Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Bandes dessinées

Jirô Taniguchi, La forêt millénaire

Waturu, un jeune Tokyoïte de 10 ans, est recueilli par ses grands-parents dans un village de montagne. Perturbé par le divorce de ses parents et la maladie de sa mère, il ne trouve guère de compassion auprès de ses condisciples – lesquels le mettent au défi de grimper dans un arbre immense, « leur » arbre, au cœur de la forêt. Une forêt bien étrange, née d’un tremblement de terre, dans laquelle vivent de curieux animaux…

Entre album, avec un format à l’italienne, et manga, par ses codes graphiques, cet ouvrage est le dernier opus du grand maître japonais, décédé avant de l’avoir terminé. La seconde moitié du livre est consacrée à une interview de Jirô Taniguchi (1947–2017) et au storyboard des épisodes qui devaient continuer l’histoire de Waturu. Cela donne un document à part, étrange et nostalgique, qui fait revivre le Japon des années 1950 où les kodama — les hamadryades nipponnes – s’inquiètent déjà de la bonne santé de la forêt.

Adolescents

Jirô Taniguchi, La forêt millénaire, Rue de Sèvres, 2017, 72 p., 18 €

Hergé, Tintin au pays des Soviets

Quand Hergé dessine Tintin au pays des Soviets pour le Petit Vingtième, il n’a que 21 ans, mais déjà un talent fou ! Paru en 1929, enfin réédité en 1973, cet album a fait cet hiver un retour remarqué – et tout en couleurs, s’il vous plaît ! Tintin y est déjà le jeune reporter qu’il restera éternellement : courageux, entreprenant, inventif, jamais à court d’inspiration pour se sortir du pétrin. Il est accompagné d’un Milou « son sympathique cabot », dit la première case de la BD, lequel est parfois plus expressif et mieux dessiné que son maître. Les aventures rocambolesques de Tintin sont l’occasion d’une satire du communisme sous toutes ses formes : élections magouillées, usines en carton pâte, famine organisée, omniprésence de la Guépéou… Le « paradis rouge » est bel et bien un enfer. Le seul méchant qui n’est pas communiste est un ours ! Saviez-vous que Tintin au pays des Soviets est la seconde bande dessinée européenne à utiliser des phylactères – des « bulles » et non des légendes inscrites sous les images ?

De 7 à 77 ans

Hergé, Tintin au pays des Soviets, Casterman, 137 p., 14,95 €

L’Odyssée d’Homère

Une édition de plus de l’Odyssée – oui, et particulièrement réussie.
L’avant-propos du dessinateur de BD Mathieu Lauffray donne ne ton : « Aujourd’hui, il semble que l’individu d’élite aiguise son héroïsme précisément à ne plus rien assumer, à séduire plutôt qu’à faire, à tromper plutôt qu’à progresser. Peut-être est-ce justement le bon moment pour se remettre en mémoire ces fameuses conséquences que l’on cherche tous à oublier. » Et de rappeler le combat éternel que se livrent « le courage, la pugnacité, la lâcheté, l’orgueil, l’avidité ».
Cette nouvelle édition réunit donc les passages les plus célèbres de l’Odyssée, dans une traduction de 1819, due à Charles-François Lebrun (1739 – 1824). Cet érudit fut aussi, et surtout, un « révolutionnaire modéré », devint troisième consul, servit Napoléon et finit pair de France.
Cela nous mène loin du monde de la bande dessinée, dont sont issus les trois illustrateurs de cette Odyssée : Anthony Jean, Mickaël Bourgouin et Yann Tisseron interprètent les plus célèbres passages de l’épopée, dans des formats « pleine page » qui laissent toute la place à leur sensibilité.
Alors, oui, une nouvelle fois, « Muse, chante cet homme souple, divers, fécond eu ruses et en stratagèmes, qui, après avoir renversé les murs sacrés de Troie, erra longtemps, vit des peuples nombreux, et connut leurs esprits, leurs mœurs et leurs lois ».

Dès 12 ans

L’Odyssée d’Homère, illustrée par Anthony Jean, Mickaël Bourgouin et Yann Tisseron, Glénat, coll. « Labyrinthe », 2014, 184 p., 35 €.

Christian de Montella, Graal : la légende des chevaliers

« Ces hommes du désert étaient en pleine mer, pour un voyage sans retour qui les mènerait jusqu’en Bretagne, une grande île de pluie, de verdure et de brouillard. » Partis de Jérusalem, les porteurs du Saint Graal vont accoster aux rivages d’Avalon. Etrange voyage, de l’univers biblique aux mondes de féérie… Merlin, Viviane et Morgane, Arthur, Guenièvre, Lancelot et Perceval apparaissent au fil du récit, ponctué d’illustrations oniriques très réussies.

