Thème

Contes, légendes et fééries

Carl Norac, Poucette

Carl Norac, Poucette

« Là, dans la fleur, la femme voit, assise, une toute petite fille, pas plus grande que la largeur d’un doigt.
— Oh, personne n’a jamais vu une fille de cette taille ! s’écrie la dame. Mais c’est la mienne, si mignonne, ma Poucette pas plus grande qu’un pouce.
Très vite, c’est incroyable : la fille-fleur se met à parler, et pas pour ne rien dire :
— Géante ou pas, mes rêves à moi seront si haut que les étoiles en entendront parler ! »
En conteur qui sait ce que conter veut dire, Carl Norac offre ici une version du conte d’Andersen, non pas condensée ou adaptée, mais augmentée. Les détails foisonnent, les dialogues fusent, les anecdotes prennent du volume… et cela se déguste à haute voix, en admirant les superbes illustrations de Claire de Gastold, colorées, vives et fleuries –et quelle horrible gentille sorcière, on la croirait vraiment cousine de celle de Gripari ! Signe des temps, à la fin du conte, cette Poucette éconduit gentiment Princelet qui lui offre un bouquet dont les fleurs se nomment Fiançailles. Il est vrai qu’il s’était laissé aller jusqu’à oser un « C’est la classe, c’est Princelet », un peu trop hâbleur au goût de notre Poucette.

Dès 5 ans

Carl Norac, Poucette, illustrations de Claire de Gastold, Didier Jeunesse, 2020, 40 p., 15,90 € — Imprimé en Italie

Schéhérazade, La Galette et le Roi

Schéhérazade, La Galette et le Roi

Chaque année, les animaux de la forêt se réunissent pour déguster une bonne galette. Celui qui aura la fève sera, pour un an, le roi de la forêt. Toutes les parts sont égales, mais il y en a qui essaient de tricher… Les enfants reconnaîtront quelques « trucs » bien connus et, peut-être, une variante de la fable du Corbeau et du Renard… Les dessins sont très frais, et la recette est donnée à la fin de l’album. Rendez-vous sous le grand chêne !

Dès 3 ans

Schéhérazade, La Galette et le Roi, illustrations de Marianne Barcilon, L’Ecole des Loisirs, coll. « Kaléidoscope », 2020, 13,50 €

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau

De la part de Sixtine R. — Monsieur Blaireau vieillit, et Monsieur Blaireau va surement bientôt mourir. Sa volonté d’apaiser la douleur de ses amis ne rend pas son départ plus facile mais plus serein. La mort, bien qu’appartenant pleinement à la vie, peut-être quelque chose de douloureux et de difficile à aborder. Conserver à l’esprit que le souvenir est porteur de vie et marqueur d’espérance permet d’apaiser la douleur. C’est ce message qu’au revoir Monsieur Blaireau veut transmettre.
Avec de jolies illustrations et un texte d’une grande tendresse, ce livre raconte la préparation au grand départ de Monsieur Blaireau. Au long de l’histoire, chacun rappelle ce que Monsieur Blaireau lui a donné, offert, les moments qu’ils ont partagés, et cela permet à chacun de prendre conscience que ce qui est partagé reste pour longtemps. A travers la lecture de ce livre, petits et grands peuvent trouver du réconfort. Chaque page peut renvoyer à ses propres souvenirs et libérer la parole. Ne pas avoir peur de pleurer.

A partir de 5 ans

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau, éditions Gallimard Jeunesse, 2010, 48 p., 4,90 € en poche ou 13,50 en grand format– Traduit de l’anglais

Emilie Vast, La maison de l’ourse

Emilie Vast, La maison de l’ourse

… « et tout ce qu’elle contient », précise la couverture. S’étant approchée des maisons des hommes, l’Ourse n’eut plus qu’une idée en tête : se construire une maison, pour elle et son Ourson. Ni une ni deux, aidée d’Ours et des animaux voisins, elle ramasse tout ce qui traîne dans la forêt. De ce bric-à-brac, naît une maison, une vraie. Ourse n’aura de cesse de l’emplir de bibelots, jusqu’à ce qu’une tempête emporte maison, meubles et objets. Et Ourse de rire, de rire, si fort que « tous pensèrent qu’elle avait perdu la raison ». En réalité, ce rire était un rire libérateur ! « Que les humains sont fous d’accumuler tous ces objets qu’ils ont peur de perdre », telle est la morale de cette fable. Emilie Vast joue avec les lignes pures, la couleur en aplat et le contraste pour créer ces illustrations douces et poétiques qui sont sa signature – mais elle innove ici en introduisant des objets, nos objets, dans une fable animalière très actuelle : après Noël, n’avez-vous pas ajouté des objets à vos collections ?

