Thème

Contes, légendes et fééries

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle (adaptation)

« “Un petit d’homme ! jappa-t-il. Il y a un petit d’homme !”
presque sous son museau se trouvait un bébé à la peau sombre, tout juste en âge de marcher. Le bébé leva la tête vers Rama et éclata de rire.
“C’est donc ça, un petit d’homme ? dit Raksha. Amène-le par ici !”
Alors, de la même façon qu’il aurait porté un de ses quatre louveteaux, Rama prit délicatement Mowgli dans sa gueule et le déposa parmi les petits loups. Aussitôt, l’enfant se mit à boire le lait de Raksha. La louve leva ses deux yeux vers et dit à Rama :
“Il est aussi frêle qu’une grenouille. Nous l’appellerons Mowgli. ” »
Que d’aventures suivront, avec l’ours Baloo et la panthère Bagheera, face au peuple des singes et aux griffes de Shere Khan !
Le charme de cet album vient en grande partie des illustrations, à cent lieues de celles des dessins animés : des tons bleutés, roses, orangés, violines, un trait fin et délicat, des compositions à l’équilibre subtil : la jungle de Florian Pigé est une jungle de rêve, une jungle de papier peint, et qui pourtant n’entre pas en conflit avec le texte. Celui-ci est une adaptation respectueuse à la fois de l’auteur et des jeunes lecteurs, dans une langue fluide et bien rythmée.

Dès 6 ans

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle, illustrations de Florian Pigé, traduction et adaptation de Thibault Vermot, Sarbacane, 2022, 64 p., 16,90 € — Imprimé en France

Hans Christian Andersen, Quatre contes

Si les deux contes « Poucette » et « La Princesse et le petit pois » sont encore connus, les deux autres contes de ce recueil le sont moins : « Le Briquet » et « Grand-Claus et Petit-Claus », qui font aussi partie des tout premiers contes publiés par Andersen. Tout n’est pas rose, loin de là, dans ces contes ! Avarice, vengeances, ruses… l’astuce est récompensée, la bêtise lourdement sanctionnée, le goût de l’argent et du luxe peut faire perdre la tête, les rois et les reines ne sont pas tous des modèles.
Seul le monde imaginaire de Poucette mène à une conclusion vraiment optimiste : après moult aventures et un long voyage sur les ailes d’une hirondelle, Poucette devient la reine d’un pays chaud, où chaque fleur est habitée par un petit personnage ailé. Les trois autres contes vont entrer le merveilleux dans un Danemark où la vie est rude, où chaque sou compte et où les assiettes ne se remplissent pas seules, le Danemark de l’enfance d’Andersen.
Paru en 1942, à Anvers, ce recueil est merveilleusement illustré en quatre couleurs par Elisabeth Ivanovsky, au plus haut de son art. La traduction, réalisée dans la première moitié du 20e siècle par Étienne Avenard, enlevée et sonnante, rend à ces contes toute leur verve. Je n’ai pas comparé ligne à ligne avec d’autres traductions mais il me semble que le texte est complet, sans coupes ni adaptations, ce qui redonne toute leur vigueur à ces contes.

Dès 8 ans

Quatre contes d’Andersen, illustrations d’Elisabeth Ivanovsky, MeMo, 2021, 64 p., 18 € — Traduit du danois par Etienne Avernard.

Jimmy Blin, Le Livre des étoiles, tome 4 : La Boussole des trois mondes

Parmi les 750 000 lecteurs de la saga du Livre des étoiles, un admirateur de la série a eu le courage, un beau jour de 2019, de déposer un curieux paquet dans les mains d’Erik L’Homme : rien d’autre que le 4e tome des aventures de Guillemot de Troïl et de ses amis. Et voilà que la magie a opéré – la magie des écrivains, qui font surgir des univers fantastiques de simples suites de mots.
Le scénario ? Guillemot de Troïl, qui a sacrifié ses pouvoirs magiques pour vaincre la créature maléfique, a disparu. Seul le Vieux Compas, une boussole légendaire, permettra de retrouver la trace du jeune Apprenti. Une poignée d’irréductibles, accompagnés de Maître Qadehar, se lancent à sa recherche pour retrouver et sauver leur ami.
Pour fêter ce 4e tome, Gallimard Jeunesse organise un concours de fanfictions. Une occasion rêvée de relire les 3 tomes signés par Erik L’Homme.