Dès 10 ans

Christian de Montella, Graal : la légende des chevaliers, Flammarion, 2014, 92 p., 13 €

Cindy et Laura Derieux, Vikingar, Le Danegeld

Normandie, fin du Xe siècle. Le Danegeld, le »tribut aux Danois », attise bien des convoitises. En effet, ce tribut en espèces sonnantes et trébuchantes est levé par les Vikings et vient conforter une sorte de pacte de non agression envers les clans et seigneuries riveraines de la mer du Nord et de la Manche. Dans cette bande dessinée, c’est la guerrière Dithilde qui est chargée d’escorter le précieux coffre d’Angleterre au Danemark. Mais des pirates sanguinaires (comme tous les pirates) écument la mer du Nord… Les tempêtes et les batailles navales sont d’autant plus inquiétantes que les filles de Ran et Jormungandr, le terrifiant serpent de mer, se mettent de la partie.
Le scénario de cette bande dessinée, dû à Cindy Derieux, est d’autant plus intrigant qu’il est elliptique. N’hésitez pas à lire ici les portraits des protagonistes. Quant aux dessins, ils sont de la main de sa sœur Laura, très à l’aise dans les scènes nocturnes. Elles connaissent d’autant mieux l’univers viking qu’elles ont fait partie de l’équipage du voilier Gungnir et participé à des navigations expérimentales. Un navire qui se visite !

Adolescents et jeunes adultes.

Cindy et Laure Derieux, Vikingar, tome 1 : Le Danegeld, Ed Gungnir, 64 p., 18 ‚00 €+ Livraison selon destination. Deux versions : en français ou en anglais. A commander ici.

Alexander Hogh et Jörg Mailliet, Carnets 14–18- Quatre histoires de France et d’Allemagne

Pour Walter, le baptême du feu a lieu le 24 octobre 1914, quelque part sur le front belge. Lucien, brancardier, multiplie les sorties audacieuses, dans l’espoir d’être décoré. Nessi, qui vit à la ferme, confie ses soucis de fillette à son journal, tout en tartinant son Abendbrot de confiture de navets. Quant à René, il défile en galoches dans la cour de l’école et admire les avions qui survolent Villers-Cotterêts, avant de comprendre que « la guerre n’était plus un jeu ». Quatre destins dans la Grande Guerre, deux allemands, deux français.
« Les histoires de cette bande dessinée ont été élaborées à partir de carnets rédigés par Nessi, Walter et Lucien ainsi que des mémoires de René qui n’a que six ans au début de la guerre. [Ils] ne se sont certes jamais rencontrés, et pourtant leurs histoires individuelles s’assemblent pour former un panorama des sociétés à l’époque de la Première Guerre Mondiale – un témoignage unique de la ‘catastrophe originelle du XXe siècle’ vue par quatre jeunes européens. »

Dès 12 ans

Alexander Hogh et Jörg Mailliet, Carnets 14–18- Quatre histoires de France et d’Allemagne, Le Buveur d’encre, 2014, 120 p., 20 €

Jean-François Vivier et Pierre-Emmanuel Dequest, Hélie de Saint Marc

« La vie est un combat. Le métier d’homme est un rude métier. Ceux qui vivent sont ceux qui se battent. » Belles formules à méditer, un peu à l’emporte-pièce, mais sans concession aucune. De la Résistance à la guerre d’Algérie, en passant par trois séjours en Indochine, le destin d’Hélie de Saint Marc concentre les épreuves et les engagements de toute une génération. Disparu en 2013, Hélie de Saint Marc était un homme courageux et méditatif, tolérant et révolté, en un mot déroutant. À la lumière de son aventure, cette bande dessinée reprend les thèmes qui traversent la vie de ce témoin du XXe siècle : le courage, l’engagement, la fidélité, l’honneur, l’amour, la prison, la mort, le sens de la vie…
Les aquarelles – portraits et paysages – de Pierre-Emmanuel Dequest sont d’une émouvante sobriété et aident à « faire passer le message » qu’Hélie de Saint Marc adresse à la jeunesse d’aujourd’hui : « tout se conquiert, tout se mérite ».

Dès 12 ans

Jean-François Vivier et Pierre-Emmanuel Dequest, Hélie de Saint Marc, Editions Artège, 2014, 64 pages, 14,90€.

Jean-Michel Billioud et Jérôme Mondoloni, Saint Louis

« Le 25 avril 1214, un petit prince naît dans le château de Poissy. Il portera le nom de son père », Louis. Sa mère, Blanche de Castille, veille à ce qu’il reçoive une excellente éducation, plus encore quand le jeune Louis, à la mort de son frère aîné, devient l’héritier du royaume de France. « Chaque jour, Louis va à la messe et étudie les textes bibliques et ceux des grands penseurs » sous la houlette de son précepteur. « Mais il garde les préoccupations de son âge. ‘Encore quelques pages et je file chasser les grenouilles avec Petit Luc et Louison’ », lui fait dire le scénariste de cette jolie bande dessinée. Car cet adolescent studieux n’est autre que le futur Louis IX, connu sous le nom de Saint Louis depuis sa canonisation par l’Église catholique romaine en 1297.
Ce récit en images, consacré aux enfances de Louis, s’achève avec l’entrée du jeune roi, tout juste couronné, et de sa mère, dans Paris. L’ouvrage est complété d’un dossier en dix courts chapitres. On retiendra notamment un tableau généalogique de la famille de Louis, et plusieurs pages sur l’histoire de Poissy, sa ville natale. La ville de Poissy commémore en effet avec fastes le 8e centenaire de la naissance de Saint Louis. 2014 verra donc se succéder de nombreuses manifestations, dont, dimanche 11 mai, un salon du livre sur le thème « Saint Louis et son temps ». Mais aussi journée médiévale, son et lumière, spectacles et expositions…