Dès 4 ans

Emilie Vast, La maison de l’ourse, MeMo Editions, 2020, 52 p., 16 € — Imprimé en Europe

Philippe Jalbert, Bambi, une vie dans les bois

Philippe Jalbert, Bambi, une vie dans les bois

« Il ouvre les yeux pour la première fois, elle lui sourit tendrement et murmure :
— Bonjour Bambi.
Bambi déplie une patte, pose maladroitement son sabot sur le sol. Il fait de même avec l’autre, soulève ses épaules, son cou et dans un dernier effort, sa tête. Il vacille, respire profondément puis c’est au tour de son arrière-train. Mais à peine l’a‑t-il levé qu’il s’écroule. »
La vie est tout sauf simple dans la forêt – elle n’est ni douce ni tendre, mais rude, et parfois violente, même – et surtout – pour les petits faons sans défense.
Philippe Jalbert rend hommage au texte du romancier autrichien Felix Salten (1923) qu’il a épuré à l’usage des enfants. Ses illustrations au fusain et à la mine de plomb, avec une mise en couleur numérique, sont d’une précision et d’une finesse qui incitent au rêve. Un très bel album, plus profond et moins puéril que le dessin animé de Walt Disney.

Dès 4 ans

Philippe Jalbert, Bambi, une vie dans les bois, Gautier-Languereau, 2020, 40 p., 15,90 €

Carolina Rabei, Mon ami renard

Carolina Rabei, Mon ami renard

Pour Katie, « vive sans Ruby, c’était impossible, impensable ! Katie chercha partout, partout. Soudain elle vit des empreintes de pattes. » Et pourtant, Ruby est un renard en peluche – alors, à qui sont ces empreintes ? Ce sont celles d’un petit renard, « un vrai », qui a perdu sa maman, mais retrouvé du réconfort en câlinant une peluche à son image. Le départ d’une délicieuse aventure pour notre amie Katie ! Des dessins craquants pour une histoire qui fera papillonner les yeux des enfants.

Dès 4 ans

Carolina Rabei, Mon ami renard, Flammarion Jeunesse, Père Castor, 2020, 32 p., 13,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Béatrice Fontanel, La Dame à la licorne

Béatrice Fontanel, La Dame à la licorne

« Autour de l’étrange assemblée, les bêtes sauvages s’approchaient, charmées par le doux babil des fées : des cerfs aux bois veloutés, des biches charmantes, des chouettes hulottes, une colombe couleur de lys et une grande licorne, blanche comme neige, aux yeux myosotis et aux naseaux si doux que pétales de rose. Tous voulaient écouter le parlement des fées. » Car les habitants de la forêt étaient en grand danger : les chasseurs et leurs chiens approchaient à grand fracas… Dans quel jardin secret la belle licorne trouvera-t-elle refuge ?
Ce récit palpitant s’inspire des tapisseries médiévales les plus célèbres sur le thème de la Dame à la licorne — celles du musée de Cluny à Paris et celles du Cloisters muséum de New-York. Les superbes illustrations de Vanessa Hié, à base de papiers découpés, nous entraînent dans ce monde enchanté, où fées, princesses et licornes délivrent les princes charmants.

Dès 8 ans

Béatrice Fontanel, La Dame à la licorne, illustrations de Vanessa Hié, Seuil Jeunesse, 2020, 48 p., 16,50 € — Imprimé en Italie

Selma Lagerlöf, Le Livre de Noël

Selma Lagerlöf, Le Livre de Noël

« Nulle part ailleurs dans la région qu’à Mårbaka on distribue ainsi les cadeaux de Noël après avoir mangé le riz au lait traditionnel. Mais à Mårbaka subsistent d’anciennes coutumes et qui nous conviennent. Rien ne peut égaler cette attente qui, des heures durant, tout au long de la veille de Noël, se prolonge parce que l’on sait que le meilleur reste à venir. » Le meilleur, c’est pour la petite Selma, dix ans, ce n’est pas vraiment la boîte à ouvrage et ses accessoires, devant rappeler à la demoiselle qu’elle n’est pas très douée pour coudre et broder. Non, ce qu’elle attend, c’est un livre qu’elle lira à la lumière de sa bougie… Mais ce livre commence par « Il était une fois un roi » — en français ! Après ces souvenirs aigres-doux, Selma Lagerlöf conte la légende christianisée de sainte Luce, celle de la manière dont la gorge du rouge-gorge devint rouge, celle du Nouvel An des animaux, et plusieurs autres, parfois un peu moralisatrices, mais pleines de cet inimitable charme des Noëls scandinaves. Avec quelques illustrations de Carl Larsson.

