Thème

Contes, légendes et fééries

Alfons Lottary, Plus de puces !, Conte pédagogique

Une centaine de gros ours bruns hibernent tranquillement dans leur caverne. Mais voilà qu’un chien errant a déposé quelques puces dans un coin… « C’est alors que les ennuis commencent. Parce qu’une morsure de puce, ça ne fait pas mal. A peine si on la sent. Dix morsures, ça n’est guère plus terrible, au plus un petit gratouillis. Mais cent, ce n’est plus tout à fait rien, ça gratte franchement et on commence à chercher comment se débarrasser de ces bestioles. A mille, à dix mille, ça devient sérieux et on se roule par terre en appelant à l’aide. A cent mille, un million, c’est le début de l’anémie — le manque de sang — et la fatigue s’installe. Et à plus… A plus, c’est vraiment grave. »
La parabole est simple : nous sommes de sympathiques familles d’ours, et les puces sont ce satané virus qui nous a attaqués en cette fin d’hiver. Alfons Lottary a une double casquette : médecin de ville et conteur. C’est pourquoi, après le conte, viennent quelques pages scientifiques très pédagogiques (et pas anxiogènes). Il m’a fait parvenir son texte, qu’il a mis très simplement en page pour le diffuser au plus vite sous la forme d’un livre électronique en autoédition. En ces temps où les libraires sont fermés, pourquoi ne pas lire ce conte en famille au fond de sa caverne ?

Dès 5 ans pour le conte, dès 7 ans pour les explications scientifiques

Alfons Lottary, Plus de puces ! Conte pédagogique, e‑book Kindle, 2020, 16 p., 2,99 € — voir sur son site : http://alfonslottary.fr/

3 Histoires de Pâques

Ce printemps, le Père Castor réédite trois contes de Pâques en un seul et bel album. « Le premier œuf de Pâques » (2010), sous la plume de Zemanel et le pinceau d’Amélie Dufour, raconte pourquoi les œufs de Pâques sont décorés. Et si cela était dû à la maladresse – et à la ténacité — de Poulette, qui tient absolument à montrer son premier œuf à la reine des poules ? Le même duo raconte les mésaventures de « Trois Petits Lapins » (2019) qui, à force d’explorer des lieux interdits, se trouvent enfermés dans un clapier. Anne Fronsaq, elle, a repris la fable de « la Petite Poule rouge » (que je connaissais rousse…). Le chat, le canard, l’oie et le dindon, croqués avec humour par Madeleine Brunelet, lui refusent leur aide pour cultiver son blé ? À leur aise. Mais quand il s’agit de déguster la brioche sortie du four, les paresseux se trouvèrent bien punis !

Dès 3 ans

3 Histoires de Pâques, Père Castor, Flammarion, 2020, 80 p., 8 € — Imprimé en Chine

Soon-Mi Hong, Le cadeau de minuit

« Jour et Nuit ont cinq enfants : Aurore, Matin, Midi, Soir et Minuit. » Lesquels ressemblent à de joyeux petits lapins ! Quand Grand-Mère Temps les réveillent pour leur faire des cadeaux, que va-t-elle leur offrir ? Aurore, Matin, Midi et Soir, tour à tour, s’émerveillent et nous émerveillent à la découverte de leur « surprise ». Mais où se cache le cadeau de Minuit ? Un conte coréen tout en douceur, pour apprendre que, dans une fratrie, que chacun reçoit sa part – et doit s’en réjouir sans jalouser les autres.

Dès 3 ans

Soon-Mi Hong, Le cadeau de minuit, Editions de l’Elan vert, 2020, 40 p., 13,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine.

Anna Walker, Lottie & Walter

« Lottie avait un secret. […] Lottie était la seule à savoir qu’un requin se cachait au fond de la piscine. » Et chaque samedi, Lottie avait mal au ventre et restait assise au bord du bassin. Jusqu’au jour où apparut Walter, « très occupé à chantonner Oumbelli dou, loumbelli la, loupiii lou ! ». Longues moustaches, belles défenses, est-il sorti « De l’autre côté du miroir » de Lewis Carroll, ce sympathique morse joueur ? Toujours est-il que notre Lottie, un beau samedi, sauta… de l’autre côté de l’eau. Bravo, Lottie !

