Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Le coin des parents et autres adultes

Horacio Quiroga au sommaire du magazine Tétras Lire

« Des tigres et des tortues géantes, des coatis, des espèces de crocodiles formidables qu’on appelle des yacarés, des ours, des flamants roses, des serpents d’une taille fantastique, des raies qui ont une puissance électrique comme des torpilles. Toutes ces bêtes et d’autres encore, [Horacio Quiroga] les fit parler, comme il est probable qu’elles pensent, il les plaça dans des aventures fantastiques », explique le traducteur des Contes de la forêt vierge. J’avoue que j’ignorais tout de cet auteur argentin, dont trois contes animaliers sont proposés dans le numéro de mai du magazine Tétras Lire. Après leurs expéditions dans la forêt vierge, les jeunes lecteurs reviendront vers les douces campagnes nivernaises, celles des Histoires naturelles de Jules Renard. Reste à imaginer le dialogue entre le paon et le perroquet !

De 8 à 12 ans

Histoires naturelles, Tétras Lire, mai 2016, 94 p., 9,50 € et par abonnement sur le site des éditions Alba Verba.
Horacio Quiroga, Contes de la forêt vierge, Seuil, 1998, 137 p., 15,20 €

Cathy Franco, Astronautes

« Youri Gagarine fait le tour de la Terre en un peu moins de 2 heures à bord du vaisseau Vostok 1, lancé par la fusée Zemiorka. Le pilotage est automatique, mais il peut prendre les commandes en cas d’imprévu. Le voyage est un succès. Gagarine entre dans la légende. » Nous sommes le 12 avril 1961. Huit ans plus tard, le 21 juillet 1969, les Américains Buzz Aldrin et Neil Armstrong sont les premiers hommes à fouler le sol lunaire. Cet album revient sur la conquête de l’espace, avec force détails et photos sur la vie quotidienne à bord des vaisseaux spatiaux et de la Station spatiale internationale (ISS). Il passionnera et fera rêver tous les mordus de l’espace. Une mission sur Mars, cela vous tente ?

Dès 8 ans

Cathy Franco, Astronautes, illustrations de Jacques Dayan, Fleurus, coll. « La Grande Imagerie », 2016, 28 p., 6,95 €

Gerald Durrell, La trilogie de Corfou

« Le nouveau venu (c’était une tortue mâle) fut, à juste titre, baptisé Achille et se révéla être un animal intelligent et sympathique, singulièrement doué du sens de l’humour. […] Achille s’était pris de passion pour la compagnie humaine. Si quelqu’un allait au jardin prendre un bain de soleil, ou lire, ou pour quelque autre raison, on entendait bientôt un bruissement parmi les œillets de poète et la tête grave et ridée d’Achille apparaissait aussitôt. » Comme tant d’animaux plus ou moins apprivoisés recueillis par Gerry, cette tortue partage la vie de la famille Durrell à Corfou à la fin des années 1930. Une île paradisiaque pour ces Britanniques venus des Indes et peu enclins à apprécier les brouillards londoniens ! Si l’aîné, Lawrence deviendra le romancier que l’on sait, il n’est encore qu’un jeune homme excentrique, tout comme son frère Leslie, amateur de chasse, et sa sœur Margo, adolescente boutonneuse un peu compliquée. Gerald, dit Gerry, est le « petit dernier » de la tribu : s’il donne du fil à retordre à ses précepteurs successifs, il se passionne pour la zoologie, dont il fera son métier. N’oublions pas le personnage de « Mère », un peu dépassée par les inventions de sa progéniture, et qui tente de « faire avec » ses maigres ressources de veuve, sans jamais s’éloigner de sa théière et de ses scones. Les trois tomes de ces mémoires corfiotes sont un condensé d’humour britannique – le soleil en plus.

Pour adolescents et adultes

Gerald Durrell, La trilogie de Corfou
T. 1 : Ma famille et autres animaux, La Table ronde, 2014, 400 p., 14 €
T. 2 : Oiseaux, bêtes et grandes personnes, La Table ronde, 2014, 352 p., 14 €
T. 3 : Le jardin des dieux, La Table ronde, 2014, 304 p., 14 €
Pour les plus courageux, en anglais : The Corfu Trilogie, Penguin, 2006, 768 p., 12,32 € — Mais attention, le vocabulaire du naturaliste est très précis et compliquera sans doute la lecture.

