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09/05/2015

Une visite étonnante: la collection Jean Bonna. Passions littéraires françaises

Galileo Galilei, dit Galilée. Discorsi e dimostrazioni matematiche... Leyde, Elzevier, 1638.jpgIl y a des banquiers suisses pour lesquels le bruissement d’un vélin du XVe siècle est plus agréable que celui d’une liasse de billets ou des jetons de présence. Jean Bonna est de ceux-là. Ce bibliophile genevois a prêté à la bibliothèque de l’Arsenal 117 ouvrages de sa collection – qui en compte plus de 4000 et qui est considérée comme une des plus belles bibliothèques privées du monde.

Ici, Mélusine et ses sœurs sourient à Raymondin depuis 1478. Plus loin, Un Homère de 1488 voisine avec Galilée. Les Trois Mousquetaires et le Rat des champs font de l’œil à Victor Hugo, qui pose devant les brise-lames de Marine Terrace, à Jersey. Quant au Mort à Crédit de Céline, il n’inquiètera guère le Petit Prince – celui-ci parle anglais, dans une édition originale joliment dédicacée… De vitrine en vitrine, l’admiration et l’émotion ne cessent de grandir.

Le calme serein des salons de l’Arsenal sont des plus propices à une méditation sur ces fleurons de notre patrimoine littéraire. Revenons sur cette Mélusine de Jean d’Arras, le premier roman en langue française. La gravure est intitulée : « comment Mélusine et les deux sœurs se apparurent à Raymondin à la fontaine desoif ». Cet incunable, qui semble sortir de presse, a été imprimé en 1478 à Genève et a appartenu au florentin Francesco Redi. Un périlleux voyage dans cette Europe des érudits ! Dix ans plus tard, en 1488, les Florentins impriment pour la première fois, en grec, les œuvres d’Homère : un pur chef-d’œuvre d’harmonie, d’équilibre et de beauté. Au côté de cet ouvrage, deux manuels de typographie centrés sur les proportions de la lettre et du corps humain.

L’exposition propose aussi de nombreux volumes consacrés au théâtre classique et au roman, toujours dans des éditions rares, dont l’histoire se lit dans de belles dédicaces. Parfois étonnantes, comme cette erreur commise par Flaubert sur un exemplaire de Madame Bovary : Beaudelaire, avec un « e » initial ! Pour le XXe siècle, pas moins qu’un exemplaire d’Alcools dédicacé à Marie Laurencin, ou un hommage « respectueux » de Blaise Cendrars à Apollinaire.

Sévère et ardue, cette exposition bibliophilique ? Pas vraiment, notamment parce que l’intelligence y fait bon ménage avec notre légendaire légèreté française. Un seul exemple. Sur les pages de titre des livres du XVIIe siècle, figurent les adresses des libraires-imprimeurs. Untel est libraire « à l’enseigne du Faulcheur », un autre « au soleil d’or », un troisième « devant le collège de Cambrai, à la poule grasse ». Sans doute une bonne auberge de la ville où se régaler à la mode d’Henri IV !

Les adolescents seront étonnés de voir imprimé un discours prononcé en 1792 par le jeune Charles Nodier (1780-1844) à l’âge de 12 ans. Nous ne leur en voudrons pas trop d’être jaloux de cette magnifique édition du Corbeau d’Edgar Poe : elle a été offerte par le poète Stéphane Mallarmé à sa fille Geneviève pour ses 11 ans.

Laissez donc aux cancres les mauvaises photocopies et les « petits classiques » écornés. A l’Arsenal, notre patrimoine littéraire vous fera son grand numéro de charme.

Dès 10 ans (à cause de la hauteur des vitrines!)

La collection Jean Bonna. Passions littéraires françaises
Bibliothèque de l’Arsenal.
Exposition jusqu'au 23 mai 2015. Du mardi au dimanche de 12 à 19 heures. Fermé les lundis et jours fériés. Entrée libre. 1 rue de Sully – 75004 Paris

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