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Adolescents

George Orwell, 1984

George Orwell, 1984

« Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston restait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu autant qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. » Police de la Pensée, ministère de la Vérité, ministère de l’Amour, « contrôle de la Réalité »… en 1984, « Big Brother vous regarde ».
Aujourd’hui, la Police de la Pensée et la novlangue sont-elles encore de la science-fiction ? Vient de paraître, chez Gallimard, une nouvelle traduction, qui a subi une réécriture très dégradée et… orwellienne : la « novlangue » devient le « néoparler » et la « police de la pensée », la « Mentopolice ». Il est grand temps de se procurer la traduction de 1950, qui, si elle a quelques défauts, a fait passer dans le langage commun quelques termes critiques bien utiles face à notre société de surveillance médiatique.

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George Orwell, 1984 — Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti (1950). Éditions de poche, dont Folio, 1972, 438 p., 8,90 €, toujours disponible.

Michaël Lê, Inis Fáil, le peuple de Dana

« J’ai vu des vaisseaux énigmatiques et colossaux, pourchassés par une lointaine malédiction. J’ai entendu les forêts chanter la venue d’un Haut Roi et les montagnes pleurer la disparition d’un autre. » Cette voix qui raconte, c’est celle de « Fintan, le druide primordial et antédiluvien, la mémoire vivante de l’île », cette Irlande mystérieuse.
Avant même l’arrivée des Celtes, le peuple de Dana subit la puissance maléfique des monstrueux Fomoires, les géants de la mer. Un jour, un héros vient pourtant défier leur tyrannie : Lugh le polytechnicien, maître de tous les arts, qui rassemble autour de lui les plus grands héros de Dana afin d’affronter l’armée la plus horrible à avoir jamais envahi l’île verte. Racontés par le druide Fintan, leurs exploits mêlent ruse, courage, magie et talismans merveilleux. Les couleurs vives et les lumières intenses d’Hélène Let ont percé les brumes et les embruns pour nous transporter dans une Irlande mythique des plus étranges.

Dès 8 ans

Michaël Lê, Inis Fáil, le peuple de Dana, illustrations d’Hélène Let, Aleph éditions, 2019, 48 p., 16,90 € — Imprimé en Belgique.
Dans la même collection : Anne-Claire Bondon, Idunn, illustrations de Tristan Gion, Aleph éditions, 2019, 48 p., 16,90 €

Yvon Bertorello et Boris Talijancic, Ad Romam, Le trophée d’Auguste

Antoine, Agathe, Blaise et Julia : quand ces quatre lycéens, par une belle nuit d’été, font le mur pour explorer le trophée d’Auguste, à La Turbie, ils ne se doutent pas des aventures extraordinaires qui les attendent. Par la vertu d’une pièce frappée à l’effigie de l’empereur, Antoine, le premier, va se retrouver en 16 avant J.-C., vêtu d’une cuirasse et armé d’une épée courte pour faire face à l’ennemi. Des allers et retours entre notre époque et les temps anciens permettent de scénariser astucieusement l’histoire de La Turbie et des environs. Car Antoine finira par persuader ses amis de le suivre dans ces sauts de temps. Ses amis et même son professeur d’histoire, intrigué par les fulgurants progrès de son élève.

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Yvon Bertorello et Boris Talijancic, Ad Romam, Le trophée d’Auguste, Editions du Rocher, 2020, 60 p., 15,90 € — Imprimé en France

Marie-France Zerolo et Élisabeth Benoit-Morelli, À cœur ouvert

Soit, par ordre d’apparition, Boris, un vieil original solitaire ; un corbeau parlant, qui sera plus loin nommé Odilon ; Chilpéric, huit ans et demi, qui adore « faire des aventures ; Asie, en tutu rose, qui parle ou rêve en italiques. Un quatuor ? Pas tout à fait. Boris est amoureux de Jeanne, sa voisine ; Asie vit dans sa caravane avec Phil, le funambule, et Lunaire, « qui porte bien son nom ». Tout ce petit monde a le cœur qui tangue, qui flanche, qui ne sait pas pourquoi… Avec tendresse, avec folie – ou sans. Cela donne un roman doux-amer, totalement perché, et qui pose, à chaque page une question fondamentale – mais en sourdine, l’air de rien. Jusqu’où est-on prêt à donner son cœur ou à se laisser prendre ? Qu’en dit le corbeau Odilon ? Que c’est peut-être une histoire de gésier…

