Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Grands auteurs

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace

« Il y avait un petit garçon qui habitait un pays de plaines. Tous les dimanches après-midi il allait se promener avec son père dans des chemins bordés de haies. » Mais pour qui marche entre les haies, la question demeure : qu’y a‑t‑il donc au-delà ? Et notre garçon de rêver… Grimper aux arbres, aussi haut que les écureuils et les oiseaux… Et puis un jour — ou plutôt une nuit – le voilà au pied d’un escalier merveilleux qui s’enroule autour d’un arbre immense. « Le plus grand étonnement du petit garçon fut de se rendre compte que l’œil pouvait voir si loin. Il comprenait maintenant ce qu’on voulait dire quand on disait “à perte de vue”. C’était très loin. C’était même si loin que peut-être ça n’existait pas. Car sa vue ne se perdait pas, elle s’en allait simplement jusqu’à l’endroit où le tapis de l’espace rejoignait le tapis du ciel. »
Les illustrations de François Place font merveille pour donner plus de vie encore à ce très beau texte, retrouvé dans les archives de Jean Giono et facile d’accès pour les jeunes lecteurs. Une initiation bienvenue à la « grande littérature ».

Dès 8 ans

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Cadet Les Classiques », 2018 (réédition), 48 p., 6,50 € — Imprimé en Espagne

Jules Verne (d’après), Voyage au centre de la Terre

« Le professeur Otto Lidenbrock et son neveu Axel ont trouvé un message secret très ancien caché dans un vieux livre. » Si ancien qu’il est écrit en runes ! Il y aurait un passage menant au centre de la Terre ! Et les voilà partis ! En 20 pages cartonnées, il ne manque ni les ichtyosaures, ni les plésiosaures, ni les champignons géants, ni le troupeau de mammouths ! De l’Islande au Stromboli, que d’aventures ! L’histoire est décomposée pour être accessible aux plus jeunes : des phrases très courtes, des objets simples, le tout en suivant la trame du livre et en respectant l’imaginaire de l’auteur. Mais l’essentiel, ce sera la voix de Papa pour raconter ce voyage extraordinaire.

Avant 3 ans

Jules Verne (d’après), Voyage au centre de la Terre, illustrations de Marjorie Béal, Editions Balivernes, 2019, 20 p. cartonnées, 9 € — Imprimé en Pologne.

Corinna Bille, Marietta, l’ours et le cavalier vert

Une marionnette qui s’ennuie, un ours en peluche rose qui rêve d’aventures, un minuscule cavalier vert et son cheval retrouvés lors d’un déménagement, une danseuse lilliputienne amoureuse d’une marionnette – d’une autre marionnette… , un petit singe décidé à courir le monde : les cinq nouvelles de ce recueil se passent toutes à la frontière du monde des jouets et du « vrai » monde. Cousins du Casse-Noisette de Hoffmann, nos jouets sont néanmoins… très suisses. Ils évoluent dans un décor de montagnes et de grandes personnes assez raisonnables, et rivalisent d’imagination pour s’évader. Quelle belle image que la métamorphose de la petite danseuse en une libellule ! Corinna Bille prend le temps de croquer paysages et intérieurs, sentiments et sensations, avec des mots simples qui vont droit au cœur. Idéal pour prolonger la magie de Noël !

Dès 5 ans (pour être lu) et dès 8 ans (pour lire tout seul)

Corinna Bille, Marietta, l’ours et le cavalier vert, illustrations de Mirjana Farkas, La Joie de lire, coll. « La petite bibliothèque de S. Corinna Bille », 2019, 40 p., 14,90 €