Dès 10 ans

Jimmy Blin, Le Livre des étoiles, tome 4 : La Boussole des trois mondes, Gallimard Jeunesse, 2022, 304 p., 13 € — Imprimé en France

Hermann Löns, Périllou et Périllette

Ce conte venu d’Allemagne est une variation sur le thème bien connu des Poucets et des Poucettes, ces lutins qui vivent en grande amitié avec les petits animaux des prés et des bois. Le lutin Périllou est parvenu à l’âge de raison, celui où l’on porte barbe, où l’on sait tirer à l’arc et où l’on ne pleure plus quand on quitte sa petite maman. Le voilà donc parti à la recherche d’une épouse « mince à la taille, bleue des yeux et blonde sur la tête ». Laquelle est prisonnière de la Souffleuse, une affreuse sorcière. Que d’aventures en perspective ! Ce conte initiatique est aussi un magnifique support pour les enfants qui jouent avec des coquilles de noix, des brindilles, des fleurs et des plumes – bref, avec les trésors de la nature. Périllou et Périllette, en allemand Lüttjemann et Püttjerinchen, vivent dans un monde imaginé par Blanche Holtz, monde naïf et coloré qui évolue au gré des saisons. Beau papier et couverture cartonnée font de cet album un joli cadeau appelé à durer.

Dès 4 ans

Hermann Löns, Périllou et Périllette, illustrations de Blanche Holtz, Ed des Mondes et des Livres, 26 p., 15 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en Allemagne.

Béatrice Sonnerat, La petite fille qui ne voulait pas qu’on l’appelle

Il m’arrive parfois de bien sympathiques surprises, comme ce « conte en vers », plein de fantaisie.
« Il était une fois dans une jolie chaumière,
Une petite fille qui était en colère. »
De dépit, la voilà qui part loin de chez elle, mais sa colère ne passe pas si vite… La raison profonde ? « je n’veux pas qu’on m’appelle » répond-elle à qui lui demande son nom, car son nom ne lui plaît pas du tout, il ne raconte pas d’histoire, comme Aurore, Colombe ou Ulysse…
En marchant à travers la forêt, elle rencontre Colin, Chanterelle, Romarin et un vieil homme des bois. Leur dira-t-elle pourquoi elle est fâchée ? Trouvera-t-elle les trésors qu’elle est allée chercher ?
« Pourquoi la valse rythmée des mots et des alexandrins ne serait-elle dévolue qu’aux contes anciens ? » se demande Béatrice Sonnerat. Educatrice spécialisée, enseignante, chanteuse et musicienne, elle a vraiment le rythme dans la peau. Ces nouvelles rimes et ces vers contemporains enchanteront nos bambins à qui ils seront lus à haute voix. La mise en page est soignée, les illustrations discrètes : une manière se sortir des sentiers battus en offrant une chance à l’auteur.

Dès 4 ans

Béatrice Sonnerat, La petite fille qui ne voulait pas qu’on l’appelle, autoédition, sur le site de l’auteur, 2021, 32 p., 6,50

Mutsumi Ishii, La petite sorcière et la forêt noire

« “Regarde, dit Grande Sorcière, on aperçoit la forêt.”
Une forêt noire se dessine au clair de lune.
“C’est là que nous allons ? demande Petite Sorcière.
— Oui. Elle est malade. Elle a besoin de moi.” »
Cette forêt, Grande Sorcière y est venue autrefois, avec sa mère, et la voilà maintenant qui montre à sa fille comment concocter dans son chaudron la recette magique qui guérira la forêt. Quand Petite Sorcière s’y essaie à son tour, le résultat n’est pas immédiat… La fillette, en bonne petite Japonaise, ne se décourage pas et recommence jusqu’au succès.
Les illustrations tout en finesse de Chiaki Okada, sombres au premier abord, font entrer de plain-pied dans un univers onirique, où les animaux apportent une jolie touche de fantaisie et d’humour.