Dès 12 ans

Marie-France Zerolo et Élisabeth Benoit-Morelli, À cœur ouvert, Editions Courtes et Longues, coll. « Supernova », 144 p., 16,90 € — Imprimé en France

Françoise Rachmuhl, Monstres et créatures de la mythologie

Un seul œil, ou cent bras, ou une queue de serpent sur un corps féminin, ou encore deux têtes, une de chèvre et une de lionne, une seule dent pour trois, un homme à tête de taureau… Le Cyclope, les Cent-Bras, Echidna, sa fille la Chimère, les Grées, le Minotaure… Brr, la mythologie grecque fourmille de monstres et de créatures repoussantes ! En face d’eux, les Olympiens, lumineux mais parfois imprévisibles et querelleurs, mais aussi des héros : Persée, Héraclès, Bellérophon, Cadmos, Ulysse. Chacun à sa manière nous raconte comment vaincre nos peurs et résister à la colère, comment mener une vie aventureuse digne d’être chantée. Françoise Rachmuhl, conteuse hors-pair, fait revivre ces monstres antiques que personne n’a vraiment envie de croiser au coin de sa rue !

Dès 11 ans

Françoise Rachmuhl, Monstres et créatures de la mythologie, Flammarion Jeunesse, 2020, 96 p., 4,20 € — Imprimé en Espagne

Jules Verne, Michel Strogoff

« Le czar le regarda encore une fois bien en face, les yeux dans les yeux. Puis, d’une voix brève :
“Ton nom ? demanda-t-il.
— Michel Strogoff, Sire.
— Ton grade ?
— Capitaine au corps des courriers du czar.
— Tu connais la Sibérie ?
— Je suis Sibérien. […]
— Voici une lettre, dit-il, que je te charge, toi, Michel Strogoff, de remettre en main propre au grand-duc et à nul autre que lui.
— Je la remettrai, Sire. »
Qui osera dire qu’il y a des longueurs chez Jules Verne, après la lecture d’un dialogue aussi énergique ? Quand il s’agit de longueurs, elles se mesurent ici en verstes qui, converties, donnent, de Moscou à Irkoutsk, 5 523 kilomètres. Orages, marais, incendies, chavirages, loups féroces, trahisons… Que de péripéties pour échapper aux hordes tartares menées par Ivan Ogareff et tenir sa promesse ! En compagnie de la belle Nadia, de l’Anglais Harry Blount et du Français Alcide Jolivet, journalistes en quête de sensationnel, le lecteur suivra Michel Strogoff jusqu’aux rivages du lac Baïkal. Certes, le format de poche ne rend pas justice aux célèbres illustrations de la collection Hetzel, mais cette édition propose le texte intégral pour un prix modique.

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Jules Verne, Michel Strogoff, illustrations originales de l’édition Hetzel, Le Livre de Poche, 2018, 446 p., 6,60 € — Texte intégral- Imprimé en France.

Virgile Dureuil et Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie

« Je me suis installé pendant six mois dans une cabane sibérienne sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord. Un village à cent vingt kilomètres, pas de voisins, pas de route d’accès, parfois, une visite. L’hiver, des températures de – 30 °C, l’été, des ours sur les berges. Bref, le paradis. » Du journal d’ermitage rédigé par Sylvain Tesson (Gallimard, 2011), Virgile Dureuil a tiré une bande dessinée, un premier livre qui augure bien de son talent. D’une part, il a tiré la quintessence du récit de Tesson, la moelle de la moelle ; d’autre part, il a mis en images les ambiances, les couleurs, les paysages si particuliers du lac Baïkal : bleus de la glace, blancs de la neige, bruns des forêts et des cabanes… Un voyage intérieur aussi, au bout d’un monde où le thé, les ombles, les blinis et la vodka n’ont pas le même goût qu’ailleurs. Puisse-t-il rester, sur les rives de cet immense lac, quelques criques sauvages et inaccessibles au tourisme mondialisé.