Alphonse Daudet au sommaire du magazine TétrasLire de février

« La plus belle de toutes les étoiles, maîtresse, c’est la nôtre, c’est l’étoile du berger, qui nous éclaire à l’aube quand nous sortons le troupeau, et aussi le soir quand nous le rentrons. Nous la nommons encore Maguelonne, la belle Maguelonne qui court après Pierre de Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans.
— Comment ! berger, il y a donc des mariages d’étoiles ?
— Mais oui, maîtresse. »
Dans la nuit provençale, un petit berger fait découvrir le ciel d’été à Stéphanette, la « demoiselle » venue se sécher au près de son feu. « Les Etoiles », ce délicieux conte d’Alphonse Daudet, est suivi d’un dossier pour tout savoir sur les étoiles et les planètes. Avant d’apprendre un tour de magie et de se régaler d’un gâteau… étoilé, pourquoi ne pas se délasser avec quelques jeux ? Pour finir, une légende chinoise raconte comment Altaïr le Bouvier fut séparé de Véga la Tisserande. Un nouveau numéro très réussi de ce magazine « qui donne des ailes à la lecture », dédié aux 8 à 12 ans.

De 8 à 12 ans

Tétras LireEditions Alba Verba, ou 20 quai Fulchiron, 69005 Lyon. 9,50 € le numéro, ou 64 € pour 11 numéros.
Pour feuilleter quelques pages du magazine, c’est ici.

Pirates et gentilshommes de fortune, anthologie

« Celui qui descend de Panama, parmi les îles blanches de guano de la côte équatorienne, découvre, avant le troisième degré sous la Ligne, un golfe dont les rives surbaissées multiplient l’étendue. Une grande île basse, la Puna, en occupe le fond, ne laissant aux navires qu’un étroit passage, entre le banc de Mala et la côte de Tumbez. » Ainsi débute L’Or du Cristobal, d’Albert t’Serstevens, l’un des romans de pirates de cette anthologie. Il ne s’agit pas pourtant de rêver de sable chaud – mais de capturer le Cristobal, et ses 19 millions de dollars en or… Alors, moussaillon, prêt à embarquer ?
PS : les Cahiers de Le Gofic contreviennent parfois aux règles de la bienséance.

Adolescents et jeunes adultes

Pirates et gentilshommes de fortune, anthologie, Editions Omnibus, 2011, 1024 p., 20 €.
Comprend : Le Négrier, d’Édouard Corbière ; L’Île au trésor, de Robert Louis Stevenson ; les Contes de pirates, de Sir Arthur Conan Doyle ; Les Pirates de l’avenue du Rhum, de Pierre Mac Orlan ; L’Or du Cristobal, d’Albert t’Serstevens ; Les Cahiers de Le Golif, dit Borgnefesse ; Les Clients du Bon Chien jaune, de Pierre Mac Orlan.

Selma Lagerlöf, Le Livre de Noël

« Nulle part ailleurs dans la région qu’à Mårbaka on distribue ainsi les cadeaux de Noël après avoir mangé le riz au lait traditionnel. Mais à Mårbaka subsistent d’anciennes coutumes et qui nous conviennent. Rien ne peut égaler cette attente qui, des heures durant, tout au long de la veille de Noël, se prolonge parce que l’on sait que le meilleur reste à venir. » Le meilleur, c’est pour la petite Selma, dix ans, ce n’est pas vraiment la boîte à ouvrage et ses accessoires, devant rappeler à la demoiselle qu’elle n’est pas très douée pour coudre et broder. Non, ce qu’elle attend, c’est un livre qu’elle lira à la lumière de sa bougie… Mais ce livre commence par « Il était une fois un roi » — en français ! Après ces souvenirs aigres‐doux, Selma Lagerlöf conte la légende christianisée de sainte Luce, celle de la manière dont la gorge du rouge‐gorge devint rouge, celle du Nouvel An des animaux, et plusieurs autres, parfois un peu moralisatrices, mais pleines de cet inimitable charme des Noëls scandinaves. Avec quelques illustrations de Carl Larsson.