Dès 8 ans

Jean-Michel Billioud et Jérôme Mondoloni, Saint Louis, TerraMare, 2014, 48 p., 13 €

Yvan Pommaux, Ulysse aux mille ruses, d’après l’Odyssée d’Homère

« La guerre de Troie eut lieu au XIIe siècle avant Jésus-Christ. Elle a duré dix ans », explique un papa à ses deux grands enfants. En quelques siècles, l’histoire, si souvent racontée, devint épopée, puis légende. Enfin, « au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, Homère, un aède aveugle, s’empara de la légende et composa deux vastes poèmes, L’Iliade et l’Odyssée ». L’album, illustré avec beaucoup de goût, jusque dans les horreurs, les crimes et les combats, retrace le long voyage de retour d’Ulysse aux mille ruses : les Lotophages, le Cyclope, Circé la magicienne, les Sirènes, la nymphe Calypso, tempêtes et naufrages, autant de récits palpitants, avant le retour à la maison. Un retour qui tient plus de place que dans d’autres versions abrégées, jusqu’au dessin final où Ulysse et Pénélope regagnent leur grand lit – happy end !

Dès 9 ans

Yvan Pommaux, Ulysse aux mille ruses, d’après l’Odyssée d’Homère, couleurs de Nicole Pommaux, L’école des loisirs, 2011, 80 p., 19,80 € — Reliure cartonnée, dos en toile.

Matt Murray, L’encyclopédie des Schtroumpfs

Pourquoi Peyo s’appelle-t-il Peyo ? En voilà une question d’adulte ! Parce que son petit cousin ne savait pas prononcer Pierrot, lui-même diminutif de Pierre, Pierre Culliford, inventeur de ce petit peuple sympathique. Un grand merci au schtroumpfologue et néanmoins américain Matt Murray pour cette anecdote. Et pourquoi Schtroumpf ? Parce que, en 1957, par un beau jour de septembre, « Peyo cherche la salière sur la table, bute sur le terme et interpelle son copain : ‘Passe-moi la… le schtroumpf’ » Éclat de rire général. Mais va-t-on savoir si ladite salière était bleue ? Et si le chat de la famille se nommait déjà Azraël ?

Dès 8 ans

Matt Murray, L’encyclopédie des Schtroumpfs, Le Lombard, 2011, 128 p., 29 €

Benjamin Rabier, Les Contes du lapin

« Tigrette se trouvait distinguée, élégante et supérieure ; aussi méprisait-elle les habitants de la basse-cour au milieu desquels elle était obligée de vivre. » Toute une série de mésaventures vont la conduire à en rabattre et à apprécier l’aide généreuse du brave Médor. Le chat Anatole, le chien Briffault, le cochon Fortuné, l’écureuil Rouki, la cane Mariette… sans oublier la souris Précieuse – vieille tante européenne de Mickey -, tous ces animaux ont emprunté les travers des hommes : gourmands, curieux, jaloux, ils ne le sont que trop, mais sur un mode qui prête à rire, car ils sont les premières victimes de leurs ridicules. Les fables dessinées et contées par Benjamin Rabier sont inséparables de ce bon sens paysan, qui voit dans la sottise, la cupidité et la vanité des défauts dont de joyeuses facéties viennent vite à bout. Et quel dynamisme, quelle énergie dans le trait de Benjamin Rabier, qui revient en force chez un éditeur qui connaît son métier.

Dès 5 ans

Benjamin Rabier, Les Contes du lapin, Langlaude, 2011, 48 p., 10 € — Diverses rééditions chez d’autres éditeurs.

Jean-Olivier Héron, La Naissance de Vélox

Ce « frise-livre » est un petit trésor. Un trésor de conte, avec une réécriture pleine d’humour sur le thème des Cygnes sauvages. Ou quand une princesse, cavalière et chasseresse trop moderne préfère un « beau paparazzi avec une moto rouge »au Roi des cygnes, « qui se changeait en homme durant une nuit chaque année ». Un trésor pour les amoureux de belles goélettes « au cou de cygne », avec l’histoire véridique du Vélox, « véritable mythe de la plaisance ». Un trésor graphique, qui se termine en apothéose avec une frise où le cygne devient goélette. Un trésor à rechercher dans les vielles malles des libraires. Merci Marc !

Dès 7 ans

Jean-Olivier Héron, La Naissance de Vélox, Actes Sud Junior, coll. « Les Contes des Métamorphoses », 2000, 16 p. Imprimé en France.