour son premier jour d’école et l’aide à quitter en douceur sa petite enfance jusqu’à son arrivée à l’école. L’ours redevient alors peluche, lorsque l’enfant est prêt à s’en séparer ». Élodie Brondoni et les éditions Møtus ont créé un livre objet qui se déplie, faisant grandir la petite héroïne, autant que l’arbre de sa vie. Une belle réussite.

Dès 5 ans

Élodie Brondoni, Grandir, Éditions Møtus, 2020, 16 p., 13 € — Imprimé en France

Antoine Dole, Les jours heureux

Ce matin, d’un seul coup, les cerisiers du Japon de ma rue ont explosé en milliers de fleurs roses. Je n’aurai pas la chance cette année, d’aller m’étendre sur les pelouses japonisantes du parc de Sceaux au cœur d’un océan de pétales roses et blancs. Mais si nous partions sur les traces de Yuko et de Sora ? En ce matin d’avril, le frère et la sœur célèbrent Hanami, célébration japonaise de la floraison des cerisiers. Comme tous les ans, ils suivent le même rituel, pique-niquent et admirent les fleurs tout en gardant le souvenir d’une disparition – car ils sont seuls, ces deux enfants, orphelins de bien bonne heure. « Ici est une fête / La musique des souvenirs / Fait danser les cœurs. » Irez-vous, comme Yuko et de Sora, accrocher dans les arbres de petits messages porteurs de vos rêves ?  Peinte sur bois par la talentueuse Seng Soun Ratanavanh, « chaque illustration recèle un élément manquant, laissant apparaître le bois brut, telle la blessure empreinte d’une nostalgie heureuse, laissée par la perte d’un proche et avec laquelle il faut vivre, coûte que coûte et revivre des jours heureux », explique le site de l’éditeur. Laissons la parole à Antoine Dole : Hanami, « c’est un moment où l’on célèbre la vie et sa capacité à nous surprendre, nous relever, nous ramener dans le mouvement. C’est un temps où les souvenirs nous réchauffent et nous poussent vers une réconciliation intérieure et où, de ces drames de la vie qui nous ont mis à terre, il ne reste plus que l’amour et l’empreinte des jours heureux qui les ont précédés ». La magie d’avril est là, fêtons nous aussi Hanami !

Dès 8 ans

Antoine Dole, Les jours heureux, illustrations de Seng Soun Ratanavanh, Nobi-Nobi, 2019, 48 p., 13,50 €

Jean Broussolle et André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie

Ou « L’histoire d’un grand orchestre » racontée aux enfants. Voilà trois générations que ce conte musical, créé en 1956, fascine les petits par son dynamisme et son inventivité. Composé par Jean Broussolle (1920–1984) et son compère André Popp (1924–2014), il n’a pas pris une ride. La voix de François Périer fait merveille, changeant par magie d’octave et de ton pour passer d’un rôle à l’autre, du piccolo à la harpe, des tambours à la contrebasse. Une excellente manière de former les petites oreilles à l’écoute des instruments, dans la joie et la fantaisie. Ce livre-disque est illustré par Fred Multier, : ses instruments sont très fidèles aux « originaux », avec un petit détail humoristique dans le vêtement ou la coiffure, et ses couleurs sont aussi éclatantes que celles du saxo.

Dès 3 ans

Jean Broussolle et André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie, illustrations de Fred Multier, Gautier-Languereau, 2019, 40 p. + CD, 24,90 €

Pierre Coran, Méli-mélo, 25 poèmes et comptines

« Tortue de mer ;
Tortue de terre,

Du sud au nord,
Bien malin qui connaît son âge.

La tortue est un château fort
Qui voyage. »

Cette tortue château fort qui marche à pas menus dans la nuit bleue illustre bien le ton de ce mini-recueil de poésie. Elle a aussi inspiré le graphiste de l’Atelier Saje qui en a conçu la couverture. Pierre Coran nous promène d’alphabet en étoiles, de jardins en montagnes, jouant des mots et des rimes avec son incomparable regard, espiègle et tendre. Ne reste plus qu’à faire le portrait de l’oiseau, cet oiseau de poésie qui, d’année en année, niche dans le marronnier de la cour. Entre comptines et poèmes, des textes qui s’apprendront tout seuls, pour le plaisir des écoliers.

Dès 6 ans

Pierre Coran, Méli-mélo, 25 poèmes et comptines, Didier Jeunesse, coll. « Il était une (mini)fois », 32 p., 3 € — Imprimé en France

Priem, Si tu pouvais décrocher la lune

« Si tu pouvais décrocher la lune… Tu la cacherais ? Tu l’offrirais ? Tu la présenterais au poisson-lune ? » A l’aide du célèbre jeu tangram, Simon Priem revisite avec beaucoup de poésie et de tendresse le pouvoir fascinant de la lune sur notre imaginaire. Il invite les petits comme les grands à poursuivre l’aventure et à décrocher la lune en assemblant les pièces de ses rêves. Un tout petit livre, format « mouchoir de poche », très sobre avec ses pièces rouges et cette lune grise sur fond noir, et drôlement efficace. Un tout petit prix pour des heures de rêverie et de poésie.

Dès 4 ans

Simon Priem, Si tu pouvais décrocher la lune, Editions Møtus, coll. « Mouchoir de poche », 2019, 32 p., 4,60 €  — Imprimé en République tchèque

Comptines de la mère l’oie, illustrées par Gérard DuBois

« Humpty Dumpty sur un mur en pierre
Humpty Dumpty est tombé par terre
Ni les chevaux ni les valets du roi
Ne purent jamais remettre Humpty droit »
Partons en voyage au pays du non-sense ! Humpty Dumpty y croise Tweedledum et Tweedledee, un moineau, un corbeau, un lion, une licorne – mais tout cela ne nous dit pas « qui a tué le rouge-gorge »… Gérard DuBois a accepté les contraintes de la collection : une semaine et quatre couleurs, pour illustrer ces comptines venues d’outre-Manche. Il a choisi du bleu, du jaune, de l’orangé et un gris-brun terre d’ombre, ce qui donne un petit côté suranné à ces Nursery Rhymes parfois cocasses, parfois cruelles, toujours incongrues.

Dès 5 ans

Comptines de la mère l’oie, illustrées par Gérard DuBois, traduites et adaptées de l’anglais par Christian Demilly, Grasset Jeunesse, « La Collection », 2019, 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence

« Réveillez-vous, bergers tendez l’oreille,
Ouvrez les yeux : tout le ciel est en feu !
A la clarté du firmament qui brille ;
Le fils de Dieu est né cette nuit.
Jamais annonce plus belle n’aura plus beau matin. »
Ainsi chante le chœur invisible des anges au lever du rideau. Car cette Pastorale provençale est un véritable spectacle, ou plus exactement un « Mystère » traditionnel. Rédigée au XIXe siècle par Antoine Maurel (1815–1897), cette Pastorale se joue encore à la Noël, en français (comme ici), ou en provençal.
C’est le texte le plus important de ce recueil consacré aux plus beaux Noëls de Provence. On y retrouvera donc avec plaisir des textes de Frédéric Mistral et d’Alphonse Daudet, de moins célèbres et même de charmants poèmes anonymes, «  du temps que les pâtres chantaient ». Alors, pourquoi ne pas s’aider de ses merveilleux Noëls pour préparer un spectacle familial ou scolaire, à jouer devant la crèche ?

Dès 12 ans et pour toute la famille

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2019, 270 p., 19 € — Imprimé en France