Dès 12 ans

Selma Lagerlöf, Le Livre de Noël, Actes Sud, 2007, 107 p., 6,60 € — J’ai trouvé le volume d’occasion dans son édition de 1994.

Marie‐Joséphine Strich, La Comtesse de Ségur : un destin romanesque

« Les deux épisodes qui ont choqué votre correcteur sont ‘historiques’, avec la variante que ce n’était pas une belle‐mère mais une mère qui élevait ainsi sa fille et que j’aurais pu en citer d’autres plus cruels encore. Je renvoie donc à l’impression l’épreuve, revue, endommagée et diminuée et j’attends les suivantes dans l’humble attitude d’un ballon crevé. » Cet auteur indigné, qui envoie cette missive à son éditeur – Hachette, rien de moins – en mars 1858 n’est autre que la Comtesse de Ségur, née Rostopchine. La fameuse abominable belle‐mère, c’est bien entendu Mme Fichini, la marâtre absolue.
Marie‐Joséphine Strich raconte ici avec beaucoup de brio la vie fascinante de Sophie de Ségur, dont l’activité tardive d’écrivain a occulté une existence des plus romanesques. Nous la suivons d’abord dans la Russie de 1799 à 1817 ; puis à Paris, où la jeune Sophie épouse un neveu de l’aide de camp de Napoléon ; enfin aux Nouettes, son domaine normand, où viendront s’ébattre des fillettes prénommées Camille, Madeleine et Marguerite. Grand‐mère en dentelles ou femme moderne ? A coup sûr un véritable écrivain, pionnière de la littérature de jeunesse.

Pour adultes

Marie‐Joséphine Strich, La Comtesse de Ségur : un destin romanesque, Via Romana, 2015, 134 p., 16 €

L’aventure à Terre‐Neuve, les héros de la grande pêche témoignent

« Sur la place de l’église, après la messe, je savais trouver le dimanche matin des marins et des Capitaines. Je me jetais à l’eau :
— Avez‐vous besoin d’un mousse ?
— Pourquoi me demandes‐tu cela ?
— J’ai bientôt quinze ans, je voudrais partir à Terre‐Neuve !
— Tu n’es pas bien grand ! As‐tu déjà travaillé ? »
Après quelques refus, René, gamin de Cancale, trouve à s’embarquer pour la campagne de pêche de 1922. Sur le Fleur de Lys, un trois‐mâts qui l’ « emmènerait sur la mer jolie ». Jolie ? Pas vraiment… A force de courage et de travail, l’orphelin deviendra capitaine.
Cette vie d’aventure, de grands vents, de brumes tenaces, de cales pleines de morue, à bord des voiliers comme des doris, il l’a partagée avec Pierre, Louis ou Guillaume, qui, tour à tour, racontent leur vie sur les bancs de Terre‐Neuve. Des héros bien malgré eux, mais fiers, simples et dignes.

Dès 12 ans, adolescents, adultes

L’aventure à Terre‐Neuve, les héros de la grande pêche témoignent, présenté par Dominique Le Brun avec une préface de Loïc Josse, Bibliomnibus, Coll. « Aventure », 2015, 202 p., 11 €

Jérôme Maufras, L’Histoire des femmes célèbres

«  Ce soir, Hypatie observe les étoiles. Elle se met à imaginer le mouvement des planètes. […] Depuis des années, elle cherche à comprendre comment fonctionne le système solaire. Chaque jour, elle enseigne à l’école de philosophie d’Alexandrie, où son éloquence et sa beauté subjuguent ses élèves. » Et pourtant, Hypatie, née entre 355 et 370, est attaquée un matin de l’an 415 par des voyous – d’autres disent des fanatiques chrétiens -, qui la tuent à coups de pierre. « Un des plus grands esprits de l’Histoire, philosophe et scientifique, est ainsi assassiné. »
Des 40 femmes célèbres choisies par Jérôme Maufras, certaines furent des scientifiques, d’autres des reines, d’autres encore des artistes, des aventurières, des pédagogues, des médecins… Autant de portraits brossés avec talent, « autant de leçons de vie et d’espoir pour nous tous, femmes, hommes et enfants du XXIe siècle, précise Claudie Haigneré dans sa préface. Ces femmes sont admirables, suivez leur exemple ! »