Dès 4 ans

Mutsumi Ishii, La petite sorcière et la forêt noire, illustrations de Chiaki Okada, Seuil Jeunesse, 2021, 40 p., 13,50 € — Traduit du japonais par Mutsumi Funato. Imprimé en Italie.

Carl Norac, Lancelove, le chevalier aux mille monstres

Lancelove, monté sur son fier destrier Galopin de Pas-Marrant, n’est pris au sérieux ni par les autres chevaliers ni par la princesse Laudine dont il est secrètement amoureux. Au moment où tous se séparent pour partir à l’aventure, Lancelove annonce qu’il rapportera le Chat-Ours, un animal mi-chat mi-ours (on s’y serait attendu !), que personne n’a jamais trouvé. Le Pays Imaginaire ouvre ses portes à Lancelove (mot de passe : ?Vénéneux1515 !) et c’est parti pour une chevauchée entre monstres, forêts enchantées et dragons – bref, le quotidien de tout chevalier qui se respecte. Une foule de jeux de mots, une once de philosophie (« dans la vie, sans se poser de questions, on n’avance pas ») et hop ! entre une invocation à Saint Chrétien de Troyes et au Chevalier Lorris de Meung, le chat-ours tombe dans l’escarcelle de Lancelove. Il ne reste plus qu’à rentrer et à apprendre quels sont les projets de Laurine. Les illustrations de Juliette Barbanègre sont aussi denses et colorées que l’imagination de Carl Norac, qui se fait un malin plaisir de parodier gentiment les chansons de geste.

Dès 8 ans

Carl Norac, Lancelove, le chevalier aux mille monstres, illustrations de Juliette Barbanègre, L’Ecole des Loisirs, coll. Pastel, 50 p., 13,50 € — Imprimé en Italie.

Romain Simon et Paul François, Chante pinson

« Ecureuil vit dans la forêt. Il a une petite maison entre les branches d’un grand arbre. » Un écureuil très occupé à faire ses réserves pour l’hiver ! De son côté, Pinson préfère chanter, sans se soucier du froid qui arrive. Est-ce une variante de la Cigale et la Fourmi ? Pas tout à fait, car Ecureuil, qui s’ennuie dans sa cahute bien chauffée, va inviter le petit pinson à partager son feu.
Paru en 1950, Chante pinson fait partie de ces titres que l’on se murmure à l’oreille, parce qu’ils nous rappellent nos lectures d’enfance, une voix, des couleurs… Qui n’a jamais cherché Ecureuil dans les arbres du parc, ou laissé quelques miettes au Pinson ? Ce fonds, les albums du Père Castor le gère au mieux, rééditant titre après titre pour notre plus grand bonheur. Alors, êtes-vous écureuil ou pinson ?

Dès 3 ans

Romain Simon et Paul François, Chante pinson, illustrations de Romain Simon, Flammarion Jeunesse Père Castor, 2020 (réédition), 32 p., 5,25 € — Imprimé en République Tchèque. Existe aussi dans des formats différents et des éditions plus anciennes

Sibylle von Olfers, Marinette chez la Reine des Neiges

Marinette est seule à la maison, sa maman vient juste de partir. Mais est-elle vraiment seule ? En regardant par la fenêtre, dans ce paysage si calme et si tranquille, elle voit des petits flocons de neige surgir soudain. Ils sautent, tournoient, dansent et virevoltent tous en même temps. Ils l’appellent : “Viens Marinette ! Viens rejoindre notre cortège ! Accompagne-nous chez la Reine des Neiges ! »
La fillette ne se fait pas prier. Tout de rouge vêtue dans ce monde blanc et bleuté, la voilà conviée à une magnifique fête d’anniversaire. Il n’y manque ni « le chocolat blanc-neige » servi par les bonshommes de neige, ni les trompettes, ni les lanternes, ni les rondes… Cette Reine des Neiges est bienveillante : bien fatiguée, notre Marinette est reconduite chez elle dans un traîneau « tiré par quatre énormes ours polaires. »
L’artiste Sibylle von Olfers (1881–1916), à la fois peintre et auteur de livres d’images, a vu son talent encouragé par sa tante Marie von Olfers, elle-même peintre et écrivain. Sibylle von Olfers, après avoir être devenue religieuse, poursuivit sa formation artistique et enseigna le dessin. Dès 1905, elle écrivit et publia plusieurs livres d’images, dont ce délicieux conte de Noël.