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Virgile Dureuil et Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, Casterman, 2019, 112 p., 18 € — Imprimé en France

Capitaine Caval, Confidentiel Défense

«  — On y va, dit Flamme en souriant.
Il mit le gyrophare en marche, appuya sur le bouton de l’interphone et annonça comme il se devait :
— Nous partons pour « personne ne répondant pas aux appels », boulevard Jourdan à la maison de l’Argentine. Nous prendrons le matériel de reconnaissance et de secours à victimes. Comme prévu.
Il se sentait excité par la présence du danger et l’idée de conduire cette opération en vrai afin de tromper la vigilance du catcheur. » En effet, cette intervention n’a pas exactement le but annoncé : il ne s’agit pas de secours, mais d’une couverture pour assister à une curieuse rencontre, pas vraiment officielle.
La France vient de passer le contrat du siècle mais le sort semble s’acharner sur les entreprises qui doivent le réaliser : vols, incendies, cyber attaques, compromission du secret de la défense nationale… Mais qui peut avoir intérêt à vouloir empêcher l’Argentine de se doter de la torpille française du futur ? Du sommet des échelles aux grands fonds sous-marins, le sergent Flamme va se heurter une nouvelle fois à la toute-puissante organisation Janus et sa recherche de la déstabilisation permanente, dans une course haletante contre des ennemis implacables et qui utilisent les technologies les plus en pointe.
Heureusement, il pourra compter sur Pascal, son vieux conducteur fidèle et courageux, et sur Sylvain, l’inspecteur de la mystérieuse direction du renseignement et de la sécurité de la défense. Mais trouvera-t-il le temps au milieu de tous ces rebondissements de répondre à la lettre d’Alice ?
Le capitaine Caval nous livre ici un nouveau polar pompier illustrant de manière passionnante la guerre discrète et silencieuse que les puissances économiques se livrent entre elles pour défendre leurs intérêts et nous fait découvrir le rôle capital qu’y joue le plus discret des services secrets.
Père de famille, le capitaine Caval a été officier à la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris.

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Capitaine Caval, Confidentiel Défense, Via Romana, 2020, 316 p., 12 € — Imprimé en France
Dans la même série Sergent Flamme, le soldat pompier de la BSPP :
Code Delta
Les Cités interdites
L’Affaire Vladimir
Place Vendôme
Feu sacré

Alexandre Dumas, Les aventures de Lydéric, grand forestier de Flandre

« A l’âge de dix-huit ans, Lydéric, dont la double éducation physique et morale était accomplie, était, quoiqu’il n’eût point quitté sa forêt nourricière, un des hommes les plus forts et les plus savants, non seulement du royaume des Francs, mais encore du monde entier. » Le jeune homme, qui ne se sait pas encore héritier de Salwart, prince de Dijon, enterre le brave ermite qui l’a recueilli tout bébé et part courir l’aventure dans le vaste monde.
Nous sommes au mitan d’un VIIe siècle que l’imagination flamboyante d’Alexandre Dumas (père) peuple non seulement de rois (Dagobert compris), de reines (ô douce Ermengarde !), de guerriers, d’ermites et d’évêques, mais aussi d’êtres surnaturels, dragons, nains et rossignols doués de parole. Car non seulement Dumas s’inspire d’une légende du XVIe siècle, bien vivace en Flandre, mais il emprunte divers événements à d’autres légendes médiévales. En effet, ce Lydéric, premier comte de Flandre, décide un jour, entre autres aventures, de conquérir le trésor des Nibelungen et d’épouser « la princesse Chrimhilde, sœur de Gunther, roi des Higlands ». Et hop ! Nous voici transportés dans un monde légendaire voisin ! Et dans un autre encore, quand Lydéric et Gunther embarquent pour l’Islande, à la conquête du château de Ségard, gardé par une hydre géante. Il y réveille… Brunehilde ! Force, beauté et courage ne manquent pas à notre héros pour voler d’exploit en exploit. La légende veut aussi que Lydéric, après avoir vengé son père en tuant son meurtrier le géant Phinaert, ait fondé la ville de Lille.
Paru en feuilleton entre 1840 et 1842 dans Le Musée des familles, ce récit a connu un succès immédiat. Réédité ici avec les illustrations de l’époque, il entraîne le lecteur dans des contrées aussi étranges que mystérieuses. Il le réconciliera peut-être, au passage, avec les imparfaits du subjonctif, les conditionnels passés et les phrases à rallonge qui naissent comme par magie sous la plume de Dumas.
Pour finir, sachez que les deux géants Lydéric et Phinaert parcourent tous les ans la ville de Lille lors de la célèbre braderie. Mais gare à qui osera leur chercher noise !