Hérodote, Histoires du monde antique

Né en Asie Mineure vers 480 avant J.-C., il a voyagé en Egypte, en Perse, en Macédoine, en Syrie, il a connu Périclès à Athènes et ses Histoires ont tellement fasciné ses contemporains, puis les Romains qu’elles nous sont parvenues. Lui ? C’est Hérodote, surnommé par Cicéron « le père de l’histoire ». « Moi, Hérodote d’Halicarnasse, je présente ici les résultats de mon enquête, afin que le temps n’abolisse pas le souvenir de ce que les hommes ont accompli, et que leurs grands exploits ne tombent pas dans l’oubli. Je raconterai en particulier la raison de la guerre qui opposa les Grecs et les Barbares. » Certes, il mélange encore un peu les genres, il rapporte des histoires de griffons, d’Amazones, d e cyclopes anthropophages. Mais sans ces Histoires, comment serait venu jusqu’à nous le déroulé de la bataille de Marathon ou celle des Thermopyles ?
Ce livre comporte ici et là des scènes violentes, reflets des mœurs de l’époque lointaine dont Hérodote parle. Instructives pour le lecteur averti, elles pourraient choquer des enfants de moins de 10 ans. Il faut saluer le travail d’adaptation réalisé par Laurent Bègue, dans une langue fluide et actuelle ; ici ou là, de brefs encarts précisent des détails ou des définitions ; des cartes replacent pays et cités. Enfin, le grand format de l’ouvrage – à feuilleter ici — laisse de la place à de nombreuses illustrations pleine page.

Dès 10 ans

Hérodote, Histoires du monde antique, adaptation de Laurent Bègue, illustrations de Laci, La Librairie des Ecoles, 2019, 220 p., 24,90 €

S. Corinna Bille, Petits Contes de Noël

« J’aimais beaucoup la maison de ma grand-mère. C’était une drôle de maison tellement pleine de choses qu’il n’y avait plus place pour un seul grain de poussière, disait-elle. Mais j’aimais par-dessus tout la crèche de verre. » A force de la regarder de loin, puis de (trop) près, voilà que la fillette « toucha la vitre qui vola en éclats. Complètement abasourdie, » elle se retrouva… dans la crèche, à s’entretenir avec Joseph et Marie. Ou n’est-elle que tombée de la chaise ? De ces neuf petits contes de Noël se dégage une douce nostalgie : en hiver, il fait froid, on peut tomber malade, attendre la neige ou se perdre dans la nuit. On peut aussi rêver de ne plus être seul, ou ne pas vouloir rester dans son carton comme cette si belle poupée. Et sous la plume de Corinna Bille (1912–1979), même le Père Noël photographe des grands magasins a droit à notre bienveillance… Certains contes se prêteront fort bien à une lecture à voix haute devant la cheminée.

Dès 12 ans –certains contes sont à lire à voix haute en famille

Corinna Bille, Petits Contes de Noël, illustrations de Hannes Binder, La Joie de Lire, coll. « La petite bibliothèque de S. Corinna Bille », 78 p., 14,90 € — Imprimé en Lettonie

 

Marcel Aymé, L’Eléphant

Il pleut tant et tant que Delphine et Marinette décident de « jouer à l’arche de Noé ». Les parents partis, comme souvent, chez l’oncle Alfred, elles font entrer dans la cuisine tous les animaux de la ferme. Mais, qui va jouer l’éléphant ? Voilà une petite poule blanche bien décidée à endosser le rôle… Et par la fantaisie de Marcel Aymé, maître es formules magiques, la poule devient vraiment un éléphant. Un énorme éléphant…
Il revenait bien sûr aux Editions des Eléphants de rééditer ce Conte bleu du Chat Perché écrit en 1941 – et qui n’a pas pris une ride. D’autant plus qu’il est illustré des bois colorés et pleins d’humour de May Angeli, à qui nous devions déjà Les Boîtes de peinture .

Dès 8 ans

Marcel Aymé, L’Eléphant, illustrations de May Angeli, Editions des Eléphants, 2019, 48 p., 16,50 €