Dès 12 ans

Selma Lagerlöf, Le Livre de Noël, Actes Sud, 2007, 107 p., 6,60 € — J’ai trouvé le volume d’occasion dans son édition de 1994.

Arnaud de Cacqueray, Le gardien de Noël

Arnaud de Cacqueray, Le gardien de Noël

« Le petit Henri Kerzuel vivait dans un phare depuis qu’il était tout petit. […] Il aimait ses escaliers interminables faiblement éclairés de minces meurtrières. Il vivait au rythme des marées. » Alors, quand son père criait « Voile en vue ! », il le rejoignait vite tout là-haut pour l’aider à actionner la lanterne et la sirène qui aidaient les marins à trouver l’entrée de la passe. N’oublions pas que toutes ces manœuvres se faisaient à la main, dans le froid, la nuit et le vent. Or, un soir de Noël, ses parents trouvèrent Henri trop malade pour les accompagner à la messe de minuit. Seul dans le phare, le garçonnet entend bientôt le carillon d’un terre-neuvier aux prises avec la tempête. Et quelle tempête…
Fidèle à son rendez-vous de Noël, Arnaud de Cacqueray livre ici un nouveau conte, aux saveurs bien bretonnes, sous la haute vigilance d’un ange gardien – lequel se retrouvera au sommet du phare placé dans la crèche du village. Les illustrations de Françoise Pichard sont pleines d’énergie et donnent encore plus de relief à ce conte de Noël. Une belle lecture familiale.

Dès 7 ans

Arnaud de Cacqueray, Le gardien de Noël, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2016, 32 p., 12 €

J. R. R. Tolkien, Lettres du père Noël

J. R. R. Tolkien, Lettres du père Noël

« Je suis heureux d’annoncer que nous avons de nouveau un Noël lumineux – les Aurores boréales ont été particulièrement généreuses », écrit le père Noël en 1929. Mais « le Feu de Joie a fait un trou dans la glace et réveillé le Grand Phoque », précise cette lettre écrite du « sommet du monde, pôle Nord ». John, Michael, Christopher et Priscilla Tolkien ont ainsi reçu trente lettres de ce père Noël facétieux, inventif et poète. Un véritable artiste, bien sûr, qui illustrait ces missives avec tendresse et humour, pour la joie de toute la famille réunie autour d’un flamboyant Christmas Pudding.

Dès 9 ans

J. R. R. Tolkien, Lettres du père Noël, Pocket, 112 p., nov. 2010, 7,80 €.

Anne Brouillard, Pikkeli Mimou

KIlliok, dans sa cabane au fond des bois, voit tomber la première neige – et s’aperçoit que « demain, c’est l’anniversaire de Pikkeli Mimou ». Tout en cuisinant un succulent gâteau, il soliloque : quel meilleur équipement pour glisser sur le lac gelé ? Poète, il « entend chanter les étoiles », et profite de chaque instant au cœur de la forêt enneigée, même s’il n’est pas toujours rassuré. Chez Pikkeli Mimou, quelle joie de partager le gâteau avec Véronica au coin du poêle fumant ! Une histoire qui tombe à pic pour Noël, surtout si vous êtes familiers des Mimoons, auquel Killiok ressemble comme un frère. Les dessins et la mise en page sont un régal ! Pour les gourmands, le livre offre même la recette du gâteau de Killiok. Miam !

Dès 5 ans

Anne Brouillard, Pikkeli Mimou, L’Ecole des Loisirs, coll. Pastel, 2020, 32 p., 12,50 €

Romain Niveleau, Célestin et l’enfant-étoile

De la part de Sixtine R. — Bien que tout le monde se moque de son rêve de voyager dans les étoiles, Célestin prépare son voyage sur son avion de papier. Il veut aller visiter les étoiles.
A travers les péripéties de ce jeune garçon, petits et grands retrouvent cette capacité de rêver et de chercher, concrètement ou par l’imagination, comment les réaliser.
Cet album nous transporte : avec de belles images et un texte qui, bien qu’épuré, renvoie à ce grand pouvoir que tout homme a en soi, ce livre donne sous forme de métaphore la clé d’une grande liberté. Par ailleurs, que nous dit l’interrogation que Célestin fait au monde sur l’utilité des étoiles ? Qu’il n’est pas évident du tout de comprendre que ce qui est bien avant nous sera encore après nous.
De plus, le graphisme mélangeant lignes simples et papier kraft donne à l’histoire un aspect très concret mêlé d’imperceptibilité.

Dès 6 ans

Romain Niveleau, Célestin et l’enfant-étoile, Scutella éditions, 2013, 64 p., 15 €