Dès 4 ans

Anna Walker, Lottie & Walter, Kaléidoscope, 2020, 48 p., 13,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie

Oulya Setti, Un petit air de liberté

« Je vis dans des montagnes où l’on nous dit qu’il ne faut pas sortir seul car elles regorgent d’ours affamés. » Brrr… Mais, « ce Noël-là, j’avais reçu comme cadeau une magnifique mésange », qui, parfois, sortait de sa cage pour voleter devant la fenêtre. Jusqu’au jour où passa un ours qui « restait là, telle une statue, immobile, à regarder la mésange ». La suite de l’histoire vous racontera ce qu’il en fut de ces trois-là, l’enfant, la mésange et l’ours. Les dessins très fins d’Oreli Gouel dans une gamme de bleus et de bruns, plongent dans un rêve très doux – idéal en lecture du soir.

Dès 3 ans

Oulya Setti, Un petit air de liberté, illustrations d’Oreli Gouel, Editions Bilboquet, coll. « Les messagers », 2019, 32 p., 14,50 € — Imprimé dans l’Union Européenne

Orianne Lallemand, La Petite Dame

« Il était une fois une vieille dame qui vivait toute seule dans un immeuble au milieu d’une grande ville. » Ainsi commence ce conte moderne. Dans l’immeuble, vivent des familles très occupées : les Hippopotame, les Ecureuil, les Kangourou, les Panda… Seuls les enfants se demandent qui est réellement la vieille dame – était-elle autrefois fée, danseuse ou… sorcière ? Un jour, « il y eut un gros BOUM ! chez la petite dame ». Que s’était-il passé ? La petite dame était simplement tombée dans sa cuisine et s’excusait de ne pouvoir se relever seule. Et comme nous sommes dans un conte, une belle solidarité se met en place.

Dès 4 ans

Orianne Lallemand, La Petite Dame, illustrations d’Anne-Isabelle Le Touzé, Glénat Jeunesse, coll. « P’tit Glénat », 2020, 32 p., 11 € — Imprimé en Pologne

Sachie Hattori, Bonne nuit le monde

« — C’est l’heure d’aller dire bonne nuit à tout le monde.
— A tout le monde ?
— Oui. A papa, à tes frères, à tout le monde ! »
Tout le monde, c’est aussi « mon voisin Henri », la boulangerie et la « fontaine jolie », les bateaux, la mer, les poissons… et bien sûr la lune et les étoiles ! Après un voyage des plus oniriques, notre petit personnage et ses amis sauteront sur une douce étoile – et feront de beaux rêves. Un album coloré et délicieux, parfait pour le rituel du soir.

Avant 3 ans

Sachie Hattori, Bonne nuit le monde, Didier Jeunesse, 2020, 40 p., 12,90 € — Traduit de l’anglais et original en japonais. Imprimé en France

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace

« Il y avait un petit garçon qui habitait un pays de plaines. Tous les dimanches après-midi il allait se promener avec son père dans des chemins bordés de haies. » Mais pour qui marche entre les haies, la question demeure : qu’y a‑t-il donc au-delà ? Et notre garçon de rêver… Grimper aux arbres, aussi haut que les écureuils et les oiseaux… Et puis un jour — ou plutôt une nuit – le voilà au pied d’un escalier merveilleux qui s’enroule autour d’un arbre immense. « Le plus grand étonnement du petit garçon fut de se rendre compte que l’œil pouvait voir si loin. Il comprenait maintenant ce qu’on voulait dire quand on disait “à perte de vue”. C’était très loin. C’était même si loin que peut-être ça n’existait pas. Car sa vue ne se perdait pas, elle s’en allait simplement jusqu’à l’endroit où le tapis de l’espace rejoignait le tapis du ciel. »
Les illustrations de François Place font merveille pour donner plus de vie encore à ce très beau texte, retrouvé dans les archives de Jean Giono et facile d’accès pour les jeunes lecteurs. Une initiation bienvenue à la « grande littérature ».