James Oliver Curwood, Les Chasseurs de loups

« Soudain, un son étrange, à donner le frisson, déchira le silence. Un habitué de la forêt aurait aussitôt reconnu la plainte sauvage et désespérée d’une bête mortellement blessée.
Lentement, un immense élan mâle apparut dans le clair de lune. Les naseaux dilatés, les yeux brillants de rage, il laissait derrière lui une traînée de sang. Il fuyait […] une meute de loups à ses trousses. » Pour lui, comme pour les loups – mais aussi pour les hommes – survivre est une lutte de tous les instants. Après cette scène inaugurale, le lecteur fait la connaissance de Roderick, jeune citadin qui découvre la rude vie des trappeurs du Grand Nord canadien, avec son ami Wabi et le vieux guide Mukoki. Les éditions Sarbacane rééditent ce roman culte paru en 1908. La nature grandiose et la vie sauvage du Grand Nord ont trouvé leur illustrateur : venu de Biélorussie, Anton Lomaev, membre de la prestigieuse union des peintres russes, brosse à grands traits hommes, bêtes et paysages. On ne sait plus si on est au bord du lac Baïkal ou au bord d’un lac canadien, la neige est profonde et les cabanes, accueillantes. Un ouvrage magnifique, grand format, à offrir à tous ceux qui aiment l’aventure !

Dès 10 ans

James Oliver Curwood, Les Chasseurs de loups, illustrations d’Anton Lomaev, Sarbacane, 2019, 112 p., 25 € — Traduit de l’anglais (américain) par Annie-France Mistral (1908), texte abrégé. Imprimé en France.

Beatrix Potter, Le Petit Chaperon rouge

« Il était une fois, dans un village, la plus adorable des petites filles. […] Sa mère avait cousu pour elle un joli petit chaperon de flanelle rouge. Avec ses boucles brunes au milieu de tout ce rouge, l’enfant ressemblait à un coquelicot. […] tout le monde l’appelait par ce nom : le Petit Chaperon rouge. » Et bien sûr, elle alla porter à sa Grand-Mère un petit pot de beurre… Beatrix Potter reste fidèle au conte de Perrault, tout en brodant quelques détails very british. Suspens et horreur sont au-rendez-vous, dans la verte campagne anglaise si joliment dessinée par Helen Oxenbury. Potagers, prairies fleuries, tea time… oui mais, il y a aussi un loup, « peu recommandable », selon l’illustratrice qui s’est prise au jeu de dessiner un loup « famélique et fourbe au début » et la panse bien remplie à la fin. Car c’est bien « ainsi [que] finit le Petit Chaperon rouge ». Croquée, tout comme sa grand-mère.

Dès 4 ans

Beatrix Potter, Le Petit Chaperon rouge, illustrations d’Helen Oxenbury, L’École des Loisirs, coll. « Kaleidoscope », 2019, 46 p., 13,50 € — Imprimé en Chine. Traduit de l’anglais.

Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent

« — Allez-vous faire l’thé ? demanda l’homme à l’habit râpé, détournant de moi son farouche regard pour le diriger sur la jeune femme.
— Faut-il en faire pour lui ? demanda-t-elle en s’adressant à Heathcliff.
— Préparez-le, voulez-vous ? fut la réponse, faite d’une façon si brutale que je tressaillis.
Le ton dont ces mots furent prononcés révélait une nature foncièrement mauvaise. Je n’avais plus envie d’appeler Heathcliff un homme admirable. »
Mauvaiseté, cruauté, vengeance, alcool, violence… tout est bon pour créer cette noirceur sur laquelle vont, vaille que vaille, fleurir toutes les nuances de l’amour – un amour qui ne saura pas éviter les désastres. Tout cela dans l’ambiance brouillardeuse de l’Angleterre rurale… Brrr ! Un chef‑d’œuvre de la littérature romantique, abrégé ici, et illustré avec grand talent par Charlotte Gastaut.

Adolescentes

Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent, illustrations de Charlotte Gastaut, L’Ecole des Loisirs, coll. « Illustres classiques », 2019, 240 p., 14 € — Traduit de l’anglais par F. Delebecque, abrégé par B. Moissard. Imprimé en France

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence

« Réveillez-vous, bergers tendez l’oreille,
Ouvrez les yeux : tout le ciel est en feu !
A la clarté du firmament qui brille ;
Le fils de Dieu est né cette nuit.
Jamais annonce plus belle n’aura plus beau matin. »
Ainsi chante le chœur invisible des anges au lever du rideau. Car cette Pastorale provençale est un véritable spectacle, ou plus exactement un « Mystère » traditionnel. Rédigée au XIXe siècle par Antoine Maurel (1815–1897), cette Pastorale se joue encore à la Noël, en français (comme ici), ou en provençal.
C’est le texte le plus important de ce recueil consacré aux plus beaux Noëls de Provence. On y retrouvera donc avec plaisir des textes de Frédéric Mistral et d’Alphonse Daudet, de moins célèbres et même de charmants poèmes anonymes, «  du temps que les pâtres chantaient ». Alors, pourquoi ne pas s’aider de ses merveilleux Noëls pour préparer un spectacle familial ou scolaire, à jouer devant la crèche ?