Dès 4 ans

Sibylle von Olfers, Marinette chez la Reine des Neiges, Ed Des Mondes et des Livres, 2021, 28 p., 15 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en Allemagne.

Noëls de France, recueillis par Thibaud Dubois

De l’Avent à l’Epiphanie, il ne manquera pas de soirées frisquettes. Un coin de feu, ou un canapé confortable, quelques bougies, des biscuits à la cannelle – et une belle voix pour captiver un auditoire familial en lisant – ou en disant contes ou poèmes de Noël. Voilà à quoi invite cette anthologie de 68 « Noëls de France » rassemblés par Thibaud Dubois.
Tant l’on crie Noël qu’il vient » : ainsi François Villon annonçait cette période que tous, petits et grands, attendent. Contes, poèmes, récits… Vous retrouvez à travers ces pages les plus grands et plus célèbres écrivains français : Joachim du Bellay, François Coppée, Guy de Maupassant, la comtesse de Ségur, Edmond Rostand, Alphonse Allais, Jean de La Varende, et de nombreux auteurs oubliés ou méconnus, parfois gentiment démodés ou droits sortis de recueils un peu moralisateurs voire édifiants du XIXe siècle, qui ont gardé un certain charme. C’est pourquoi je conseille ce recueil à des adultes, qui sauront choisir les lectures de Noël qui conviennent le mieux à leur sensibilité et à celle des jeunes enfants.
Que la plume de ces auteurs soit triste, gaie, émerveillée, sceptique ou bien encore tourmentée, elle vous permettra par un regard privilégié de contempler, d’admirer et de vous approcher de la beauté du mystère de Noël !

Pour toute la famille

Noëls de France, recueillis par Thibaud Dubois, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2021, 268 p., 22 € — Imprimé en France

Edmond Rostand, La Brouette

De la part de Mathilde H. Un beau jour d’hiver, Jésus et Saint Pierre descendent du ciel, comme ils en ont régulièrement l’habitude pour réparer certaines injustices. Dans une forêt, ils aperçoivent une vieille femme qui pousse une brouette vide. Saint Pierre s’esclaffe : mais que fait cette femme sans doute un peu folle, qui pousse inlassablement sa charrette ? Jésus ne dit rien…
Ce petit conte en vers d’Edmond Rostand, est à lire pendant l’Avent, au coin du feu !
Une magnifique histoire sur la confiance et la persévérance.
Les vers de Rostand sont sublimés par les magnifiques illustrations d’Astrid Valence dans cet album grand format. Le poème est suivi d’une courte biographie de l’auteur, d’une présentation de son œuvre et d’un lexique.

A lire seul dès 6 ans, et en famille à haute voix.

Edmond Rostand, La Brouette, illustrations d’Astrid Valence, Téqui, 2020, 32 p., 16€

 

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes

Vortigern, Pwyll, Gradlon, Cuchulainn : à l’évocation de leurs noms, les auditeurs des bardes savaient qu’ils allaient entendre des histoires aux nombreuses péripéties ! Puis les érudits du renouveau celtique, au XIXe siècle, les firent découvrir à des lecteurs fascinés par un univers aussi riche en héros, chevaliers et magiciennes aux aventures des plus tumultueuses… Bretagne, Pays de Galles, Irlande, Ecosse, Cornouailles : autant de terres de légendes ! Du cycle d’Ulster aux récits arthuriens, cet album propose six légendes issues de la littérature celtique archaïque. Elles sont illustrées par le pinceau onirique de Genkis Genkkis, qui a su recréer autour de ces légendes un contexte plausible, loin de l’imagerie romantique à laquelle nous sommes habitués. Le monde des guerriers celtes n’était pas tendre et les auteurs de cet album n’ont rien édulcoré : il est donc à conseiller à de grands adolescents.

Adolescents

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes, illustrations de Genkis Genkkis, Ed Yoran Embanner, 2021, 128 p., 19 €