Dès 10 ans

Jérôme Maufras, L’Histoire des femmes célèbres, avec une préface de Claudie Haigneré, La Librairie des écoles, 2015, 144 p., 16,50 €

Nicolas Vanier, Avec mes chiens, L’Odyssée sauvage

6000 kilomètres, 10 chiens, 3 pays, un rêve. Celui de rallier l’océan Pacifique au lac Baïkal, en plein hiver. De décembre 2013 à mars 2014, Nicolas Vanier a traversé la Sibérie, la Chine et la Mongolie sur un traîneau tiré par ses chiens – fidèles, intelligents, courageux, mais aussi joueurs et parfois même jaloux. Un périple extraordinaire à la rencontre des trappeurs, des pêcheurs et des nomades.
Cette adaptation, enrichie d’un cahier de superbes photos en couleur, fera entrer les jeunes lecteurs de plein pied dans l’aventure.

Dès 12 ans

Nicolas Vanier, Avec mes chiens, L’Odyssée sauvage, adaptation de Christine Féret‐Fleury, Hachette, 2014, 264 p., 11,90 €
Le texte complet : Nicolas Vanier, Avec mes chiens, L’Odyssée sauvage, XO, 2014, 348 p., 19,90 €

Veilleurs, l’album

Nous sommes au soir du 14 avril 2013. Les députés se préparent à voter la loi autorisant le mariage des homosexuels, dite « loi Taubira ». 67 jeunes opposants, qui ont décidé de camper pacifiquement devant l’Assemblée nationale, sont embarqués violemment par les CRS et gardés à vue la nuit durant. Le lendemain soir, un petit groupe de jeunes viennent s’asseoir sur l’esplanade des Invalides. Quelques bougies dans des gobelets de plastique, un mauvais mégaphone, quelques textes glanés à la va‐vite dans leur programme de philo ou leur carnet de chants scouts. Et la mayonnaise prend !
Des centaines de personnes les rejoignent les soirs suivants, des milliers après une semaine. Au bout d’un mois, des veillées ont lieu dans 200 villes de France et à l’étranger. Un an après, l’intensité n’a pas faibli… De Sophocle à René Char, de Saint Augustin à Victor Hugo, de Camus à Hannah Arendt, de Tocqueville à Péguy, ils réveillent des textes fondateurs, affûtent leur réflexion, — et s’endurcissent quand le froid ou la pluie s’en mêlent. De Versailles à Saint Etienne, du Mans à Strasbourg, une nouvelle université populaire est née.
Histoire d’une année de lutte, de répression, d’engagement au service du bien commun, de la dignité humaine et la liberté pour un redressement culturel et politique radical, ce beau livre se veut aussi une invitation pour toutes les veillées à venir.
Loin des clichés touristiques, les photos de ce « Paris by night » notamment, très chargées d’émotion, sont de toute beauté.

Dès 12 ans, adolescents, adultes.

Veilleurs, préface de Denis Tillinac, Editions Le Centurion, 2014, 194 p., 19 € — Imprimé en France

Jean de La Varende, Surcouf

« C’est un fameux corsaire… », chante‐t‐on autour des feux de camp. Et quel corsaire fut‐il plus fameux que le malouin Robert Surcouf (1773–1827) ? Embarqué dès ses treize ans – il a fugué de son orphelinat en plein hiver -, Surcouf part pour les Indes, voyage à Madagascar et à Maurice. En 1795, il prend le commandement de L’Emilie, avec laquelle il réalise ses premiers abordages – il n’a pas 22 ans ! Ce n’est que le début d’aventures au parfum de sel, d’embruns… et de poudre.
Ce livre regroupe un grand nombre des écrits, parfois introuvables, de Jean La Varende sur Robert Surcouf. Surcouf, un nom « synonyme de courage, de bravoure, de dynamisme, d’héroïsme, mais aussi de présence d’esprit, d’habileté et d’ingéniosité, avec parfois un brin de roublardise », selon Patrick Delon, secrétaire général de l’association « Présence de La Varende », qui a rédigé la préface de ce recueil.

Adolescents

Jean de La Varende, Surcouf, préface de l’amiral Stanislas de La Motte, avant‐propos de Patrick Delon, illustrations de Daniel Lordey, Via Romana, 2014, 112 p., 15 €