Dès 12 ans et pour toute la famille

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2019, 270 p., 19 € — Imprimé en France

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam

« Dans une vallée de Germanie riche en vignes et en châteaux, vivait une paysanne prénommée Giselle », ainsi débutent le conte et le célèbre ballet d’Adolphe Adam. Une si jolie paysanne qu’elle fait battre le cœur du garde-chasse Hilarion mais aussi celui d’un villageois « qui se faisait appeler Loys ». Quand est levé le mystère de ce beau Loys, c’est le drame… Un drame d’amour, symbole de la danse romantique : quelle danseuse étoile n’a jamais rêvé d’incarner Giselle ? Giselle, non seulement va mourir d’amour, mais elle va être accueillie par la reine des Wilis. De bien étranges créatures, ces fiancées mortes avant le jour de leurs noces…
Ce livre-disque réunit une superbe équipe : le texte de Pierre Coran est lu par la voix envoûtante de Natalie Dessay. Il est illustré par le pinceau coloré d’Olivier Desvaux – si coloré qu’on se croirait plus en Provence qu’en Courlande ! Enfin, les morceaux choisis par Marc Dumont sont interprétés par l’orchestre symphonique de Londres sous la baguette du chef d’orchestre Anatole Fistourali : fête paysanne, valses, musiques de chasse…
Un superbe cadeau à écouter et réécouter – et pas seulement pour les ballerines en herbe !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam, illustrations d’Olivier Desvaux, voix de Natalie Dessay, Didier Jeunesse, 2019, 48 p. + 1 CD, 23,80 € — Imprimé en Italie. Un code permet d’écouter l’album en ligne.

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva

« Maintenant, Kitty, si tu veux bien m’écouter, au lieu de jacasser sans arrêt, je vais te dire tout ce que j’imagine à propos de la Maison du Miroir. D’abord, il y a la pièce que tu peux voir dans la glace… Elle est exactement semblable à notre salon, mais les objets y sont inversés », explique Alice à Kitty, la minette noire. Mais était-ce vraiment de la faute de la minette si Alice a décidé de passer de l’autre côté de ce miroir ? Un autre côté intrigant, magique, déstabilisant… Elle va y croiser la route de Fleurs qui parlent, d’un Scarabée et d’un Bouc voyageant en train, de Twideuldeume et Twideldie, d’un Lion, d’une Licorne, d’Hempty Deumty et de tant d’autres ! Autant d’épisodes qui se jouent sur un échiquier dont les Rois et les Reines, tant blancs que rouges, sont prêts à tout pour faire perdre Alice !
Dans ce roman paru en 1871, Lewis Carroll joue en maître avec les mots : non-sens et humour anglais sont au rendez-vous ! N’oublions pas qu’il était mathématicien et professeur de… logique, une logique dont il prend ici le contrepied avec un talent des plus surréalistes. Ce texte étonnant sera d’autant plus apprécié des enfants qu’il leur sera lu par un adulte, qui saura prendre le temps de commenter les épisodes les plus complexes. Les joueurs d’échecs seront ravis de lire la préface de Noël 1896, avec l’explication de la partie imaginée par Lewis Carroll ! La qualité des illustrations et de la fabrication justifie le prix de cet album, grand classique s’il en est de la littérature de jeunesse anglo-saxonne.

Dès 7 ans en lecture accompagnée – Dès 10 ans en lecture indépendante

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva, illustrations de Nicole Claveloux, Grasset Jeunesse, 2019, 98 p., 25 € — Traduit de l’anglais par Henri Parisot. Couverture reliée. Imprimé en Espagne. Réédition du texte paru en 1969 chez Flammarion.