Dès 12 ans

Alexandre Dumas, Les aventures de Lydéric, grand forestier de Flandre, Les Amis de la culture européenne, 2006, 144 p., 14,50 € — Texte intégral. Pour commander, c’est ici.

Nathaniel Hawthorne, Le Minotaure

De l’aventure, du mystère et de l’action ! Rien de mieux pour faire frémir les lecteurs ! Ajoutez un jeune prince courageux, une sorcière, quelques personnages peu recommandables, un robot de métal et, enfin, un terrible monstre, mi-homme, mi-taureau, enfermé dans un labyrinthe effrayant. Sans oublier le délicieux sourire d’une princesse qui n’a pas froid aux yeux. Et voilà les aventures de Thésée qui prennent un petit air de jeu vidéo. D’Athènes à la Crète, que d’exploits ! Ils sont ici racontés avec brio par un grand écrivain américain, Nathaniel Hawthorne (1804–1864). « Le Minotaure » appartient à un recueil de nouvelles, les Tanglewood Tales ou Contes du Bois Touffu. Seul petit aménagement avec les textes fondateurs : Ariane refusant l’invitation de Thésée à la suivre, celui-ci ne l’abandonne donc pas sur l’île de Naxos – la morale puritaine est sauve !

Dès 12 ans

Nathaniel Hawthorne, Le Minotaure, illustrations de Régis Loisel, L’Ecole des Loisirs, coll. « Classiques », 2019, 96 p., 5,10 € — texte intégral traduit de l’anglais par Catherine Chaine.

Du même auteur : La Toison d’or, illustrations de Régis Loisel, L’Ecole des Loisirs, coll. « Classiques », 1979, 96 p., 5,10 € — texte intégral traduit de l’anglais par Catherine Chaine.

Clément Roussier, Sullivan

… « Et les ciels de feu des soirs de la savane », précise le sous-titre. Or le roman commence par la rencontre du narrateur avec un vieil homme, aux portes du Sahara. Lequel vieil homme se lance dans un récit étrange : celui des aventures et des rencontres vécues par Sullivan, un renard blanc né dans le Grand Nord, mais dont le rêve est de connaître l’Afrique. Parce que « Il existe quelque part », une petite phrase qui trotte, et trotte, et trotte dans la tête de ce doux rêveur – homme ou renard. Qu’est-ce qui existe ? Où cela existe-t-il ? Sullivan l’ignore et il n’est pas certain que nous soyons parvenus à le savoir : la dernière page tournée, le lecteur sera peut-être plus attentif à la voix de sa conscience, et ce sera à lui de choisir sa route. Dans un autre temps, c’est le Petit Prince de Saint-Exupéry qui dialoguait avec un renard, à l’ombre d’une dune. Dans une veine analogue, Clément Roussier, grand voyageur, propose ici au lecteur un voyage initiatique, teinté de philosophie et de poésie. Certains le liront au premier degré, d’autres chercheront le sens de maximes ou de dialogues parfois énigmatiques. Il y a un côté un peu Peace and Love dans les aventures de ce renard routard qui aurait pu bourlinguer dans un Combi VW multicolore, mais qui a vaillamment tracé sa route sur ses quatre pattes – jusqu’en haut de la dernière colline.

Dès 12 ans

Clément Roussier, Sullivan, illustrations d’Allegra Pedretti, L’Ecole des Loisirs, 2020, 240 p., 12,50 €

1001 dessins faciles à la japonaise

1001 dessins faciles à la japonaise

« Kawaii », en japonais, signifie à peu près mignon, enfantin, coloré et naïf. Si tant est que l’on puisse traduire du japonais. Et comment dessiner « kawaii » ? C’est tout l’intérêt de cet album fait pour les nuls en dessin : non seulement vous apprendrez à dessiner correctement des personnages, des animaux ou des objets de la vie courante, mais vous saurez leur donner une petite touche nippone de bon aloi. Dans la leçon consacrée aux animaux, des crabes, des dauphins, des baleines mais aussi des cigales, des moustiques, des lucanes – et même une larve de scarabée-rhinocéros – deviendront, en quelques traits de crayon, dignes de figurer dans un dessin animé d’Hayao Miyazaki.

Dès 6 ans et pour toute la famille

1001 dessins faciles à la japonaise, Dessain et Tolra, 2015, 128 p., 26 €