Dès 8 ans

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Cadet Les Classiques », 2018 (réédition), 48 p., 6,50 € — Imprimé en Espagne

Jean Broussolle et André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie

Ou « L’histoire d’un grand orchestre » racontée aux enfants. Voilà trois générations que ce conte musical, créé en 1956, fascine les petits par son dynamisme et son inventivité. Composé par Jean Broussolle (1920–1984) et son compère André Popp (1924–2014), il n’a pas pris une ride. La voix de François Périer fait merveille, changeant par magie d’octave et de ton pour passer d’un rôle à l’autre, du piccolo à la harpe, des tambours à la contrebasse. Une excellente manière de former les petites oreilles à l’écoute des instruments, dans la joie et la fantaisie. Ce livre-disque est illustré par Fred Multier, : ses instruments sont très fidèles aux « originaux », avec un petit détail humoristique dans le vêtement ou la coiffure, et ses couleurs sont aussi éclatantes que celles du saxo.

Dès 3 ans

Jean Broussolle et André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie, illustrations de Fred Multier, Gautier-Languereau, 2019, 40 p. + CD, 24,90 €

May Angeli, L’Ours et le Canard

Le Canard, tombé « le bec en l’air dans un fatras de branchages », en est sorti par l’Ours, un vieil Ours édenté et bienveillant. Nos deux compères deviennent inséparables, jusqu’au jour où le Canard s’envole pour des horizons lointains. Et notre Ours de dépérir au creux de sa tanière. « Je ne reverrai peut-être jamais le Canard. C’est la vie, comme on dit pour les choses tristes. Et il s’endormit pour le long hiver. » Mais, au premier soleil du printemps, de qui sont ces coin-coin qui le tirent de sa somnolence ? Les bois gravés et colorés de May Angeli racontent cette belle histoire d’amitié en totale connivence avec ses héros et la nature qui les entoure – un vrai plaisir que de voir la joie revenir dans les yeux de l’Ours ! « Ils s’assirent côte à côte. J’ai tant de choses à te raconter… commença le Canard. Non, d’abord toi ! »

Dès 3 ans

May Angeli, L’Ours et le Canard, Les Editions des Eléphants, 2019, 32 p., 14 € — Imprimé en Slovaquie

The Fan Brothers, Où l’Océan rencontre le Ciel

« Lucas vivait près de la mer, et la mer vivait près de Lucas. C’est une journée idéale pour sortir en mer, aurait dit son grand-père. Il lui parlait souvent d’un endroit lointain où l’océan rencontre le ciel. » Mais voilà, Grand-Père n’est plus là. Et Lucas de construire un bateau, « pour faire un long voyage ». Ce voyage, il le fera au pays de ses rêves. Nous y croiserons un énorme poisson d’or (pas un poisson rouge anglophone, un vrai poisson d’or) et accosterons un moment sur les îles Bibliothèques, faites de tous les livres qui parlent de l’océan… avant de repartir sur les ailes du vent. Fantaisie, émotion, poésie se conjuguent pour nous étonner et nous charmer. Hisse les voiles, matelot ! Les « Fan Brothers », ce sont Terry Fan, qui dessine, et Eric Fan, qui écrit et dessine aussi : un talentueux duo à qui nous devions déjà « Le Fabuleux Voyage du bateau-cerf ».

Dès 4 ans

The Fan Brothers, Où l’Océan rencontre le Ciel, Little Urban, 2019, 48 p., 15 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Aleksey Zuev, La Fille des neiges

Déjà âgés, Ivan et sa femme Maria, deux paysans russes, étaient bien tristes de ne pas avoir eu d’enfants. Jusqu’à cet hiver où, par jeu, ils façonnèrent non pas un bonhomme de neige, mais une « fille des neiges ». Et celle-ci de prendre vie ! Ils la nommèrent Snégourotchka, ce qui, en russe, signifie la fille des neiges. Quelle joie de la voir grandir ! Il faut dire qu’elle était un peu magique, car elle grandissait bien vite, la jolie Snégourotchka. Le bonheur d’Ivan et de Maria dura jusqu’à la Saint-Jean. Car jamais Snégourotchka n’aurait dû sauter le feu comme ses compagnes… Nardama Correas a adapté ici le conte de « Blanche-Neige » extrait d’un Recueil de contes populaires slaves signé de Louis Léger (1882). L’artiste russe Aleksey Zuev lui a donné de somptueuses couleurs. Un plaisir pour les yeux !

Dès 5 ans

Aleksey Zuev, La Fille des neiges, Macha Publishing, 2019, 28 p., 15,90 € — Imprimé en France